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Lorsque la personne se détourne des institutions, par méfiance ou rupture du lien, il devient essentiel de l’accompagner sur son lieu de vie. Cette démarche, complexe lorsqu’il s’agit de soins en rue, offre une formidable opportunité : renouer le lien, respecter le rythme de chacun, aller à la rencontre de son environnement et favoriser une approche désinstitutionnalisée qui inclut la personne dans son quotidien. Ce temps accordé, empreint de respect et de patience, pourrait devenir le premier pas vers la reconstruction de la confiance dans le secteur social-santé.

Depuis sa création en 2017, l’équipe mobile 107-Précarité s’adresse à des personnes majeures, présentes sur le territoire de la Région de Bruxelles-Capitale1. Les personnes rencontrées sont aux prises avec les stigmates de la grande précarité, c’est-à-dire sans chez-soi ou mal-logés, et de la psychiatrie. Elles sont à risque d’être hospitalisées, la plupart du temps sous contrainte et ont souvent un parcours en soins psychiatriques qui les a rendues méfiantes face aux professionnels du social-santé. Le réseau psycho-médicosocial autour d’elles est ou semble épuisé, absent ou à développer. Elles sont en non-demande psycho-médicosociale explicite et rencontrent des difficultés de mobilité. L’équipe mobile intervient notamment auprès de personnes sans titre de séjour et sans accès à une couverture de santé.
Les personnes que nous sommes amenés à rencontrer sont souvent perçues comme dangereuses, non en raison d’une dangerosité objectivement établie, mais parce qu’elles « dérangent » par leur mode de fonctionnement. Or, la notion de dangerosité – à ne pas confondre avec une forme de « dérangerosité » – ne repose pas sur une définition scientifique stabilisée. Elle est largement tributaire de la subjectivité de celui qui l’énonce, y compris lorsqu’il s’agit d’experts sollicités pour se prononcer. Cette perception a des conséquences concrètes : ces personnes voient leur accès aux services de première ligne restreint, tout comme l’exercice effectif de leurs droits. Cela peut se traduire par une mise sous administration de biens et/ou de la personne, un refus d’octroi du revenu d’intégration sociale, un recours à une mesure d’observation protectrice, un non-respect des droits du patient… Une telle situation accroît le risque de recours à des hospitalisations sous contrainte, parfois non nécessaires, et contribue à l’éloignement progressif des dispositifs sociaux et de soins.

