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Rêves de santé – AUDE GARELLY – « Rester puriste ou s’ouvrir »


Santé conjuguée n°98 - mars 2022

Il y a quelques années, la Fédération initiait un projet important, celui des critères de membres. Ceux-ci ont été actualisés, clarifiés et rendus plus opérationnels. Ce chantier a été confié à une consultante qui s’est immergée dans le mouvement.

La Fédération travaillait depuis plusieurs années sur la mise à jour des critères de membre pour coller à la réalité du mouvement et des enjeux de santé publique aujourd’hui. Je suis allée voir des partenaires ou concurrents ou acteurs pour leur demander comment ils perçoivent la Fédération des maisons médicales. Quelles sont ses forces ? Quelles sont ses faiblesses ?

Autogestion, non-hiérarchie, égalité salariale et interdisciplinarité. Ces critères sont-ils aujourd’hui périmés ? Ils ne sont pas périmés en tant que tels, on n’a pas changé les choses de manière fondamentale, mais ils ont été explicités. Des termes comme l’autogestion, qui était difficile à définir, ont fait l’objet d’un travail. L’idée était de s’adapter à la réalité d’aujourd’hui et de demain. L’enjeu était de faire en sorte que des critères qui affirment des valeurs et des valeurs politiques au sens noble du terme soient applicables, compréhensibles par un nouveau médecin qui s’installe à la campagne avec une infirmière et un kiné et qui n’est pas forcément militant depuis soixante ans sur ces questions-là. L’idée était de pouvoir ouvrir à de nouveaux profils et pas seulement un noyau dur de militants historiques. La Fédération était face à deux options : rester puriste, n’accepter que ceux qui collent à 100 % voire à 200 % aux valeurs ; ou se dire que le mouvement, pour faire impact dans la société et pour faire évoluer les pratiques en matière de santé, devait s’ouvrir et accueillir de nouvelles pratiques et de nouveaux praticiens. Il était possible de ne pas faire fi des valeurs clés du passé de la Fédération et d’accueillir aussi de nouvelles pratiques, de nouvelles têtes. Je crois que l’ambition qui a été la nôtre a été réussie, puisque très concrètement quand on a proposé les nouveaux critères de membre à l’assemblée générale fin 2018, ils ont été approuvés à 89 %.

Un des enjeux était de permettre la progressivité de l’entrée dans la Fédération des maisons médicales. Se créer, faire un réseau, s’implanter, se faire une patientèle… il y avait cette idée de progressivité, et donc aussi un enjeu d’accompagner des nouveaux venus. Il faut pouvoir accompagner des gens qui sont déjà sur le chemin, déjà avec ces valeurs fortes. J’ai fait plusieurs étapes, à l’extérieur, à l’interne de la Fédération, avec le conseil d’administration, les maisons médicales, les intergroupes. J’ai eu un accueil très participatif des maisons médicales qui étaient aussi contentes que les fonctions stratégiques de la Fédération viennent sur le terrain discuter, amender les choses, chercher les exemples et ne pas être dans une logique descendante. C’était vraiment une co-construction et j’avais besoin que les maisons médicales me nourrissent de leurs pratiques. C’est toute la richesse d’un mouvement qui n’est pas uniforme. Il y a eu un bon taux de participation, plein de pratiques différentes, et on a pu enrichir le travail aussi avec des maisons médicales plus ou moins avancées dans leur processus. Au départ, certaines parties prenantes de la Fédération, dont le bureau stratégique est l’instance politique, avaient un peu de mal à lâcher le bébé à quelqu’un qui n’était pas membre historique. Je crois que ma façon de travailler a permis que l’on me prenne pour un réceptacle des idées, mais aussi pour quelqu’un qui va apporter sa synthèse et son analyse. J’étais consultante indépendante, ça a beaucoup joué aussi en la faveur de la réussite du projet. Je ne représentais pas des intérêts particuliers, j’étais en dehors du jeu et je pouvais avoir une vision macro. Par contre, je rendais des comptes au conseil d’administration et à la secrétaire générale. C’est l’avenir des soins de santé de positionner les maisons médicales comme acteurs de première ligne pluridisciplinaire ou transdisciplinaire ancrées dans un territoire et un réseau. Il y a encore beaucoup trop de patients qui vont directement à l’hôpital pour des questions qui pourraient être gérées complètement autrement et je pense que le double aspect curatif et préventif que met en place la maison médicale est plein de richesses. Une des particularités que je relève du mouvement, c’est la capacité à travailler le lien individuel avec le patient et la question communautaire ou collective : le patient est ancré dans la société, on l’accompagne à cet ancrage dans la société.

