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Rêves de santé – HÉLÈNE DISPAS – « Tout ce que l’on fait est politique »


Santé conjuguée n°98 - mars 2022

Médecin généraliste à la maison de santé Potager, à Saint-Josse-ten-Noode, elle est également conseillère santé pour le parti Ecolo-Groen au parlement fédéral. Précédemment, elle était membre du bureau stratégique de la Fédération.

Le bureau stratégique – pour résumer avec un mot que peu de gens aiment –, on dirait qu’on est des lobbyistes au service d’une bonne cause. Évidemment, les lobbyistes pensent toujours que leur cause est la meilleure, mais on est, oui, des militants pour transformer le système de santé en Belgique afin qu’il soit plus orienté vers des soins de santé primaires et vers une meilleure accessibilité aux soins pour tous. Le modèle que l’on défend pour cela, un des moyens, c’est de développer plus de maisons médicales. On défend toutes les méthodes qui permettent d’augmenter l’accès aux soins pour les patients, on défend la qualité des soins, on défend surtout le travail des équipes interdisciplinaires. Du côté des patients cela améliore, je pense, la qualité des soins dans des situations compliquées où on a l’impression qu’il y a des blocages de communication, que l’on n’a pas tout saisi. On va partager le dossier des patients quand c’est nécessaire. J’insiste : ce n’est pas nécessaire pour tous les patients et il ne faut pas toujours partager toutes les données, toutes les informations, mais, dans les cas compliqués, pouvoir s’asseoir autour d’une table et écouter tant le point de vue de l’accueil que du kiné, du médecin que de l’infirmier, c’est ça que l’on définit comme interdisciplinarité. Non seulement parler, mais aussi travailler ensemble, parfois aller toquer à la porte du cabinet d’à côté pour dire « j’ai un patient qui a un problème de dos, est-ce que toi, kiné, tu peux me donner un avis ? L’examiner avec moi ? » Ou « est-ce que je peux venir en consultation avec toi qui es psychologue pour sortir d’une situation complexe avec ce patient-là ? ».

L’intérêt de l’interdisciplinarité pour les équipes, c’est le bien-être au travail. C’est d’avoir des collègues avec qui l’on peut échanger des compétences, des informations, poser des questions. En termes scientifiques et de compétences, ça ne fait que nous tirer vers le haut, pour autant qu’on se laisse remettre en question et qu’on s’entende bien. On a le droit de partager certaines informations, mais c’est important de toujours demander le consentement du patient. La priorité, c’est les intérêts du patient. Les patients ont toujours le droit de dire « ça, je ne veux pas que les autres le sachent ». C’est indispensable, si on veut faire du bon travail interdisciplinaire, de se réunir, de se parler, de se faire confiance, d’échanger les pratiques, d’échanger au sujet des patients. Je pense qu’il faut une bonne dose d’humilité et de capacité de se taire parfois, avoir la capacité de se remettre en question, la capacité d’accepter des consensus qui ne sont pas ce que, nous, on aurait fait tout seul, mais d’appliquer ce qui est bon pour la collectivité. Oui, ça demande des aptitudes et beaucoup de communication, beaucoup d’écoute.

Pour elle, santé et politique vont de pair. Tout ce que l’on fait est politique. Choisir de travailler en maison médicale, choisir de soigner quelqu’un qui n’a pas les moyens, qui est sur l’aide médicale urgente et qui va nous demander un gros travail administratif pour obtenir des remboursements, etc., choisir d’engager des personnes qui parlent d’autres langues ou de travailler avec des services d’interprétariat, ce sont des choix politiques. Et à l’inverse, les politiques ont un grand effet sur ce qui se passe au quotidien sur le terrain. Lors de la précédente législature, quand on avait une politique plutôt hostile à l’égard des étrangers, ça ne facilitait pas du tout l’accès aux soins des personnes migrantes, à l’aide médicale urgente. Et ça a un impact direct sur les patients qui viennent avec des problèmes de santé qui s’alourdissent parce qu’ils n’ont pas accès aux hôpitaux, parce qu’ils ne se sentent pas les bienvenus, parce qu’ils ne comprennent pas où ils doivent s’adresser et arrivent avec des maladies décompensées plutôt que d’avoir eu accès à de la prévention et à des soins de base.

