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Personne ne joue avec les mêmes cartes


Santé conjuguée n°115 - juin 2026

Dans nos sociétés individualistes et méritocratiques, la santé mentale est souvent envisagée comme une affaire privée : un problème de personnalité, de vulnérabilité individuelle, de trauma ou de gestion émotionnelle. La souffrance psychique serait avant tout liée à ce qui se passe « dans la tête ». Elle ne concernerait donc que les psys et leurs patients. Pourtant, depuis plusieurs décennies, la recherche montre que la santé mentale dépend aussi fortement des conditions sociales dans lesquelles les individus naissent, grandissent, travaillent et vieillissent. On parle alors de déterminants sociaux de la santé mentale.

L’Organisation mondiale de la santé définit ces déterminants sociaux de la santé mentale comme l’ensemble des facteurs sociaux, économiques, culturels, environnementaux et politiques qui influencent le bien-être psychologique et les troubles mentaux1. Autrement dit, la santé mentale ne dépend pas uniquement des caractéristiques individuelles, mais aussi des relations, du niveau de vie, du logement, des conditions de travail, de l’accès aux soins, du soutien social ou encore des normes culturelles. Bien entendu, les facteurs individuels existent et jouent un rôle important : génétique, santé physique, personnalité, style d’attachement, compétences émotionnelles ou expériences de vie influencent clairement la santé mentale. Mais réduire la souffrance psychique à ces seuls facteurs revient à ignorer une partie essentielle du problème. Les troubles psychiques ne se développent pas dans le vide : ils émergent dans des contextes sociaux parfois protecteurs, parfois profondément délétères. « Personne ne joue avec les mêmes cartes », chantait le groupe de rap IAM en 1997.

Les relations sociales : un facteur majeur de protection ou de vulnérabilité

Parmi les déterminants les plus importants figure la qualité des relations sociales. Ainsi, de nombreuses études montrent que le contexte familial influence fortement la santé mentale dès l’enfance. Les liens d’attachement insécures, les conflits familiaux chroniques, la violence intrafamiliale ou les addictions parentales augmentent le risque de dépression, d’anxiété ou de troubles relationnels à l’âge adulte2. À l’inverse, un environnement chaleureux, soutenant et sécurisant, agit comme un facteur de protection important3.
À l’âge adulte également, le soutien social joue un rôle central. Avoir des relations stables, un entourage soutenant et un sentiment d’appartenance protège contre le stress et favorise le bien-être psychologique. Certaines recherches suggèrent même que l’effet protecteur du soutien social sur la santé globale est aussi important que celui de l’activité physique4.
À l’inverse, l’isolement, la solitude, le harcèlement, les conflits répétés ou les violences relationnelles sont associés à davantage de troubles anxieux, dépressifs et suicidaires5. Cette question est particulièrement importante dans des sociétés où les liens sociaux tendent à se fragiliser. La montée de l’individualisme, le développement du télétravail, l’isolement des personnes âgées, la précarité relationnelle ou encore l’hyperconnexion numérique peuvent ainsi contribuer à l’augmentation du sentiment de solitude.
Le soutien social agit en outre comme un facteur de protection face aux autres difficultés de vie. Certaines personnes exposées à des conditions économiques difficiles ou à des évènements stressants parviennent à maintenir un bon équilibre psychologique grâce à la qualité de leurs relations. À l’inverse, l’absence de soutien peut amplifier considérablement l’impact d’autres facteurs de risque 6.