Une posture et des outils

L’équipe, composée d’intervenants psychosociaux, adopte une approche se basant sur plusieurs fondements. Les travailleurs incarnent une posture centrée sur la personne en partageant son quotidien, son histoire, ses difficultés, mais aussi ses ressources tout en restant à ses côtés et en accordant une importance au secret professionnel et médical. Lors des rencontres, nous sommes dans une recherche de transparence, nous expliquons à la personne qui nous sommes, pourquoi nous sommes là, qui nous envoie. Nous essayons de tendre vers une horizontalité relationnelle dans le sens où les savoirs de la personne ont autant d’importance que ceux des travailleurs et qu’elle est au centre des décisions qui la concernent pour éviter de rentrer dans une forme d’injustice épistémique (mise à l’écart de la capacité d’une personne à se positionner comme productrice de savoirs)2, voire de sanisme (ensemble de croyances et d’oppression par lequel les personnes ayant un fonctionnement mental ou psychique différent sont injustement stigmatisées et discriminées)3. La volonté est d’essayer d’effacer cette différence soignant/soigné en partageant des moments de vie.
Nos outils reposent notamment sur le lien créé tout au long de l’accompagnement. Notre mobilité nous permet d’aller à la rencontre de la personne dans les lieux où elle souhaite être reçue (parc, gare, café, rue, etc.), en respectant sa temporalité. Ce lien permet dans certaines situations de faire des orientations vers le réseau qui serait en mesure de répondre à la demande qui aura émergé. La responsabilité médicale est un outil lors des situations qui nous interpellent au sujet de l’état de santé de la personne.
Un travail social centré sur la capabilité (possibilité effective d’un individu de choisir diverses combinaisons de modes de fonctionnement)4 est essentiel en santé mentale, contrairement à une approche médicale axée sur le problème de santé ou la déficience. Le modèle médical cherchera à corriger l’incapacité d’une personne à monter des escaliers, par exemple, tandis que le modèle social visera à adapter l’environnement. La difficulté persiste, mais elle n’est plus handicapante, car la personne peut accéder aux mêmes lieux autrement. L’équipe s’inspire de cette approche pour s’adapter à la personne et à sa situation sans conditionner l’accompagnement. À travers ce travail social de la santé mentale, nous tentons de prévenir les hospitalisations en offrant un panel d’alternatives aussi large que possible et en développant les ressources de la personne par la mise en réseau tout en étant dans une approche d’« être avec » plutôt que « faire pour ».
Lors des situations aiguës, nous travaillons autant avec la personne que le réseau sur les critères de la mise en observation protectrice. Ce travail social nous donne par ailleurs la possibilité de faire bouger les lignes institutionnelles de l’ensemble des membres du réseau en réfléchissant sur nos missions et les leurs pour accompagner au mieux la personne dans ses demandes et à son rythme. Nous participons également activement aux concertations du secteur social-santé ainsi qu’à différents groupes de travail, où l’échange de pratiques et la coconstruction permettent d’interroger les normes établies. L’ensemble de ces actions contribue à ouvrir des perspectives nouvelles, plus inclusives et en phase avec les réalités de terrain.
Une place parmi d’autres
Il nous arrive d’être contactés par le réseau, qui peut être dépassé par une situation. Notre rôle consiste à accueillir la demande et/ou l’inquiétude du travailleur ou de la travailleuse, dont le regard peut parfois être teinté d’une approche psychiatrisante. Il s’agit de tenter de déconstruire cette approche et le sentiment d’urgence souvent lié afin de favoriser une tolérance à l’incertitude. Dans ce cadre, nous veillons à rappeler que la personne concernée dispose de ressources propres et qu’il est essentiel de lui accorder une forme de confiance.
Bien que nous soyons une équipe longue durée, nous restons présents lors des situations de crises (par exemple lors d’une période où le trouble engendre de la souffrance, lors de pressions institutionnelles ou politiques, inquiétudes du réseau…) sans systématiquement relayer à une équipe mobile de crise. Nous allons avec la personne concernée tenter de créer un « plan de crise » en amont ou intensifier les passages ou interpeller le réseau qui connait la personne pour se relayer. Ces moments, bien qu’ils puissent être des opportunités relationnelles et préventives, génèrent souvent de l’incertitude pouvant évoluer en inquiétude chez les travailleurs (peur, tensions, résistances). Il ne s’agit alors pas de « gérer » la crise, mais de la comprendre et de lui accorder une attention particulière.

La rue, territoire en alerte

Travailler dans un contexte de rue avec des personnes qui peuvent rencontrer des périodes de troubles, avec un réseau qui peut parfois être lui-même en crise ou déclencheur d’une crise pour les personnes, peut mettre l’équipe plus en alerte ou entrainer une volonté « d’intervenir » afin d’apaiser les choses. Pour éviter cela, nous nous appuyons sur les principes de tolérance à l’incertitude, de polyphonie et de responsabilité partagée. La responsabilité partagée permet de ne pas laisser toute la compréhension et les décisions entre les seules mains du professionnel. Même en période de crise, le sens de la situation et les pistes d’action se construisent avec la personne concernée et son entourage. Cela évite que la crise ne devienne un moment où son pouvoir d’agir lui est retiré5. Plutôt que de rechercher des solutions immédiates, nous favorisons le dialogue avec la personne et son réseau, en veillant à ce que chaque voix soit entendue à égalité.
Tolérer l’incertitude implique de considérer que le sens de la crise ne soit pas immédiatement clair et que plusieurs interprétations coexistent. La polyphonie soutient cette pluralité de perspectives, tant dans les rencontres que dans le travail d’équipe. Dans ce cadre, il s’agit de maintenir le dialogue, de préserver la complexité et d’accepter de ne pas tout maîtriser, afin que la crise puisse devenir un espace de transformation plutôt qu’un point de rupture.

