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Introduction n°110


Santé conjuguée n°110 - mars 2025

Lart infirmier a cinquante ans : le bon âge pour dresser un bilan. Depuis des siècles, les infirmiers et infirmières jouent un rôle majeur pour la santé. Cette profession aujourd’hui incontournable a traversé les époques, s’adaptant aux besoins sociétaux, aux progrès scientifiques et aux crises sanitaires majeures. De vocation religieuse, elle s’est muée en discipline scientifique rigoureuse, règlementée et structurée. En Belgique comme ailleurs, cette évolution fut marquée par des étapes clés, reflet d’une profession en constante mutation.

La construction d’un savoir

Au Moyen-Âge, les soins aux malades étaient prodigués dans les hospices et les hôtels-Dieu, sous la direction de congrégations religieuses. Ces institutions, souvent attachées aux monastères, servaient à la fois de refuges pour les plus démunis et de centres de soins sommaires. Les connaissances médicales étant limitées, les traitements se fondaient sur des pratiques empiriques, des herbes médicinales et des prières. L’hôpital Saint-Jean fondé à Bruxelles en 1195 et l’hôpital Notre-Dame à la Rose fondé en 1242 à Lessines illustrent cette période où les soins étaient indissociables de la foi. Avec la Renaissance et les bouleversements scientifiques, la profession commence à s’organiser différemment. Si les ordres religieux restent prédominants, la montée en puissance des hôpitaux civils et militaires marque une première rupture. Les guerres de l’époque, notamment celles qui touchent les Pays-Bas espagnols (dont faisaient partie les territoires de l’actuelle Belgique), exigent une prise en charge plus structurée des blessés, amorçant ainsi une lente professionnalisation des soins infirmiers.

Une profession qui se structure

C’est au XIXe siècle que la profession infirmière prend un virage décisif. Sous l’impulsion de la Britannique Florence Nightingale, la discipline acquiert une nouvelle dimension : hygiène rigoureuse, formation théorique et pratique, et reconnaissance progressive de la valeur du soin infirmier. La Belgique, influencée par ces idées, voit apparaître des formations plus structurées, notamment sous l’impulsion de congrégations comme les Sœurs de la Charité, qui posent les bases d’une organisation moderne.
En 1921, une première avancée majeure survient avec la reconnaissance officielle de la profession infirmière en Belgique. Ce statut est renforcé en 1937 par une loi imposant une formation obligatoire et une certification pour exercer. Ces mesures permettent de professionnaliser le secteur et d’assurer un encadrement plus rigoureux des soins dispensés. La Croix Jaune et Blanche (CJB) est fondée cette même année, organisant les soins à domicile auparavant assurés par des religieuses ou des bénévoles provenant d’initiatives locales.
Les deux guerres mondiales jouent un rôle fondamental dans l’évolution de la profession. Sur le front, les infirmières sont en première ligne, prodiguant des soins d’urgence aux blessés. Le courage et le professionnalisme dont elles font preuve leur valent une reconnaissance accrue et conduisent à une structuration plus officielle de la profession. En 1944, année de l’instauration de l’assurance maladie-invalidité, l’importance des soins à domicile est renforcée. En 1948, certains actes infirmiers tels que les injections, les pansements et les lavements deviennent remboursables par les mutuelles. Cette même année, le ministère de la Santé publique et de la Famille reconnait officiellement la CJB comme service spécialisé en soins infirmiers à domicile.
L’après-guerre voit une explosion de la demande en personnel soignant, notamment avec l’extension des services de santé publique et l’amélioration des techniques médicales. La profession continue à se structurer, avec la création de spécialisations et l’intégration progressive des sciences infirmières dans le monde universitaire. Aujourd’hui, les infirmiers et infirmières belges peuvent suivre des formations avancées et bénéficient d’une reconnaissance accrue de leurs compétences.

