Lart infirmier a cinquante ans : le bon âge pour dresser un bilan. Depuis des siècles, les infirmiers et infirmières jouent un rôle majeur pour la santé. Cette profession aujourd’hui incontournable a traversé les époques, s’adaptant aux besoins sociétaux, aux progrès scientifiques et aux crises sanitaires majeures. De vocation religieuse, elle s’est muée en discipline scientifique rigoureuse, règlementée et structurée. En Belgique comme ailleurs, cette évolution fut marquée par des étapes clés, reflet d’une profession en constante mutation.
La construction d’un savoir
Au Moyen-Âge, les soins aux malades étaient prodigués dans les hospices et les hôtels-Dieu, sous la direction de congrégations religieuses. Ces institutions, souvent attachées aux monastères, servaient à la fois de refuges pour les plus démunis et de centres de soins sommaires. Les connaissances médicales étant limitées, les traitements se fondaient sur des pratiques empiriques, des herbes médicinales et des prières. L’hôpital Saint-Jean fondé à Bruxelles en 1195 et l’hôpital Notre-Dame à la Rose fondé en 1242 à Lessines illustrent cette période où les soins étaient indissociables de la foi. Avec la Renaissance et les bouleversements scientifiques, la profession commence à s’organiser différemment. Si les ordres religieux restent prédominants, la montée en puissance des hôpitaux civils et militaires marque une première rupture. Les guerres de l’époque, notamment celles qui touchent les Pays-Bas espagnols (dont faisaient partie les territoires de l’actuelle Belgique), exigent une prise en charge plus structurée des blessés, amorçant ainsi une lente professionnalisation des soins infirmiers.
Une profession qui se structure
C’est au XIXe siècle que la profession infirmière prend un virage décisif. Sous l’impulsion de la Britannique Florence Nightingale, la discipline acquiert une nouvelle dimension : hygiène rigoureuse, formation théorique et pratique, et reconnaissance progressive de la valeur du soin infirmier. La Belgique, influencée par ces idées, voit apparaître des formations plus structurées, notamment sous l’impulsion de congrégations comme les Sœurs de la Charité, qui posent les bases d’une organisation moderne.
En 1921, une première avancée majeure survient avec la reconnaissance officielle de la profession infirmière en Belgique. Ce statut est renforcé en 1937 par une loi imposant une formation obligatoire et une certification pour exercer. Ces mesures permettent de professionnaliser le secteur et d’assurer un encadrement plus rigoureux des soins dispensés. La Croix Jaune et Blanche (CJB) est fondée cette même année, organisant les soins à domicile auparavant assurés par des religieuses ou des bénévoles provenant d’initiatives locales.
Les deux guerres mondiales jouent un rôle fondamental dans l’évolution de la profession. Sur le front, les infirmières sont en première ligne, prodiguant des soins d’urgence aux blessés. Le courage et le professionnalisme dont elles font preuve leur valent une reconnaissance accrue et conduisent à une structuration plus officielle de la profession. En 1944, année de l’instauration de l’assurance maladie-invalidité, l’importance des soins à domicile est renforcée. En 1948, certains actes infirmiers tels que les injections, les pansements et les lavements deviennent remboursables par les mutuelles. Cette même année, le ministère de la Santé publique et de la Famille reconnait officiellement la CJB comme service spécialisé en soins infirmiers à domicile.
L’après-guerre voit une explosion de la demande en personnel soignant, notamment avec l’extension des services de santé publique et l’amélioration des techniques médicales. La profession continue à se structurer, avec la création de spécialisations et l’intégration progressive des sciences infirmières dans le monde universitaire. Aujourd’hui, les infirmiers et infirmières belges peuvent suivre des formations avancées et bénéficient d’une reconnaissance accrue de leurs compétences.
Un champ élargi de pratiques
La profession ne se limite pas à l’hôpital. à domicile, en maison de repos, en secteur psychiatrique, en soins intensifs, dans les services d’urgence ou encore dans l’enseignement, les infirmières exercent sous différentes bannières, mais partagent un même combat : être reconnues et revalorisées, tant au niveau salarial que dans la reconnaissance de leurs compétences.
Le Covid-19 a laissé des traces profondes. Nombre d’entre elles, épuisées, ont quitté le métier, aggravant une pénurie déjà préoccupante. Il est temps de redorer le blason de cette profession essentielle. Les réformes récentes vont dans ce sens et suscitent l’espoir. En réunissant témoignages et réflexions sur l’avenir du métier, ce dossier nous plonge dans son quotidien et invite à découvrir les défis qui bousculent cette profession essentielle, au service de la santé de toutes et tous.
Cet article est paru dans la revue:
Santé conjuguée, n°110 - mars 2025
Introduction n°110
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