Interdisciplinarité

L’interdisciplinarité est un concept lié à celui de globalité des soins : comme, pour la Fédération, la santé combine des éléments physiques, affectifs, sociaux ou relationnels, il est logique qu’au sein d’un centre de santé collaborent médecins généralistes, infirmiers, kinésithérapeutes, psychologues, assistants sociaux, voire dentistes, diététiciens, etc. L’interdisciplinarité a été théorisée par le GERM dès sa création en 1964 comme une des caractéristiques principales du centre de santé intégré, modèle alternatif à une médecine libérale, médico-centriste et qui parcellise la prise en charge du patient. Lors de la formation des premières maisons médicales à partir de 1972, la collaboration pluridisciplinaire entre soignants, psychologues ou assistants sociaux, s’impose comme une façon alternative de pratiquer la médecine. C’est aussi un héritage de Mai 68, lorsque les étudiants étaient organisés en comités d’action interdisciplinaires : « il y a eu continuité entre la pratique politique et la pratique professionnelle » (Pierre Drielsma, 2013). Mais ce modèle ne bénéficiera d’aucune reconnaissance légale, d’aucun système de financement spécifique.

Le travail en équipe pluridisciplinaire ne va pas de soi. Il se heurte à de nombreux préjugés, aux formations reçues. C’est pour développer l’idée que chaque métier peut constituer un apport aux autres qu’en 1993 la Fédération a inauguré une réflexion sur la transdisciplinarité : les travailleurs des maisons médicales ont été invités à se réunir par spécialité pour définir leur fonction, leur rapport avec les autres professionnels. Un colloque est organisé en 1994 pour faire la synthèse de cette recherche-action : on y évoque la nécessité de passer d’une simple coordination entre soignants de différentes disciplines à une équipe intégrée dont les personnalités peuvent s’enrichir mutuellement. Autrement dit, il s’agit de passer de la pluridisciplinarité (simple juxtaposition de professionnels complémentaires) à l’interdisciplinarité (où le travail en équipe apporte davantage que les compétences additionnées des individus), voire à la transdisciplinarité (chaque travailleur, de par son interaction avec d’autres, se trouve enrichi).

Cet article est paru dans la revue:

Santé conjuguée, n°98 - mars 2022

(Re)créer des espaces politiques

Tel est l’objectif des patients et soignants qui ont expérimenté l’outil « porteur de paroles », une technique d’animation en éducation permanente pratiquée à l’occasion des quarante ans de la Fédération des maisons médicales.
- Pauline Gillard

L’histoire, un outil de formation

En engageant public, soignants, patients et partenaires à se situer sur une ligne du temps ou en évoquant des événements fondateurs du mouvement et de l’histoire du pays, les animatrices de la Fédération les invitent à garder l’œil sur le rétroviseur.
- Sophie Bodarwé

Quels défis pour le mouvement ?

Depuis la création de la Fédération, le nombre de maisons médicales, de professionnels et d’usagers n’a cessé d’augmenter et le contexte politique, social et économique a fortement évolué. Les enjeux d’hier ne sont plus (tous) les mêmes aujourd’hui. Un groupe de soignants et de patients a identifié quelques défis prioritaires que le mouvement des maisons médicales devrait relever dans les prochaines années.
- Pauline Gillard

Introduction n°98

Des rencontres, des échanges, des histoires… en quarante ans nous en avons accumulé ! Quatre décennies de lutte pour une vision de l’organisation des soins de santé dans notre pays, peut-être même pour une vision de l’organisation(…)

- Rudy Pirard

Ligne du temps : De A à Z – Histoire(s) du mouvement des maisons médicales

Ces dénicheuses de pépites, ces voyageuses dans le temps sont Marie-Laurence Dubois (Valorescence) et Annette Hendrick (ORAM). Leur inventaire et le classement des documents de la Fédération préparant la démarche historique proprement dite, pour laquelle elles(…)

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Rêves de santé

Le journaliste Matthieu Cornélis a interviewé une vingtaine de personnalités qui ont fait et font encore le mouvement des maisons médicales. Un recueil sonore qui contribue à l’oeuvre de mémoire et de transmission.
- Pascale Meunier

