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Topographie des lieux de soins de santé mentale


Santé conjuguée n°115 - juin 2026

Le paysage des soins de santé mentale révèle l’étendue des ressources mobilisées pour donner ou recevoir des soins ainsi que du soutien émotionnel ou pratique. Observer sa topographie, façonnée par les forces conjointes de la professionnalisation et de la désinstitutionnalisation, permet de comprendre sa structuration, ses espaces vides ou saturés, ses itinéraires balisés, coordonnés ou improvisés, mais aussi d’interroger les choix politiques qui orientent ses évolutions.

Imaginez le paysage des soins de santé mentale. Peut-être voyez-vous des hôpitaux psychiatriques, des services de santé mentale et d’autres initiatives institutionnelles, comme des maisons de soins psychiatriques et des initiatives d’habitation protégée ? Peut-être distinguez-vous aussi des secteurs, regroupant des services dits ambulatoires d’une part, et des services résidentiels d’autre part… Entre ces secteurs et ces services, vous percevez peut-être des relations : certaines, mues par la compétition, établissent des frontières et des séparations dans un paysage qui apparait alors segmenté, divisé ; d’autres s’ancrent dans la collaboration. Elles tissent des réseaux, tantôt formels, balisés par des conventions et des accords négociés, tantôt informels, ponctués de rencontres et d’activités partagées.
Mais regardez encore, de plus près : peut-être verrez-vous passer une équipe mobile ! Vous discernerez en tout cas des trajectoires par milliers : celles des personnes confrontées à des problèmes psychiatriques ou de santé mentale, qui tentent de trouver de l’aide, une réponse professionnelle ou simplement pratique et émotionnelle aux difficultés rencontrées. Suivez quelques-unes de ces trajectoires et vous découvrirez des chemins balisés, des itinéraires coordonnés, mais aussi des parcours hors-pistes, improvisés.

Des espaces interreliés

Le concept de « paysage de soin » s’inspire de travaux en géographie humaine et plus spécifiquement du texte Landscapes of Care1. Les auteurs l’emploient pour désigner les espaces où les personnes reçoivent du soin, qu’il s’agisse de soins de santé au sens professionnel du terme ou de soin au sens d’écoute, d’attention et de soutien pratique et émotionnel. Ces espaces sont envisagés comme interreliés et analysés à différents niveaux (micro, méso et macro). Le paysage, dans son ensemble, est ainsi conçu comme une manifestation spatiale des rapports entre les processus sociaux et les structures qui façonnent concrètement les expériences de soins.
Pour comprendre ce paysage, pour en identifier les défis, les lieux, les acteurs et le regard qu’ils portent sur la santé mentale, je propose de revenir sur cinq étapes de sa formation en observant l’action de deux forces conjointes2. La première, celle des mouvements professionnels3, renvoie à la revendication, par des groupes d’acteurs, de maîtriser des savoirs et des pratiques jugés nécessaires à la prise en charge des problèmes de santé mentale. La seconde, celle de la désinstitutionnalisation, prend sa source dans une critique de l’institution psychiatrique pour les dynamiques d’isolement et de stigmatisation qu’elle produit, et se prolonge dans des politiques visant à limiter le recours à l’hôpital et à développer des alternatives au sein de la communauté.

Premier mouvement. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les compétences en matière de santé mentale sont transférées du domaine de la justice à celui de la santé. Ce transfert marque le début d’un processus de professionnalisation et initie la transformation des asiles d’aliénés en hôpitaux psychiatriques. Des médecins et des infirmières remplacent progressivement les religieux et religieuses au sein de ces institutions désormais dédiées au traitement médical de la folie, considérée comme maladie mentale4.
Le paysage qui se déploie autour des hôpitaux semble alors assez simple. Mais en fait, au même moment, le courant de la désinstitutionnalisation prend de l’ampleur, porté par des innovations théoriques et favorisé par le développement de traitements psychotropes. Dès les années 1960, des travaux philosophiques et sociologiques ont critiqué la séparation, matérielle et symbolique, instaurée par les hôpitaux psychiatriques entre les personnes souffrant de troubles mentaux et la société 5. Ces travaux décrivent des institutions marquées par des règles rigides et une forte hiérarchie, assignant aux patients un rôle de malade dépendant du pouvoir médical. Parallèlement, des mouvements sociaux revendiquent le droit à une vie autonome6, tandis que des pratiques alternatives émergent. La psychothérapie institutionnelle, notamment, pro-pose de repenser l’institution comme un ensemble de pratiques favorisant les échanges, la diversité des rôles et la participation à la vie collective7. En Belgique, ce courant de la désinstitutionnalisation s’incarne dans les dispensaires d’hygiène mentale, créés dès 1923 par la Ligue belge de la santé mentale.

