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Rêves de santé – JACQUES MOREL – « C’est la société qui est malade »


Santé conjuguée n°98 - mars 2022

Premier secrétaire général de la Fédération, il s’y est impliqué durant une trentaine d’années tout en pratiquant la médecine générale dès la naissance des maisons médicales. Comment définir ces centres de santé d’un genre nouveau ?

C’est un peu l’alliance d’une préoccupation pour une médecine humaine et d’une dimension politique. Ils se fondent sur les travaux du GERM, le Groupe d’étude pour une réforme de la médecine qui est né en 1964 et propose l’idée du centre de santé intégré qui à la fois intègre soins, prévention et revalidation. C’est la notion d’« intégrer » et de « santé », donc pas seulement se préoccuper du soin. Et pour s’occuper de la santé des gens, il faut avoir une équipe pluridisciplinaire et pas qu’un médecin isolé. Et puis il y avait ce qui sortait en gros des auditoires de 68 sur la question du pouvoir : plus de mandarins, de chefs de service et de patrons de faculté ! Quelque chose de collectif à mettre en place et derrière cela une réflexion sur le travail collectif. En gros : c’est la société qui est malade.

Les rapports avec l’Ordre des médecins sont très compliqués. D’une part parce que l’Ordre des médecins était très clairement dans les mains du monde spécialisé, tout comme le syndicat principal d’ailleurs, et donc à défendre ce modèle-là. D’autre part, ça a toujours été un milieu très libéral où tout ce qui était forme de collectivisation, santé publique et médecine sociale était mis dans un même paquet et présenté comme une manière de dévaloriser le brillant statut du médecin qui devait être indépendant, autonome, et avoir — maintenir dans tous les cas — un certain pouvoir. L’Ordre des médecins a toujours été critique vis-à-vis du phénomène pluridisciplinaire, parce que c’était une façon de partager le savoir et de partager la pratique avec des gens qui étaient « d’un autre niveau » et qui habituellement dans le modèle hospitalier étaient plutôt inféodés au pouvoir du médecin. Au fur et à mesure que la dureté du commentaire de l’Ordre des médecins a gonflé s’est créé un mouvement qu’on a appelé ultérieurement l’Appel des 300 : 300 médecins qui ont décidé de ne plus payer leur cotisation à l’Ordre en réaction à cette position agressive vis-à-vis de leurs pratiques.

Appel des 300 Après la grève des médecins de 1979, des médecins non grévistes considèrent que l’Ordre des médecins s’est compromis en soutenant l’ABSyM et le docteur Wynen dans leur mouvement. Certains d’entre eux se regroupent pour signer l’Appel des 300 (mars 1980) par lequel ils refusent désormais de reconnaitre l’autorité morale de l’Ordre, appellent à sa réforme et refusent en attendant de cotiser. Plusieurs procès s’en suivront pour obliger les récalcitrants à s’acquitter de leur cotisation, généralement gagnés par l’Ordre. Plusieurs fondateurs de maisons médicales ont signé l’Appel des 300. Certains médecins sont restés en dissidence jusqu’à l’été 2019, date à laquelle la hache de guerre a été enterrée.

Procès, suspensions de praticiens, grèves de la faim… Les tensions durent une dizaine d’années, jusqu’à l’hiver 1979-1980 et la deuxième grève des médecins déclarée par le syndicat Wynen et ses affiliés, principalement d’obédience libérale. Une grève que cassent les équipes des maisons médicales afin d’assurer la continuité des soins à la population. La grève des médecins a cristallisé les maisons médicales et, autour des maisons médicales, une série de professionnels qui n’ont pas accepté l’attitude et la stratégie syndicale. Ça a été pour nous l’occasion de verrouiller d’une certaine manière le lien qui était en train de se créer, c’était l’occasion de recruter un certain nombre de médecins preneurs de rentrer dans cette antigrève. Ça a commencé à ouvrir les portes, que ce soit avec les syndicats ou avec des mutuelles, entrer progressivement en contact avec des gens qui sont dans le rapport de force utile, notamment au niveau de l’Inami, des pouvoirs publics communautaires et régionaux. C’est une période où une série de structures se mettent en place : maisons médicales, centres de santé mentale, centres de planning familial, boutiques de droit, conseil juridique social. Il y a un mouvement de fond, de travail sur une alternative de l’offre en matière de travail social, une espèce de mouvement nécessaire pour se faire reconnaitre et pour continuer à partager et à construire une identité encore très fugace.

