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Jean-Marc Nollet : « Soigner notre environnement, c’est préserver notre santé »


Santé conjuguée n°100 - septembre 2022

Le co-président d’Ecolo vient de publier un ouvrage : Conquêtes [1], dans lequel il se livre à une analyse scrupuleuse des dysfonctionnements qui mènent à l’urgence climatique que nous sommes en train de vivre. Il déploie également des pistes d’actions politiques, économiques et citoyennes pour maintenir une planète vivable.

Vous démarrez votre livre par cette question : Pourquoi s’engager ?

J.-M. N. : D’abord parce que le monde tel qu’il fonctionne actuellement ne peut pas nous satisfaire : il y a trop d’inégalités, trop d’injustices. Et parce que le modèle dans lequel nous sommes présente un risque : l’habitabilité même de la planète – non pas son avenir, elle nous survivra, mais celui de l’être humain et des vivants en général – n’est pas garantie. Mon engagement est lié à une volonté de ne pas perpétuer le statu quo, d’aller vers une société plus égalitaire, plus juste et vers une société qui respecte le rythme, la capacité d’absorption et de production, de régénération de la Terre. J’ai trois enfants, trois jeunes maintenant, et quand je les regarde dans les yeux, je me demande quel monde nous allons leur laisser.

La jeunesse, justement, est très présente sur le front du climat. C’est une génération qui s’implique ?

On ne peut pas mettre toute la jeunesse dans un seul ensemble, mais je crois que dans la tranche d’âge des 15-25 ans beaucoup se sont engagés dans les actes de tous les jours. Certains les caricaturent en disant qu’ils prennent une douche plutôt qu’un bain… c’est bien plus profond que cela, c’est une réflexion sur le sens même de la vie, sur l’idée que ce n’est peut-être pas toujours le salaire qu’il faut aller chercher, mais aussi la qualité de vie. Cela ne veut pas dire que tous ceux qui ont été manifester deux ou trois fois ont changé leur vie du tout au tout, mais il y a une prise de conscience plus large et elle se traduit en actions, notamment dans les choix de vie, d’habitat, de travail, de loisirs, dans l’organisation des vacances.

Par rapport à la transition écologique, vous dites qu’il faut aller vite et fort. Comment faire pour que ce changement intervienne partout et en même temps ?

En commençant par chez soi. Parce qu’autrement on se dit toujours que c’est la faute des autres et on regarde les choses de manière très lointaine. Chez nous, on voit que des choses bougent : les magasins de seconde main, le recyclage. Dans les parcs à conteneurs, il y a aujourd’hui plus de possibilités et plus de fréquentations qu’il y a dix ou quinze ans. Quand j’étais jeune, tout partait dans une poubelle unique, que parfois même on brûlait dans le jardin. Nous avons fait des progrès. Il faut voir les choses d’un œil positif, mais il faut accélérer. Aujourd’hui la prise de conscience est là et j’ai l’impression que le monde politique a peur de son ombre. Ma volonté est que l’on profite de ces changements pour passer à la vitesse supérieure, pour changer de braquet.

Il ne s’agit pas uniquement d’écologie. Celle-ci va de pair avec le social, qui va de pair avec l’économie…

La transition écologique, par définition, est solidaire. Aujourd’hui, on le voit face aux dérèglements climatiques comme face à la perte de la biodiversité, il y a une inégalité d’exposition : les plus pauvres sont les plus exposés et ils en payent davantage les conséquences, c’est vrai mondialement et c’est vrai localement. Mais il y a aussi une inégalité de responsabilité et elle est inversée par rapport à l’exposition : ce sont les plus riches qui polluent le plus. C’est une responsabilité du politique de rendre la justice, ici la justice environnementale, en redistribuant les moyens. Si l’on prend la question de l’énergie, il est essentiel à court terme que le gouvernement aille chercher de l’argent sur les profits du secteur des énergies fossiles et redistribue à ceux qui ont le plus de difficultés et qui sont ceux qui souvent font déjà le plus d’efforts, parce qu’ils manquent de moyens, et dont le logement est moins bien isolé. La dimension sociale est au cœur de l’écologie. C’est cette conception-là que je veux promouvoir.

Comment mettre en œuvre cette volonté de taxer les secteurs à hauts profits ?

La ministre de l’Énergie, Tinne Van der Straeten, a mis sur la table du gouvernement une proposition qui doit être discutée en septembre et je l’espère adoptée en octobre dans le cadre du conclave budgétaire.

La canicule de cet été agit comme un catalyseur de conscience ?