Deuxième mouvement. La reconnaissance légale de ces structures intervient en 1974-1975, dans le cadre d’une politique visant à diversifier l’offre de soins par le développement de services ambulatoires, qui prennent le nom de services de santé mentale (SSM). Ces services reposent sur des équipes pluridisciplinaires composées principalement de psychiatres, de psychologues et d’assistants sociaux, dont les pratiques cliniques sont vouées à embrasser les dimensions sociales et psychologiques des troubles, à côté de leurs aspects biologiques.
Le paysage s’étoffe ainsi, mais il se divise également entre les hôpitaux et les SSM, qui constituent progressivement un secteur dit « ambulatoire », indépendant du secteur « résidentiel », constitué par les hôpitaux. Très vite, cette division, ou « segmentation » s’accompagne d’un constat de « saturation », décrite comme « impossibilité pratique » d’accueillir de nouveaux usagers, suite au manque de moyens, à la complexité de l’offre et à des pratiques cliniques favorisant des suivis de longue durée8.

Troisième mouvement. Au tournant des années 1990, une politique de désinstitutionnalisation vise à transférer des patients chroniques stabilisés de l’hôpital vers d’autres structures, elles aussi résidentielles, mais plus proches de la société et inspirées par un autre paradigme professionnel, celui de la réhabilitation psychosociale. Il s’agit des initiatives d’habitation protégée (IHP) et des maisons de soins psychiatriques (MSP), des structures de taille réduite qui soutiennent des niveaux variables d’autonomie et dont les équipes multidisciplinaires proposent des activités centrées sur l’acquisition de compétences sociales. Cette transformation diversifie encore le paysage et fait émerger la figure des proches9, davantage mobilisés dans l’accompagnement de celles et ceux qui ne peuvent plus rester à l’hôpital, et qui ne trouvent pas toujours de place dans ces structures. En effet, on observe rapidement que les personnes qui y sont accueillies tendent à s’y inscrire dans la durée10.

Quatrième mouvement. Au tournant des années 2000, l’Organisation mondiale de la santé souligne le caractère insuffisant de la désinstitutionnalisation en Belgique, qui se traduit par un nombre de lits psychiatriques parmi les plus élevés au niveau international. Cette impulsion internationale accélère le développement de projets pilotes, qui étendent leurs ramifications partout dans le paysage, incitant les professionnels des structures existantes à collaborer davantage. Ces projets préparent une nouvelle politique amorcée en 2010. Celle-ci vise à réorganiser le paysage selon une « vision globale de la santé mentale ». Cette politique, connue sous le nom de « réforme 107 »11, a débuté par une réforme des soins de santé mentale « adultes » et s’est poursuivie par la mise en place de réseaux pour des publics définis, les « personnes en situation d’internement » et les « enfants et adolescents ». Orientée vers l’inclusion sociale, elle prévoit de développer des « fonctions de soins » allant de la prévention au traitement et incluant, nouveauté majeure dans le paysage, des interventions à domicile réalisées par des équipes mobiles. Dans un contexte de désinstitutionnalisation, celles-ci sont financées par le gel de lits psychiatriques. Pour réaliser les fonctions de soin, la politique invite les structures existantes à se rassembler au sein de réseaux interorganisationnels. Une fonction de coordination est mise en place afin de veiller à leur bonne articulation, d’établir des accords de collaboration entre elles et de définir de nouvelles procédures de travail supportant des « circuits de soins » cohérents.
Les réseaux dotent le paysage d’une nouvelle trame plus horizontale et transversale aux structures qui en ont progressivement décrit les formes. S’ils contribuent, dans une certaine mesure, aux objectifs politiques, ils produisent aussi des effets non désirés : accentuation des dynamiques de saturation, de responsabilisation des proches et d’exclusion sociale ; bureaucratisation des pratiques découlant, notamment, du travail de coordination des réseaux12.

