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Introduction


8 février 2016, Marianne Prévost

sociologue et chercheuse à la Fédération des maisons médicales.

La santé de l’enfant, approche multidimensionnelle

On aimerait bien évoquer en douceur la santé des tout petits, en pensant à tous les possibles qui s’ouvrent à l’aube d’une vie naissante. Mais en s’approchant du berceau, il faut bien se rendre à l’évidence : dès leur arrivée dans le monde, et parfois même avant, les bébés n’ont pas tous les mêmes chances de s’épanouir, de grandir en bonne santé. Le lecteur qui douterait de l’importance des réalités sociales sur la santé constatera, à travers ce dossier, que le trajet d’un enfant est marqué par son origine sociale dès sa conception.

L’approche adoptée ici est celle de la promotion de la santé, centrée sur ce qui se passe en amont de la maladie, autrement dit sur les facteurs collectifs qui déterminent la santé. Celle-ci est définie de manière très large : il s’agit de santé physique mais aussi des conditions de vie qui jouent sur l’équilibre affectif, psychique, social de l’enfant et de sa famille. Nous avons donc invité des regards issus de différents champs : soins, prévention, santé publique, accompagnement psycho-social, accueil, éducation, aménagement urbain. Sans oublier le champ du droit : parce que la santé fait partie des droits humains, et que la Convention internationale des droits de l’enfant est une référence aussi importante en la matière que la Charte d’Ottawa.

Il sera donc, ici, très peu question des services de santé proprement dits. En effet, leur impact sur la santé globale est relativement limité, puisqu’ils ne peuvent que très peu intervenir sur les déterminants qui se situent en amont de la maladie. Cela ne doit bien sûr pas faire oublier que des services de santé de qualité accessibles à tous sont indispensables [1]. La vigilance à ce sujet est particulièrement nécessaire à l’heure où les systèmes de santé et de protection sociale sont menacés dans l’ensemble des pays européens, ce dont les femmes et les enfants sont d’ailleurs les premières victimes : en Grèce par exemple, l’accès à des soins de qualité pendant la grossesse et l’accouchement a diminué suite aux mesures d’austérité, tandis que l’on observe déjà une augmentation de la mortalité périnatale et une régression de la vaccination. S’il importe de lutter pour sauver les services de santé, la nécessité d’agir en amont - de promouvoir la santé – dans une perspective sociale et politique est de plus en plus reconnue au niveau international dans les milieux de santé publique. Malheureusement, cette vision reste peu développée dans la plupart des politiques de santé et la (faible) reconnaissance jusqu’ici apportée dans certains pays aux stratégies qui s’y rattachent est aujourd’hui menacée. Il faut bien dire que, derrière les inégalités de santé, se cachent – de plus en plus mal – de puissants intérêts économiques mondialisés. Des chercheurs, des acteurs continuent à analyser, démontrer, interpeller, tout en développant sur le terrain des projets locaux visant à diminuer les inégalités de santé - ou, le plus souvent, à en atténuer les effets. Ils sont face à deux grands défis : le premier est de garder dynamisme et espoir dans un contexte de précarisationcroissante sur lequel ils ont peu de prise, et qui frappe non seulement les publics avec lesquels ils travaillent mais aussi leurs propres institutions, leur propre avenir. Le deuxième, lié au premier, c’est de développer, à côté de l’aide et du soutien, une lecture critique des mécanismes, des politiques qui engendrent la pauvreté et l’exclusion ; de ne pas oublier, face aux discours et aux politiques qui tendent à « blâmer la victime » - les parents « déficients », les allocataires sociaux « irresponsables » - que « les bébés pauvres (...) sont les enfants de parents pauvres, de travailleurs-euses aux salaires bloqués, dégraissés (de leur emploi) puis dégressés (de leur allocation de chômage) ; des « isolé-e-s » empêché-e-s de sortir la tête hors de l’eau en essayant de diminuer certaines charges par la colocation, qui les ferait chuter au statut de cohabitant avec réduction de revenus à la clé ; des mères seules contraintes à courir d’un boulot sous-payé à une crèche où il n’y a plus de place ; et tous ces « assistés » qu’on ne cesse de fustiger en étranglant financièrement les institutions censées leur venir en aide. » [2].

Les contributions de ce dossier apportent différents types d’éclairages, et elles sont présentées en quatre chapitres :

• Quelques balises : où l’on situe le bien-être de l’enfant dans une perspective large et multidimensionnelle, en regard avec les données de santé publiques et la parole des familles du Quart-Monde ;

• L’approche des familles, premier entourage de l’enfant ; des intervenants qui tentent, de manières diverses, de soutenir les ressources des familles en situation de précarité et de pauvreté ;

• Un aperçu des structures entourant la petite enfance et de leurs lacunes, ce qui suscite l’interpellation des pouvoirs publics ;

• Enfin pour terminer, des pistes novatrices et participatives, sur la manière de développer la ville au bénéfice de tous en partant d’une attention à l’enfant.

[1La qualité des services de santé entourant la naissance a été abordée, sous l’angle du bien-être global, dans d’autres articles de Santé conjuguée, notamment dans le n° 57 de juillet 2011 : « Lieux d’accueil de la petite enfance, carrefours du lien social », Quentin Verniers ; « Pour une naissance à visage humain, en toute simplicité », Caroline Lévesque ; et dans le n°62 d’octobre 2012  : « Entrer dans la danse ? Pour un autre accompagnement de la naissance », Gaëlle Chapoix.

[2Carte blanche d’Irène Kaufer dans La Libre Belgique du 18 décembre 2013 : « Viva For Life : Bons sentiments et mauvaises politiques ».

Cet article est paru dans la revue:

n° 67 - mars 2014

Etre né quelque part, la santé de l’enfant, approche multidimensionnelle

Santé conjuguée

Tous les trois mois, un dossier thématique, et des pages « actualités », consacrées à des questions de politique de santé et d’éthique, à des analyses, débats, interviews, relations d’événements (colloques, parutions récentes), au récit d’expériences vécues...

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