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Rêves de santé – MICKY FIERENS – « Chaque personne a quelque chose à apprendre aux autres »


Santé conjuguée n°98 - mars 2022

La Ligue des usagers des services de santé (LUSS) est une fédération qui rassemble des associations de patients en Belgique francophone et qui porte la parole des usagers des services de santé. Ses missions : œuvrer pour l’accès à des soins de qualité pour tous et valoriser la participation des usagers aux politiques de santé. Micky Fierens en est membre fondatrice, elle en fut aussi la directrice pendant vingt ans.

Dans les années 1980, les soignants avaient envie d’avoir un retour de ce que les patients ressentaient par rapport à la maison médicale, mais aussi sur la manière dont ils voulaient être soignés et ce qu’était la santé pour eux. Ils ont invité des patients à les rencontrer, j’en ai fait partie. C’était des rencontres collectives qui nous permettaient de parler aussi de la santé, de la manière dont on la voyait et de la manière dont on voyait le médecin et les autres soignants qui accompagnent le patient dans son parcours. Dans les années 1980, on ne parlait pas du tout de participation des patients. Ceux qui parlaient au nom des patients, c’était les médecins qui savaient comment leurs patients se sentaient ou alors les mutuelles qui étaient les représentants officiels dans le système politique. Dans ces années-là, donner la parole aux patients était quelque chose de très innovant. Je m’attendais à des personnes dans la plainte, et en fait pas du tout. Ça a été très enrichissant d’entendre les autres parler de leur santé et ça m’a constitué un énorme bagage de départ, ça m’a remise dans une position humble d’écoute. Chaque personne a quelque chose à apprendre aux autres.

Elle prend ensuite la parole dans des colloques, des cabinets ministériels et devient en quelque sorte la porte-parole des patients. C’est le bon moment pour concrétiser une idée… Il faudrait pouvoir créer quelque chose où les patients sont entre patients et puissent légitimement prendre la parole parce qu’ils représentent réellement les patients, qu’ils ont une connaissance de leur vécu, de leurs attentes, de ce qui va bien, de ce qui ne va pas bien. Dans les années 1990 j’ai été à l’initiative, avec aussi des gens de la maison médicale de Barvaux, de cette fédération d’associations de patients et j’ai fait appel à toutes les associations répertoriées côté francophone. Des gens qui ont besoin d’être reconnus dans leurs droits, de pouvoir arriver à une certaine autonomie pour se soigner, de se sentir mieux considérés par les soignants, d’avoir de bonnes informations, de pouvoir donner un consentement avant d’entamer des démarches d’opération ou autre… On est allé tout doucement vers un respect des droits des patients qui a abouti en 2002. Tout le monde n’a pas le même degré d’autonomie et tout le monde n’a pas une volonté d’autonomie, mais il faut pouvoir s’adapter à cette volonté de l’autonomie du patient. Ça peut être simplement répondre à des questions qu’il n’a pas posées pour avoir des réponses que le médecin n’était pas prêt à donner ou auxquelles il n’avait pas pensé, c’est se sentir considéré et que ce qu’on raconte est pris en compte — par exemple que tel médicament ne fait pas d’effet ou qu’on a des douleurs qui ne se détectent pas par des radios ou des prises de sang, que ces douleurs existent. Donc plutôt un médecin qui accompagne. Quand on a une maladie chronique depuis longtemps, on connait bien les symptômes, on connait bien les répercussions des médicaments, on est tout à fait capable de lire les résultats d’une prise de sang, on est même capable de lire une radio et on est capable d’interpréter ce qui s’est passé à un moment donné (« tiens ma prise de sang a été moins bonne, mais je sais bien que ces derniers temps je n’étais pas bien, j’ai mal mangé, j’étais stressé »). C’est au médecin de poser les bonnes questions pour savoir comment le patient se sent capable ou comment il a envie d’avancer d’une manière autonome. Au début on a dérangé, parce que les soignants estimaient très bien connaitre leurs patients et ne pas avoir besoin de quelqu’un d’autre pour leur dire ce qu’ils devaient faire ou ne pas faire ou porter un jugement. Les mutuelles aussi estimaient qu’on marchait sur leurs plates-bandes et qu’il n’y avait pas besoin d’un autre représentant des patients qu’eux. Dans des milieux de plus en plus ouverts, on a pu rendre intéressante la parole du patient… il y avait un intérêt à les écouter. Ce qui est intéressant, c’est de mettre les expertises des uns et des autres, une expertise scientifique du médecin et une expertise du vécu du patient, sur un pied d’égalité à un moment donné et de pouvoir aussi du coup éduquer les médecins.

