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Tout est (a)politique


Santé conjuguée n°114 - mars 2026

Les basculements, transformations et incertitudes qui rythment désormais le quotidien placent la politique partout. « C’est une bonne chose », diront certains. Mais est-ce si sûr ? Car cette « politique » qui sature l’air ambiant est construite comme une scène face à laquelle nous ne sommes que des « spectateurs ». En d’autres termes, l’omniprésente politique nous place d’emblée dans une insupportable position d’impuissance. Le rejet d’une telle politique et le refuge dans d’autres activités (par définition désignées comme « non politiques ») sont, de ce point de vue, une réaction saine et compréhensible.
Mais c’est là que les choses se corsent et que l’on voit la perversité du « spectacle politique ». C’est qu’il nous amène à croire que ce que nous faisons au quotidien et la manière dont nous le faisons n’ont rien à voir avec les principes régissant l’organisation de nos existences collectives. Il nous encourage même à protéger ces dimensions existentiellement fondamentales contre les remous angoissants de l’absurdité politique. Notre travail ? Pas politique. Notre clinique ? Certainement pas politique. La façon dont nous échangeons avec nos collègues ? Encore moins politique. La façon dont nous regardons et écoutons nos patients ? Absolument pas politique. En somme, la situation est telle que nous pensons que rien de ce qui nous importe concrètement dans notre réalité professionnelle quotidienne n’est et ne doit devenir politique.
Cet incroyable renversement nous clive et rend notre vie professionnelle contradictoire. Là où il y a du soin, il n’y a pas de politique. Là où il y a de la politique, il y a négligence du soin. Mais si la politique doit avoir un sens vécu, où trouver son enracinement ailleurs que dans la façon dont nous nous traitons les uns les autres au quotidien ? Et si la façon dont nous soignons implique réellement une certaine vision de l’être humain et de la société, alors la politique ne se fait pas ailleurs que dans le colloque singulier, la réunion clinique, l’accueil des patients et le soutien aux collègues. Bien sûr, il faut construire une structure économique et administrative qui rende cela possible. Mais aucune structure n’a jamais soigné personne.

Cet article est paru dans la revue:

Santé conjuguée, n°114 - mars 2026

introduction n°114

L’Organisation mondiale de la santé estime que 1,3 milliard de personnes – soit 16 % de la population mondiale – sont aujourd’hui atteintes d’un handicap important. En matière d’accessibilité aux soins de santé, les obstacles qu’elles rencontrent ne(…)

- Pascale Meunier

Double diagnostic, difficultés multiples

L’expression « double diagnostic » désigne la coexistence d’une déficience intellectuelle et d’un problème de santé mentale, parfois accompagnés de troubles du comportement. Ces situations sont particulièrement complexes, tant pour les personnes concernées que pour leurs proches et les services d’aide et de soins.
- Alexia Escudier, Florence de Behault, Jonathan Maricq, Jérémie Leyssens, Marie Vervecken, Muriel Grès

Amour, sexe et parentalité

Mythes et fausses croyances persistent selon lesquelles les personnes en situation de handicap seraient asexuées ou, au contraire, auraient des désirs sexuels accrus. Ces constructions sociales peuvent influencer négativement les attitudes, les décisions et les pratiques professionnelles. Elles peuvent conduire à une restriction de l’accès à l’information, à une réticence à aborder les questions de sexualité ou de désir d’enfant, voire à des limitations de leur autonomie. Du côté des personnes concernées, l’intériorisation de ces stéréotypes peut altérer l’estime de soi et freiner l’expression des besoins.
- Joëlle Berrewaerts

La prévention par l’accès aux loisirs

L’exclusion sociale est une question de santé publique. Le concept de « santé sociale » permet de mettre en lumière les effets du manque d’inclusion sur la santé des personnes en situation de handicap ainsi que sur le potentiel préventif des loisirs. Une recherche-action porte actuellement sur le type d’accompagnement nécessaire.
- Corentin Leroy, Kévin Caudron

Vieillir en toute sérénité

Dans les années 1930, l’espérance de vie de nombreuses personnes en situation de handicap intellectuel était de vingt ans. Aujourd’hui, avec les avancées de la médecine et grâce à un meilleur suivi, elle est passée à septante ans. Un vieillissement dont on ne peut que se réjouir, mais qui amène aux parents la double inquiétude de leur propre décès et de l’avenir de leur enfant.
- Pascale Meunier