Cinquième mouvement. Le développement des « lieux de liens », espaces communautaires cogérés par leurs membres et quelques travailleurs et travailleuses, s’est récemment accéléré à Bruxelles pour répondre aux problèmes d’exclusion et d’isolement social, exacerbés par la pandémie de coronavirus13. Au sein de ces lieux, situés au centre-ville ou à proximité, chacun est le bienvenu. Ce sont des espaces ouverts, à bas seuil et aux temporalités souples : on peut s’y rendre librement, s’y poser et, si on le souhaite, participer à des activités. Ils sont souvent inspirés par la psychothérapie institutionnelle et accueillent toute personne, indépendamment de son statut social, professionnel ou de ses difficultés de santé mentale ou physique. La plupart des membres ont été en contact avec les services de santé mentale, mais ces lieux n’ont pas d’ambition clinique et mettent volontairement de côté les catégories sociales et médicales.

Territoires et réseaux

Le « paysage de soins » n’est pas seulement une métaphore poétique. C’est une manière de voir qui permet de saisir l’étendue des ressources mobilisées pour donner ou recevoir du soin. Dans un contexte de désinstitutionnalisation, poser son regard sur ce paysage, c’est dépasser le cadre des soins de santé pour inclure des supports émotionnels et pratiques développés dans les interstices des structures, comme les lieux de liens. Les politiques en santé mentale demeurent pourtant souvent limitées au domaine de la santé.
Ensuite, le paysage de soins, avec ses lieux, ses espaces saturés ou vides, influence l’expérience de celles et ceux qui y circulent et l’habitent. Leurs expériences ne se réduisent pas à une opposition « dans/hors » de l’hôpital : elles se construisent dans et entre toutes les structures existantes et sont influencées par leur mode d’organisation et par les relations qui s’y pratiquent. L’institution peut ainsi se reproduire partout, y compris au domicile, où certaines formes d’autorité peuvent générer des expériences de déshumanisation. Regarder le paysage revient donc aussi à questionner une vision de la désinstitutionnalisation centrée sur les structures, sans questionner leur organisation et les liens qui s’y tissent, et la réduction des ressources hospitalières.
Enfin, le paysage de soins révèle une topographie : un ensemble de formes, allant de l’hôpital psychiatrique aux lieux de liens. Le soin s’incarne, prend corps dans ces formes qui structurent ce paysage en instituant des pratiques de travail et des relations, mais aussi des séparations entre elles. Comprendre comment ces structures se sont formées et comment elles sont ancrées sur le plan professionnel et institutionnel permet de questionner les orientations des politiques actuelles de désinstitutionnalisation. Dans un paysage composé de structures autonomes, on peut notamment se demander si les réseaux impulsés par les autorités politiques, ainsi que le recours à la coordination, constituent des approches suffisantes pour transformer en profondeur la vision de la santé mentale14.

 

 