Droits du patient

La Fédération s’est intéressée aux droits du patient dès 1982, quand elle entame en collaboration avec le GERM la rédaction d’un guide à ce sujet coordonné par Colette Swaelens. Objectif : améliorer la compréhension du système de santé par la population. L’accent y est mis sur la responsabilisation des usagers en évitant toute mentalité d’assisté. Depuis cette époque, la Fédération considère que « c’est aux usagers que revient de déterminer ce qu’ils attendent des soignants ; le rôle de l’État est d’être leur porte-parole ; et celui des soignants, de mettre leurs compétences, dont ils restent maitres et responsables, au service de la population » (Axel Hoffman, 1998). Le patient doit être mis en mesure de « se gouverner par ses propres lois » (Coralie Ladavid, 2001).

La fin des années 1990 est marquée par une effervescence législative au sujet des droits du patient. Dès l’été 1997, le ministre fédéral de la Santé Marcel Colla (SP) se penche sur la question. La ministre Magda Aelvoet reprendra le flambeau quelques années plus tard. La loi de 2002 relative aux droits des patients reconnait le modèle participatif en mentionnant, entre autres droits : ceux de recevoir des soins de qualité, de choisir son praticien, d’être informé sur sa santé, de consentir librement à toute intervention (ou de la refuser), d’avoir un dossier médical tenu à jour et de pouvoir le consulter, d’être respecté dans sa vie privée et dans son intimité, etc.

Cet article est paru dans la revue:

Santé conjuguée, n°98 - mars 2022

(Re)créer des espaces politiques

Tel est l’objectif des patients et soignants qui ont expérimenté l’outil « porteur de paroles », une technique d’animation en éducation permanente pratiquée à l’occasion des quarante ans de la Fédération des maisons médicales.
- Pauline Gillard

L’histoire, un outil de formation

En engageant public, soignants, patients et partenaires à se situer sur une ligne du temps ou en évoquant des événements fondateurs du mouvement et de l’histoire du pays, les animatrices de la Fédération les invitent à garder l’œil sur le rétroviseur.
- Sophie Bodarwé

Quels défis pour le mouvement ?

Depuis la création de la Fédération, le nombre de maisons médicales, de professionnels et d’usagers n’a cessé d’augmenter et le contexte politique, social et économique a fortement évolué. Les enjeux d’hier ne sont plus (tous) les mêmes aujourd’hui. Un groupe de soignants et de patients a identifié quelques défis prioritaires que le mouvement des maisons médicales devrait relever dans les prochaines années.
- Pauline Gillard

Introduction n°98

Des rencontres, des échanges, des histoires… en quarante ans nous en avons accumulé ! Quatre décennies de lutte pour une vision de l’organisation des soins de santé dans notre pays, peut-être même pour une vision de l’organisation(…)

- Rudy Pirard

Ligne du temps : De A à Z – Histoire(s) du mouvement des maisons médicales

Ces dénicheuses de pépites, ces voyageuses dans le temps sont Marie-Laurence Dubois (Valorescence) et Annette Hendrick (ORAM). Leur inventaire et le classement des documents de la Fédération préparant la démarche historique proprement dite, pour laquelle elles(…)

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Rêves de santé

Le journaliste Matthieu Cornélis a interviewé une vingtaine de personnalités qui ont fait et font encore le mouvement des maisons médicales. Un recueil sonore qui contribue à l’oeuvre de mémoire et de transmission.
- Pascale Meunier

Rêves de santé – JACQUES MOREL – « C’est la société qui est malade »