Inégalités sociales, précarité et santé mentale

Le niveau socioéconomique influence également fortement la santé mentale. Les personnes en situation de précarité présentent davantage de troubles psychiques, notamment de dépression et d’anxiété 7. Le chômage, l’insécurité financière, le surendettement ou les difficultés de logement constituent des facteurs de stress chronique qui affectent durablement le fonctionnement psychologique et physiologique8. Ces difficultés ont tendance à se cumuler : précarité économique, logement instable, isolement social, difficultés d’accès aux soins ou à l’éducation se renforcent mutuellement et augmentent la vulnérabilité psychique. À l’inverse, un niveau d’éducation élevé, un emploi stable et des conditions de vie sécurisantes exercent un effet protecteur.
La relation entre santé mentale et inégalités sociales est d’ailleurs bidirectionnelle. Les personnes défavorisées sont davantage exposées au stress chronique et aux troubles psychiques ; mais une mauvaise santé mentale peut également entrainer une perte d’emploi, une diminution des revenus, un isolement social ou des difficultés administratives, renforçant encore la précarité. La souffrance psychique peut ainsi devenir un facteur supplémentaire d’exclusion.
Les conditions de travail jouent également un rôle important. Si le travail peut être une source d’épanouissement, de reconnaissance et d’intégration sociale, certaines organisations professionnelles génèrent au contraire une forte souffrance psychique : surcharge de travail, manque d’autonomie, pression à la performance, faible reconnaissance, précarité de l’emploi ou harcèlement. Les taux élevés de burn-out observés dans de nombreux secteurs rappellent que la santé mentale ne peut pas être comprise indépendamment des réalités économiques et organisationnelles.
Par ailleurs, l’accès aux soins reste lui-même profondément inégalitaire. Les personnes les plus exposées aux difficultés psychiques sont souvent celles qui rencontrent le plus d’obstacles pour obtenir de l’aide : difficultés financières, manque de professionnels accessibles, barrières culturelles, stigmatisation des troubles psychiques ou complexité administrative. Une partie importante de la population reste ainsi éloignée des soins de santé mentale.

Les facteurs structurels et culturels

Au-delà des relations proches et des conditions matérielles, des facteurs plus larges influencent également la santé mentale : politiques publiques, environnement, discriminations, normes sociales ou culturelles.
Les sociétés très inégalitaires présentent ainsi globalement davantage de problèmes de santé physique et mentale. Lorsque les écarts sociaux se creusent, la compétition sociale, l’insécurité et le sentiment de déclassement augmentent, au détriment de la cohésion sociale et du bien-être collectif 9.
Les discriminations liées au genre, à l’origine, à l’orientation sexuelle, au handicap ou à la précarité ont également des conséquences psychologiques importantes. Elles exposent les personnes concernées à un stress chronique, à une diminution de l’estime de soi et à un sentiment d’exclusion. Les recherches de Meyer sur le « stress minoritaire » montrent ainsi que les groupes minorisés subissent une charge psychologique supplémentaire liée aux discriminations directes, à leur anticipation et à l’intériorisation des stéréotypes sociaux 10.
La qualité de l’environnement exerce également un impact direct. Ainsi, être exposé à la nature est bénéfique11. À l’inverse, et de manière prévisible, être exposé à des troubles civils, au conflit social, au crime, à l’insécurité et à la violence augmente la probabilité de développer des problèmes psychologiques 12.
Enfin, plus globalement, les normes culturelles jouent aussi un rôle majeur. Dans des sociétés centrées sur la performance, la productivité et l’amélioration constante de soi, de nombreuses personnes éprouvent un sentiment d’insuffisance permanent. Les injonctions à réussir, être heureux, performant ou épanoui peuvent contribuer à l’épuisement psychique, au perfectionnisme pathologique ou au burn-out. Certaines souffrances psychologiques ne relèvent donc pas uniquement de fragilités individuelles, mais aussi d’exigences sociales parfois difficiles à soutenir13.

Que peut-on faire en tant que psychologue de première ligne ?

