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Comprendre pour mieux agir


Santé conjuguée n°96 - septembre 2021

A Schaerbeek, les patients et les soignants des maisons médicales Alpha Santé et du Noyer se mobilisent pour défendre notre système de protection sociale.

C’est au cours des mobilisations citoyennes contre le traité de libre-échange transatlantique (TTIP), puis contre l’accord économique et commercial global entre l’Union européenne et le Canada (CETA) que se sont renforcés les liens entre les maisons médicales Alpha Santé et du Noyer à Schaerbeek [1]. En réaction aux risques de privatisation et de commercialisation accrues du secteur des soins de santé, des soignants et des patients se sont organisés pour sensibiliser leurs pairs. « Nous voulions pointer le danger de voir une santé publique de plus en plus privatisée et organisée à deux niveaux, un pour les pauvres et un pour les riches », explique Hilda Philippart, patiente à la maison médicale Alpha Santé.

L’alliance avec un groupe de citoyens schaer-beekois, l’interpellation du Conseil communal pour tenter de faire de Schaerbeek une « zone hors TTIP », la participation à de nombreuses manifestations, la publication d’une carte blanche dans la presse [2] et d’une brochure à disposition dans les salles d’attente de leurs maisons médicales sont quelques-unes des actions entreprises par ce collectif militant.

Développer le sens critique

La prise de conscience s’étend. « Le système qui protège la population est de plus en plus mis à mal. Il n’est plus le même pour tout le monde puisque les allocations familiales, par exemple, ont été régionalisées », relate Anne Lixon, assistante sociale à la maison médicale Alpha Santé en charge des projets de santé communautaire. Après s’être documenté, le groupe s’engage dans la défense de notre système de protection et de sécurité sociale et entend déconstruire les préjugés. « Beaucoup de gens ne se rendent pas compte de l’importance de la sécurité sociale, constate-t-elle. Il nous paraissait essentiel aussi de déconstruire l’idée qu’il faudrait à tout prix faire des économies, en montrant l’importance de la participation des grandes entreprises au système de protection sociale, au travers des impôts notamment. »

Le collectif a organisé une animation sur la sécurité sociale au CPAS de Schaerbeek ainsi qu’une animation à la Maison des femmes lors des élections communales de 2018 en vue d’analyser les programmes des partis politiques au regard des enjeux de la protection sociale. « Au CPAS, nous cherchions à sensibiliser un public plus précaire sur ce qu’est la sécurité sociale, son histoire, les piliers qui la composent, la manière dont elle est financée, ses raisons d’être et ce qu’il adviendrait si elle disparaissait », raconte Hilda Philippart. Certaines personnes sont originaires de pays où un tel système n’existe pas. « Elles ne s’imaginent pas qu’il a été obtenu de haute lutte et que cette lutte doit continuer pour le sauvegarder ! », ajoute Anne Lixon. Plus tôt, le collectif avait passé au crible les mesures d’économies réalisées dans le secteur des soins de santé sous le gouvernement Michel. Parmi d’autres mesures d’austérité, il dénonçait l’augmentation du ticket modérateur, la remise au travail des personnes en incapacité de travail de longue durée ou encore la diminution du nombre de lits dans les hôpitaux.

Le collectif se réunira prochainement pour déterminer les questions sur lesquelles ses membres souhaitent se mobiliser. « Il faudra adopter un regard encore plus critique par rapport à la gestion de la crise sanitaire du Covid-19 et son impact sur la sécurité sociale », estime Anne Lixon. Sans oublier la question de « la revalorisation du statut et des conditions de travail du personnel soignant dans tous les lieux de première ligne », complète Hilda Philippart.

 

[1Voir le dossier « Europe et marchandisation des soins – Politiques et résistances », Santé conjuguée , n° 69, décembre 2014 ; F. Defrenne, « Libéralisation, commerce, CETA… Une mécanique en marche », www.maisonmedicale.org, juin 2017.

[2H. Philippart, J. Rossi, « Les maisons médicales disent non au TTIP », La Libre , 4 juin 2015.

Cet article est paru dans la revue:

Santé conjuguée, n°96 - septembre 2021

Introduction n°96

Depuis le début du XXe siècle, sous la pression de luttes sociales de grande envergure et en vertu du principe de la mutualisation des risques sociaux (maladie, vieillesse, famille et emploi), des assurances sociales obligatoires se sont mises progressivement en place, en rupture avec les principes libéraux qui prévalaient jusqu’alors (responsabilité individuelle, protection de la propriété privée…). L’état s’est alors mis au service de chacun plutôt qu’au service des seuls propriétaires de capital.
- Pauline Gillard

État social et démocratie : où en sommes-nous ?