Premier secrétaire général de la Fédération, il s’y est impliqué durant une trentaine d’années tout en pratiquant la médecine générale dès la naissance des maisons médicales. Comment définir ces centres de santé d’un genre nouveau ?
- Jacques Morel

Rêves de santé – NATACHA CARRION – « Le projet de la maison médicale, c’était le rêve devant ma porte »

Médecin généraliste durant une trentaine d’années à la maison médicale Bautista van Schowen à Seraing, elle a avant cela exercé son métier au Chili, jusqu’à ce que l’arrivée du général Pinochet bouleverse sa vie… Elle raconte les débuts du mouvement des maisons médicales en Belgique et le contexte dans lequel est née la Fédération au début des années 1980.
- Natacha Carion Osorio

Rêves de santé – RI DE RIDDER – « Un système qui n’est pas efficient »

Il a créé l’une des premières maisons médicales en Flandre, où il y a travaillé durant plus de vingt ans. Il a ensuite dirigé l’Inami, l’Institut national d’assurance maladie invalidité. Aujourd’hui, il conseille le ministre fédéral de la Santé publique. Il connait très bien le système belge de santé et ne manque pas d’idées pour le dépoussiérer.
- Ri de Ridder

Rêves de santé – MICHEL ROLAND- « Notre modèle structuré est devenu le modèle belge »

Il a créé l’une des premières maisons médicales à Bruxelles, mais cet amoureux des sciences dures a aussi développé des logiciels originaux qui ont placé la Fédération à l’avant-garde de ce secteur.
- Michel Roland

Rêves de santé – JEAN-MARIE LÉONARD – « Penser la santé autrement »

Comme permanent syndical dans la région de Charleroi puis comme secrétaire fédéral au SETCa – le syndicat des employés des techniciens et des cadres –, il a vécu l’évolution du secteur de la santé et la naissance des maisons médicales.
- Jean-Marie Léonard

Rêves de santé – BRIGITTE MEIRE – « Mutualiser nos forces »

Infirmière, elle était au front lors des négociations des accords du non-marchand. Elle a ensuite œuvré à la création d’une délégation syndicale pour les travailleurs du mouvement des maisons médicales, un mouvement autogestionnaire, ce qui a soulevé quelques questions. Son engagement syndical a débuté à l’hôpital.
- Brigitte Meire

Rêves de santé – MONIQUE BOULAD – « On nous appelait les petits médecins »

Nous avions vraiment envie de rompre avec la médecine libérale que nous trouvions beaucoup trop commerciale. Nous voulions travailler en groupe, ce qui était à l’époque tout à fait nouveau. On s’est mis dans des quartiers(…)

- Monique Boulad

Rêves de santé – PIERRE DRIELSMA – « Une arme redoutable pour le changement social »

Médecin généraliste liégeois, il a participé à la conquête du paiement au forfait. Au début des années 1980, il est engagé à la maison médicale Bautista Van Schouwen, à Seraing, et vite embarqué dans un groupe de réflexion qui entend instaurer ce système en Belgique.
- Pierre Drielsma

Rêves de santé – BERNARD VERCRUYSSE – « Le pouvoir est fondamental »

Ses patients l’appellent Sakal docteur, docteur barbu en turc. Sa pratique durant quarante ans en maison médicale dans le quartier Nord de Bruxelles a certes nécessité un stéthoscope, mais aussi de bonnes oreilles.
- Bernard Vercruysse

Rêves de santé – ISABELLE HEYMANS – « Cette transition, on l’a réussie ensemble »

Elle a travaillé comme médecin généraliste en maison médicale dans la région liégeoise et à la Fédération pendant seize ans. D’abord chargée de mission pour la cellule politique, puis chargée de projet au service d’études, et enfin secrétaire politique et secrétaire générale.
- Isabelle Heymans

Rêves de santé – CORALIE LADAVID – « L’éducation permanente, c’est une philosophie »

Assistante sociale à la maison médicale Le Gué, elle a été ensuite secrétaire politique de la Fédération. Aujourd’hui, elle est échevine à la ville de Tournai en charge du logement, de la participation citoyenne, de l’égalité des chances et de la solidarité internationale.
- Coralie Ladavid