  1. C. Milligan, J.Wiles, “Landscapes of care”, Progress in Human Geography, 34(6), 2010.
  2. S. Thunus, F. Schoenaers, “How does policy learning occur? The case of Belgian mental health care reforms”, Policy and Society, 36(2), 2017.
  3. A. Abbott, The System of Professions An Essay on the Division of Expert Labor, University of
    Chicago Press, 1988.
  4. P. De Munck et al., Santé mentale et citoyenneté. Les Mutations d’un champ de l’action publique, Academia Press, 2003.
  5. E. Goffman, Asiles. Études sur la condition sociale des malades mentaux, Les éditions de minuit, 1968.
  6. PE Deegan, “The Independent Living Movement and people with psychiatric disabilities: Taking back control over our own lives”, Psychosocial Rehabilitation Journal, 15(3), 1992.
  7. C. Robcis, Désaliénation : Politique de la psychiatrie, Tosquelles, Fanon, Guattari, Foucault, Seuil, 2024.
  8. N. Marquis, R. Susswein, « Rétablir par le réseau. Enjeux et tensions issus de la réforme des soins de santé mentale “Psy107” », SociologieS, 2020.
  9. A. Printz, « Le “traitement” des personnes malades mentales à l’heure de la désinstitutionnalisation : Participation institutionnelle et enrôlement des proches », Recherches sociologiques et anthropologiques, 54-2, 2023.
  10. P. De Munck et al., op cit. ; S. Thunus, “Meeting in brackets: How mental health policy travels through meetings”, Evidence & Policy, 1–21, 2022.
  11. www.psy107.be.
  12. C. Walker et al., Parcours. Bruxelles : Évaluation qualitative du système de la santé mentale et des parcours des usagers dans le cadre de la réforme Psy 107 en Région de Bruxelles-Capitale. Observatoire de la santé et du social, 2019, www.ccc-ggc.brussels.
  13. M. Duverdier, J. Rohanne, La Bienvenue (film), 2025 ; S. Thunus et les membres du collectif La Bienvenue, Rencontres avec les lieux de liens. Santé mentale, recherche et film documentaires, 2026.
  14. C. Darcis et al., “The Belgian mental health reform: When a combination of soft instruments hampers structural change”, Governance, 35(2), 2022.

Cet article est paru dans la revue:

Santé conjuguée, n°115 - juin 2026

Introduction n°115

Henri Ey, illustre psychiatre français, soutenait en 1935 que la psychiatrie était née « au moment où sont passés dans la structure sociale les concepts de liberté individuelle, de droits de l’homme ». Quelque nonante ans plus(…)

- Fabian Lo Monte

Personne ne joue avec les mêmes cartes

Dans nos sociétés individualistes et méritocratiques, la santé mentale est souvent envisagée comme une affaire privée : un problème de personnalité, de vulnérabilité individuelle, de trauma ou de gestion émotionnelle. La souffrance psychique serait avant tout liée à ce qui se passe « dans la tête ». Elle ne concernerait donc que les psys et leurs patients. Pourtant, depuis plusieurs décennies, la recherche montre que la santé mentale dépend aussi fortement des conditions sociales dans lesquelles les individus naissent, grandissent, travaillent et vieillissent. On parle alors de déterminants sociaux de la santé mentale.
- Mélanie Lannoy

Dossier patient informatisé, droit au respect de l’intimité

Il est essentiel de rappeler la complexité de l’être humain et les risques individuels et sociétaux liés à l’exigence de numérisation[efn_note]Cet article est extrait de « À l’ère du dossier patient informatisé, le droit au respect de l’intimité, oublié ? », avril 2019-mai 2026, https://psyclimède.be.[/efn_note]. Comme il est vital de différencier données confidentielles pertinentes pour la qualité des soins et données touchant à l’intime. Ces dernières bénéficient d’un degré de protection supérieur.
- Genevieve Monnoye

La construction d’une identité commune

Quelle place occupent les psychologues dans les maisons médicales ? Moins nombreux que les autres métiers du soin qui composent les équipes, leur rôle est néanmoins un maillon essentiel à la pratique pluridisciplinaire.
- Pascale Meunier

Enjeux pour les maisons médicales et leurs psys

La réforme et la convention des soins psychologiques de première ligne représentent une opportunité d’intégration institutionnelle et une source de tensions internes. Les maisons médicales travaillent en effet depuis longtemps en équipe pluridisciplinaire, intégrant déjà prévention, détection précoce, accompagnement psychosocial et actions communautaires sans être enfermées dans un modèle de « consultations à la séance ». Elles revendiquent une approche bien plus large que l’esprit de la convention, qui est centrée sur des « interventions » à objet thérapeutique limité en durée et ciblée sur des problématiques légères à modérées.
- Anaël Lecocq