Face aux déterminants sociaux de la santé mentale, il est important de reconnaitre qu’un psychologue seul ne peut pas supprimer la précarité, les discriminations ou les conditions de travail toxiques. En revanche, il peut avoir un impact réel en intégrant ces dimensions dans sa pratique clinique.
Le premier enjeu consiste à ne pas réduire systématiquement la souffrance à un problème purement individuel. Intégrer les facteurs sociaux dans l’évaluation clinique – logement, emploi, isolement, violences, discriminations, difficultés administratives ou financières – permet souvent de mieux comprendre certaines difficultés et de déculpabiliser les patients. Nommer l’impact du contexte social aide parfois à sortir d’une vision excessivement culpabilisante de la souffrance14. Cela implique également d’adapter les soins aux réalités des personnes : tenir compte des contraintes matérielles, utiliser un langage accessible, éviter les normes implicites liées au niveau socioculturel ou rester attentif aux différences culturelles dans la manière d’exprimer la souffrance.
Le travail thérapeutique peut aussi viser à renforcer les ressources existantes : dynamique familiale, soutien social, compétences, sentiment d’efficacité personnelle ou pouvoir d’agir. Dans certains contextes de vulnérabilité, aider une personne à retrouver du contrôle sur sa vie peut être aussi important que réduire ses symptômes. La collaboration avec une assistante sociale peut d’ailleurs être précieuse dans ce cadre. Les déterminants sociaux influencent également la relation thérapeutique elle-même. Les différences de classe sociale, de capital culturel ou d’expérience de discrimination peuvent créer des malentendus, modifier le rapport à l’autorité ou renforcer le sentiment d’illégitimité de certains patients. Être attentif à ces dynamiques et prendre conscience de ses propres stéréotypes permet souvent d’améliorer l’alliance thérapeutique.
Enfin, il est important de souligner que le travail en maison médicale est un plus pour aborder ces questions de par plusieurs aspects. Ainsi, face aux situations complexes que peuvent vivre nos patients, travailler au sein d’une équipe pluridisciplinaire, intégrée à un réseau plus large est une force. L’accent mis sur le modèle GICA (globalité, intégration, continuité et accessibilité des soins) est également très propice à la prise en charge des populations qui rencontrent des conditions de vie difficiles. Favoriser la santé communautaire, assouplir le cadre, organiser des groupes de prévention et de soutien, plaider pour une société plus juste, sensibiliser les collègues et les institutions à l’impact des inégalités sociales : autant de pistes que les psychologues peuvent intégrer dans leur cadre de travail pour agir sur les déterminants sociaux de la santé mentale, en première ligne. Certaines souffrances nécessitent en effet des réponses qui dépassent le cadre strictement psychothérapeutique.

Une responsabilité collective

Comprendre les déterminants sociaux de la santé mentale invite finalement à changer de regard. La souffrance psychique ne peut pas être comprise uniquement comme une affaire individuelle ou privée. Elle est aussi le reflet des environnements sociaux dans lesquels les personnes évoluent.
Cela ne signifie pas que les individus n’ont aucun pouvoir d’action sur leur santé mentale ni que les facteurs psychologiques sont secondaires. Mais cela rappelle qu’il est impossible de promouvoir durablement la santé mentale sans agir également sur les conditions de vie, les inégalités sociales, les discriminations et la qualité du lien social.
La santé mentale n’est donc pas seulement une affaire de psys. Elle concerne aussi les écoles, les familles, les entreprises, les politiques publiques et, plus largement, l’organisation de la société elle-même. Rappelons ainsi à toutes fins utiles la lourde responsabilité des responsables politiques, car, contrairement aux facteurs génétiques, les facteurs socioéconomiques et sociétaux, eux, sont modifiables15. Les cartes peuvent être rebattues afin que tout le monde ait réellement les mêmes chances de gagner.

 

