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Rêves de santé – BERNARD VERCRUYSSE – « Le pouvoir est fondamental »


Santé conjuguée n°98 - mars 2022

Ses patients l’appellent Sakal docteur, docteur barbu en turc. Sa pratique durant quarante ans en maison médicale dans le quartier Nord de Bruxelles a certes nécessité un stéthoscope, mais aussi de bonnes oreilles.

Ce qui nous importait avant tout c’était les réunions de réflexion sur la santé du quartier. J’ai eu beaucoup de chance au début parce qu’il y avait un leader, une personne influente de la communauté turque, qui était tout content qu’un médecin s’installe dans le quartier. Pendant une journée j’ai fait le tour de la communauté, dans les cafés, dans les mosquées, avec lui. Il m’a présenté simplement, dit que je m’installais comme médecin généraliste, qu’on était une équipe et qu’on travaillait pour la bonne santé des gens.

La maison médicale Quartiers Nord n’a adopté le paiement au forfait qu’en 2000. Il se souvient d’une époque où les patients payaient les consultations à l’acte et parler d’argent n’a pas toujours été facile. Je regarde une oreille d’un enfant. Je ne vois rien d’anormal. Au niveau médical, ce que je dois dire c’est « revenez dans trois jours que je revoie l’oreille ». Si je dis ça, je culpabilise déjà un peu : est-ce que je fais ça pour lui ou pour moi ? Ça va me faire un revenu supplémentaire entre guillemets… Et puis quand la personne revient, je regarde l’oreille et tout va bien. « Je vous dois quelque chose docteur ? » « Euh… non. » Je dis non et je râle parce que j’ai dit non, en me disant que ce n’est pas normal de dire non… Un pourcentage de nos actes était versé à la maison médicale. C’était avec ça qu’on finançait l’accueillante, le bâtiment. Quand on décide d’engager une assistante sociale, c’est les soignants qui vont la payer et donc je vais voir mon revenu diminuer… Au niveau du travail d’équipe, c’est porteur de soucis possibles. Le forfait, c’est confortable parce qu’on ne doit pas faire de compte tout le temps. On sait ce qu’on va avoir comme argent dans les trois mois qui viennent, et donc qu’on ne prend pas de nouveaux patients parce que notre structure est complète. Il n’y a aucun souci : les revenus sont stables. Quand je travaillais à l’acte, on faisait beaucoup de tiers payant évidemment avec le quartier où on se trouvait, et il fallait attendre que les mutualités nous paient pour payer nos factures. Pour moi, travailler au forfait, c’est garantir le bien-être des soignants. A posteriori, je me dis qu’en première ligne de soins il vaut beaucoup mieux travailler au forfait parce qu’il y a une implication – je dirais psychosociale – majeure des soins de santé. Je peux beaucoup plus facilement me libérer pour les réunions avec la population, pour avoir une activité extérieure de promotion de la santé, dans les écoles comme de l’éducation à la vie affective et sexuelle, pour participer à des actions de santé publique dans un quartier. À l’acte on n’était pas payé pour ça. Passer de l’acte au forfait, c’est passer d’un pouvoir que j’ai — c’est moi qui ai l’argent — à laisser le pouvoir à la structure – c’est elle qui reçoit l’argent. Le pouvoir est quelque chose de fondamental.

Cet article est paru dans la revue:

Santé conjuguée, n°98 - mars 2022

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Rêves de santé – JACQUES MOREL – « C’est la société qui est malade »

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Rêves de santé – NATACHA CARRION – « Le projet de la maison médicale, c’était le rêve devant ma porte »

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Rêves de santé – RI DE RIDDER – « Un système qui n’est pas efficient »

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Rêves de santé – JEAN-MARIE LÉONARD – « Penser la santé autrement »

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Rêves de santé – BRIGITTE MEIRE – « Mutualiser nos forces »

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Rêves de santé – MONIQUE BOULAD – « On nous appelait les petits médecins »

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Rêves de santé – PIERRE DRIELSMA – « Une arme redoutable pour le changement social »

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Rêves de santé – BERNARD VERCRUYSSE – « Le pouvoir est fondamental »

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Rêves de santé – ISABELLE HEYMANS – « Cette transition, on l’a réussie ensemble »

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Rêves de santé – RUDY PIRARD – « Celui qui connait le mieux sa situation, c’est le patient »

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Rêves de santé – CLARISSE VAN TICHELEN – « Ce n’est pas juste une question d’accès financier »

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Rêves de santé – MICKY FIERENS – « Chaque personne a quelque chose à apprendre aux autres »

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Rêves de santé – HÉLÈNE DISPAS – « Tout ce que l’on fait est politique »

Le bureau stratégique – pour résumer avec un mot que peu de gens aiment –, on dirait qu’on est des lobbyistes au service d’une bonne cause. Évidemment, les lobbyistes pensent toujours que leur cause est la(…)

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Rêves de santé – ISABELLE DECHAMP – « La première ligne de la première ligne »

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Rêves de santé – AUDE GARELLY – « Rester puriste ou s’ouvrir »

La Fédération travaillait depuis plusieurs années sur la mise à jour des critères de membre pour coller à la réalité du mouvement et des enjeux de santé publique aujourd’hui. Je suis allée voir des partenaires ou(…)

- Aude Garelly

Rêves de santé – FANNY DUBOIS – « Un système qui gère des maladies plutôt que de prévenir la santé »

Je ne suis pas tout de suite tombée dans le mouvement des maisons médicales. Je suis d’abord passée par la mutualité. Même si j’ai à cœur de toujours garder un lien avec le terrain, de toujours(…)

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Rendez-vous en 2062 !

F.D. : Quand je suis arrivée à la Fédération des maisons médicales, l’une des premières choses que l’organe d’administration m’a dites, c’est que j’avais tendance à survaloriser ce mouvement et que j’en comprendrais vite la complexité. Effectivement !(…)

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