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S’orienter dans la « nébuleuse psy »

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Santé conjuguée n°115 - juin 2026

Dans le domaine de la santé mentale, les appellations sont nombreuses et, avec elles, les interrogations et possibilités de confusion. Ce manque de lisibilité peut générer des attentes inadaptées, voire exposer des personnes vulnérables à des pratiques insuffisamment encadrées. Les professionnels eux-mêmes peuvent s’y perdre lorsqu’il s’agit d’orienter quelqu’un dans cette nébuleuse diffuse de titres, de formations et d’approches.

Comprendre le rôle de chaque intervenant – qu’il appartienne à une profession réglementée ou non – est pourtant essentiel pour faire un choix éclairé. Savoir à qui l’on s’adresse, c’est aussi savoir à quoi s’attendre, et quels sont ses droits.

Les professions réglementées

Certaines professions font l’objet d’une réglementation, par la protection soit de leur titre (psychologue), soit de leur pratique (psychologie clinique, psychothérapie, art médical). Ces cadres offrent des garanties en matière de formation, d’éthique et de recours.
Psychiatres et pédopsychiatres. Un psychiatre est avant tout un médecin. Après ses études de médecine, il a suivi une spécialisation en psychiatrie – ou en pédopsychiatrie s’il travaille avec l’enfant. En tant que médecin spécialiste, il est soumis à des obligations spécifiques, telles que l’inscription à l’Ordre des médecins (et le respect du code de déontologie médicale), l’obtention d’un visa du SPF Santé publique garantissant son droit d’exercer, ou encore d’un agrément1 attestant de son titre de médecin spécialiste en (pédo)psychiatrie.
Psychologues. Le psychologue est titulaire d’un master universitaire en psychologie, fruit d’une formation à la fois scientifique et pratique. Il propose des suivis ou accompagnements psychologiques. Le titre de psychologue est protégé par la loi depuis 19932 ; le porter nécessite l’inscription à la Commission des psychologues (sans quoi, la personne ne peut se revendiquer que « master en psychologie » et non « psychologue »). Cette inscription garantit que le professionnel dispose du diplôme requis et qu’il s’engage à respecter le code de déontologie des psychologues3, un cadre éthique contraignant et non simplement symbolique qui repose sur cinq piliers : le secret professionnel, le respect de la dignité et des droits de la personne, la responsabilité, la compétence professionnelle, et l’intégrité et l’honnêteté. Ce cadre offre des recours concrets au patient. En cas de difficulté avec un psychologue, il est possible de solliciter une médiation auprès de la Commission. Si un manquement déontologique est suspecté, une plainte peut être introduite devant le conseil disciplinaire. S’adresser à un psychologue inscrit à la Commission, c’est donc s’adresser à un professionnel soumis à un contrôle déontologique effectif. Les psychologues interviennent dans des contextes très variés : clinique, travail et organisations, milieu scolaire, sport, recherche… Ils mettent leurs compétences au service des individus, des groupes et organisations. À la différence des psychiatres, ils ne sont pas habilités à prescrire des médicaments ni à rédiger des certificats médicaux. Toutes les mutuelles proposent aujourd’hui un remboursement partiel (variable de l’une à l’autre) des consultations auprès d’un psychologue4 en ordre d’inscription à la Commission et/ou disposant d’un visa de psychologue clinicien.
Psychologues cliniciens. Ils sont les seuls habilités à exercer la psychologie clinique, définie par la loi de 2016 5 comme : « L’accomplissement habituel d’actes autonomes ayant pour objet, ou présentés comme ayant pour objet, à l’égard d’un être humain, dans un cadre de référence scientifiquement étayé de psychologie clinique, la prévention, l’examen, le dépistage ou l’établissement du psychodiagnostic de souffrances psychiques ou psychosomatiques, réelles ou supposées, ainsi que la prise en charge ou le soutien de cette personne. » L’exercice de la psychologie clinique est donc protégé, en complément de la protection du titre de psychologue. Pour exercer, il faut, en plus de l’inscription à la Commission des psychologues, disposer d’un visa et d’un agrément délivrés par les autorités compétentes. Une mention pour les orthopédagogues cliniciens : davantage présents en Flandre, ils bénéficient d’une reconnaissance similaire à celle des psychologues cliniciens, bien qu’ils soient plus spécifiquement orientés vers les questions d’éducation, d’apprentissage et de développement6. Cela étant dit, le titre d’orthopédagogue n’est pas protégé.