Multidisciplinarité et continuité des soins

La consultation multidisciplinaire pour adultes vivant avec la trisomie 21 à la Clinique Saint-Pierre d’Ottignies fonctionne en complément des suivis existants. Ce dispositif vise avant tout à dépister précocement les causes de perte d’autonomie, à proposer des interventions adaptées et à accompagner ces personnes et leurs proches dans la durée, avec une vision globale de leur parcours de vie.
- Grégoire Wieërs, Jelena Hubrechts, Sophie Ghariani

Vers une communication compréhensible et inclusive

Alors que les moyens de communication, qu’ils soient ou non numériques, se développent de manière exponentielle, de nombreuses personnes ne bénéficient pas d’un accès à une information compréhensible. Parmi elles, les personnes en situation de handicap. L’accès à l’information est pourtant un préalable à l’exercice de la citoyenneté et à l’égalité des droits.
- Marinette Mormont

La douleur chez les personnes autistes

Les données de la littérature, peu nombreuses, mettent en évidence chez les autistes une hypersensibilité à la stimulation douloureuse et des modalités d’expression de la douleur qui diffèrent des personnes neurotypiques. Ces éléments de compréhension doivent nous permettre de changer notre façon de repérer, évaluer, traiter la douleur et les troubles du comportement de la personne autiste.
- Djea Saravane

Handicap intellectuel : former les soignants

Malgré quelques avancées observées au cours des dernières années, les personnes en situation de handicap intellectuel sont confrontées à des inégalités de santé persistantes. Sensibiliser et former adéquatement le personnel de santé est une des clés pour contrer cette injustice.
- Pauline Gillard

Une accessibilité bénéfique pour toutes et tous

Depuis 2007, la Belgique dispose d’un arsenal législatif important pour lutter contre les discriminations fondées notamment sur le handicap, y compris en ce qui concerne l’accès aux soins de santé. Le refus de mettre en place des aménagements raisonnables pour une personne en situation de handicap constitue une discrimination, sauf si ces aménagements représentent une charge disproportionnée.
- Ariane Hermans, Gérard Silvestre, Julie Vanhalewyn, le groupe « accès aux soins » d’Altéo

Le rôle de l’accompagnant

La médecine contemporaine repose sur un modèle de patient standard : capable de comprendre, attendre, coopérer et se conformer. Or, pour de nombreuses personnes en situation de handicap, cette norme devient une épreuve supplémentaire, parfois plus douloureuse que le soin lui-même.
- Julien Baskens

Handicap : de quoi parle-t-on exactement ?

Il est toujours compliqué de définir le handicap, chaque personne présentant ses particularités propres, ses forces et ses difficultés. Plus qu’une catégorie, le handicap est avant tout une expérience qui fait partie de la condition humaine.
- Justine Dehon

Le validisme, outil de politisation du handicap

Le validisme, en mettant en avant le vécu d’une oppression, est devenu aujourd’hui un concept central dans certaines constructions militantes contemporaines.
- Adrien Primerano

Actualités 114

Sous sédation

Dans son livre Sedated. How modern capitalism created our mental health crisis1, James Davies analyse les liens étroits entre politique libérale et santé mentale.
- Dr André Crismer

Ensemble, pédaler pour garder la forme

Rouler à vélo, ça ne s’oublie pas… et ça s’apprend à tout âge. La maison médicale d’Angleur organise régulièrement des ateliers collectifs de (re)mise en selle, des moments qui favorisent la pratique sportive et les liens sociaux.
- Pascale Meunier

Jean-Pascal Labille : « Nous voulons une société qui protège, une société solidaire qui ne laisse personne au bord du chemin »

En ces jours où les mutualités essuient les attaques des partis politiques de droite et où le gouvernement Arizona entend les responsabiliser dans la remise au travail des malades de longue durée, Jean-Pascal Labille, secrétaire général de Solidaris (mutualité socialiste), rappelle leur rôle prépondérant dans le jeu de la démocratie et de la solidarité.
- Alexis Filipucci, Pascale Meunier

Tout est (a)politique

Les basculements, transformations et incertitudes qui rythment désormais le quotidien placent la politique partout. « C’est une bonne chose », diront certains. Mais est-ce si sûr ? Car cette « politique » qui sature l’air ambiant est construite comme une scène(…)

- Alexis Filipucci

La santé, cœur battant de la politique communale

La « Santé dans toutes les politiques » est une approche intersectorielle de promotion de la santé à laquelle dix-sept communes bruxelloises prennent aujourd’hui part. Cette approche implique la responsabilité des décideurs dans une meilleure prise en compte des déterminants de la santé et de leur impact dans le développement des politiques communales.
- Vanessa Makola