En 1981, la Fédération des maisons médicales est née. Où se situe-t-elle par rapport à ses membres ? Je ne pense pas qu’elle soit au-dessus dans le sens où elle impose sa vision, je pense qu’elle est à la fois entre ses membres et en même temps la part convergente, visible de ses membres. Les modes d’organisation de la Fédération sont tels qu’ils sont largement collectifs. Le secrétariat général n’a été reconnu comme nécessaire à temps plein que deux ou trois ans avant que je ne parte, c’est-à-dire qu’il a fallu vingt ans pour que la structure, l’assemblée générale — donc les maisons médicales — accepte d’investir dans une fonction de coordination importante. Tout le reste du temps et encore maintenant d’ailleurs, c’est un bureau politique, un bureau stratégique, donc ça représente essentiellement des gens des maisons médicales qui délèguent des travailleurs pour venir co-organiser ensemble la Fédération.

Cet article est paru dans la revue:

Santé conjuguée, n°98 - mars 2022

(Re)créer des espaces politiques

Tel est l’objectif des patients et soignants qui ont expérimenté l’outil « porteur de paroles », une technique d’animation en éducation permanente pratiquée à l’occasion des quarante ans de la Fédération des maisons médicales.
- Pauline Gillard

L’histoire, un outil de formation

En engageant public, soignants, patients et partenaires à se situer sur une ligne du temps ou en évoquant des événements fondateurs du mouvement et de l’histoire du pays, les animatrices de la Fédération les invitent à garder l’œil sur le rétroviseur.
- Sophie Bodarwé

Quels défis pour le mouvement ?

Depuis la création de la Fédération, le nombre de maisons médicales, de professionnels et d’usagers n’a cessé d’augmenter et le contexte politique, social et économique a fortement évolué. Les enjeux d’hier ne sont plus (tous) les mêmes aujourd’hui. Un groupe de soignants et de patients a identifié quelques défis prioritaires que le mouvement des maisons médicales devrait relever dans les prochaines années.
- Pauline Gillard

Introduction n°98

Des rencontres, des échanges, des histoires… en quarante ans nous en avons accumulé ! Quatre décennies de lutte pour une vision de l’organisation des soins de santé dans notre pays, peut-être même pour une vision de l’organisation(…)

- Rudy Pirard

Ligne du temps : De A à Z – Histoire(s) du mouvement des maisons médicales

Ces dénicheuses de pépites, ces voyageuses dans le temps sont Marie-Laurence Dubois (Valorescence) et Annette Hendrick (ORAM). Leur inventaire et le classement des documents de la Fédération préparant la démarche historique proprement dite, pour laquelle elles(…)

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Rêves de santé

Le journaliste Matthieu Cornélis a interviewé une vingtaine de personnalités qui ont fait et font encore le mouvement des maisons médicales. Un recueil sonore qui contribue à l’oeuvre de mémoire et de transmission.
- Pascale Meunier

Rêves de santé – JACQUES MOREL – « C’est la société qui est malade »

Premier secrétaire général de la Fédération, il s’y est impliqué durant une trentaine d’années tout en pratiquant la médecine générale dès la naissance des maisons médicales. Comment définir ces centres de santé d’un genre nouveau ?
- Jacques Morel

Rêves de santé – NATACHA CARRION – « Le projet de la maison médicale, c’était le rêve devant ma porte »