Critères de membres

Ce sont les maisons médicales qui sont membres de la Fédération et non leurs travailleurs. Le nombre d’affiliés passe d’une trentaine en 1980 à 128 aujourd’hui. Les critères d’agrément sont de deux types.

Adhésion à des valeurs :

- Pratiquer un travail interdisciplinaire et dispenser des soins de santé primaires organisés en première ligne : soins globaux, intégrés, continus et accessibles, dans un souci continu de réflexion et d’adéquation avec les besoins et les réalités des populations du territoire.

- Travailler en équipe non hiérarchisée constituée de minimum trois fonctions de première ligne, dont deux de soins, à savoir un médecin et un(e) accueillant(e) et, au choix, un(e) kinésithérapeute ou un(e) infirmier(ère).

- Adhérer aux statuts de la Fédération et à la charte des maisons médicales, et s’inscrire dans un mouvement qui vise la construction d’une analyse critique de la société et la transformation du système de santé.

- Considérer le patient comme partenaire principal et acteur clé de sa santé, encourager la participation citoyenne (niveau individuel), prendre une option claire en faveur de la réappropriation de la santé par la population (niveau collectif), et développer des approches de santé préventive individuelles et collectives.

Principes organisationnels : constitution en asbl, assemblée générale majoritairement composée des travailleurs, mais ouverte à au moins une personne extérieure à l’équipe, définition d’une politique budgétaire globale et de rétribution transparente.

Rêves de santé – AUDE GARELLY – « Rester puriste ou s’ouvrir »

Cet article est paru dans la revue:

Santé conjuguée, n°98 - mars 2022

(Re)créer des espaces politiques

Tel est l’objectif des patients et soignants qui ont expérimenté l’outil « porteur de paroles », une technique d’animation en éducation permanente pratiquée à l’occasion des quarante ans de la Fédération des maisons médicales.
- Pauline Gillard

L’histoire, un outil de formation

En engageant public, soignants, patients et partenaires à se situer sur une ligne du temps ou en évoquant des événements fondateurs du mouvement et de l’histoire du pays, les animatrices de la Fédération les invitent à garder l’œil sur le rétroviseur.
- Sophie Bodarwé

Quels défis pour le mouvement ?

Depuis la création de la Fédération, le nombre de maisons médicales, de professionnels et d’usagers n’a cessé d’augmenter et le contexte politique, social et économique a fortement évolué. Les enjeux d’hier ne sont plus (tous) les mêmes aujourd’hui. Un groupe de soignants et de patients a identifié quelques défis prioritaires que le mouvement des maisons médicales devrait relever dans les prochaines années.
- Pauline Gillard

Introduction n°98

Des rencontres, des échanges, des histoires… en quarante ans nous en avons accumulé ! Quatre décennies de lutte pour une vision de l’organisation des soins de santé dans notre pays, peut-être même pour une vision de l’organisation(…)

- Rudy Pirard

Ligne du temps : De A à Z – Histoire(s) du mouvement des maisons médicales

Ces dénicheuses de pépites, ces voyageuses dans le temps sont Marie-Laurence Dubois (Valorescence) et Annette Hendrick (ORAM). Leur inventaire et le classement des documents de la Fédération préparant la démarche historique proprement dite, pour laquelle elles(…)

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Rêves de santé

Le journaliste Matthieu Cornélis a interviewé une vingtaine de personnalités qui ont fait et font encore le mouvement des maisons médicales. Un recueil sonore qui contribue à l’oeuvre de mémoire et de transmission.
- Pascale Meunier

