Aller au contenu

Rêves de santé


Santé conjuguée n°98 - mars 2022

Le journaliste Matthieu Cornélis a interviewé une vingtaine de personnalités qui ont fait et font encore le mouvement des maisons médicales. Un recueil sonore qui contribue à l’oeuvre de mémoire et de transmission.

Le projet remonte à l’été 2021, à l’envie de marquer le coup pour les quarante ans de la Fédération des maisons médicales en recueillant les témoignages de ses pionniers. Pour se rappeler d’où l’on vient, du contexte et des enjeux de l’époque, des difficultés auxquelles ils ont dû faire face dans le développement d’une politique de soins pour toutes et tous à un prix raisonnable, par des équipes pluridisciplinaires en Wallonie et à Bruxelles. Il y avait un intérêt marqué pour la parole des anciens, mais aussi de plus jeunes, hommes et femmes, qui s’impliquent dans le mouvement actuellement. La somme de leurs traits, de leurs expériences et de leurs idéaux donne un visage à la Fédération.

Polyphonie et unisson

« Mon objectif dans ce métier de portraitiste sonore, explique Matthieu Cornélis, c’est d’ouvrir un canal de communication privilégié avec chaque personne, d’instaurer une confiance et d’aller chercher en elle les mots qui la racontent. » À chaque témoin une tonalité, une anecdote, un éclairage, une interrogation, une aspiration, un combat, une victoire… « J’ai vraiment été surpris par le degré d’engagement de ces personnes, poursuit-il. J’ai rencontré des gens portés, animés, presque envahis par leur métier et le sens qu’ils y mettent. Tous sont désireux de se battre jusqu’au bout pour changer les choses, pour faire admettre que la première ligne est l’avenir des soins de santé, pour réduire les inégalités sociales. Oui, j’ai rencontré beaucoup d’idéalistes »

Pourquoi utiliser uniquement le son et pas l’écriture ou la vidéo ? « J’ai découvert les émotions que le son, que la voix, pouvait procurer. L’écrit permet des descriptions, mais il n’offre pas cette proximité avec la personne qui s’exprime, on n’a pas les silences, on n’a pas les hésitations, on n’a pas ces moments où l’on entend qu’elle a besoin d’un peu plus de temps pour formuler une réponse. Les silences en radio, ça veut dire quelque chose. Cela permet de dresser un portait plus humain. Il y a des mots que je ne parviendrais pas à recueillir avec une caméra, qui est plus frontale, qui intimide davantage. L’image distrait aussi le spectateur alors que l’audio lui permet de rester concentré sur le message. »

Une vingtaine de témoins se sont livrés. L’histoire institutionnelle est ainsi faite d’histoires personnelles, de la conjugaison de valeurs individuelles et collectives, à l’échelle d’un quartier et de la société. « Certains d’entre eux se sont impliqués dans la Fédération dès sa constitution, d’autres l’étaient plutôt dans leur maison médicale et c’était leur manière de changer les choses. Avec beaucoup d’humilité, ils ne considèrent pas avoir joué un rôle énorme. Quand je leur demandais quel était le sens de leur témoignage, pourquoi à leur avis je m’adressais à eux, tous répondaient à peu près la même chose : j’imagine que j’ai joué un rôle dans la consolidation de la Fédération ou que j’ai participé à un projet qui a du sens… Mais nous étions nombreux ! »

Ces podcasts sont disponibles sur https://www.maisonmedicale.org/#podcasts. Les pages qui suivent présentent des extraits retranscrits de ces entretiens. Les vignettes de couleur renvoient au livre De A à Z, Histoire(s) du mouvement des maisons médicales, un abécédaire coécrit par les archivistes et historiens Annette Hendrick et Jean-Louis Moreau.

Cet article est paru dans la revue:

Santé conjuguée, n°98 - mars 2022

Inventé en 2002 par l’association Lézards politiques et diffusé par diverses coopératives d’éducation populaire françaises, le porteur de paroles est un outil d’animation qui vise à (re)créer du débat politique dans l’espace public autour d’une question(…)

- Pauline Gillard

À Gilly, Namur, Bruxelles ou Liège, quelques tonnelles, un lieu d’accueil et, à côté du dispositif Porteur de paroles mis en place lors d’actions locales célébrant les quarante ans de la Fédération [1], un public nombreux discute(…)

- Sophie Bodarwé

Réunis sur base volontaire le temps d’une demi-journée, neuf soignants et deux patients de maisons médicales bruxelloises, liégeoises et brabançonne ont mis en commun leurs observations et aspirations à propos d’enjeux qu’ils et elles estiment prioritaires(…)

- Pauline Gillard

Des rencontres, des échanges, des histoires… en quarante ans nous en avons accumulé ! Quatre décennies de lutte pour une vision de l’organisation des soins de santé dans notre pays, peut-être même pour une vision de l’organisation(…)

- Rudy Pirard

Ces dénicheuses de pépites, ces voyageuses dans le temps sont Marie-Laurence Dubois (Valorescence) et Annette Hendrick (ORAM). Leur inventaire et le classement des documents de la Fédération préparant la démarche historique proprement dite, pour laquelle elles(…)