Rêves de santé – JACQUES MOREL – « C’est la société qui est malade »

Premier secrétaire général de la Fédération, il s’y est impliqué durant une trentaine d’années tout en pratiquant la médecine générale dès la naissance des maisons médicales. Comment définir ces centres de santé d’un genre nouveau ?
- Jacques Morel

Rêves de santé – NATACHA CARRION – « Le projet de la maison médicale, c’était le rêve devant ma porte »

Médecin généraliste durant une trentaine d’années à la maison médicale Bautista van Schowen à Seraing, elle a avant cela exercé son métier au Chili, jusqu’à ce que l’arrivée du général Pinochet bouleverse sa vie… Elle raconte les débuts du mouvement des maisons médicales en Belgique et le contexte dans lequel est née la Fédération au début des années 1980.
- Natacha Carion Osorio

Rêves de santé – RI DE RIDDER – « Un système qui n’est pas efficient »

Il a créé l’une des premières maisons médicales en Flandre, où il y a travaillé durant plus de vingt ans. Il a ensuite dirigé l’Inami, l’Institut national d’assurance maladie invalidité. Aujourd’hui, il conseille le ministre fédéral de la Santé publique. Il connait très bien le système belge de santé et ne manque pas d’idées pour le dépoussiérer.
- Ri de Ridder

Rêves de santé – MICHEL ROLAND- « Notre modèle structuré est devenu le modèle belge »

Il a créé l’une des premières maisons médicales à Bruxelles, mais cet amoureux des sciences dures a aussi développé des logiciels originaux qui ont placé la Fédération à l’avant-garde de ce secteur.
- Michel Roland

Rêves de santé – JEAN-MARIE LÉONARD – « Penser la santé autrement »

Comme permanent syndical dans la région de Charleroi puis comme secrétaire fédéral au SETCa – le syndicat des employés des techniciens et des cadres –, il a vécu l’évolution du secteur de la santé et la naissance des maisons médicales.
- Jean-Marie Léonard

Rêves de santé – BRIGITTE MEIRE – « Mutualiser nos forces »

Infirmière, elle était au front lors des négociations des accords du non-marchand. Elle a ensuite œuvré à la création d’une délégation syndicale pour les travailleurs du mouvement des maisons médicales, un mouvement autogestionnaire, ce qui a soulevé quelques questions. Son engagement syndical a débuté à l’hôpital.
- Brigitte Meire

Rêves de santé – MONIQUE BOULAD – « On nous appelait les petits médecins »

Nous avions vraiment envie de rompre avec la médecine libérale que nous trouvions beaucoup trop commerciale. Nous voulions travailler en groupe, ce qui était à l’époque tout à fait nouveau. On s’est mis dans des quartiers(…)

- Monique Boulad

Rêves de santé – PIERRE DRIELSMA – « Une arme redoutable pour le changement social »

Médecin généraliste liégeois, il a participé à la conquête du paiement au forfait. Au début des années 1980, il est engagé à la maison médicale Bautista Van Schouwen, à Seraing, et vite embarqué dans un groupe de réflexion qui entend instaurer ce système en Belgique.
- Pierre Drielsma

Rêves de santé – BERNARD VERCRUYSSE – « Le pouvoir est fondamental »

Ses patients l’appellent Sakal docteur, docteur barbu en turc. Sa pratique durant quarante ans en maison médicale dans le quartier Nord de Bruxelles a certes nécessité un stéthoscope, mais aussi de bonnes oreilles.
- Bernard Vercruysse

Rêves de santé – ISABELLE HEYMANS – « Cette transition, on l’a réussie ensemble »

Elle a travaillé comme médecin généraliste en maison médicale dans la région liégeoise et à la Fédération pendant seize ans. D’abord chargée de mission pour la cellule politique, puis chargée de projet au service d’études, et enfin secrétaire politique et secrétaire générale.
- Isabelle Heymans

Rêves de santé – CORALIE LADAVID – « L’éducation permanente, c’est une philosophie »