Répondre à un besoin crucial d’accessibilité

Lancé en 2019, le projet soins psychologiques dans la première ligne vise à combler un manque dans l’offre de soins, longtemps centrée sur des interventions spécialisées et hospitalières. Ce dispositif introduit une prise en charge accessible et orientée vers la prévention, la détection et l’intervention précoce auprès des personnes présentant un mal-être psychologique léger à modéré, afin d’éviter l’évolution vers des troubles plus complexes.
- Frank Vandiervliet

Aller au-delà du symptôme, vraiment ?

« Tout en faisant partie intégrante du dispositif de soin, l’entretien avec le psychologue est un espace “autre” qui se dégage de l’urgence d’abraser le symptôme. » La formule est signée Ducarre[efn_note]C. Ducarre, « Le négatif de la psychiatrie : la place de l’entretien avec le psychologue dans une clinique psychiatrique », Cliniques 3, no 1, 2012.[/efn_note]. Elle est représentative d’une attitude canonique, confinant à la caractéristique identitaire : celle du psychologue clinicien face à la symptomatologie. Pour comprendre de quoi il retourne, il faut reprendre depuis le début : qu’est-ce qu’un symptôme ?
- Fabian Lo Monte

Travail thérapeutique et action communautaire

Les services de santé mentale (SSM), structures ambulatoires visant à favoriser l’accessibilité aux soins et aux services de santé pour l’ensemble de la population d’un territoire géographique, ont pour mission d’accueillir les personnes en souffrance ou en difficulté psychosociale pour maintenir ou restaurer leur qualité de vie et les accompagner dans une résolution de leurs difficultés. Les moyens mis en œuvre vont de l’accueil à l’accompagnement, en passant par la thérapie, le travail en réseau, mais aussi les projets communautaires et les activités de prévention.
- Maud Verjus, Nathalie Thomas, Séverine Clinaz

Topographie des lieux de soins de santé mentale

Le paysage des soins de santé mentale révèle l’étendue des ressources mobilisées pour donner ou recevoir des soins ainsi que du soutien émotionnel ou pratique. Observer sa topographie, façonnée par les forces conjointes de la professionnalisation et de la désinstitutionnalisation, permet de comprendre sa structuration, ses espaces vides ou saturés, ses itinéraires balisés, coordonnés ou improvisés, mais aussi d’interroger les choix politiques qui orientent ses évolutions.
- Sophie Thunus

Soin ou contrôle ?

Le nouveau cadre professionnel que la convention impose au psychologue implique des missions, des relations, des actions nouvelles auxquelles celui-ci doit s’adapter, pour autant qu’elles soient conformes à sa déontologie dans ses dimensions réglementaires et, plus encore, éthiques.
- Christian Mormont

Souffrance et organisation

La psychothérapie institutionnelle est un courant de la psychiatrie né pendant la Seconde Guerre mondiale1. Elle vise la prise en charge des personnes présentant des troubles psychiques, en particulier des psychoses.
- Ahmed Boucham

Dans les marges du soin

Lorsque la personne se détourne des institutions, par méfiance ou rupture du lien, il devient essentiel de l’accompagner sur son lieu de vie. Cette démarche, complexe lorsqu’il s’agit de soins en rue, offre une formidable opportunité : renouer le lien, respecter le rythme de chacun, aller à la rencontre de son environnement et favoriser une approche désinstitutionnalisée qui inclut la personne dans son quotidien. Ce temps accordé, empreint de respect et de patience, pourrait devenir le premier pas vers la reconstruction de la confiance dans le secteur social-santé.
- Asma El Moukadam, Charles-Antoine Sibille, Vira Geeurickx

