Aller au contenu

« … et le modèle bruxellois » ?


Santé conjuguée n° 59 - janvier 2012

Face au modèle vaudois exposé par le professeur Besson, le « modèle bruxellois » de prise en charge des assuétudes se caractérise par la richesse et la diversité du secteur mais aussi par son éclatement. Il importe d’en renforcer les collaborations et la mise en commun des ressources pour une approche plus globale et un meilleur accompagnement des usagers de drogues.

Faire écho à l’exposé du Dr Besson et au modèle vaudois tout en représentant les différentes institutions du secteur spécialisé du Réseau ABC-VBH n’est pas simple. Parler d’une seule voix ne l’est pas plus car autant les secteurs sont diversifiés autant le secteur spécialisé est vaste et regroupe des institutions aux missions, méthodologies, méthodes de travail, types de financement et objectifs variés. A ce titre, sont représentées des structures de réduction des risques (RDR), d’hébergement de crise, de traitement médical, de cure, de post-cure, de centre de jour, de centre de consultation ambulatoire et de prise en charge résidentielle. Un travail de recueil des avis et opinions a donc été réalisé afin de faire part de l’avis de tous et ce de manière la plus représentative possible. Ce travail a permis, entre autres, de mettre en évidence la grande diversité existante au sein même du secteur spécialisé de prise en charge des personnes dépendantes. Comme dit Julos Beaucarne : « La diversité de chacun fait la richesse de tous ». A cela, nous rajouterons trois conditions : 1. nécessité d’une mise en commun des ressources intra-sectorielles ; 2. importance d’un décloisonnement intersectoriel ; 3. accentuation de la politique d’une prise en charge globale (médico-psycho-socioéducative). Au sein du secteur spécialisé : mise en commun des ressources La diversité de chacun fait la richesse de tous et j’ajouterai : si tant est que les ressources et richesses de chacun puissent être mises en commun. En effet, nous rejoignons le Dr Besson dans l’importance et l’intérêt d’une prise en charge médico-psycho-socio-éducative de la question des assuétudes et nous rajouterons globale au vu de la complexité et souvent de la chronicité de ce phénomène. A l’heure actuelle, l’offre de soins et de services telle qu’elle est organisée en Belgique et plus particulièrement à Bruxelles est très spécialisée et permet peu d’aborder le patient dans sa globalité, selon les objectifs qu’il poursuit et dans tous les aspects précités. Il est donc nécessaire que le patient puisse passer de structure en structure pour, tour à tour, recevoir une aide le plus souvent multidisciplinaire mais très ciblée selon ses objectifs et motivations. A ce titre, le travail en réseau est essentiel et existe depuis de nombreuses années de manière implicite ou explicite. Le fait qu’il soit formalisé d’une certaine manière entraîne des avantages et des inconvénients que nous avons pu expérimenter depuis quatre ans au sein du Réseau ABC-VBH.

