Mémorandum de la Fédération des maisons médicales : jalons pour le changement
Fédération des maisons médicales et des collectifs de santé francophones
Santé conjuguée n° 67 - mars 2014
Bientôt les élections, régionales, fédérales, européennes. Sur fond d’un grand bouleversement : la sixième réforme de l’Etat. Les enjeux pour la santé sont énormes, à tous les étages et différents acteurs envoient leurs constats, revendications et propositions vers le monde politique. La Fédération des maisons médicales a élaboré 10 jalons pour le changement au niveau des soins de santé primaires. Elle propose également de considérer la réforme de l’état comme une opportunité de changement et d’agir au niveau européen.
Les propositions de la Fédération
Le modèle capitaliste actuellement en cours dans notre société n’est pas compatible avec notre projet et détruit petit à petit la solidarité et l’équité. Nous sommes dans une société de concurrence où seuls les plus forts vont pouvoir s’en sortir. La Fédération des maisons médicales souhaite un changement radical, mais pour l’obtenir, elle choisit de travailler au travers des réformes. Des jalons vers ce changement doivent être posés dès aujourd’hui. Nous proposons 10 jalons qui nous semblent prioritaires en fonction du contexte actuel. 1 Développer une sécurité sociale universelle et solidaire Il est essentiel de garantir une sécurité sociale solidaire basée sur la plus large population possible au minimum le niveau fédéral en Belgique et idéalement au niveau européen. Il faut également lutter contre la marchandisation des soins de santé. Les services doivent s’adresser à tous, avec la même qualité, sans médecine à deux vitesses et selon un principe d’équité : de chacun selon ses moyens (à la source lors de la cotisation au système) et à chacun selon ses besoins (en aval lorsqu’on a besoin des services de santé). Le financement de la sécurité sociale et celui des services de santé doivent être basés sur tous les types de revenus (capital, patrimoine et travail). Il est important de prendre en compte l’ensemble des richesses pour constituer une sécurité sociale forte et solidaire. 2 Agir davantage sur les déterminants de la santé et les conditions de vie Pour améliorer réellement l’état de santé de la population, c’est d’abord sur les conditions de vie qu’il faut agir (habitat, enseignement, environnement…).- La promotion de la santé devrait être considérée comme un cadre interministériel « bien-être » qui prévoie que chaque nouvelle mesure politique soit soumise à la lecture de son impact en termes de bien-être pour la population et de lutte contre les inégalités sociales. Le ministre de la santé régional aurait la responsabilité de garantir une politique transversale en matière de santé. Cela devrait être réalisé au niveau régional (Cocom à Bruxelles), communautaire mais également au niveau fédéral. Un institut unique (qui pourrait être relié aux observatoires) pourrait avoir cette mission d’évaluation.
- Dans ce cadre, des priorités doivent être fixées en termes d’actions régionales sur les déterminants de la santé. Des moyens dédiés aux soins devraient être transférés vers d’autres matières permettant de meilleurs résultats sur la qualité de vie.
- Il est également impératif de décloisonner les secteurs afin de pouvoir mener des projets dans une perspective de santé globale. Un organe de concertation unique social-santé soutiendrait ce décloisonnement. Notamment, pour lutter contre les inégalités sociales de santé, il nous paraît indispensable :
- D’attribuer l’individualisation des droits sociaux à tous les citoyens (supprimer le statut de cohabitant par exemple) ;
- D’augmenter les minimas sociaux pour atteindre au minimum le seuil de pauvreté.
Réforme institutionnelle : une opportunité pour poser des jalons
La sixième réforme de l’Etat prévoit le transfert d’un grand nombre de compétences santé vers les régions/communautés. Gérer un tel transfert n’est pas un objectif en soi. Il s’agit d’organiser la gestion des matières de manière à ce que cela contribue à la qualité du service rendu à la population. Cette réforme peut être l’opportunité d’avancer dans certaines propositions citées ci-dessus. Permettre plus de cohérence et de coordination Ce transfert va nécessiter la mise en place de nouvelles structures de gestion. L’opportunité doit être saisie pour regrouper une série de compétences qui sont reliées entre elles (aide sociale, santé, personnes âgées, handicap), pour s’inspirer des modèles de concertation qui fonctionnent bien et pour réformer ce qui doit l’être. Ces structures de gestion devront garantir la concertation des acteurs de santé, y compris les usagers, dans un équilibre qui donne au politique sa juste place (plus importante que ce qui se passe actuellement au fédéral). Les concertations nécessiteront de se faire par secteurs mais aussi de manière interdisciplinaire, inter-secteurs, rassemblant des acteurs concernés autour de problématiques de santé. La concertation devrait se faire tant au niveau régional qu’au niveau local pour connaître au mieux les besoins de la population. Pour ce faire, une territorialisation pertinente et tenant compte des réalités locales sera nécessaire. La concertation devrait se faire également dans une cohérence inter-régionale.Elections européennes : agir en amont
Créer une sécurité sociale et une harmonie fiscale Les frontières économiques de l’Europe n’existent plus depuis des années alors que les frontières sociales et fiscales existent toujours. Le projet européen doit également être social afin de garantir une plus grande justice sociale. Une sécurité sociale aura plus de chance d’être solidaire si elle s’appuie sur une population importante en nombre afin de répartir davantage le risque. Aujourd’hui, les pays européens sont en concurrence fiscale ce qui empêche toute avancée en matière de fiscalité plus équitable. Cette harmonisation doit se faire dans le sens d’une plus grande équité et non en nivelant par le bas. Avancer vers des systèmes de santé non marchands L’Europe influence déjà énormément les états en matière de services de santé. Nous demandons que ces recommandations ou injonctions, qu’elles soient directes ou indirectes (par le biais d’autres politiques comme budgétaire ou financière) se fassent dans le sens du développement de services à la population équitables, accessibles et sans marchandisation.Documents joints
Cet article est paru dans la revue:
Santé conjuguée, n° 67 - mars 2014
Les pages ’actualités’ du n° 67
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