Rêves de santé – MONIQUE BOULAD – « On nous appelait les petits médecins »
Monique Boulad
Santé conjuguée n°98 - mars 2022
Nous avions vraiment envie de rompre avec la médecine libérale que nous trouvions beaucoup trop commerciale. Nous voulions travailler en groupe, ce qui était à l’époque tout à fait nouveau. On s’est mis dans des quartiers difficiles, des quartiers où il y avait moins de médecins. Nous avons implémenté la Glaise sur base d’une carte de la pauvreté et la Docherie était un des endroits les plus pauvres. On nous appelait les petits médecins. Les gens étaient bienveillants. Nous étions un peu, oui un peu bizarres, mais ils acceptaient notre bizarrerie : chevelus, avec des sabots… Ça s’appelait Boutique populaire la Glaise. Il y avait en plus des médecins des assistants sociaux, des éducateurs, des psychologues, etc. On était une quinzaine et ce qui nous rassemblait n’était pas tant les professions que le désir de changer le monde dans un contexte de lutte des classes, de rendre au peuple ce que les bourgeois leur avaient volé, de rendre la culture. Et on croyait vraiment qu’on y arriverait, on était sûr !
Dans le quartier, il y a beaucoup de Turques et ces dames n’allaient pas chez le médecin. C’est une patientèle que les médecins traditionnels n’aimaient pas, elles venaient en groupe au cabinet médical, ils n’aimaient pas leur façon de présenter les symptômes. Ils appellent ça le syndrome méditerranéen. Par exemple, les dames confondaient avoir très mal et avoir mal partout. J’essayais de leur faire localiser la douleur et l’astuce était de leur demander « où est-ce que vous avez le plus mal ? ». Je m’habituais à leur façon de présenter les choses, je m’habituais à travailler avec des interprètes. Des dames sont venues à la médecine parce que j’étais femme et parce que j’acceptais leur look étranger. Et elles-mêmes m’ont transformée, elles m’ont appris à travailler d’une autre façon que ce que j’avais appris à l’université. Elles m’ont appris à rendre mes traitements plus acceptables pour elles aussi.
À la Fédération, le comité d’éthique est un lieu de réflexion et de recherche pluridisciplinaire. Quand Nick Van Harebeek a fondé le comité d’éthique, il a cherché des gens qui avaient des orientations différentes ; il y avait un pasteur protestant, un philosophe laïc, des scientifiques et les travailleurs des maisons médicales qui voulaient participer à cette réflexion. Nos rapports et nos discussions devaient rester confidentiels et ne devaient paraître que des textes aboutis. On devait avoir la latitude au cours des discussions d’avancer, de reculer, d’essayer une idée. Les thèmes abordés depuis 2000 : la responsabilité financière des mineurs, le secret médical (des interpellations des équipes), la pluridisciplinarité dans le code de déontologie, le dépistage des maladies génétiques, que faire lorsqu’une personne atteinte du sida ne veut pas en informer son partenaire…
Éthique
Un comité d’éthique a été fondé au sein de la Fédération en janvier 1991, lui permettant de se positionner dans les grands débats sociétaux de l’heure (euthanasie, surmédicalisation, avortement, toxicomanie, plus tard marchandisation de la santé ou protection de la vie privée et très récemment pandémie). Le comité compte en son sein des soignants, mais aussi des représentants des patients, des juristes, des philosophes… Il a été présidé par le chanoine Pierre de Locht puis par Monique Boulad, Latifa Ayada et Jamie Lee Fossion.
Cet article est paru dans la revue:
Santé conjuguée, n°98 - mars 2022
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