Médecin généraliste durant une trentaine d’années à la maison médicale Bautista van Schowen à Seraing, elle a avant cela exercé son métier au Chili, jusqu’à ce que l’arrivée du général Pinochet bouleverse sa vie… Elle raconte les débuts du mouvement des maisons médicales en Belgique et le contexte dans lequel est née la Fédération au début des années 1980.
- Natacha Carion Osorio

Rêves de santé – RI DE RIDDER – « Un système qui n’est pas efficient »

Il a créé l’une des premières maisons médicales en Flandre, où il y a travaillé durant plus de vingt ans. Il a ensuite dirigé l’Inami, l’Institut national d’assurance maladie invalidité. Aujourd’hui, il conseille le ministre fédéral de la Santé publique. Il connait très bien le système belge de santé et ne manque pas d’idées pour le dépoussiérer.
- Ri de Ridder

Rêves de santé – MICHEL ROLAND- « Notre modèle structuré est devenu le modèle belge »

Il a créé l’une des premières maisons médicales à Bruxelles, mais cet amoureux des sciences dures a aussi développé des logiciels originaux qui ont placé la Fédération à l’avant-garde de ce secteur.
- Michel Roland

Rêves de santé – JEAN-MARIE LÉONARD – « Penser la santé autrement »

Comme permanent syndical dans la région de Charleroi puis comme secrétaire fédéral au SETCa – le syndicat des employés des techniciens et des cadres –, il a vécu l’évolution du secteur de la santé et la naissance des maisons médicales.
- Jean-Marie Léonard

Rêves de santé – BRIGITTE MEIRE – « Mutualiser nos forces »

Infirmière, elle était au front lors des négociations des accords du non-marchand. Elle a ensuite œuvré à la création d’une délégation syndicale pour les travailleurs du mouvement des maisons médicales, un mouvement autogestionnaire, ce qui a soulevé quelques questions. Son engagement syndical a débuté à l’hôpital.
- Brigitte Meire

Rêves de santé – MONIQUE BOULAD – « On nous appelait les petits médecins »

Nous avions vraiment envie de rompre avec la médecine libérale que nous trouvions beaucoup trop commerciale. Nous voulions travailler en groupe, ce qui était à l’époque tout à fait nouveau. On s’est mis dans des quartiers(…)

- Monique Boulad

Rêves de santé – PIERRE DRIELSMA – « Une arme redoutable pour le changement social »

Médecin généraliste liégeois, il a participé à la conquête du paiement au forfait. Au début des années 1980, il est engagé à la maison médicale Bautista Van Schouwen, à Seraing, et vite embarqué dans un groupe de réflexion qui entend instaurer ce système en Belgique.
- Pierre Drielsma

Rêves de santé – BERNARD VERCRUYSSE – « Le pouvoir est fondamental »

Ses patients l’appellent Sakal docteur, docteur barbu en turc. Sa pratique durant quarante ans en maison médicale dans le quartier Nord de Bruxelles a certes nécessité un stéthoscope, mais aussi de bonnes oreilles.
- Bernard Vercruysse

Rêves de santé – ISABELLE HEYMANS – « Cette transition, on l’a réussie ensemble »

Elle a travaillé comme médecin généraliste en maison médicale dans la région liégeoise et à la Fédération pendant seize ans. D’abord chargée de mission pour la cellule politique, puis chargée de projet au service d’études, et enfin secrétaire politique et secrétaire générale.
- Isabelle Heymans

Rêves de santé – CORALIE LADAVID – « L’éducation permanente, c’est une philosophie »

Assistante sociale à la maison médicale Le Gué, elle a été ensuite secrétaire politique de la Fédération. Aujourd’hui, elle est échevine à la ville de Tournai en charge du logement, de la participation citoyenne, de l’égalité des chances et de la solidarité internationale.
- Coralie Ladavid

Rêves de santé – RUDY PIRARD – « Celui qui connait le mieux sa situation, c’est le patient »