Les soins psychologiques de première ligne. Dans ce paysage réglementé s’inscrit un dispositif spécifique visant à améliorer l’accessibilité : la convention de première ligne. Celle-ci permet aux psychologues et orthopédagogues cliniciens titulaires d’un visa de proposer des consultations à tarif réduit. Or, seule une partie des psychologues (et donc des patients) y a accès, en raison d’un cadre budgétaire gouvernemental limité. La majorité des psychologues exerçant en dehors de la convention et appliquant des honoraires libres, la possibilité de choisir librement son praticien tout en bénéficiant du tarif conventionné reste en pratique limitée. Notons que cette catégorie de « psychologue de première ligne » ne correspond pas à une distinction existante dans le cursus de formation, mais plutôt à un signifiant introduit par le gouvernement lui-même à travers la réforme.
Psychothérapeutes. Distinguer psychologues et psychothérapeutes n’est pas toujours simple. De nombreux psychologues sont formés à la psychothérapie et se disent donc psychothérapeutes, ou psychologues et psychothérapeutes. De plus, ils ne sont pas les seuls à pouvoir la pratiquer. Un psychiatre peut, par exemple, s’être formé à la psychothérapie. Une précision : c’est l’exercice de la psychothérapie qui est protégé, pas le titre de psychothérapeute7. La psychothérapie est définie comme une forme de traitement des soins de santé utilisant de façon logique et systématique un ensemble cohérent de moyens psychologiques (interventions) ancrés dans un cadre de référence psychologique et scientifique, nécessitant une collaboration interdisciplinaire8. Depuis 2016, son exercice est strictement réservé à certains professionnels de santé : médecins, psychologues cliniciens et orthopédagogues cliniciens. S’y ajoutent les personnes qui pratiquaient déjà la psychothérapie avant cette date (ce qui explique pourquoi certains professionnels d’autres horizons, comme des assistants sociaux et des éducateurs, sont également en droit de la pratiquer)9. Il existe de nombreux courants théoriques en psychothérapie, tels que les thérapies psychodynamiques et psychanalytiques, qui se concentrent sur les processus inconscients et les expériences de la petite enfance ; les thérapies systémiques, qui recontextualisent les difficultés psychiques au sein des relations et des systèmes (familiaux et autres) ; les thérapies cognitivo-comportementales visant à modifier les pensées, les émotions et les comportements à l’aide de techniques concrètes ; les thérapies humanistes, existentielles et centrées sur le client, qui s’appuient sur l’idée de croissance personnelle, l’authenticité, l’empathie et l’expérience de la condition humaine. Cette liste est loin d’être exhaustive et chaque professionnel exerçant la psychothérapie ou chaque institut de formation développe sa propre manière de travailler (parfois de façon intégrative, en combinant les approches), même au sein d’un même courant. Le choix d’une approche dépend avant tout des besoins et des préférences de la personne qui consulte. Lorsqu’on choisit un psychothérapeute, il n’est pas recommandé de se laisser guider uniquement par l’orientation théorique. Il est tout aussi important de trouver un psychothérapeute avec lequel on s’entend bien sur le plan personnel. L’empathie, la confiance et l’authenticité jouent un rôle essentiel dans la réussite de la psychothérapie. Le plus simple est souvent d’en parler directement avec le professionnel.
Assistants en psychologie. Moins connus du grand public, ils sont titulaires d’un bachelier professionnalisant de trois ans, spécialisé en psychologie clinique, pédagogique et scolaire, ou du travail et des organisations. Ces professionnels jouent un rôle utile dans le soutien aux démarches diagnostiques (administration de tests, par exemple) et se distinguent par leurs compétences en orientation, en aide psychosociale et en prévention.
Les psychiatres, psychologues et psychothérapeutes ainsi que les assistants en psychologie exercent des rôles souvent complémentaires, contribuant ensemble à une prise en charge globale et adaptée des patients. Ils partagent un socle commun : une formation de base rigoureuse, articulant connaissances scientifiques et pratique clinique, ce qui constitue déjà un premier gage de qualité. Par ailleurs, les psychiatres et les psychologues sont soumis à un encadrement déontologique spécifique, assuré respectivement par l’Ordre des médecins et la Commission des psychologues. Les psychiatres ainsi que les psychologues cliniciens – y compris ceux qui pratiquent la psychothérapie – relèvent également, en tant que professionnels de santé, de la Commission fédérale de contrôle des professions de soins de santé. Celle-ci veille notamment à l’application de la loi relative à la qualité de la pratique des soins de santé et, à terme, à celle des dispositions relatives aux droits des patients10. Cela constitue un second gage de qualité.