  1. « Social determinants of mental health », https://iris.who.int, 2014.
  2. T. Fryers, T. Brugha, “Childhood determinants of adult psychiatry disorder”, Clinical Practice and Epidemiology in Mental Health, 22(9), 2013.
  3. Y. Kelly et al., “What role for the home learning environment and parenting in reducing the socioeconomic gradient in child development? Findings from the Millenium Cohort study”, Archives of Disease in Childhood, 96(9), 2011.
  4. J. Holt-Lunstad et al., “Social relationships and mortality risk: A meta-analytic review”, PLOS Medecine, 7(7), 2010.
  5. R. Mushtaq et al., “Relationship between loneliness, psychiatric disorders and physical health? A review on the psychological aspects of loneliness”, Journal Of Clinical & Diagnostic Research, 8(9), 2014.
  6. WHO, op cit.
  7. M. Lemstra et al., “A systematic review of depressed mood and anxiety by SES in youth aged 10-15 years”, Canadian Journal of Public Health, 99(2), 2008.
  8. V. Patel et al., “Mental disorders: Equity and social determinants”, in E. Blas,
    A. Sivasankara Kurup (Eds.), Equity, social determinants and public health programs, WHO, 2010.
  9. R. Wilkinson, K. Pickett, The spirit level: Why equality is better for everyone, Penguin, 2010.
  10. IH Meyer, ME Northridge (Eds.), The health sexual minorities: Public health perspectives in lesbian, gay, bisexual and transgender populations, Springer, 2007.
  11. GN Bratman, et al., “The impacts of nature experience on human cognitive function and mental health: Nature experience, cognitive function, and mental health”, Annals of New York Academy of Sciences, 1249(1), 2012.
  12. V. Patel et al., op cit.
  13. E. Cabanas, E. Illouz, Happycratie : Comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, Premier Parallèle, 2018.
  14. RS Shim, MT Compton, “The social determinants of mental health: psychiatrists’ roles in addressing discrimination and food insecurity”, Focus, 18(1), 2020.
  15. F. Gonon, Les neurosciences, un discours néolibéral : Psychiatrie, éducation, inégalités, Champs social éditions, 2024.

Cet article est paru dans la revue:

Santé conjuguée, n°115 - juin 2026

Introduction n°115

Henri Ey, illustre psychiatre français, soutenait en 1935 que la psychiatrie était née « au moment où sont passés dans la structure sociale les concepts de liberté individuelle, de droits de l’homme ». Quelque nonante ans plus(…)

- Fabian Lo Monte

Personne ne joue avec les mêmes cartes

Dans nos sociétés individualistes et méritocratiques, la santé mentale est souvent envisagée comme une affaire privée : un problème de personnalité, de vulnérabilité individuelle, de trauma ou de gestion émotionnelle. La souffrance psychique serait avant tout liée à ce qui se passe « dans la tête ». Elle ne concernerait donc que les psys et leurs patients. Pourtant, depuis plusieurs décennies, la recherche montre que la santé mentale dépend aussi fortement des conditions sociales dans lesquelles les individus naissent, grandissent, travaillent et vieillissent. On parle alors de déterminants sociaux de la santé mentale.
- Mélanie Lannoy

Dossier patient informatisé, droit au respect de l’intimité

Il est essentiel de rappeler la complexité de l’être humain et les risques individuels et sociétaux liés à l’exigence de numérisation[efn_note]Cet article est extrait de « À l’ère du dossier patient informatisé, le droit au respect de l’intimité, oublié ? », avril 2019-mai 2026, https://psyclimède.be.[/efn_note]. Comme il est vital de différencier données confidentielles pertinentes pour la qualité des soins et données touchant à l’intime. Ces dernières bénéficient d’un degré de protection supérieur.
- Genevieve Monnoye

La construction d’une identité commune

Quelle place occupent les psychologues dans les maisons médicales ? Moins nombreux que les autres métiers du soin qui composent les équipes, leur rôle est néanmoins un maillon essentiel à la pratique pluridisciplinaire.
- Pascale Meunier

Enjeux pour les maisons médicales et leurs psys

La réforme et la convention des soins psychologiques de première ligne représentent une opportunité d’intégration institutionnelle et une source de tensions internes. Les maisons médicales travaillent en effet depuis longtemps en équipe pluridisciplinaire, intégrant déjà prévention, détection précoce, accompagnement psychosocial et actions communautaires sans être enfermées dans un modèle de « consultations à la séance ». Elles revendiquent une approche bien plus large que l’esprit de la convention, qui est centrée sur des « interventions » à objet thérapeutique limité en durée et ciblée sur des problématiques légères à modérées.
- Anaël Lecocq

Répondre à un besoin crucial d’accessibilité

Lancé en 2019, le projet soins psychologiques dans la première ligne vise à combler un manque dans l’offre de soins, longtemps centrée sur des interventions spécialisées et hospitalières. Ce dispositif introduit une prise en charge accessible et orientée vers la prévention, la détection et l’intervention précoce auprès des personnes présentant un mal-être psychologique léger à modéré, afin d’éviter l’évolution vers des troubles plus complexes.
- Frank Vandiervliet

Aller au-delà du symptôme, vraiment ?