Ce que nous avons vécu en 2021 et en 2022, les inondations comme la sécheresse, c’est la même source : le dérèglement climatique. Ce qui change par rapport aux années 2000 ou 2010, c’est qu’aujourd’hui les changements sont palpables ici, par nous tous. On parle des gens qui vivent chez nous et pas au bout du monde et pas des générations à venir. Les gens qui ont eu à subir les conséquences du dérèglement climatique sont en droit de réclamer à la fois une accélération de la transition et le développement de mesures d’adaptation, de soutien, de protection. L’écologie politique est là pour protéger les gens, pour réduire le risque et aussi pour protéger les citoyens dans leur quotidien et réduire, ce faisant, l’impact des dérèglements inévitables, car on ne pourra malheureusement pas les supprimer du jour au lendemain.

En matière de santé, vous êtes plutôt un défenseur du modèle des maisons médicales…

J’ai découvert les maisons médicales comme patient à l’âge de 20 ans et j’ai senti que c’était le meilleur modèle possible pour plusieurs raisons. D’abord j’aime bien cette idée de travailler, de réfléchir en équipe, et puis l’accessibilité, que je ne trouvais pas dans d’autres salles d’attente. Ensuite j’ai commencé à réfléchir à leur modèle de financement. La santé y est considérée – et cela, c’était ma conception depuis longtemps – comme multidimensionnelle. Santé physique, santé psychique, santé environnementale… au fil de mon parcours, y compris en politique, les choses résonnaient. Soigner l’environnement, c’est aider à ce que la santé se porte mieux aussi. On ne s’en sortira pas en matière de santé si on ne travaille pas sur les déterminants environnementaux qui provoquent des maladies voire des crises – typiquement le Covid. On ne peut pas nier que les zoonoses se multiplient et qu’elles sont liées à la déforestation, qui est un problème environnemental énorme. Soigner notre environnement, c’est préserver notre santé.

Jusqu’à intégrer l’environnement dans la Sécurité sociale ?

Ce n’est pas qu’une question financière quand je dis d’intégrer l’environnement dans la sécu, c’est l’idée que les premiers ministres de la Santé sont les ministres de l’Environnement. Investir dans un environnement de qualité, on pense toujours que ce sont des choses qui coûtent, mais ce n’est pas forcément vrai. Le bruit, par exemple, est en Belgique la deuxième source de pollution après l’air et dans beaucoup de quartiers, il est source de tensions. Des choses simples permettent de réduire le bruit ; cela passe par des normes, des protections ou par les produits mis en vente.

Votre livre fourmille de propositions, mais il pointe aussi des ennemis, extérieurs et intérieurs. Qui sont-ils ?

Ce sont des ennemis intérieurs que l’on n’arrive pas toujours à bien repérer : l’écoanxiété se développe fortement. Loin de moi l’idée de dire que c’est facile de s’en prémunir, mais je pense qu’en étant dans l’action on peut s’en sortir plus facilement ; ce n’est évidemment pas le seul remède. Et je ne voudrais pas dire non plus que les ennemis intérieurs sont plus nombreux et plus dangereux que les ennemis extérieurs – les conservateurs, ceux qui refusent d’accélérer la transition – mais ils s’en nourrissent.

Quels sont alors les alliés, les soutiens de la transition écologique ? Vous citez notamment le monde agricole.

Je vois un monde agricole en demande de soutien pour la transition, et je ne parle pas ici que de ceux qui ont déjà fait le choix du bio. Les agricultrices et les agriculteurs sont aussi les victimes des pesticides qu’on leur fait épandre sur leurs champs ; leur propre santé et celle de leurs enfants sont affectées. Ensuite ils sont en première ligne par rapport aux conséquences du dérèglement climatique. Nombre d’entre eux se demandent comment continuer à exercer leur métier s’il n’y a plus d’eau en suffisance en Wallonie, si les terres sont à ce point asséchées. Je pense qu’individuellement ils sont en attente d’une aide, d’un repère et la meilleure manière d’avancer est d’écouter leurs pairs qui ont déjà fait le choix de la transition. C’est pour ça que je parle d’alliance, pour que ce ne soit pas quelque chose qui vienne du haut, mais qui soit construit avec les secteurs concernés.

Le monde de l’entreprise vous semble tout aussi convaincu ?