Un champ élargi de pratiques

La profession ne se limite pas à l’hôpital. à domicile, en maison de repos, en secteur psychiatrique, en soins intensifs, dans les services d’urgence ou encore dans l’enseignement, les infirmières exercent sous différentes bannières, mais partagent un même combat : être reconnues et revalorisées, tant au niveau salarial que dans la reconnaissance de leurs compétences.
Le Covid-19 a laissé des traces profondes. Nombre d’entre elles, épuisées, ont quitté le métier, aggravant une pénurie déjà préoccupante. Il est temps de redorer le blason de cette profession essentielle. Les réformes récentes vont dans ce sens et suscitent l’espoir. En réunissant témoignages et réflexions sur l’avenir du métier, ce dossier nous plonge dans son quotidien et invite à découvrir les défis qui bousculent cette profession essentielle, au service de la santé de toutes et tous.

 

Cet article est paru dans la revue:

Santé conjuguée, n°110 - mars 2025

Introduction n°110

Lart infirmier a cinquante ans : le bon âge pour dresser un bilan. Depuis des siècles, les infirmiers et infirmières jouent un rôle majeur pour la santé. Cette profession aujourd’hui incontournable a traversé les époques, s’adaptant aux(…)

- Marilyn Magerotte

L’art infirmier a 50 ans !

1974-2024. En un demi-siècle, l’art infirmier a connu une profonde mutation. Il est passée d’une profession paramédicale à une profession soignante à part entière, d’actes soumis à prescription médicale à des actes infirmiers autonomes, et à une multiplication de nouvelles fonctions avec qui partager ces soins…
- Miguel Lardennois

L’évolution législative de l’art infirmier

Plusieurs évolutions législatives relatives à l’exercice de l’art infirmier ont eu lieu ces dernières années en Belgique : de nouvelles professions ont vu le jour, certains actes peuvent désormais être délégués ou exercés de manière autonome… Faisons le point.
- Marie Rygaert

De nouvelles fonctions infirmières en soins primaires

Infirmier responsable de soins généraux, infirmier de pratique de médecine générale, infirmier spécialisé en santé communautaire et infirmier de pratique avancée : la coexistence de ces nouvelles fonctions dans le cadre des soins primaires représente un défi, mais aussi la plus-value possible d’une pratique intégrée.
- Jacinthe Dancot, Jean-Luc Belche

Les consultations infirmières

Les infirmières et les infirmiers peuvent-ils avoir un rôle novateur spécifique à jouer dans un nouveau modèle visant à réaliser une meilleure prise en charge des besoins complexes, et donc à améliorer la qualité des soins ? Une recherche explore l’intérêt de cette évolution du métier qui pourrait, entre autres effets, contribuer à son attrait.
- Emily Van Coolput, Fabienne Dobbels, Imgard Vinck, Jens Detollenaere, Koen Van den Heede, Marie Cerulus, Marie Dauvrin, Mieke Deschodt, Pieter Heeren, Tom Goffin

Etoffer sa pratique

À travers les consultations proposées dans leur maison médicale, des infirmières et infirmiers endossent une plus grande variété de rôles et de compétences, et bénéficient d’une autonomie plus importante. Ces initiatives locales pourraient-elles se déployer à plus grande échelle pour répondre à la demande croissante de soins complexes en contexte de pénurie ?
- Pauline Gillard

Une profession toujours mal (re)connue

L’introduction de l’échelle barémique IF-IC[efn_note]www.if-ic.org. [/efn_note] depuis 2018 a renforcé un sentiment d’injustice au sein de la profession, le profil du poste « infirmier en maison médicale » ne correspondant pas toujours au terrain. Une enquête explore cette réalité et met en lumière une méconnaissance du rôle, des compétences et des responsabilités des infirmières dans certaines équipes.
- Madli Bayot

Pénurie et crise du « prendre soin »

Où trouver du personnel infirmier et aide-soignant ? Une étude récente[efn_note]H. Janssens, T. Lavergne, Pénurie des infirmières et crise du « prendre soin », Santé et Société n° 10, juillet 2024. Collaboration entre la Mutualité chrétienne et l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes. [/efn_note] contribue à mieux cerner cette problématique en la chiffrant et en identifiant ses causes et ses conséquences.
- Hélène Janssens

