Les basculements, transformations et incertitudes qui rythment désormais le quotidien placent la politique partout. « C’est une bonne chose », diront certains. Mais est-ce si sûr ? Car cette « politique » qui sature l’air ambiant est construite comme une scène face à laquelle nous ne sommes que des « spectateurs ». En d’autres termes, l’omniprésente politique nous place d’emblée dans une insupportable position d’impuissance. Le rejet d’une telle politique et le refuge dans d’autres activités (par définition désignées comme « non politiques ») sont, de ce point de vue, une réaction saine et compréhensible.
Mais c’est là que les choses se corsent et que l’on voit la perversité du « spectacle politique ». C’est qu’il nous amène à croire que ce que nous faisons au quotidien et la manière dont nous le faisons n’ont rien à voir avec les principes régissant l’organisation de nos existences collectives. Il nous encourage même à protéger ces dimensions existentiellement fondamentales contre les remous angoissants de l’absurdité politique. Notre travail ? Pas politique. Notre clinique ? Certainement pas politique. La façon dont nous échangeons avec nos collègues ? Encore moins politique. La façon dont nous regardons et écoutons nos patients ? Absolument pas politique. En somme, la situation est telle que nous pensons que rien de ce qui nous importe concrètement dans notre réalité professionnelle quotidienne n’est et ne doit devenir politique.
Cet incroyable renversement nous clive et rend notre vie professionnelle contradictoire. Là où il y a du soin, il n’y a pas de politique. Là où il y a de la politique, il y a négligence du soin. Mais si la politique doit avoir un sens vécu, où trouver son enracinement ailleurs que dans la façon dont nous nous traitons les uns les autres au quotidien ? Et si la façon dont nous soignons implique réellement une certaine vision de l’être humain et de la société, alors la politique ne se fait pas ailleurs que dans le colloque singulier, la réunion clinique, l’accueil des patients et le soutien aux collègues. Bien sûr, il faut construire une structure économique et administrative qui rende cela possible. Mais aucune structure n’a jamais soigné personne.
Cet article est paru dans la revue:
Santé conjuguée, n°114 - mars 2026
introduction n°114
L’Organisation mondiale de la santé estime que 1,3 milliard de personnes – soit 16 % de la population mondiale – sont aujourd’hui atteintes d’un handicap important. En matière d’accessibilité aux soins de santé, les obstacles qu’elles rencontrent ne(…)
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