Depuis l’installation du nouveau gouvernement fédéral, la grogne monte dans le secteur du non marchand. L’aide à la jeunesse, l’insertion, les soins de santé, les services sociaux… sont des socles qui tiennent debout des pans entiers de la société et ils sont doublement menacés : par les coupes financières annoncées qui vont les fragiliser et par la submersion qui dans la foulée ne les épargnera pas. Les mesures budgétaires vont augmenter l’insécurité sociale qui provoque l’anxiété généralisée que nous côtoyons chaque jour dans les salles d’attente, dans les cabinets de consultation, lors des visites à domicile, lors d’ateliers de santé communautaire…
Un demi-million de malades de longue durée devront être activés, avec des sanctions à la clé pour les médecins généralistes qui rédigent trop de certificats médicaux. C’est quoi « trop » de certificats médicaux quand on travaille avec un public structurellement malade du fait de sa précarisation ? On annonce aussi que près de 125 000 chômeurs et chômeuses vont perdre leur droit en 2026. Nombre de ces personnes déjà précarisées elles aussi vont avoir besoin de secteurs sociosanitaires pour les soutenir, alors que ceux-ci croulent sous les demandes, alors que les droits aux allocations sociales sont extrêmement difficiles d’accès.
La manière dont on s’engage dans la vie, dans nos jobs, dans nos actions politiques est influencée par de multiples facteurs : le contexte sociétal, la vision collective de notre maison médicale, notre éducation, nos études et formations, ce qui nous révolte depuis toujours, les valeurs que nous défendons… Certaines et certains d’entre nous ont besoin de s’exprimer publiquement lors de manifestations, dans des mouvements citoyens, en publiant des cartes blanches. D’autres s’impliquent plutôt dans le contact direct avec les patients fragilisés – une action peut-être moins visible, mais non moins essentielle. D’autres encore se sentent proches des mouvements sociaux traditionnels, syndicaux et mutualistes, préfèrent côtoyer des partis politiques ou les publics invisibilisés. Il n’y a pas de bonne ou de moins bonne manière de s’engager socialement et c’est la diversité de nos actions qui fait la richesse de notre mouvement.
Cet article est paru dans la revue:
Santé conjuguée, n°111 - juin 2025