Un contexte lourd

L’équipe mobile 107-Précarité se heurte aujourd’hui à des impasses qui ne relèvent pas uniquement de la complexité des situations rencontrées, mais bien des limites structurelles du système dans lequel elles s’inscrivent. Le manque d’alternatives ainsi que la saturation du réseau bruxellois sont criants. Nous constatons que les services d’urgences hospitalières deviennent le seul lieu d’accueil pour répondre aux demandes et besoins des personnes, sans réelle possibilité d’orientation. Toutefois, par leur nature même, ces services ne disposent pas du temps ni des conditions nécessaires pour assurer une prise en charge globale et approfondie, les professionnels étant contraints d’intervenir dans un contexte d’urgence. Nous recevons des demandes de tous les services du secteur social-santé que nous ne sommes plus en mesure d’orienter. Dès lors, nous sommes témoins du phénomène de la « porte tournante »6.
Faute de solutions adaptées, les travailleurs sont trop souvent contraints de maintenir des accompagnements sans relais possible, au risque de faire naitre un sentiment d’impuissance, voire de les épuiser autant que les personnes concernées. Ce constat s’inscrit dans une réalité plus large : plus une structure ou une institution est grande, plus elle devient difficile d’accès pour les personnes les plus précarisées, renforçant ainsi les situations de non-recours.
La question du territoire démontre de manière particulièrement forte ces limites. Les logiques administratives – telles que la compétence territoriale des CPAS – persistent à refuser l’accès aux droits selon des frontières rigides, largement déconnectées des réalités vécues. Or, de nombreuses personnes en situation de grande précarité ne vivent pas dans un territoire fixe : elles circulent, s’adaptent, aménagent des repères dans les espaces mouvants, parfois d’une commune à l’autre. À ces parcours mouvants, le système oppose des cadres rigides produisant de fait de l’exclusion.
Cette réalité se traduit très concrètement sur le terrain. Une personne, initialement méfiante, entame progressivement un lien avec des travailleurs de rue d’une commune. Cet ancrage se voit souvent rompu brutalement à la suite d’expulsions au nom de l’ordre public. La personne doit repartir ailleurs, laissant derrière elle les démarches, ses affaires avec ses documents, et le réseau de confiance patiemment construit. Avec le déplacement, les intervenants changent, la lassitude s’installe, la méfiance se renforce et l’isolement s’accentue. Ces ruptures répétées ne sont pas sans conséquences : elles fragilisent profondément la santé mentale des personnes et leur état de santé somatique.
Dans ce même contexte, une autre tension apparait : le secteur tend à faire valoir la gestion administrative en reléguant au second plan la construction du lien. Les contraintes de procédure, les critères d’accès restrictifs ou encore le conditionnement de certaines aides (par exemple, prendre un traitement pour bénéficier d’un hébergement) éloignent les personnes plutôt que de les accueillir, soulevant des questions fondamentales sur le respect des droits du patient7. C’est dans ces interstices que s’inscrit le travail de notre équipe : une continuité, un filet de sécurité dans ce sinistre brouillard administratif. Elle intervient là où le système n’arrive plus à les joindre.
Face à ces impasses, il est nécessaire de réfléchir autrement les pratiques : sortir des bureaux pour aller vers la personne, ouvrir des permanences plus élargies sans rendez-vous, renforcer les services de première ligne au plus près des lieux de vie. Au-delà de ces aménagements, il s’agit de transformer ces pratiques ancrées : l’accès aux dispositifs ne peut se faire sans une remise en question des cadres institutionnels eux-mêmes.