Les professions non réglementées

Le paysage de la santé mentale comprend une série d’intervenants dont les pratiques ne font pas l’objet d’une réglementation comparable.
Psychanalystes. Le titre de psychanalyste n’est pas légalement protégé en Belgique, ce qui signifie que toute personne, quelles que soient sa formation ou ses compétences, peut se présenter ainsi. Derrière cette appellation coexistent deux réalités très différentes. D’un côté, les professionnels réglementés (cf. plus haut) qui ont complété leur formation de base par une formation à la psychothérapie d’orientation psychanalytique. Ceux-là appartiennent en réalité à la catégorie des professions réglementées, avec toutes les garanties que cela implique. De l’autre, des praticiens dont la formation se limite à un parcours spécifique en psychanalyse, parcours au demeurant exigeant, impliquant le plus souvent une analyse personnelle, une formation théorique et un processus de supervision, mais sans diplôme d’État reconnu en psychologie, médecine ou psychothérapie. L’acquisition du titre de psychanalyste est réglementée en interne par les associations de psychanalyse et ne vaut qu’en regard de cette communauté.
Coachs, thérapeutes et praticiens. De nombreuses autres dénominations existent et se réclament même parfois de la santé mentale. Ces appellations ne bénéficient d’aucune protection légale, ni même d’une reconnaissance associative : aucune garantie n’existe quant à la formation de ces professionnels, et les instances susceptibles de contrôler leurs pratiques sont quasiment inexistantes11. Bien que la psychothérapie soit une pratique protégée, les termes thérapie et thérapeute ne bénéficient, eux, d’aucune protection légale. Par conséquent, n’importe qui peut se présenter comme tel. Un thérapeute n’est donc pas nécessairement un psychothérapeute. Cela ne signifie pas que tous les coachs ou thérapeutes sont incompétents ou mal intentionnés. Certains ont des formations solides et des pratiques rigoureuses. Mais l’absence de cadre légal implique l’absence de garantie structurelle. En cas de difficulté, le patient n’a pratiquement aucun recours institutionnel. C’est cette absence de filet de protection qui justifie la prudence et met en évidence la nécessité de disposer de repères clairs pour s’orienter dans ce paysage.

La nécessité des repères

Savoir à qui l’on s’adresse, dans quel cadre et avec quelles garanties constitue une condition essentielle de la qualité de la prise en charge. La vérification de l’inscription d’un psychologue auprès de la Commission des psychologues constitue un point d’appui simple et fiable. Elle atteste du respect des conditions légales de port du titre de psychologue et de l’adhésion à un cadre déontologique assorti de mécanismes de contrôle et de recours. Pour les patients comme pour les professionnels amenés à orienter, ce réflexe participe à sécuriser les parcours de soins. À défaut de dissiper totalement la complexité du paysage, il permet d’y évoluer avec des repères clairs, fondés en droit.