Le règne néolibéral comme imaginaire dominant de la société, structurant l’ensemble des rapports sociaux, dure depuis quarante ans. Plus que dominant, il est hégémonique et dès lors destiné à devenir la pensée unique.
- Corinne Gobin

Les enjeux du financement de la sécu

Tassement des recettes et nouvelle gouvernance : depuis une trentaine d’années, et de manière plus marquée sous la dernière législature, nous assistons à un double durcissement des choix politiques concernant le financement de la sécurité sociale.
- Louise Lambert

L’individualisation des droits

Depuis belle lurette, les organisations de femmes réclament l’individualisation des droits en sécurité sociale. Autrement dit, elles demandent que la sécurité sociale soit basée sur l’individu, comme c’est le cas pour le contrat de travail ou le droit de vote. C’est en effet l’individu qui reçoit les soins de santé s’il est malade ; c’est l’individu qui devrait personnellement être obligé de s’assurer.
- Hedwige Peemans-Poullet

Des soins de santé de qualité pour tous

Le sous-financement structurel du secteur de la santé et sa privatisation rampante ont des conséquences sur l’accessibilité des structures de soins de même que sur les conditions de travail des soignants.
- Adèle, Faïza, Gilles, Laure

Comprendre pour mieux agir

A Schaerbeek, les patients et les soignants des maisons médicales Alpha Santé et du Noyer se mobilisent pour défendre notre système de protection sociale.
- Pauline Gillard

Le sous-financement de la justice

La justice se distingue des autres branches et réalisations de l’État social en ce qu’elle le précède et constitue une prérogative régalienne, inhérente à toutes les formes de vivre-ensemble. Réinvestir à suffisance dans la justice suppose de cesser de considérer l’institution judiciaire uniquement en termes de coûts, et d’accepter qu’elle constitue un facteur de stabilité économique et un vecteur d’apaisement social.
- Marie Messiaen

L’école, au service de qui ?

Le système scolaire en Fédération Wallonie-Bruxelles fait des dégâts. Chaque jour, tout au long de l’année scolaire et durant tout leur parcours scolaire, des dizaines de milliers d’enfants, de jeunes y perdent confiance en eux, se persuadent qu’ils ne sont plus capables d’apprendre et constatent qu’ils n’y sont pas à leur place. Faut-il s’en accommoder ?
- Pierre Waaub

Au-delà du réformisme des politiques de mobilité

29 juillet 2021. À plus de cinq mois de la fin de l’année, nous avons dépensé au niveau mondial notre budget en ressources biologiques. C’est le « jour du dépassement » (ou OverShoot Day). Fixé le 29 décembre en 1970, ce dépassement ne cesse de croître depuis cinquante ans. Si seule la Belgique avait été prise en considération, ce dépassement aurait eu lieu le 30 mars.
- Alain Geerts

La sape méthodique de la protection sociale

Au nom d’une nouvelle politique baptisée « État social actif », on constate un démantèlement progressif de la protection sociale, tant au sein de la sécurité sociale que de l’aide sociale. Un processus qui vide peu à peu de sa substance le système mis en place après la Libération, et renverse la vision universaliste et généreuse qui avait inspiré sa refonte progressiste au milieu des années 1970.
- Denis Desbonnet

L’austérité nuit aux plus faibles

De tout temps et dans tous les pays, que ce soit en Afrique, en Amérique du Sud ou en Europe, les politiques d’austérité adoptées pour réduire la dette publique et assainir les finances publiques ont accru les inégalités et affaibli les plus vulnérables. De plus, les objectifs visés par ces mesures ne sont pas atteints : l’assainissement est loin d’être une réalité malgré l’obligation de se serrer la ceinture.
- Anne-Françoise Janssen, Caroline Van der Hoeven, Christine Mahy

GRAPA : la traque aux fraudeurs

Pénalisation de la cohabitation, limitation de la durée des séjours à l’étranger, contrôles domiciliaires… Les reculs sociaux ne se comptent plus pour les personnes âgées les plus démunies bénéficiant d’une allocation sociale censée leur garantir le droit à une vie décente.
- Pauline Gillard

La Belgique, pays de cocagne ?

La sécurité sociale est un vaste système de solidarité redistributif permettant de suppléer à une perte d’emploi, et donc à une perte de revenus, suite aux incidents de la vie ou à des problèmes de santé. Est-il pour autant redistributif pour tous les ayants droit ?
- Stefania Marsella

Penser et construire l’État social de demain

À travers une série de regards croisés, nous avons dressé un état des lieux des atteintes portées par la mise en œuvre d’un programme politique néolibéral contre l’État social et les piliers qui le composent au cours des quarante dernières années. Un bilan, certes partiel, mais qui met en lumière l’ampleur des dommages subis par la population dans divers champs de la vie sociale, économique et culturelle.
- Pauline Gillard

Actualités n°96

Renforcer la première ligne de soins

Le terme « santé communautaire » n’est pas nouveau, mais la méconnaissance de ce qui se pratique sur le terrain reste importante : initiatives isolées, expériences peu partagées et type de mise en œuvre multiple. Afin de pallier ce problème, une étude exploratoire a été menée en Belgique francophone dans le cadre de la chaire de recherche sur la première ligne Be.Hive.
- Benoit Pétré, Bernard Voz, Delphine Kirkove

Mal de tête ? Tapez 1…

Proximus sort une nouvelle application : un pas de plus dans la marchandisation de la sécurité sociale. Et un énième renforcement de la médecine à deux vitesses. Depuis quelques jours, tout détenteur d’un smartphone peut avoir accès(…)

- Fanny Dubois

François De Smet : « On se heurtera à une frustration grandissante si nous continuons à laisser prospérer des inégalités »

Le président de Défi entend transformer la crise sanitaire du Covid-19 en opportunité. Celle de revoir notre façon de faire de la politique.
- Fanny Dubois, François De Smet, Pascale Meunier

Inondations : des patients solidaires

Les dégâts dus aux fortes pluies de juillet ont marqué les habitants et les paysages de Wallonie. Dans les quartiers les plus touchés, les soutiens ont rapidement afflué, comme à Trooz où des patients de deux maisons médicales liégeoises ont livré bénévolement des centaines de repas chauds.
- Pascale Meunier