J’ai rencontré un groupe d’entrepreneurs qui se donnent pour horizon 2030 de réussir à convaincre leurs collègues que le court-termisme ne doit plus être notre boussole. Le politique choisit comme indicateur quasi exclusif le PIB, le produit intérieur brut. Changeons de vocabulaire, changeons d’indicateur ! Pour moi l’espérance de vie en bonne santé est bien plus déterminante comme guide pour les politiques publiques que le PIB. Si demain tout le monde se crashe en voiture et la remplace par une nouvelle, le PIB va certes augmenter, mais est-ce que la santé sera meilleure ? Je pointe aussi un énorme retard entre des fédérations d’employeurs, la FEB principalement, et leurs membres qui eux n’attendent pas, qui sont déjà en train de changer.

Changement d’indicateur et changement de stratégie : on ne va plus se battre pour soi seul, mais ensemble pour tout le monde…

C’est la dimension collective de l’action politique et de l’action sociale. Pour moi, elle est incontournable. On n’arrivera pas à s’en sortir si on ne pense qu’à soi. Le dérèglement climatique n’a pas de frontières. Soit on s’en sort tous ensemble, soit on va tous couler. Je fais le pari que le politique et les entreprises privées vont être poussés à agir davantage. Je suis pour le « lianage » de tous les combats, on sera plus fort si on arrive à entremêler nos combats.

Vous plaidez aussi pour un renforcement de la démocratie. Comment ?

On distingue quatre dimensions de la démocratie : la démocratie directe, représentative, délibérative et associative. Sur le volet de l’implication des citoyens, il y a deux manières d’agir : soit le tirage au sort – quelques citoyens sont associés à l’élaboration des politiques publiques – ou la validation directe par référendum ou par préférendum pour être encore un peu plus dans la qualité et dans la nuance des décisions, des options ou des orientations proposées à la délibération. Le préférendum n’enferme pas les citoyens qui participent dans un choix binaire : oui ou non, pour ou contre, poursuite ou arrêt ; il capte la nuance de leurs réflexions en leur permettant de choisir différentes propositions, qu’ils peuvent même coter, hiérarchiser voire, dans un idéal, d’en formuler. C’est un outil qui ne doit pas remplacer les autres formes de démocratie, mais les consolider et les compléter. Pour certaines grandes orientations, on peut et je crois que l’on doit oser être consolidé par un référendum ou par un préférendum. Il faut intégrer cela dans la manière d’organiser l’état.

Cet article est paru dans la revue:

Santé conjuguée, n°100 - septembre 2022

intro n°100

Parler de la mort, nous ne le faisons jamais de façon neutre. Disons même que sa simple évocation inquiète et peut aller jusqu’à figer notre esprit, un peu comme si la notion de fin de vie(…)

- Sandra Aubry

Soins de santé primaires et approche palliative

Quarante ans après la conférence d’Alma-Ata sur les soins de santé primaires (SSP), l’Organisation mondiale de la santé s’est réunie en 2018 à Astana pour jeter un regard critique sur leur mise en œuvre à travers le monde et pour questionner leur actualité face aux contextes et enjeux contemporains. Pour pouvoir « satisfaire les besoins en santé de toutes les populations tout au long de la vie », la Déclaration d’Astana [1] intègre pour la première fois les soins palliatifs aux SSP. Retrouve-t-on cette approche dans l’organisation et l’offre de ces soins en Belgique ?
- Marie Friedel, Simon Elst

Soins palliatifs et première ligne

Les maisons médicales liégeoises sont à l’origine d’Orphéo, une association de professionnels de première ligne intéressés par la pratique des soins palliatifs. Depuis, l’initiative s’est largement développée…
- Annelore Gangarossa, Jean Grenade, Julie Streel, Kevin Boulanger, Muriel Roelandt

Soigner par le récit

Pendant la pandémie de Covid-19, le temps à « l’extérieur » semble s’être arrêté, le confinement a autorisé du temps à « l’intérieur » avec l’appel ou le retour à des activités plus intériorisées. Par exemple, l’écriture. Un événement social a mobilisé un désir d’écriture pour raconter, pour transmettre, avec un besoin aussi, qui arrive en filigrane et peut-être sans que l’on s’en rende compte de suite : celui de donner ou redonner du sens à la vie.
- Marie-Jeanne Jacob

Lieux de passages…

Ce que l’on appelle avec une très décente pudeur la « fin de vie » est un excellent révélateur de tous les enjeux philosophiques – à la fois éthiques et métaphysiques – de nos sociétés postmodernes.
- Michel Dupuis

Vieillir chez soi : ouvrir les possibles

Quelles alternatives aux maisons de repos ? La réponse est multiple. La variété des publics (âge, degré de dépendance, origine socio-économique et culturelle) et des besoins (de santé et sociaux) impose de diversifier les solutions, de les articuler et de changer notre regard sur le vieillissement.
- Marinette Mormont