 

  1. Les équipes mobiles émanent de la réforme des soins en santé mentale (« Psy 107 »), présentée comme faisant partie d’un mouvement global qui a pour but de déplacer les soins principalement organisés en institution vers des soins offerts au sein de la communauté. Une personne en souffrance psychique ne doit plus nécessairement être hospitalisée, mais peut être suivie dans son milieu de vie.
  2. M. Fricker, Epistemic Injustice : Power and the Ethics of Knowing, Oxford University Press, 2007.
  3. M. Perlin, « You have discussed leppers and crooks: Sanism in clinical teaching », Clinical Law Review, 2003, 9.
  4. A. Sen, Development as freedom, Oxford University Press, 1999.
  5. ME Olson et al., The key elements of dialogic practice in Open Dialogue, University of Massachusetts Medical School, 2014.
  6. Phénomène surtout assigné aux personnes qui éprouvent des difficultés de rester en lien avec les structures de soin, qui ont vécu plusieurs hospitalisations en lien avec des conditions de vie complexes ainsi qu’une « vulnérabilité accrue » ; PR Joyce et al., “The revolving door patient”, Comp Psych, 1981; 22(4).
  7. Depuis le 1er juillet 2022, la loi relative à la qualité de la pratique des soins de santé (« loi qualité ») définit des normes en incluant des éléments pour assurer une continuité, un encadrement et une structure qualitative ; « Ensemble dans le dialogue, ensemble dans le soin », brochure SPF Santé publique sur la loi « droits du patient », 2024.

Cet article est paru dans la revue:

Santé conjuguée, n°115 - juin 2026

Introduction n°115

Henri Ey, illustre psychiatre français, soutenait en 1935 que la psychiatrie était née « au moment où sont passés dans la structure sociale les concepts de liberté individuelle, de droits de l’homme ». Quelque nonante ans plus(…)

- Fabian Lo Monte

Personne ne joue avec les mêmes cartes

Dans nos sociétés individualistes et méritocratiques, la santé mentale est souvent envisagée comme une affaire privée : un problème de personnalité, de vulnérabilité individuelle, de trauma ou de gestion émotionnelle. La souffrance psychique serait avant tout liée à ce qui se passe « dans la tête ». Elle ne concernerait donc que les psys et leurs patients. Pourtant, depuis plusieurs décennies, la recherche montre que la santé mentale dépend aussi fortement des conditions sociales dans lesquelles les individus naissent, grandissent, travaillent et vieillissent. On parle alors de déterminants sociaux de la santé mentale.
- Mélanie Lannoy

Dossier patient informatisé, droit au respect de l’intimité

Il est essentiel de rappeler la complexité de l’être humain et les risques individuels et sociétaux liés à l’exigence de numérisation[efn_note]Cet article est extrait de « À l’ère du dossier patient informatisé, le droit au respect de l’intimité, oublié ? », avril 2019-mai 2026, https://psyclimède.be.[/efn_note]. Comme il est vital de différencier données confidentielles pertinentes pour la qualité des soins et données touchant à l’intime. Ces dernières bénéficient d’un degré de protection supérieur.
- Genevieve Monnoye

La construction d’une identité commune

Quelle place occupent les psychologues dans les maisons médicales ? Moins nombreux que les autres métiers du soin qui composent les équipes, leur rôle est néanmoins un maillon essentiel à la pratique pluridisciplinaire.
- Pascale Meunier

Enjeux pour les maisons médicales et leurs psys

La réforme et la convention des soins psychologiques de première ligne représentent une opportunité d’intégration institutionnelle et une source de tensions internes. Les maisons médicales travaillent en effet depuis longtemps en équipe pluridisciplinaire, intégrant déjà prévention, détection précoce, accompagnement psychosocial et actions communautaires sans être enfermées dans un modèle de « consultations à la séance ». Elles revendiquent une approche bien plus large que l’esprit de la convention, qui est centrée sur des « interventions » à objet thérapeutique limité en durée et ciblée sur des problématiques légères à modérées.
- Anaël Lecocq

Répondre à un besoin crucial d’accessibilité

Lancé en 2019, le projet soins psychologiques dans la première ligne vise à combler un manque dans l’offre de soins, longtemps centrée sur des interventions spécialisées et hospitalières. Ce dispositif introduit une prise en charge accessible et orientée vers la prévention, la détection et l’intervention précoce auprès des personnes présentant un mal-être psychologique léger à modéré, afin d’éviter l’évolution vers des troubles plus complexes.
- Frank Vandiervliet

Aller au-delà du symptôme, vraiment ?