L’intersectorialité

La question de l’intersectorialité doit aussi être au centre de nos préoccupations et nous en sommes encore éloignés. En effet, combien de fois ne sommes-nous pas encore confrontés à ces fins de non recevoir dont font l’objet des patients souffrant à la fois de problèmes de santé mentale et de dépendance. Trop « fou » pour notre secteur spécialisé dans la dépendance et trop consommateur pour le secteur de la santé mentale. Or, le décloisonnement est nécessaire et oeuvrer au rapprochement du secteur de la santé mentale et du secteur spécialisé dans la prise en charge des addictions est le défi de chacun et certainement un défi qui devrait faire partie intégrante de la réforme de la psychiatrie qu’est en train de vivre notre pays. L’adage n’est d’ailleurs pas uniquement valable pour le secteur de la santé mentale, il l’est également vis-à-vis du secteur social. Les données épidémiologiques à elle seules sont un argument suffisant pour justifier de cette meilleure intégration intersectorielle. Pour une prise en charge globale Insistons enfin sur la nécessité d’accentuer la prise en charge globale médico-psychosocio- éducative et ce en amont et en aval de la problématique. Selon nous, nous pouvons le faire de différentes manières : • A la fois, en agissant par la prévention avec un objectif clair : contribuer à poser des bases éducatives pour un non-usage ou pour un usage maîtrisé ! • A la fois, en agissant par la réduction des risques qui est un dispositif qui reste mal connu et qui a pourtant montré au fil des années toute son efficacité malgré le peu de moyen qui y est alloué. • A la fois, en attirant les plus marginalisés, les moins socialisés, les plus démunis vers des dispositifs bas-seuil afin de créer du lien. Il faut donc prévenir, réduire les risques, créer du lien mais aussi soigner évidemment en mobilisant la diversité d’offres de soin existantes. Il est, maintenant, aussi urgent de travailler la question de l’hébergement et du lieu de vie qui devient un point crucial de la réinsertion de l’usager et qui de l’avis général participe aussi à une certaine stabilisation. A ce titre, le manque de lieux de vie adaptés est criant. Enfin, et peut-être surtout en accompagnant l’usager. A ce titre, il nous semble qu’il s’agit d’un paradigme ou d’un type de prise en charge trop peu répandu et qui offre pourtant des avantages considérables que certains membres du réseau ABC-VBH expérimentent déjà dans leur pratique quotidienne mais qui reste trop peu développé eu égard aux autres types de prise en charge. Jean-Pierre Couteron, président de la Fédération addiction française en avançait quelques arguments lors des premières journées nationales de la Fédération Addiction qui ont eu lieu cette année. Nous ne développerons pas l’ensemble des arguments faute de temps. Nous nous contenterons de les citer rapidement pour, qui sait, ouvrir le débat… : « Accompagner l’usager, c’est s’impliquer à ses côtés et non le laisser seul, le laisser faire ! Accompagner, c’est aussi rétablir le lien à l’autre et je rajouterai que c’est aussi la possibilité de faire lien tant avec l’usager qu’avec les intervenants qui l’entourent et le réseau de manière plus large. Accompagner c’est encore éduquer. Accompagner, c’est soigner ».

Documents joints

Cet article est paru dans la revue:

Santé conjuguée, n° 59 - janvier 2012

Les pages ’actualités’ du n° 59

Grève générale : les maisons médicales entrent dans le mouvement

La Fédération des maisons médicales a participé à la grève générale du 30 janvier. Parce que le monde tourne à l’envers, parce que quand les inégalités se creusent, les soins de santé sont sur la brèche….

- Dr Olivier Mariage

Aujourd’hui la crise…

Les politiques d’austérité sont aujourd’hui brandies comme la seule réponse réaliste à la crise économique et financière. Au nom de leurs associations, les signataires de cette carte blanche dénoncent cette politique à sens unique qui privilégie(…)

-

Le patient étranger face au cancer : projet d’accompagnement multiculturel

L’appréhension de la mixité culturelle constitue une question de société grandis-sante. Au-delà des difficultés de communication auxquelles sont confrontés les patients issus de milieux socioculturels très variés, dues notamment à la méconnaissance de la langue ou(…)

- Maccioni Johanna, Etienne Anne, Efira André

Les métiers de demain de la première ligne de soins

L’organisation des soins de santé s’oriente de plus en plus vers un développement des soins de première ligne et la prise en charge en ambulatoire. Les besoins en soins et en prévention sont croissants, et de(…)

- Barbosa Vanessa, Caremans Britt, Druyts Ingrid, De Munck Paul, Elysee Somassé, Florence Paligot, Jean Macq, Saint Amand Fabienne

Introduction

Introduction

Le projet thérapeutique ABC-VBH a été lancé en 2007 dans le cadre des projets pilotes fédéraux (service public fédéral Santé publique et INAMI). Ceux-ci visent à améliorer, via le travail en réseau, la concertation et la(…)

-

Présentation

Le réseau ABC-VBH

Le Réseau ABC-VBH est né d’une opportunité : l’appel à projets du ministère fédéral de la Santé concernant la création de réseau pour patients présentant une problématique chronique et complexe, pour qui la probabilité de devoir(…)