Assistante sociale à la maison médicale Le Gué, elle a été ensuite secrétaire politique de la Fédération. Aujourd’hui, elle est échevine à la ville de Tournai en charge du logement, de la participation citoyenne, de l’égalité des chances et de la solidarité internationale.
- Coralie Ladavid

Rêves de santé – RUDY PIRARD – « Celui qui connait le mieux sa situation, c’est le patient »

Assistant social à la maison médicale du Laveu, à Liège, voilà quinze ans qu’il s’implique dans le secteur. Il a été le président de l’intergroupe liégeois des maisons médicales et aujourd’hui celui de l’organe d’administration de la Fédération. Au cœur de son travail : les inégalités sociales, le travail communautaire, la place du patient et l’autogestion.
- Rudy Pirard

Rêves de santé – CLARISSE VAN TICHELEN – « Ce n’est pas juste une question d’accès financier »

Économiste, elle a réalisé en 2019 une étude pour le compte de l’Institut wallon de l’évaluation de la prospective et de la statistique (IWEPS). Il s’agissait d’évaluer les mesures prises dans le cadre du plan de lutte contre la pauvreté, et parmi celles-ci les politiques de soutien aux maisons médicales : dans quelle mesure améliorent-elles l’accès aux soins de santé de première ligne des personnes précaires en Région wallonne ?
- Clarisse Van Tichelen

Rêves de santé – MICKY FIERENS – « Chaque personne a quelque chose à apprendre aux autres »

La Ligue des usagers des services de santé (LUSS) est une fédération qui rassemble des associations de patients en Belgique francophone et qui porte la parole des usagers des services de santé. Ses missions : œuvrer pour l’accès à des soins de qualité pour tous et valoriser la participation des usagers aux politiques de santé. Micky Fierens en est membre fondatrice, elle en fut aussi la directrice pendant vingt ans.
- Micky Fierens

Rêves de santé – HÉLÈNE DISPAS – « Tout ce que l’on fait est politique »

Médecin généraliste à la maison de santé Potager, à Saint-Josse-ten-Noode, elle est également conseillère santé pour le parti Ecolo-Groen au parlement fédéral. Précédemment, elle était membre du bureau stratégique de la Fédération.
- Hélène Dispas

Rêves de santé – ISABELLE DECHAMP – « La première ligne de la première ligne »

Les maisons médicales, ce sont des équipes pluridisciplinaires de médecins généralistes, kinés, infirmières, parfois dentistes ou autres spécialistes. Attention à ne pas oublier l’accueil ! Isabelle Dechamp, entrée en 1996 à la maison médicale Le Gué (Tournai), présente ce métier méconnu.
- Isabelle Dechamps

Rêves de santé – AUDE GARELLY – « Rester puriste ou s’ouvrir »

Il y a quelques années, la Fédération initiait un projet important, celui des critères de membres. Ceux-ci ont été actualisés, clarifiés et rendus plus opérationnels. Ce chantier a été confié à une consultante qui s’est immergée dans le mouvement.
- Aude Garelly

Rêves de santé – FANNY DUBOIS – « Un système qui gère des maladies plutôt que de prévenir la santé »

L’actuelle secrétaire générale de la Fédération des maisons médicales chérit la Sécurité sociale, une Sécurité sociale cependant mise à mal, notamment par des logiques néolibérales.
- Fanny Dubois

Rendez-vous en 2062 !

L’histoire de la Fédération des maisons médicales ne se termine pas au quarantième chapitre. Que lui réservent les années à venir ? Quels sont les enjeux qui continuent de la mobiliser ? Quels sont les nouveaux défis qu’elle rencontre ? Les questions qui la traversent et les aspirations vers lesquelles elle tend ? Sa secrétaire générale Fanny Dubois dessine les actuelles et futures grandes lignes d’attention, à l’éclairage d’un passé nourrissant. De quel bagage avez-vous hérité de vos prédécesseurs pour développer le futur du mouvement ?
- Fanny Dubois, Pascale Meunier

Accélération

L’expérience fondamentale de la modernité, c’est une gigantesque accélération du monde et de la vie, et pourtant, la société n’a jamais été autant en pénurie de temps. Plus nous tentons de gagner du temps, moins nous en avons.
- Dr André Crismer