Henri Ey, illustre psychiatre français, soutenait en 1935 que la psychiatrie était née « au moment où sont passés dans la structure sociale les concepts de liberté individuelle, de droits de l’homme »1. Quelque nonante ans plus tard, c’est la psychologie qui est plus que jamais visibilisée dans l’espace public – au moment même où ces concepts (et les injonctions à la performance qui y sont liées) sont décrits comme imprégnant si paradoxalement la société qu’ils seraient corrélés à l’explosion de souffrances telles que la dépression2.
La profession de psychologue fait, en effet, l’objet d’une reconnaissance grandissante. La visibilité de la souffrance psychologique explose, elle aussi. Entre autres choses, la dernière note d’orientation de la Fédération des maisons médicales a choisi comme deuxième point de priorité : « Comment faire face à l’augmentation des problèmes de santé mentale ? »
Tandis que la dernière grande loi concernant la profession de psychologue datait de 1993 (protection du titre), les dernières années ont vu un nombre impressionnant d’initiatives touchant de près le psychologue clinicien à l’échelle du pays, de manière exclusive ou non (c’est-à-dire concernant tous les soignants). Sur un autre volet, l’essor des technologies (réalité virtuelle, intelligence artificielle, etc.) dans le domaine global de la santé constitue également un sujet d’actualité.
Enfin, notons que, pour tout naturel qu’il paraisse aujourd’hui au plus grand nombre, l’usage extensif du concept de santé mentale est récent. Au cours des dernières décennies, ce concept s’est quasiment substitué à celui de « psychiatrie ». Il comporte son lot de présupposés et est révélateur d’une certaine vision du monde. Son usage nous informe des transformations du monde social dans lequel nous vivons, des normes et idéologies qui y prédominent 3 – en ce compris et surtout dans le domaine du soin.
Tout ceci comporte son lot de défis, de remaniements, d’aménagements, et met les psychologues face à la nécessité de s’adapter tout en restant fidèles à certains principes afin d’éviter que se diluent l’essence du métier et la position particulière qu’il implique.
Ce dossier est consacré à ces actualités, relatives soit à la profession de psychologue, soit à la santé mentale. Nous avons donné la parole à des experts proposant des points de vue variés, en laissant le plus possible place à l’indépendance et à la liberté de pensée.
- F. Burgat, M. Frèrejouan, Les pathologies de la liberté : La pensée de Henri Ey, Hermann, 2024.
- A. Ehrenberg, La fatigue d’être soi : Dépression et société, Odile Jacob, 1998.
- A. Ehrenberg, « Remarques pour éclaircir le concept de santé mentale : Point de vue », Revue française des affaires sociales, no 1, 2004.
Cet article est paru dans la revue:
Santé conjuguée, n°115 - juin 2026
Introduction n°115
Henri Ey, illustre psychiatre français, soutenait en 1935 que la psychiatrie était née « au moment où sont passés dans la structure sociale les concepts de liberté individuelle, de droits de l’homme ». Quelque nonante ans plus(…)
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