D’hier à aujourd’hui, les principes d’une autogestion des travailleurs et des travailleuses se sont frottés aux diktats de l’entreprise. Avec quelques belles victoires, dont voici un aperçu non exhaustif.
XIXe siècle – Les sources de l’autogestion
Des penseurs socialistes et anarchistes (Owen, Fourier, Godin, Proudhon…) posent les bases théoriques de l’autogestion, envisageant une gestion collective des biens et des entreprises, et l’émergence de structures communautaires basées sur des rapports égalitaires comme solutions face à l’aliénation du travail.
Début du XXe siècle – Les premières coopératives
Dans le contexte de la révolution industrielle et de la naissance du prolétariat, des associations ouvrières émergent et concrétisent les idées des philosophes associationnistes du XIXe siècle. Fondées sur la propriété collective des moyens de production et sur le principe « un/une travailleur/travailleuse = une voix », elles visent l’amélioration des conditions de travail des salariés et salariées.
Années 1950 – Le modèle yougoslave
Face aux difficultés économiques et au mécontentement populaire, le parti communiste yougoslave institue l’autogestion en entreprise via la constitution de conseils ouvriers permettant la participation directe des ouvriers aux décisions, avant de la généraliser à l’ensemble de la société (écoles, hôpitaux, services collectifs, culture…).
Mai 68 – Contestation ouvrière et étudiante
Dans un contexte de remise en cause des institutions traditionnelles et des rapports d’autorité, l’autogestion est perçue comme une réponse à l’exploitation capitaliste et s’accompagne d’un rejet des hiérarchies et d’un désir de participer aux décisions qui affectent la vie professionnelle et personnelle.
Années 1970 – Nouvelles expérimentations sociales
Les premières maisons médicales belges (à Tournai et à Molenbeek en 1972, à Seraing en 1974) expérimentent l’autogestion pour pratiquer une médecine sociale de groupe en misant sur la participation de toutes et tous dans les prises de décision et la gestion. Alors que beaucoup d’entreprises autogérées ont disparu dans le contexte socioéconomique néolibéral, les maisons médicales poursuivent leur aventure autogestionnaire.
À l’annonce de la fermeture de l’usine Lip, à Besançon, les travailleurs et travailleuses occupent leur entreprise et reprennent en main la production des montres pour sauver leur emploi et retrouver du pouvoir d’agir. L’expérience de cette coopérative constitue un symbole de la lutte ouvrière et des aspirations autogestionnaires, dont le slogan « On fabrique, on vend, on se paie » résonne encore.
1975 – Le Balai libéré
Les ouvrières de l’entreprise de nettoyage Anic, active sur le site de l’Université catholique de Louvain, licencient symboliquement leur patron. Elles créent leur propre coopérative, « Le Balai libéré », qui emploiera jusqu’à 96 travailleurs et travailleuses pendant quatorze ans. Leur détermination inspire encore des collectifs aujourd’hui. En témoigne le récent mouvement du « Balai en lutte » qui soutient les nettoyeuses et nettoyeurs de l’ULB face à la dégradation de leurs conditions de travail depuis la mise en sous-traitance de ce secteur.
Années 2000 – Le mouvement des entreprises récupérées
Au début des années 2000, l’Argentine traverse une crise économique et sociale majeure, conséquence des plans d’ajustement imposés par les institutions financières internationales. Face à la fermeture de milliers d’entreprises, des travailleurs et travailleuses se mobilisent, occupent leur lieu de travail et relancent la production. Les pratiques autogestionnaires émergent aussi dans les assemblées de quartier, chez les sans-emploi (piqueteros), dans les clubs de troc, etc.
Années 2010 – Le mouvement des zones à défendre
L’expression « zone à défendre » (ZAD) apparait à Notre-Dame-des-Landes dans le cadre de la lutte contre le projet de nouvel aéroport pour la région de Nantes. En France, en Belgique ou en Suisse, des zadistes occupent des espaces pour contester de grands projets néfastes pour l’environnement et pour les populations locales. Ces mobilisations sont des laboratoires d’expérimentation démocratique à l’échelle microlocale.
Années 2020 – Les Soulèvements de la Terre
Dans la lignée des ZAD, les Soulèvements de la Terre s’opposent à l’accaparement foncier, à la bétonisation, et défendent l’eau comme bien commun. Nés en janvier 2021 du regroupement d’une centaine d’organisations et de collectifs, ils se désignent eux-mêmes comme un vaste mouvement hétérogène et composite, et une grande alliance au fonctionnement horizontal.
Cet article est paru dans la revue:
Santé conjuguée, n°113 - décembre 2025
Introduction n°113
Héritage de mai 68, l’idéal autogestionnaire est porté par les maisons médicales depuis leur origine dans les années septante. Aujourd’hui, le fonctionnement des équipes des 141 maisons médicales membres de la Fédération est toujours basé sur(…)
Pour aller plus loin
Histoire, fondements et actualités Collectif, Autogestion. L’encyclopédie internationale, 11 volumes. Syllepse, 2018, www.syllepse.net. A. Croquet, « L’autogestion, une expérience qui n’a pas dit son dernier mot », Barricade, 2012, www.barricade.be. H. Lepage, Autogestion et capitalisme, Masson, 1978. I. Leruth, « L’autogestion,(…)
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