-

Le projet remonte à l’été 2021, à l’envie de marquer le coup pour les quarante ans de la Fédération des maisons médicales en recueillant les témoignages de ses pionniers. Pour se rappeler d’où l’on vient, du(…)

- Pascale Meunier

C’est un peu l’alliance d’une préoccupation pour une médecine humaine et d’une dimension politique. Ils se fondent sur les travaux du GERM, le Groupe d’étude pour une réforme de la médecine qui est né en 1964(…)

- Jacques Morel

Au moment du coup d’État, le régime a décidé que nous étions des indésirables, des terroristes. J’ai été en prison pendant deux ans. Mon mari a disparu, certainement assassiné. Moi j’ai été sauvée de justesse. On(…)

- Natacha Carion Osorio

Je suis venu à Gand pour étudier et j’y suis resté. On a fondé dans ce quartier une maison médicale. En néerlandais, ça s’appelle wijkgezondheidscentrum — centre de santé de quartier. J’y ai travaillé pendant vingt-quatre(…)

- Ri de Ridder

En 1977, on s’est dit « on va essayer de faire une maison médicale plus conviviale, plus proche des gens, de la population ». On a choisi une maison qu’on a rénovée nous-mêmes pendant des mois, on a(…)

- Michel Roland

À l’époque, syndicalement, le secteur de la santé c’était les hôpitaux point à la ligne. Quand j’arrive comme permanent à Charleroi avec quelques collègues et une série de travailleurs dont quelques médecins de la région, mais(…)

- Jean-Marie Léonard

J’étais représentante du personnel au conseil d’entreprise, je voulais comprendre le fonctionnement de l’hôpital ; j’ai aussi compris le fonctionnement du système de santé belge. Puis je suis partie en maison médicale et, en 2000, il y(…)

- Brigitte Meire

Nous avions vraiment envie de rompre avec la médecine libérale que nous trouvions beaucoup trop commerciale. Nous voulions travailler en groupe, ce qui était à l’époque tout à fait nouveau. On s’est mis dans des quartiers(…)

- Monique Boulad

Souvent à l’époque, on utilisait l’exemple chinois. Dans la médecine chinoise traditionnelle, les médecins étaient payés quand on était en bonne santé, et quand on tombait malade ils étaient pénalisés. Il y avait une espèce de(…)

- Pierre Drielsma

Ce qui nous importait avant tout c’était les réunions de réflexion sur la santé du quartier. J’ai eu beaucoup de chance au début parce qu’il y avait un leader, une personne influente de la communauté turque,(…)

- Bernard Vercruysse

Quand j’ai étudié la médecine, je pensais que je ferais de l’humanitaire en pays en voie de développement. Pour moi, la médecine générale en Belgique ce n’était pas imaginable parce que je croyais que ça n’existait(…)

- Isabelle Heymans

Je suis arrivée à la maison médicale dans le quartier Saint-Piat, je savais qu’il avait mauvaise réputation, qu’il y avait une grande pauvreté. Très vite, j’ai pu mettre en place, et avec d’autres évidemment, de la(…)

- Coralie Ladavid

Le quartier du Laveu est un quartier en train de s’embourgeoiser, mais qui à la base est très populaire. On a pour l’instant une grosse mixité : des familles de trente quarante ans avec de jeunes enfants(…)

- Rudy Pirard

Quand on parle de maison médicale, tout le monde n’a pas la même chose en tête : une structure de première ligne qui fonctionne au forfait, une structure affiliée à la Fédération des maisons médicales, une structure(…)

- Clarisse Van Tichelen

Dans les années 1980, les soignants avaient envie d’avoir un retour de ce que les patients ressentaient par rapport à la maison médicale, mais aussi sur la manière dont ils voulaient être soignés et ce qu’était la(…)

- Micky Fierens

Le bureau stratégique – pour résumer avec un mot que peu de gens aiment –, on dirait qu’on est des lobbyistes au service d’une bonne cause. Évidemment, les lobbyistes pensent toujours que leur cause est la(…)

- Hélène Dispas

Au début, l’accueil à la maison médicale avait été organisé par des patientes, qui l’ont fait du mieux qu’elles pouvaient, mais sans tenir compte d’options professionnelles : l’écoute, l’organisation, le planning, l’accueil du patient en tant que(…)

- Isabelle Dechamps

La Fédération travaillait depuis plusieurs années sur la mise à jour des critères de membre pour coller à la réalité du mouvement et des enjeux de santé publique aujourd’hui. Je suis allée voir des partenaires ou(…)

- Aude Garelly

Je ne suis pas tout de suite tombée dans le mouvement des maisons médicales. Je suis d’abord passée par la mutualité. Même si j’ai à cœur de toujours garder un lien avec le terrain, de toujours(…)

- Fanny Dubois

F.D. : Quand je suis arrivée à la Fédération des maisons médicales, l’une des premières choses que l’organe d’administration m’a dites, c’est que j’avais tendance à survaloriser ce mouvement et que j’en comprendrais vite la complexité. Effectivement !(…)

- Fanny Dubois, Pascale Meunier

Ce mal touche de nombreux soignants et tant de nos patients. Nous courons, nous courons et nous avons de moins en moins de temps. Hartmut Rosa, philosophe et sociologue allemand, a consacré un essai à cette(…)

- Dr André Crismer