Rêves de santé – JACQUES MOREL – « C’est la société qui est malade »

Premier secrétaire général de la Fédération, il s’y est impliqué durant une trentaine d’années tout en pratiquant la médecine générale dès la naissance des maisons médicales. Comment définir ces centres de santé d’un genre nouveau ?
- Jacques Morel

Rêves de santé – NATACHA CARRION – « Le projet de la maison médicale, c’était le rêve devant ma porte »

Médecin généraliste durant une trentaine d’années à la maison médicale Bautista van Schowen à Seraing, elle a avant cela exercé son métier au Chili, jusqu’à ce que l’arrivée du général Pinochet bouleverse sa vie… Elle raconte les débuts du mouvement des maisons médicales en Belgique et le contexte dans lequel est née la Fédération au début des années 1980.
- Natacha Carion Osorio

Rêves de santé – RI DE RIDDER – « Un système qui n’est pas efficient »

Il a créé l’une des premières maisons médicales en Flandre, où il y a travaillé durant plus de vingt ans. Il a ensuite dirigé l’Inami, l’Institut national d’assurance maladie invalidité. Aujourd’hui, il conseille le ministre fédéral de la Santé publique. Il connait très bien le système belge de santé et ne manque pas d’idées pour le dépoussiérer.
- Ri de Ridder

Rêves de santé – MICHEL ROLAND- « Notre modèle structuré est devenu le modèle belge »

Il a créé l’une des premières maisons médicales à Bruxelles, mais cet amoureux des sciences dures a aussi développé des logiciels originaux qui ont placé la Fédération à l’avant-garde de ce secteur.
- Michel Roland

Rêves de santé – JEAN-MARIE LÉONARD – « Penser la santé autrement »

Comme permanent syndical dans la région de Charleroi puis comme secrétaire fédéral au SETCa – le syndicat des employés des techniciens et des cadres –, il a vécu l’évolution du secteur de la santé et la naissance des maisons médicales.
- Jean-Marie Léonard

Rêves de santé – BRIGITTE MEIRE – « Mutualiser nos forces »

Infirmière, elle était au front lors des négociations des accords du non-marchand. Elle a ensuite œuvré à la création d’une délégation syndicale pour les travailleurs du mouvement des maisons médicales, un mouvement autogestionnaire, ce qui a soulevé quelques questions. Son engagement syndical a débuté à l’hôpital.
- Brigitte Meire

Rêves de santé – MONIQUE BOULAD – « On nous appelait les petits médecins »

Nous avions vraiment envie de rompre avec la médecine libérale que nous trouvions beaucoup trop commerciale. Nous voulions travailler en groupe, ce qui était à l’époque tout à fait nouveau. On s’est mis dans des quartiers(…)

- Monique Boulad

Rêves de santé – PIERRE DRIELSMA – « Une arme redoutable pour le changement social »

Médecin généraliste liégeois, il a participé à la conquête du paiement au forfait. Au début des années 1980, il est engagé à la maison médicale Bautista Van Schouwen, à Seraing, et vite embarqué dans un groupe de réflexion qui entend instaurer ce système en Belgique.
- Pierre Drielsma

Rêves de santé – BERNARD VERCRUYSSE – « Le pouvoir est fondamental »

Ses patients l’appellent Sakal docteur, docteur barbu en turc. Sa pratique durant quarante ans en maison médicale dans le quartier Nord de Bruxelles a certes nécessité un stéthoscope, mais aussi de bonnes oreilles.
- Bernard Vercruysse

Rêves de santé – ISABELLE HEYMANS – « Cette transition, on l’a réussie ensemble »

Elle a travaillé comme médecin généraliste en maison médicale dans la région liégeoise et à la Fédération pendant seize ans. D’abord chargée de mission pour la cellule politique, puis chargée de projet au service d’études, et enfin secrétaire politique et secrétaire générale.
- Isabelle Heymans

Rêves de santé – CORALIE LADAVID – « L’éducation permanente, c’est une philosophie »

Assistante sociale à la maison médicale Le Gué, elle a été ensuite secrétaire politique de la Fédération. Aujourd’hui, elle est échevine à la ville de Tournai en charge du logement, de la participation citoyenne, de l’égalité des chances et de la solidarité internationale.
- Coralie Ladavid