  1. SPF Santé publique (s.d.), « Médecin spécialiste », www.health.belgium.be.
  2. Loi du 8 novembre 1993 protégeant le titre de psychologue, Moniteur belge, mise à jour du 3 juin 2024. www.ejustice.just.fgov.be
  3. SPF Économie, PME, Classes moyennes et Énergie, arrêté royal modifiant l’arrêté royal du 2 avril 2014 fixant les règles de déontologie du psychologue, Moniteur belge, 14 juin 2018.
  4. Vlaams Patiënten-platform, “Wat kost een psycholoog?”, 2 février 2026, https://vlaamspatientenplatform.be.
  5. Loi coordonnée du 10 mai 2015 relative à l’exercice des professions des soins de santé (LEPSS), Moniteur belge, 18 juin 2015, www.ejustice.just.fgov.be.
  6. SPF Santé publique (s.d.), « Orthopédagogue clinicien(ne) », www.health.belgium.be.
  7. SPF Santé publique (s.d.), « Psychothérapeute », www.health.belgium.be.
  8. LEPSS, op cit.
  9. SPF Santé publique (s.d.), op cit.
  10. SPF Santé publique (s.d.), « Commission fédérale de contrôle », www.health.belgium.be.
  11. Chambre des représentants de Belgique (s.d.). Proposition de résolution visant à encadrer légalement le métier de coach (Doc. parl. n° 56-1045/001), www.lachambre.be.

Cet article est paru dans la revue:

Santé conjuguée, n°115 - juin 2026

Introduction n°115

Henri Ey, illustre psychiatre français, soutenait en 1935 que la psychiatrie était née « au moment où sont passés dans la structure sociale les concepts de liberté individuelle, de droits de l’homme ». Quelque nonante ans plus(…)

- Fabian Lo Monte

Personne ne joue avec les mêmes cartes

Dans nos sociétés individualistes et méritocratiques, la santé mentale est souvent envisagée comme une affaire privée : un problème de personnalité, de vulnérabilité individuelle, de trauma ou de gestion émotionnelle. La souffrance psychique serait avant tout liée à ce qui se passe « dans la tête ». Elle ne concernerait donc que les psys et leurs patients. Pourtant, depuis plusieurs décennies, la recherche montre que la santé mentale dépend aussi fortement des conditions sociales dans lesquelles les individus naissent, grandissent, travaillent et vieillissent. On parle alors de déterminants sociaux de la santé mentale.
- Mélanie Lannoy

Dossier patient informatisé, droit au respect de l’intimité

Il est essentiel de rappeler la complexité de l’être humain et les risques individuels et sociétaux liés à l’exigence de numérisation[efn_note]Cet article est extrait de « À l’ère du dossier patient informatisé, le droit au respect de l’intimité, oublié ? », avril 2019-mai 2026, https://psyclimède.be.[/efn_note]. Comme il est vital de différencier données confidentielles pertinentes pour la qualité des soins et données touchant à l’intime. Ces dernières bénéficient d’un degré de protection supérieur.
- Genevieve Monnoye

La construction d’une identité commune

Quelle place occupent les psychologues dans les maisons médicales ? Moins nombreux que les autres métiers du soin qui composent les équipes, leur rôle est néanmoins un maillon essentiel à la pratique pluridisciplinaire.
- Pascale Meunier

Enjeux pour les maisons médicales et leurs psys

La réforme et la convention des soins psychologiques de première ligne représentent une opportunité d’intégration institutionnelle et une source de tensions internes. Les maisons médicales travaillent en effet depuis longtemps en équipe pluridisciplinaire, intégrant déjà prévention, détection précoce, accompagnement psychosocial et actions communautaires sans être enfermées dans un modèle de « consultations à la séance ». Elles revendiquent une approche bien plus large que l’esprit de la convention, qui est centrée sur des « interventions » à objet thérapeutique limité en durée et ciblée sur des problématiques légères à modérées.
- Anaël Lecocq

Répondre à un besoin crucial d’accessibilité

Lancé en 2019, le projet soins psychologiques dans la première ligne vise à combler un manque dans l’offre de soins, longtemps centrée sur des interventions spécialisées et hospitalières. Ce dispositif introduit une prise en charge accessible et orientée vers la prévention, la détection et l’intervention précoce auprès des personnes présentant un mal-être psychologique léger à modéré, afin d’éviter l’évolution vers des troubles plus complexes.
- Frank Vandiervliet

Aller au-delà du symptôme, vraiment ?