Rêves de santé – RUDY PIRARD – « Celui qui connait le mieux sa situation, c’est le patient »

Assistant social à la maison médicale du Laveu, à Liège, voilà quinze ans qu’il s’implique dans le secteur. Il a été le président de l’intergroupe liégeois des maisons médicales et aujourd’hui celui de l’organe d’administration de la Fédération. Au cœur de son travail : les inégalités sociales, le travail communautaire, la place du patient et l’autogestion.
- Rudy Pirard

Rêves de santé – CLARISSE VAN TICHELEN – « Ce n’est pas juste une question d’accès financier »

Économiste, elle a réalisé en 2019 une étude pour le compte de l’Institut wallon de l’évaluation de la prospective et de la statistique (IWEPS). Il s’agissait d’évaluer les mesures prises dans le cadre du plan de lutte contre la pauvreté, et parmi celles-ci les politiques de soutien aux maisons médicales : dans quelle mesure améliorent-elles l’accès aux soins de santé de première ligne des personnes précaires en Région wallonne ?
- Clarisse Van Tichelen

Rêves de santé – MICKY FIERENS – « Chaque personne a quelque chose à apprendre aux autres »

La Ligue des usagers des services de santé (LUSS) est une fédération qui rassemble des associations de patients en Belgique francophone et qui porte la parole des usagers des services de santé. Ses missions : œuvrer pour l’accès à des soins de qualité pour tous et valoriser la participation des usagers aux politiques de santé. Micky Fierens en est membre fondatrice, elle en fut aussi la directrice pendant vingt ans.
- Micky Fierens

Rêves de santé – HÉLÈNE DISPAS – « Tout ce que l’on fait est politique »

Médecin généraliste à la maison de santé Potager, à Saint-Josse-ten-Noode, elle est également conseillère santé pour le parti Ecolo-Groen au parlement fédéral. Précédemment, elle était membre du bureau stratégique de la Fédération.
- Hélène Dispas

Rêves de santé – ISABELLE DECHAMP – « La première ligne de la première ligne »

Les maisons médicales, ce sont des équipes pluridisciplinaires de médecins généralistes, kinés, infirmières, parfois dentistes ou autres spécialistes. Attention à ne pas oublier l’accueil ! Isabelle Dechamp, entrée en 1996 à la maison médicale Le Gué (Tournai), présente ce métier méconnu.
- Isabelle Dechamps

Rêves de santé – AUDE GARELLY – « Rester puriste ou s’ouvrir »

Il y a quelques années, la Fédération initiait un projet important, celui des critères de membres. Ceux-ci ont été actualisés, clarifiés et rendus plus opérationnels. Ce chantier a été confié à une consultante qui s’est immergée dans le mouvement.
- Aude Garelly

Rêves de santé – FANNY DUBOIS – « Un système qui gère des maladies plutôt que de prévenir la santé »

L’actuelle secrétaire générale de la Fédération des maisons médicales chérit la Sécurité sociale, une Sécurité sociale cependant mise à mal, notamment par des logiques néolibérales.
- Fanny Dubois

Rendez-vous en 2062 !

L’histoire de la Fédération des maisons médicales ne se termine pas au quarantième chapitre. Que lui réservent les années à venir ? Quels sont les enjeux qui continuent de la mobiliser ? Quels sont les nouveaux défis qu’elle rencontre ? Les questions qui la traversent et les aspirations vers lesquelles elle tend ? Sa secrétaire générale Fanny Dubois dessine les actuelles et futures grandes lignes d’attention, à l’éclairage d’un passé nourrissant. De quel bagage avez-vous hérité de vos prédécesseurs pour développer le futur du mouvement ?
- Fanny Dubois, Pascale Meunier

Accélération

L’expérience fondamentale de la modernité, c’est une gigantesque accélération du monde et de la vie, et pourtant, la société n’a jamais été autant en pénurie de temps. Plus nous tentons de gagner du temps, moins nous en avons.
- Dr André Crismer