Rêves de santé – RUDY PIRARD – « Celui qui connait le mieux sa situation, c’est le patient »

Assistant social à la maison médicale du Laveu, à Liège, voilà quinze ans qu’il s’implique dans le secteur. Il a été le président de l’intergroupe liégeois des maisons médicales et aujourd’hui celui de l’organe d’administration de la Fédération. Au cœur de son travail : les inégalités sociales, le travail communautaire, la place du patient et l’autogestion.
- Rudy Pirard

Rêves de santé – CLARISSE VAN TICHELEN – « Ce n’est pas juste une question d’accès financier »

Économiste, elle a réalisé en 2019 une étude pour le compte de l’Institut wallon de l’évaluation de la prospective et de la statistique (IWEPS). Il s’agissait d’évaluer les mesures prises dans le cadre du plan de lutte contre la pauvreté, et parmi celles-ci les politiques de soutien aux maisons médicales : dans quelle mesure améliorent-elles l’accès aux soins de santé de première ligne des personnes précaires en Région wallonne ?
- Clarisse Van Tichelen

Rêves de santé – MICKY FIERENS – « Chaque personne a quelque chose à apprendre aux autres »

La Ligue des usagers des services de santé (LUSS) est une fédération qui rassemble des associations de patients en Belgique francophone et qui porte la parole des usagers des services de santé. Ses missions : œuvrer pour l’accès à des soins de qualité pour tous et valoriser la participation des usagers aux politiques de santé. Micky Fierens en est membre fondatrice, elle en fut aussi la directrice pendant vingt ans.
- Micky Fierens

Rêves de santé – HÉLÈNE DISPAS – « Tout ce que l’on fait est politique »

Médecin généraliste à la maison de santé Potager, à Saint-Josse-ten-Noode, elle est également conseillère santé pour le parti Ecolo-Groen au parlement fédéral. Précédemment, elle était membre du bureau stratégique de la Fédération.
- Hélène Dispas

Rêves de santé – ISABELLE DECHAMP – « La première ligne de la première ligne »

Les maisons médicales, ce sont des équipes pluridisciplinaires de médecins généralistes, kinés, infirmières, parfois dentistes ou autres spécialistes. Attention à ne pas oublier l’accueil ! Isabelle Dechamp, entrée en 1996 à la maison médicale Le Gué (Tournai), présente ce métier méconnu.
- Isabelle Dechamps

Rêves de santé – AUDE GARELLY – « Rester puriste ou s’ouvrir »

Il y a quelques années, la Fédération initiait un projet important, celui des critères de membres. Ceux-ci ont été actualisés, clarifiés et rendus plus opérationnels. Ce chantier a été confié à une consultante qui s’est immergée dans le mouvement.
- Aude Garelly

Rêves de santé – FANNY DUBOIS – « Un système qui gère des maladies plutôt que de prévenir la santé »

L’actuelle secrétaire générale de la Fédération des maisons médicales chérit la Sécurité sociale, une Sécurité sociale cependant mise à mal, notamment par des logiques néolibérales.
- Fanny Dubois

Rendez-vous en 2062 !

L’histoire de la Fédération des maisons médicales ne se termine pas au quarantième chapitre. Que lui réservent les années à venir ? Quels sont les enjeux qui continuent de la mobiliser ? Quels sont les nouveaux défis qu’elle rencontre ? Les questions qui la traversent et les aspirations vers lesquelles elle tend ? Sa secrétaire générale Fanny Dubois dessine les actuelles et futures grandes lignes d’attention, à l’éclairage d’un passé nourrissant. De quel bagage avez-vous hérité de vos prédécesseurs pour développer le futur du mouvement ?
- Fanny Dubois, Pascale Meunier

Accélération

L’expérience fondamentale de la modernité, c’est une gigantesque accélération du monde et de la vie, et pourtant, la société n’a jamais été autant en pénurie de temps. Plus nous tentons de gagner du temps, moins nous en avons.
- Dr André Crismer