Ouvrir le champ des possibles : à la rencontre des familles précarisées
Fabienne Ponsard, Olivier Duculot
Santé conjuguée n° 67 - mars 2014
La maison médicale de Tilleur a mis sur pied deux projets visant à favoriser le développement des nourrissons, particulièrement ceux qui naissent dans des familles défavorisées. Quels sont les besoins de ces familles, leurs souhaits ? Comment les soutenir sans jugement, dans le respect de leurs valeurs ? Réponses de Fabienne Ponsard et Oriane Nève qui interviennent dans le projet Etape et accueillent les familles à Tillous.
ETAPE (Ensemble travaillons autour de la petite enfance) est un des services partenaires du projet ‘Seconde Peau’, subventionné par le Fonds Houtman de l’ONE et par la ministre de l’Aide à la Jeunesse de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Les autres services sont : l’APALEM (aide et prévention anténatale liégeoise de l’enfance maltraitée), le Centre hospitalier régional de la Citadelle (service de gynécologie-obstétrique), l’IGL (intergroupe liégeois des maisons médicales).Quelle a été l’origine, le but de ces projets ? Oriane Nève : la maison médicale de Tilleur est depuis toujours sensible aux problématiques liées à la petite enfance, et elle s’est depuis longtemps engagée dans le projet Etape (Ensemble travaillons autour de la petite enfance), créé en 1999 à l’initiative de trois maisons médicales1 et du service SOS Famille de la clinique de l’Espérance à Montegnée. Ce projet s’inscrit dans une démarche d’empowerment des familles ; Son objectif est l’intervention précoce pour des familles à risque de négligence envers les enfants : soutien à l’enfance en difficulté et soutien à la parentalité. Pourquoi s’intéresser plus particulièrement aux familles défavorisées ? Fabienne Ponsard : Ces familles sont souvent en mal d’information et de soutien ; certaines méconnaissent les compétence et le potentiel de développement du nourrisson. Plusieurs études ont démontré que les bébés nés dans des milieux défavorisés courent un plus grand risque que la moyenne d’être insuffisamment stimulés. Ils sont dès lors susceptibles de rencontrer davantage de problèmes durant leur évolution : retards psychomoteurs, échecs scolaires, etc. Le projet vise donc à réduire les inégalités sociales rencontrées durant les premiers mois du développement neurologiques de l’enfant ; nous nous adressons à une mère isolée qui se plaint de ne pas pouvoir jouer avec son enfant, à une famille dont l’équilibre est rompu par l’arrivée de l’enfant et qui manque de repères… Il y a différentes situations. Concrètement, comment s’organise votre intervention ? O.N : La spécificité du projet, c’est qu’il se déploie au sein de la cellule familiale, sur le lieu de vie, c’est-à-dire au domicile. Nous proposons un soutien à la fois à l’enfant et aux parents. A l’enfant, nous proposons des jeux d’éveil avec un de ses parents : massage, tapis de jeux, comptines, livres, jeux de construction, etc. Aux parents, nous offrons un soutien dans leur rôle éducatif en les aidant à trouver leurs repères en lien avec le rythme de vie de l’enfant et avec ses besoins évolutifs. L’enjeu est de trouver l’équilibre entre les valeurs personnelles de la famille et les normes sociétales. L’implication des parents est importante pour pérenniser l’action en dehors de nos visites. Comment les familles perçoivent-elles votre intervention ? F.P : La plupart du temps, positivement. L’acceptation de la famille se mesure à l’accueil qui nous est réservé au domicile : pièce dégagée, nettoyée, participation des parents, etc. Nous ne perdons jamais de vue que pour chaque famille, l’accueil de l’intervenant représente un effort. Mais les parents comprennent vite que notre rôle est de leur proposer un coup de pouce, un soutien pour renforcer leurs compétences parentales, stimuler l’enfant et le considérer comme un être doté de compétences multiples, proposer un temps d’arrêt pour se poser, se rencontrer et être ensemble. Notre force, notre principal outil de travail, c’est le jeu. Par ce biais, nous tentons d’amener du changement en s’amusant, en prenant du plaisir. A nous, professionnels, de nous adapter aux valeurs familiales, à l’espace et au contexte de vie. Vous participez également au projet Tillous. En quoi consiste-t-il ? O.N : Ce projet se déroule, quant à lui, dans un espace public, ouvert à plusieurs familles en même temps, et est géré en partenariat avec différents services sociaux de la commune de Saint-Nicolas. Il est construit sur le modèle des maisons vertes de Françoise Dolto ; c’est un espace d’accueil, un lieu de rencontre et de jeux pour les enfants de 0 à 3 ans accompagnés d’un adulte de référence. A quels besoins ce projet répond-il ? F.P : Tillous donne l’occasion aux enfants et aux parents ou référents de sortir de chez eux, de se rencontrer et d’échanger, de tisser des liens avec d’autres… Il offre aussi aux parents un temps pour se confier, partager les joies et les soucis liés aux débuts de vie de leur tout petit. Des moments où les parents le voient grandir et commencer à se séparer d’eux. Ces moments permettent aux parents de découvrir, en soi et avec les autres, des pistes parfois surprenantes et inédites dans ce métier de parent toujours en construction. Une conclusion ? O.N : Ce qui nous tient particulièrement à cœur, c’est de briser l’isolement des familles. En leur proposant qu’un professionnel vienne chaque semaine à leur domicile et/ou en les invitant à échanger dans un lieu ouvert. Chacun suit son chemin à sa manière, l’essentiel est que chacun investisse au mieux, et dans les meilleures conditions possibles, le rôle qu’il a à jouer.
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Cet article est paru dans la revue:
Santé conjuguée, n° 67 - mars 2014
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