- Hers Denis

Atelier 2 : à l’origine du réseau : le patient

Atelier 2 : à l’origine du réseau : le patient

Cet atelier est le fruit de plusieurs rencontres entre quelques travailleurs de différentes institutions. Lors de ces réunions, nous avons, dans un premier temps, abordé la question du réseau comme nous l’entendons habituellement, au sens large,(…)

- Baetmans Claire

L’avenir dure longtemps…

Le contexte dans lequel ce texte a été rédigé est celui d’une réunion clinique dont le thème était « Le temps qu’il faut ». Un thème qui invitait à réfléchir sur la question des prises en(…)

- Delapas Isabelle

« Madame, je dois téléphoner à mon avocat ! »

L’histoire de Damien est exemplaire. Elle nous montre combien l’intervention coordonnée de différents intervenants est nécessaire au patient mais en même temps comment les intervenants autour du patient deviennent eux-mêmes parties du système du patient. «(…)

- Deckmyn Valérie

Quand le réseau sature

Une conception largement répandue du réseau a sa place dans les institutions : pour être correctement pris en charge, il est important de faire partie d’un réseau diversifié et pluridisciplinaire qui met au centre de son(…)

- Cifuentes Suarez Alba, Fieremans Valérie, Senay Sueda

M. D. à l’épreuve du cadre, le cadre à l’épreuve de M. D.

Loin d’être perçu par les soignants comme une structure définie à travers laquelle circule le patient, le travail en réseau est perçu comme un ensemble de ressources qui peuvent se trouver à la fois dans le(…)

- Ponsar Agnès

Atelier 3 : la (dis)-continuité des soins ou comment aborder la question de l’« Après » ?

Atelier 3 : la (dis)-continuité des soins ou comment aborder la question de l’ « Après » ?

Nous sommes souvent confrontés à la question de la fin de la prise en charge dans nos dispositifs. L’offre de soins en matière d’assuétude, telle qu’organisée actuellement, nécessite de réfléchir à la question de l’« Après(…)

-

La collaboration entre deux institutions.

Comment affronter les questions qui se posent « après » la prise en charge institutionnelle ? Nous avons décidé de présenter les collaborations entreprises entre le Foyer Georges Motte (FGM) et l’asbl Transit. Ces collaborations sont(…)

- Abdissi Yaël, Lorquet Romuald

La Coordination toxicomanie Anderlecht : un exemple pratique de collaboration entre soignants, réseau spécialisé et structures locales

Au niveau local, une coordination structurée entre différents types d’intervenants, spécialisés et généralistes améliore, la connaissance des uns et des autres et permet des synergies propices à une prise en charge plus globale des problématiques des(…)

- Fernandez Javier

Double diagnostic et comment travailler l’« Après », maintenant

Beaucoup de patients portent un « double diagnostic » de maladie mentale + assuétude. Ces patients complexes compliquent l’accompagnement en institution et rendent très difficile le travail préparant à « l’après hospitalisation ».

- Josson Corinne

« Des usagers de drogues à l’épreuve de la saturation et des modalités d’inclusion du réseau »

Les défis de la prise en charge des usagers de drogue n’ont jamais été aussi durs à relever. Les patients vivent des situations de plus en plus difficiles, ils sont touchés de plein fouet par la(…)

- Husson Eric

Le lien et le respect des valeurs comme outils de travail : l’expérience des équipes mobiles du SAMU social de Bruxelles

Les équipes mobiles du Service d’aide médicale urgente (SAMU social) vont vers les sans-abri. Au fil du temps, elles ont appris à les aborder tout en respectant leurs choix. Leur constat est sans appel : aujourd’hui(…)

- Timm David

Ouvertures

Ouvertures

La construction d’un « fil rouge » entre les divers textes regroupés ici n’est pas facile. En effet, ces textes sont, et cela vaut pour chacun d’entre eux, une contribution à part entière, enrichissant le champ(…)