Nos patients âgés

Notre maison médicale vieillit, nos patients aussi. Pour notre démarche d’évaluation qualitative (DEQ) 2020-2022 [1], nous avons choisi le thème des personnes âgées. Notre objectif ambitieux et enthousiasmant est d’améliorer la prise en charge de ces patients.
- Julie Robinson

Un ultime acte de soin

Il y a vingt ans, la Belgique était gérée par un gouvernement fédéral où, pour la première depuis des décennies, les partis estampillés « chrétiens » étaient absents de la coalition. Hasard des circonstances, un débat a alors pu s’entamer sur une question éthique forcément délicate puisque touchant à la vie et à la mort : l’euthanasie.
- Van der Meerschen Benoît

20 années de pratique de l’euthanasie

En avril 2002, après des années de médecine générale à domicile, j’ai eu l’opportunité de m’occuper de la mise en place d’une équipe mobile intrahospitalière d’accompagnement et de soins continus, correspondant aux critères des soins palliatifs. Un mois plus tard, la loi dépénalisant l’euthanasie était votée. Je n’avais jusqu’alors jamais imaginé être confronté à des demandes d’implication active dans ce type de procédure.
- Luc Sauveur

Aux frontières de la vie et de la mort

Maladie, accident, lésion cérébrale… Que se passe-t-il quand le patient n’est plus en mesure de communiquer ? Quelle est sa qualité de vie ? Les états chroniques d’altération de la conscience sont au cœur des travaux de Steven Laureys, neurologue, directeur de recherches FNRS, professeur et responsable du Centre du cerveau du CHU de Liège.
- Pascale Meunier, Steven Laureys

L’imprévisibilité du suicide

L’idéation suicidaire est un symptôme fréquent et somme toute assez banal. Le passage à l’acte suicidaire en revanche l’est nettement moins [1]. Pour éviter qu’un tel extrême ne survienne, il est indispensable que la pensée de suicide soit entendue avec le plus grand soin et discutée sans banalité.
- Sylvia Pinna Puissant, Xavier Malisoux

Rites et deuils en temps de Covid

Bien qu’ils évoluent avec le temps et les cultures, les rites funéraires sont pratiqués par tous les êtres humains depuis environ 100 000 ans. Les conditions d’empêchement sont rares et l’effet de leur privation sur le deuil, bien que supposé évident, est inconnu. La période de pandémie et de restrictions des pratiques funéraires nous a permis d’étudier les effets de leur absence chez les personnes endeuillées et de mieux comprendre le rôle qu’ils jouent dans le processus de deuil lorsqu’ils peuvent être réalisés.
- Camille Boever, Emmanuelle Zech

La fin de vie au début de la vie

« Dès qu’un humain vient à la vie, il est assez vieux pour mourir » [1]. Aussi évidente que soit la chose, la rappeler peut avoir du sens tant nous oublions généralement de considérer que les questions relatives à la fin de vie se posent aussi lorsque celle-ci vient à peine de commencer.
- Hugues Dusausoit

De la mort, nous ne savons rien

La mort est une expérience dont nous ne savons rien sinon qu’elle existe en premier pour les autres qui nous indiquent que c’est aussi notre chemin à venir et que notre tour viendra toujours assez tôt. « Les morts ne demandent pas de les pleurer, déclarait le Président Mitterrand, mais de les continuer » [1].
- Pascale Seys

Actualités n°100

Edito n°100

La cloche a sonné. En cours de géographie, nous apprenons que nous venons de vivre l’été le plus chaud enregistré par les météorologues depuis cinq cents ans et que ces vagues de sécheresse seront bien plus(…)

- Fanny Dubois

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- Pascale Meunier

Quelle politique salariale en maison médicale ?

Parler de son salaire est plutôt tabou. On n’apprend pas à l’école le montant du salaire minimum légal ni comment décrypter une fiche de paie. Il est même de bon ton de ne pas aborder le sujet avec ses collègues ou lors d’un entretien d’embauche.
- Dorothée Bouillon, Pauline Gillard

Précarité et accès aux soins

Se soigner coûte cher et, faute de moyens, dans certaines familles la santé passe après le reste… Le premier salon de la santé et du social, qui s’est tenu le 23 juin à la Maison de la participation et des associations de Marchienne-au-Pont, a porté cette précarité au cœur des débats. Deux conférences ponctuées de moments d’échanges étaient au programme, en voici quelques moments choisis.
- Agence Alter