« Tout en faisant partie intégrante du dispositif de soin, l’entretien avec le psychologue est un espace “autre” qui se dégage de l’urgence d’abraser le symptôme. » La formule est signée Ducarre[efn_note]C. Ducarre, « Le négatif de la psychiatrie : la place de l’entretien avec le psychologue dans une clinique psychiatrique », Cliniques 3, no 1, 2012.[/efn_note]. Elle est représentative d’une attitude canonique, confinant à la caractéristique identitaire : celle du psychologue clinicien face à la symptomatologie. Pour comprendre de quoi il retourne, il faut reprendre depuis le début : qu’est-ce qu’un symptôme ?
- Fabian Lo Monte

Travail thérapeutique et action communautaire

Les services de santé mentale (SSM), structures ambulatoires visant à favoriser l’accessibilité aux soins et aux services de santé pour l’ensemble de la population d’un territoire géographique, ont pour mission d’accueillir les personnes en souffrance ou en difficulté psychosociale pour maintenir ou restaurer leur qualité de vie et les accompagner dans une résolution de leurs difficultés. Les moyens mis en œuvre vont de l’accueil à l’accompagnement, en passant par la thérapie, le travail en réseau, mais aussi les projets communautaires et les activités de prévention.
- Maud Verjus, Nathalie Thomas, Séverine Clinaz

Topographie des lieux de soins de santé mentale

Le paysage des soins de santé mentale révèle l’étendue des ressources mobilisées pour donner ou recevoir des soins ainsi que du soutien émotionnel ou pratique. Observer sa topographie, façonnée par les forces conjointes de la professionnalisation et de la désinstitutionnalisation, permet de comprendre sa structuration, ses espaces vides ou saturés, ses itinéraires balisés, coordonnés ou improvisés, mais aussi d’interroger les choix politiques qui orientent ses évolutions.
- Sophie Thunus

Soin ou contrôle ?

Le nouveau cadre professionnel que la convention impose au psychologue implique des missions, des relations, des actions nouvelles auxquelles celui-ci doit s’adapter, pour autant qu’elles soient conformes à sa déontologie dans ses dimensions réglementaires et, plus encore, éthiques.
- Christian Mormont

Souffrance et organisation

La psychothérapie institutionnelle est un courant de la psychiatrie né pendant la Seconde Guerre mondiale1. Elle vise la prise en charge des personnes présentant des troubles psychiques, en particulier des psychoses.
- Ahmed Boucham

Dans les marges du soin

Lorsque la personne se détourne des institutions, par méfiance ou rupture du lien, il devient essentiel de l’accompagner sur son lieu de vie. Cette démarche, complexe lorsqu’il s’agit de soins en rue, offre une formidable opportunité : renouer le lien, respecter le rythme de chacun, aller à la rencontre de son environnement et favoriser une approche désinstitutionnalisée qui inclut la personne dans son quotidien. Ce temps accordé, empreint de respect et de patience, pourrait devenir le premier pas vers la reconstruction de la confiance dans le secteur social-santé.
- Asma El Moukadam, Charles-Antoine Sibille, Vira Geeurickx