« Tout en faisant partie intégrante du dispositif de soin, l’entretien avec le psychologue est un espace “autre” qui se dégage de l’urgence d’abraser le symptôme. » La formule est signée Ducarre[efn_note]C. Ducarre, « Le négatif de la psychiatrie : la place de l’entretien avec le psychologue dans une clinique psychiatrique », Cliniques 3, no 1, 2012.[/efn_note]. Elle est représentative d’une attitude canonique, confinant à la caractéristique identitaire : celle du psychologue clinicien face à la symptomatologie. Pour comprendre de quoi il retourne, il faut reprendre depuis le début : qu’est-ce qu’un symptôme ?
- Fabian Lo Monte

Travail thérapeutique et action communautaire

Les services de santé mentale (SSM), structures ambulatoires visant à favoriser l’accessibilité aux soins et aux services de santé pour l’ensemble de la population d’un territoire géographique, ont pour mission d’accueillir les personnes en souffrance ou en difficulté psychosociale pour maintenir ou restaurer leur qualité de vie et les accompagner dans une résolution de leurs difficultés. Les moyens mis en œuvre vont de l’accueil à l’accompagnement, en passant par la thérapie, le travail en réseau, mais aussi les projets communautaires et les activités de prévention.
- Maud Verjus, Nathalie Thomas, Séverine Clinaz

Topographie des lieux de soins de santé mentale

Le paysage des soins de santé mentale révèle l’étendue des ressources mobilisées pour donner ou recevoir des soins ainsi que du soutien émotionnel ou pratique. Observer sa topographie, façonnée par les forces conjointes de la professionnalisation et de la désinstitutionnalisation, permet de comprendre sa structuration, ses espaces vides ou saturés, ses itinéraires balisés, coordonnés ou improvisés, mais aussi d’interroger les choix politiques qui orientent ses évolutions.
- Sophie Thunus

Soin ou contrôle ?

Le nouveau cadre professionnel que la convention impose au psychologue implique des missions, des relations, des actions nouvelles auxquelles celui-ci doit s’adapter, pour autant qu’elles soient conformes à sa déontologie dans ses dimensions réglementaires et, plus encore, éthiques.
- Christian Mormont

Souffrance et organisation

La psychothérapie institutionnelle est un courant de la psychiatrie né pendant la Seconde Guerre mondiale1. Elle vise la prise en charge des personnes présentant des troubles psychiques, en particulier des psychoses.
- Ahmed Boucham

Dans les marges du soin

Lorsque la personne se détourne des institutions, par méfiance ou rupture du lien, il devient essentiel de l’accompagner sur son lieu de vie. Cette démarche, complexe lorsqu’il s’agit de soins en rue, offre une formidable opportunité : renouer le lien, respecter le rythme de chacun, aller à la rencontre de son environnement et favoriser une approche désinstitutionnalisée qui inclut la personne dans son quotidien. Ce temps accordé, empreint de respect et de patience, pourrait devenir le premier pas vers la reconstruction de la confiance dans le secteur social-santé.
- Asma El Moukadam, Charles-Antoine Sibille, Vira Geeurickx