Santé mentale et IA : pour un moratoire éthique

« En quoi suis-je autorisé ? » La question posée par Lacan[efn_note]J. Lacan, « En quoi suis-je autorisé ? », Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Séminaire 11, 1964, Seuil, 1973.[/efn_note] met en évidence un paradoxe que nous observons tous. Les personnes considérées compétentes pour parler de l’intelligence artificielle sont des spécialistes et connaisseurs souvent plutôt convaincus. Bien sûr ces acolytes, parfois zélateurs, relèveront certains inconforts herméneutiques ou politiques, mais souvent termineront-ils en suggérant qu’il faut bien vivre avec son temps. Il me semble raisonnable de défendre que, pour discuter des effets de l’IA dans le domaine de la santé mentale, il faut surtout réfléchir depuis le point de vue de la clinique et de ce qui se déploie dans la relation thérapeutique.
- Jérome Englebert

S’orienter dans la « nébuleuse psy »

Dans le domaine de la santé mentale, les appellations sont nombreuses et, avec elles, les interrogations et possibilités de confusion. Ce manque de lisibilité peut générer des attentes inadaptées, voire exposer des personnes vulnérables à des pratiques insuffisamment encadrées. Les professionnels eux-mêmes peuvent s’y perdre lorsqu’il s’agit d’orienter quelqu’un dans cette nébuleuse diffuse de titres, de formations et d’approches.
- Lauren Van den Berghe, Marie Jenet, Sarah Hallaert, Valentin Biset

Actualités 115

Le temps, enjeu et ressource

« Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne le demande, je le sais ; mais si on me le demande, je ne le sais plus. » À prendre les choses de façon abstraite et détachée, on n’a sans(…)

- Alexis Filipucci

Prescrire de la nature, une pratique émergente

Les liens entre santé humaine et environnement prennent une place croissante dans les réflexions en santé publique. Les effets du contact avec la nature sur la santé mentale et physique sont aujourd’hui de mieux en mieux documentés[efn_note]X. Wang et al., “Mapping of research in the Field of forest therapy-related issues: a bibliometric analysis for 2007-2021”, Frontiers in psychology, 2022;13 ; C. Twohig-Bennett, A. Jones, “The health benefits of the great outdoors: A systematic review and meta-analysis of greenspace exposure and health outcomes”, Environ Res., 2018;166 ; MP White et al., "Spending at least 120 minutes a week in nature is associated with good health and wellbeing”, Sci Rep9, 7730, 2019.[/efn_note] : diminution du stress, amélioration de l’humeur, augmentation de l’activité physique, réduction de l’isolement social et effets positifs sur certaines pathologies chroniques.
- Nolwen Lechien

52 milliards : sérieusement ?!

Alors que le gouvernement Arizona a voté une série de réformes faisant peser la plupart de l’effort sur les travailleurs et la Sécurité sociale, il y a une dépense publique que les patrons et leurs amis au gouvernement se gardent bien de mettre en évidence : le montant exorbitant des aides publiques aux entreprises. Avec éconosphères, nous avons chiffré ce montant à 52 milliards en 2022[efn_note]B. Bauraind, C. Van Tichelen, F. Sebastian, « “Un pognon de dingue”*, Le soutien public aux entreprises privées lucratives en Belgique », 21 mai 2025, www.econospheres.be. Le projet éconosphères est une initiative conjointe de la FGTB de Bruxelles la FGTB wallonne, la CSC, Attac Bruxelles-Wallonie et le Gresea.[/efn_note]. 52 milliards d’aide publique aux entreprises : et si on en faisait autre chose ?
- Clarisse Van Tichelen

Ariane Estenne : « Le décret éducation permanente reste un texte révolutionnaire dans sa portée, sa structure et sa façon de financer les associations »

Présidente du Mouvement ouvrier chrétien et du Conseil supérieur de l’éducation permanente, Ariane Estenne revient sur les fondements du décret qui soutient l’action d’éducation permanente (EP) depuis cinquante ans en Communauté française et souligne la nécessité de lutter pour les préserver face aux atteintes qui leur sont portées.
- Alexis Filipucci, Ariane Estenne, Pauline Gillard

Exploration d’un concept

L’autonomie est un des quatre grands principes éthiques que l’on retient généralement dans les soins de santé, à côté des principes de bienfaisance, de non-malfaisance et d’équité.
- Dr André Crismer