- Boumedian Naoual, De Vos Marc, Hers Denis, Lorquet Romuald

Atelier 1 : quelles demandes pour quels problèmes

Atelier 1 : quelles demandes pour quels problèmes…

L’atelier s’articulera autour de trois spécificités de la demande : la demande a minima, l’absence de demande et parfois la contrainte aux soins, son caractère urgent du point de vue de l’envoyeur, du demandeur et du(…)

- Corinne Nicaise

Quelle demande pour quels problèmes…

Au sein du Réseau ABC – VBH, plusieurs groupes de travail ont été constitués en fonction des caractéristiques et de la temporalité du cheminement du patient dans le réseau de soin. Un premier groupe s’est plus(…)

- Laurent Michèle

Demande ’a minima’, questions maximales !

Ce n’est pas parce que la demande est « a minima » qu’elle n’est pas complexe. Exemple de l’accès à un séjour en hôpital.

- Baksteen Jo

Le généraliste et la demande ’a minima’

La demande ’a minima’ adressée au généraliste met en évidence les défauts de communication et de collaboration entre eux et le secteur spécialisé.

- Dr Axel Hoffman

Le Tribunal de l’application des peines et l’aide contrainte

La mise en place du Tribunal de l’application des peines (TAP) en 2007 a défini les modalités de l’exécution des peines et y a introduit le débat contradictoire.

- Polet Virginie

Le travail sous contrainte : questions

Un traitement des assuétudes est souvent posé comme condition à l’octroi de congés pénitentiaires. Quel en est l’intérêt, quelles questions cette pratique pose-t-elle ?

- De Vos Françoise

Demande urgente ou urgence de l’intervenant ?

La demande de prise en charge urgente d’une situation de dépendance mobilise différentes compétences, humaines, sociales et psychiatriques, qu’il faut sans cesse remettre en question. La première de ces compétences, si tant est qu’il s’agit d’une(…)

- Deschietere Gérald

De Lausanne à Bruxelles

Assuétudes, l’expérience vaudoise

La drogue évolue. Ses usagers d’aujourd’hui sont différents de ceux d’hier et la société pose sur eux et sur l’accompagnement à leur apporter un nouveau regard (que ne partagent pas les vieux démons moraux encore vivaces).(…)

- Besson Jacques

Bruxelles, Lausanne et le généraliste

En Belgique, la place du généraliste dans les dispositifs de prise en charge des assuétudes est reconnue mais mal identifiée. L’expérience vaudoise ouvre des pistes pour clarifier cette place et invite à repenser globalement notre système.

- Dr Axel Hoffman

« … et le modèle bruxellois » ?

Face au modèle vaudois exposé par le professeur Besson, le « modèle bruxellois » de prise en charge des assuétudes se caractérise par la richesse et la diversité du secteur mais aussi par son éclatement. Il(…)

- Lorquet Romuald

Comme un moment de césure

Le moment hospitalier est un point très particulier dans le parcours d’une personne souffrant de dépendance. C’est une rupture complète par rapport aux différents milieux qu’il a connu jusque là, une bulle parfois idéalisée entre un(…)

- Van Wijnendaele Rodolphe

Renforcer le continuum, de la prévention à la prise en charge

En matière de drogues, Psytoyens souligne l’importance de la prévention, notamment sous certains de ses aspects moins abordés, de la formation et du soutien des acteurs, et d’une prise en charge non stigmatisante s’installant dans la(…)

- Gelders Chantal

Hébergement et addiction

Dans le secteur de l’hébergement des sans-abri, les tensions entre les contraintes de la vie collective et la prise en charge individualisée sont très fortes. C’est pourquoi il importe de développer la connaissance réciproque et la(…)

- Renson Marc

Pourquoi une coordination ’assuétudes’ ?

Dans l’esprit de la note politique fédérale ’drogues’ de 2001 et de la Conférence interministérielle de 2010, les politiques en matière de drogues doivent donner la primauté au traitement sur la répression. La justice se retrouve(…)

- De Craen Edith