« Tout en faisant partie intégrante du dispositif de soin, l’entretien avec le psychologue est un espace “autre” qui se dégage de l’urgence d’abraser le symptôme. » La formule est signée Ducarre[efn_note]C. Ducarre, « Le négatif de la psychiatrie : la place de l’entretien avec le psychologue dans une clinique psychiatrique », Cliniques 3, no 1, 2012.[/efn_note]. Elle est représentative d’une attitude canonique, confinant à la caractéristique identitaire : celle du psychologue clinicien face à la symptomatologie. Pour comprendre de quoi il retourne, il faut reprendre depuis le début : qu’est-ce qu’un symptôme ?
- Fabian Lo Monte

Travail thérapeutique et action communautaire

Les services de santé mentale (SSM), structures ambulatoires visant à favoriser l’accessibilité aux soins et aux services de santé pour l’ensemble de la population d’un territoire géographique, ont pour mission d’accueillir les personnes en souffrance ou en difficulté psychosociale pour maintenir ou restaurer leur qualité de vie et les accompagner dans une résolution de leurs difficultés. Les moyens mis en œuvre vont de l’accueil à l’accompagnement, en passant par la thérapie, le travail en réseau, mais aussi les projets communautaires et les activités de prévention.
- Maud Verjus, Nathalie Thomas, Séverine Clinaz

Topographie des lieux de soins de santé mentale

Le paysage des soins de santé mentale révèle l’étendue des ressources mobilisées pour donner ou recevoir des soins ainsi que du soutien émotionnel ou pratique. Observer sa topographie, façonnée par les forces conjointes de la professionnalisation et de la désinstitutionnalisation, permet de comprendre sa structuration, ses espaces vides ou saturés, ses itinéraires balisés, coordonnés ou improvisés, mais aussi d’interroger les choix politiques qui orientent ses évolutions.
- Sophie Thunus

Soin ou contrôle ?

Le nouveau cadre professionnel que la convention impose au psychologue implique des missions, des relations, des actions nouvelles auxquelles celui-ci doit s’adapter, pour autant qu’elles soient conformes à sa déontologie dans ses dimensions réglementaires et, plus encore, éthiques.
- Christian Mormont

Souffrance et organisation

La psychothérapie institutionnelle est un courant de la psychiatrie né pendant la Seconde Guerre mondiale1. Elle vise la prise en charge des personnes présentant des troubles psychiques, en particulier des psychoses.
- Ahmed Boucham

Dans les marges du soin

Lorsque la personne se détourne des institutions, par méfiance ou rupture du lien, il devient essentiel de l’accompagner sur son lieu de vie. Cette démarche, complexe lorsqu’il s’agit de soins en rue, offre une formidable opportunité : renouer le lien, respecter le rythme de chacun, aller à la rencontre de son environnement et favoriser une approche désinstitutionnalisée qui inclut la personne dans son quotidien. Ce temps accordé, empreint de respect et de patience, pourrait devenir le premier pas vers la reconstruction de la confiance dans le secteur social-santé.
- Asma El Moukadam, Charles-Antoine Sibille, Vira Geeurickx