Assistant social à la maison médicale du Laveu, à Liège, voilà quinze ans qu’il s’implique dans le secteur. Il a été le président de l’intergroupe liégeois des maisons médicales et aujourd’hui celui de l’organe d’administration de la Fédération. Au cœur de son travail : les inégalités sociales, le travail communautaire, la place du patient et l’autogestion.
- Rudy Pirard

Rêves de santé – CLARISSE VAN TICHELEN – « Ce n’est pas juste une question d’accès financier »

Économiste, elle a réalisé en 2019 une étude pour le compte de l’Institut wallon de l’évaluation de la prospective et de la statistique (IWEPS). Il s’agissait d’évaluer les mesures prises dans le cadre du plan de lutte contre la pauvreté, et parmi celles-ci les politiques de soutien aux maisons médicales : dans quelle mesure améliorent-elles l’accès aux soins de santé de première ligne des personnes précaires en Région wallonne ?
- Clarisse Van Tichelen

Rêves de santé – MICKY FIERENS – « Chaque personne a quelque chose à apprendre aux autres »

La Ligue des usagers des services de santé (LUSS) est une fédération qui rassemble des associations de patients en Belgique francophone et qui porte la parole des usagers des services de santé. Ses missions : œuvrer pour l’accès à des soins de qualité pour tous et valoriser la participation des usagers aux politiques de santé. Micky Fierens en est membre fondatrice, elle en fut aussi la directrice pendant vingt ans.
- Micky Fierens

Rêves de santé – HÉLÈNE DISPAS – « Tout ce que l’on fait est politique »

Médecin généraliste à la maison de santé Potager, à Saint-Josse-ten-Noode, elle est également conseillère santé pour le parti Ecolo-Groen au parlement fédéral. Précédemment, elle était membre du bureau stratégique de la Fédération.
- Hélène Dispas

Rêves de santé – ISABELLE DECHAMP – « La première ligne de la première ligne »

Les maisons médicales, ce sont des équipes pluridisciplinaires de médecins généralistes, kinés, infirmières, parfois dentistes ou autres spécialistes. Attention à ne pas oublier l’accueil ! Isabelle Dechamp, entrée en 1996 à la maison médicale Le Gué (Tournai), présente ce métier méconnu.
- Isabelle Dechamps

Rêves de santé – AUDE GARELLY – « Rester puriste ou s’ouvrir »

Il y a quelques années, la Fédération initiait un projet important, celui des critères de membres. Ceux-ci ont été actualisés, clarifiés et rendus plus opérationnels. Ce chantier a été confié à une consultante qui s’est immergée dans le mouvement.
- Aude Garelly

Rêves de santé – FANNY DUBOIS – « Un système qui gère des maladies plutôt que de prévenir la santé »

L’actuelle secrétaire générale de la Fédération des maisons médicales chérit la Sécurité sociale, une Sécurité sociale cependant mise à mal, notamment par des logiques néolibérales.
- Fanny Dubois

Rendez-vous en 2062 !

L’histoire de la Fédération des maisons médicales ne se termine pas au quarantième chapitre. Que lui réservent les années à venir ? Quels sont les enjeux qui continuent de la mobiliser ? Quels sont les nouveaux défis qu’elle rencontre ? Les questions qui la traversent et les aspirations vers lesquelles elle tend ? Sa secrétaire générale Fanny Dubois dessine les actuelles et futures grandes lignes d’attention, à l’éclairage d’un passé nourrissant. De quel bagage avez-vous hérité de vos prédécesseurs pour développer le futur du mouvement ?
- Fanny Dubois, Pascale Meunier

Accélération

L’expérience fondamentale de la modernité, c’est une gigantesque accélération du monde et de la vie, et pourtant, la société n’a jamais été autant en pénurie de temps. Plus nous tentons de gagner du temps, moins nous en avons.
- Dr André Crismer