Stagiaire : un travail pénible et gratuit

Épuisement, stress, souffrance psychique… plus de la moitié des étudiantes et étudiants en soins infirmiers sont exposés au risque de « burn-out académique ». En cause ? Des facteurs multiples, parmi lesquels la lourdeur des études et de mauvaises conditions de stage.
- Marinette Mormont

Référent hospitalier et besoins de liaison

La transition entre l’hôpital et la première ligne de soins – et vice-versa – constitue une période charnière caractérisée par un risque accru de rupture dans la continuité et la cohérence des soins, de l’aide et de l’accompagnement offerts aux bénéficiaires.
- Lucia Alvarez Irusta

Journal d’une infirmière à domicile

La journée commence tôt, très tôt, pour Manon Laurent. À Hastière, aux confins de la province de Namur, elle sonne à la porte de son premier patient à 6 h 30. Elle enchainera une vingtaine de visites jusqu’à la nuit tombante.
- Pascale Meunier

Eco-infirmier, l’infirmier de demain ?

À la croisée des soins et des questions environnementales, l’éco-infirmier éclaire les patients sur les risques pour la santé liés aux pollutions croissantes. Il joue aussi un rôle dans les équipes pour faire évoluer les pratiques. Car si notre santé est influencée par tout ce qui nous entoure, le secteur médical au sens large contribue aussi à dégrader nos milieux de vie.
- Philippe Perin

La représentation infirmière en Belgique

Le pays compte 140 000 infirmiers et infirmières. Pour défendre les nombreux intérêts de la profession en matière de conditions de travail, de salaire ou de formation, les associations qui les représentent sont réunies sous une coupole pluraliste : l’Union générale des infirmiers de Belgique.
- Marilyn Magerotte

Actualités 110

236 jours pour ça ?

Le gouvernement fédéral a prêté serment devant le roi. La photo de classe présente une rangée d’hommes derrière lesquels se cachent quelques têtes féminines discrètes. Les grands devant, les petites derrière… Les partis de l’opposition l’ont(…)

- Fanny Dubois

Sophie Lanoy : « Nous ne sommes pas là pour représenter notre propre point de vue, mais pour porter la voix des patients »

Depuis vingt-cinq ans, la Ligue des usagers des services de santé (LUSS) porte la parole des associations de patients et de leurs proches. La directrice politique de cette coupole qui rassemble près de cent membres en Wallonie et à Bruxelles explique les détails de cette représentation essentielle dans notre système de santé.
- Pascale Meunier

Vers un usage approprié des médicaments

Les médicaments sont indispensables pour traiter un grand nombre de pathologies, mais la hausse de leur consommation n’est pas sans conséquences sur l’environnement, la biodiversité et les écosystèmes.
- Groupe de travail Urgence écologique et santé de la Fédération des maisons médicales

Logement sous baxter

En décembre dernier, l’assemblée réunie au Réseau wallon de lutte contre la pauvreté est atypique. Elle mélange volontairement les horizons. Et d’emblée, associe des personnes dans la pauvreté et d’autres issues de secteurs distincts : le logement d’une part, la santé et le soin aux personnes de l’autre.
- Christine Mahy

Habiter en oiseau

Habiter en oiseau, c’est un essai, ce n’est pas un livre sur les oiseaux, mais un livre sur les scientifiques qui en parlent et sur leurs controverses[efn_note] V. Despret, Habiter en oiseau, Actes Sud, 2019.[/efn_note]. Un livre pour les oiseaux… Comme un livre, je me dis, qui se pencherait avec vigilance, impertinence et audace sur ce que disent les soignants à propos des patients et de leurs maladies. Pour faire entendre leurs paroles aux malades.
- Dr André Crismer

Le chlordécone, un polluant néocolonial ?

La Fédération des maisons médicales poursuit son cycle de conférences sur les polluants chimiques[efn_note]P. Meunier, « Sous la menace des polluants éternels », Santé conjuguée n° 109, décembre 2024. [/efn_note]. Direction les Antilles – Guadeloupe et Martinique –, la monoculture de la banane et les effets retors d’un insecticide radical.
- Pascale Meunier