Santé mentale et IA : pour un moratoire éthique

« En quoi suis-je autorisé ? » La question posée par Lacan[efn_note]J. Lacan, « En quoi suis-je autorisé ? », Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Séminaire 11, 1964, Seuil, 1973.[/efn_note] met en évidence un paradoxe que nous observons tous. Les personnes considérées compétentes pour parler de l’intelligence artificielle sont des spécialistes et connaisseurs souvent plutôt convaincus. Bien sûr ces acolytes, parfois zélateurs, relèveront certains inconforts herméneutiques ou politiques, mais souvent termineront-ils en suggérant qu’il faut bien vivre avec son temps. Il me semble raisonnable de défendre que, pour discuter des effets de l’IA dans le domaine de la santé mentale, il faut surtout réfléchir depuis le point de vue de la clinique et de ce qui se déploie dans la relation thérapeutique.
- Jérome Englebert

S’orienter dans la « nébuleuse psy »

Dans le domaine de la santé mentale, les appellations sont nombreuses et, avec elles, les interrogations et possibilités de confusion. Ce manque de lisibilité peut générer des attentes inadaptées, voire exposer des personnes vulnérables à des pratiques insuffisamment encadrées. Les professionnels eux-mêmes peuvent s’y perdre lorsqu’il s’agit d’orienter quelqu’un dans cette nébuleuse diffuse de titres, de formations et d’approches.
- Lauren Van den Berghe, Marie Jenet, Sarah Hallaert, Valentin Biset

Actualités 115

Le temps, enjeu et ressource

« Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne le demande, je le sais ; mais si on me le demande, je ne le sais plus. » À prendre les choses de façon abstraite et détachée, on n’a sans(…)

- Alexis Filipucci

Prescrire de la nature, une pratique émergente

Les liens entre santé humaine et environnement prennent une place croissante dans les réflexions en santé publique. Les effets du contact avec la nature sur la santé mentale et physique sont aujourd’hui de mieux en mieux documentés[efn_note]X. Wang et al., “Mapping of research in the Field of forest therapy-related issues: a bibliometric analysis for 2007-2021”, Frontiers in psychology, 2022;13 ; C. Twohig-Bennett, A. Jones, “The health benefits of the great outdoors: A systematic review and meta-analysis of greenspace exposure and health outcomes”, Environ Res., 2018;166 ; MP White et al., "Spending at least 120 minutes a week in nature is associated with good health and wellbeing”, Sci Rep9, 7730, 2019.[/efn_note] : diminution du stress, amélioration de l’humeur, augmentation de l’activité physique, réduction de l’isolement social et effets positifs sur certaines pathologies chroniques.
- Nolwen Lechien

52 milliards : sérieusement ?!

Alors que le gouvernement Arizona a voté une série de réformes faisant peser la plupart de l’effort sur les travailleurs et la Sécurité sociale, il y a une dépense publique que les patrons et leurs amis au gouvernement se gardent bien de mettre en évidence : le montant exorbitant des aides publiques aux entreprises. Avec éconosphères, nous avons chiffré ce montant à 52 milliards en 2022[efn_note]B. Bauraind, C. Van Tichelen, F. Sebastian, « “Un pognon de dingue”*, Le soutien public aux entreprises privées lucratives en Belgique », 21 mai 2025, www.econospheres.be. Le projet éconosphères est une initiative conjointe de la FGTB de Bruxelles la FGTB wallonne, la CSC, Attac Bruxelles-Wallonie et le Gresea.[/efn_note]. 52 milliards d’aide publique aux entreprises : et si on en faisait autre chose ?
- Clarisse Van Tichelen

Ariane Estenne : « Le décret éducation permanente reste un texte révolutionnaire dans sa portée, sa structure et sa façon de financer les associations »

Présidente du Mouvement ouvrier chrétien et du Conseil supérieur de l’éducation permanente, Ariane Estenne revient sur les fondements du décret qui soutient l’action d’éducation permanente (EP) depuis cinquante ans en Communauté française et souligne la nécessité de lutter pour les préserver face aux atteintes qui leur sont portées.
- Alexis Filipucci, Ariane Estenne, Pauline Gillard

Exploration d’un concept

L’autonomie est un des quatre grands principes éthiques que l’on retient généralement dans les soins de santé, à côté des principes de bienfaisance, de non-malfaisance et d’équité.
- Dr André Crismer