Santé mentale et IA : pour un moratoire éthique

« En quoi suis-je autorisé ? » La question posée par Lacan[efn_note]J. Lacan, « En quoi suis-je autorisé ? », Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Séminaire 11, 1964, Seuil, 1973.[/efn_note] met en évidence un paradoxe que nous observons tous. Les personnes considérées compétentes pour parler de l’intelligence artificielle sont des spécialistes et connaisseurs souvent plutôt convaincus. Bien sûr ces acolytes, parfois zélateurs, relèveront certains inconforts herméneutiques ou politiques, mais souvent termineront-ils en suggérant qu’il faut bien vivre avec son temps. Il me semble raisonnable de défendre que, pour discuter des effets de l’IA dans le domaine de la santé mentale, il faut surtout réfléchir depuis le point de vue de la clinique et de ce qui se déploie dans la relation thérapeutique.
- Jérome Englebert

S’orienter dans la « nébuleuse psy »

Dans le domaine de la santé mentale, les appellations sont nombreuses et, avec elles, les interrogations et possibilités de confusion. Ce manque de lisibilité peut générer des attentes inadaptées, voire exposer des personnes vulnérables à des pratiques insuffisamment encadrées. Les professionnels eux-mêmes peuvent s’y perdre lorsqu’il s’agit d’orienter quelqu’un dans cette nébuleuse diffuse de titres, de formations et d’approches.
- Lauren Van den Berghe, Marie Jenet, Sarah Hallaert, Valentin Biset

Actualités 115

Le temps, enjeu et ressource

« Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne le demande, je le sais ; mais si on me le demande, je ne le sais plus. » À prendre les choses de façon abstraite et détachée, on n’a sans(…)

- Alexis Filipucci

Prescrire de la nature, une pratique émergente

Les liens entre santé humaine et environnement prennent une place croissante dans les réflexions en santé publique. Les effets du contact avec la nature sur la santé mentale et physique sont aujourd’hui de mieux en mieux documentés[efn_note]X. Wang et al., “Mapping of research in the Field of forest therapy-related issues: a bibliometric analysis for 2007-2021”, Frontiers in psychology, 2022;13 ; C. Twohig-Bennett, A. Jones, “The health benefits of the great outdoors: A systematic review and meta-analysis of greenspace exposure and health outcomes”, Environ Res., 2018;166 ; MP White et al., "Spending at least 120 minutes a week in nature is associated with good health and wellbeing”, Sci Rep9, 7730, 2019.[/efn_note] : diminution du stress, amélioration de l’humeur, augmentation de l’activité physique, réduction de l’isolement social et effets positifs sur certaines pathologies chroniques.
- Nolwen Lechien

52 milliards : sérieusement ?!

Alors que le gouvernement Arizona a voté une série de réformes faisant peser la plupart de l’effort sur les travailleurs et la Sécurité sociale, il y a une dépense publique que les patrons et leurs amis au gouvernement se gardent bien de mettre en évidence : le montant exorbitant des aides publiques aux entreprises. Avec éconosphères, nous avons chiffré ce montant à 52 milliards en 2022[efn_note]B. Bauraind, C. Van Tichelen, F. Sebastian, « “Un pognon de dingue”*, Le soutien public aux entreprises privées lucratives en Belgique », 21 mai 2025, www.econospheres.be. Le projet éconosphères est une initiative conjointe de la FGTB de Bruxelles la FGTB wallonne, la CSC, Attac Bruxelles-Wallonie et le Gresea.[/efn_note]. 52 milliards d’aide publique aux entreprises : et si on en faisait autre chose ?
- Clarisse Van Tichelen

Ariane Estenne : « Le décret éducation permanente reste un texte révolutionnaire dans sa portée, sa structure et sa façon de financer les associations »

Présidente du Mouvement ouvrier chrétien et du Conseil supérieur de l’éducation permanente, Ariane Estenne revient sur les fondements du décret qui soutient l’action d’éducation permanente (EP) depuis cinquante ans en Communauté française et souligne la nécessité de lutter pour les préserver face aux atteintes qui leur sont portées.
- Alexis Filipucci, Ariane Estenne, Pauline Gillard

Exploration d’un concept

L’autonomie est un des quatre grands principes éthiques que l’on retient généralement dans les soins de santé, à côté des principes de bienfaisance, de non-malfaisance et d’équité.
- Dr André Crismer