Santé mentale et IA : pour un moratoire éthique

« En quoi suis-je autorisé ? » La question posée par Lacan[efn_note]J. Lacan, « En quoi suis-je autorisé ? », Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Séminaire 11, 1964, Seuil, 1973.[/efn_note] met en évidence un paradoxe que nous observons tous. Les personnes considérées compétentes pour parler de l’intelligence artificielle sont des spécialistes et connaisseurs souvent plutôt convaincus. Bien sûr ces acolytes, parfois zélateurs, relèveront certains inconforts herméneutiques ou politiques, mais souvent termineront-ils en suggérant qu’il faut bien vivre avec son temps. Il me semble raisonnable de défendre que, pour discuter des effets de l’IA dans le domaine de la santé mentale, il faut surtout réfléchir depuis le point de vue de la clinique et de ce qui se déploie dans la relation thérapeutique.
- Jérome Englebert

S’orienter dans la « nébuleuse psy »

Dans le domaine de la santé mentale, les appellations sont nombreuses et, avec elles, les interrogations et possibilités de confusion. Ce manque de lisibilité peut générer des attentes inadaptées, voire exposer des personnes vulnérables à des pratiques insuffisamment encadrées. Les professionnels eux-mêmes peuvent s’y perdre lorsqu’il s’agit d’orienter quelqu’un dans cette nébuleuse diffuse de titres, de formations et d’approches.
- Lauren Van den Berghe, Marie Jenet, Sarah Hallaert, Valentin Biset

Actualités 115

Le temps, enjeu et ressource

« Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne le demande, je le sais ; mais si on me le demande, je ne le sais plus. » À prendre les choses de façon abstraite et détachée, on n’a sans(…)

- Alexis Filipucci

Prescrire de la nature, une pratique émergente

Les liens entre santé humaine et environnement prennent une place croissante dans les réflexions en santé publique. Les effets du contact avec la nature sur la santé mentale et physique sont aujourd’hui de mieux en mieux documentés[efn_note]X. Wang et al., “Mapping of research in the Field of forest therapy-related issues: a bibliometric analysis for 2007-2021”, Frontiers in psychology, 2022;13 ; C. Twohig-Bennett, A. Jones, “The health benefits of the great outdoors: A systematic review and meta-analysis of greenspace exposure and health outcomes”, Environ Res., 2018;166 ; MP White et al., "Spending at least 120 minutes a week in nature is associated with good health and wellbeing”, Sci Rep9, 7730, 2019.[/efn_note] : diminution du stress, amélioration de l’humeur, augmentation de l’activité physique, réduction de l’isolement social et effets positifs sur certaines pathologies chroniques.
- Nolwen Lechien

52 milliards : sérieusement ?!

Alors que le gouvernement Arizona a voté une série de réformes faisant peser la plupart de l’effort sur les travailleurs et la Sécurité sociale, il y a une dépense publique que les patrons et leurs amis au gouvernement se gardent bien de mettre en évidence : le montant exorbitant des aides publiques aux entreprises. Avec éconosphères, nous avons chiffré ce montant à 52 milliards en 2022[efn_note]B. Bauraind, C. Van Tichelen, F. Sebastian, « “Un pognon de dingue”*, Le soutien public aux entreprises privées lucratives en Belgique », 21 mai 2025, www.econospheres.be. Le projet éconosphères est une initiative conjointe de la FGTB de Bruxelles la FGTB wallonne, la CSC, Attac Bruxelles-Wallonie et le Gresea.[/efn_note]. 52 milliards d’aide publique aux entreprises : et si on en faisait autre chose ?
- Clarisse Van Tichelen

Ariane Estenne : « Le décret éducation permanente reste un texte révolutionnaire dans sa portée, sa structure et sa façon de financer les associations »

Présidente du Mouvement ouvrier chrétien et du Conseil supérieur de l’éducation permanente, Ariane Estenne revient sur les fondements du décret qui soutient l’action d’éducation permanente (EP) depuis cinquante ans en Communauté française et souligne la nécessité de lutter pour les préserver face aux atteintes qui leur sont portées.
- Alexis Filipucci, Ariane Estenne, Pauline Gillard

Exploration d’un concept

L’autonomie est un des quatre grands principes éthiques que l’on retient généralement dans les soins de santé, à côté des principes de bienfaisance, de non-malfaisance et d’équité.
- Dr André Crismer