Aller au contenu

Introduction du n°99


Santé conjuguée n°99 - juin 2022

La culture embrasse plusieurs définitions : celles de civilisations, d’idéologies, de connaissances, de comportements, de caractéristiques. On parle aussi volontiers de culture ouvrière, de culture d’entreprise, de culture de masse, de culture populaire, de culture générale, de culture médicale, de l’art de soigner. On emploie également le mot culture dans les domaines artistiques. La culture qui réunit, qui rassemble, qui divertit. Mais la culture ne se limite pas à cela. C’est ce à quoi ce dossier va s’intéresser. La culture qui analyse notre société, qui dénonce ses manquements, qui revendique l’égalité et qui soutient des idées et des valeurs.

L’art, la vie

Les actions des maisons médicales rassemblent les mêmes composantes. Nous soignons celles et ceux qui ont besoin de soins, nous prenons une place dans le système de santé, dans la société que nous entendons analyser, soutenir, critiquer, améliorer ou transformer. Ce sur quoi le secteur culturel et le secteur des soins se rejoignent, c’est dans leurs dimensions sociale et politique. D’où nous sommes, dans le secteur du soin, il est utile de considérer la culture comme un levier d’ouverture à la réflexion et à l’analyse des enjeux actuels de la société. Un outil d’analyse et de support à l’émancipation.

Dès le début de la crise sanitaire, au printemps 2020, les actrices et les acteurs de la culture ont tenu un discours éminemment politique en faveur d’une humanisation des soins de santé. Ce secteur était qualifié de non essentiel. Les militantes et les militants de Still Standing For Culture ont saisi l’opportunité pour affirmer dans l’espace public et les médias la dimension sociale de la culture. Un pied de nez aux politiques. Une réponse. Une clarification. Plus intéressant encore : pour parler d’eux, ils ont parlé de nous. Il ne s’agissait pas de mettre en avant un manque à gagner pour un secteur en difficulté, comme tant d’autres, mais bien du rôle politique de la culture dans le secteur des soins. C’était élégant. Plein de finesse. Un des rares secteurs à faire ce lien. En promotion de la santé, on parle des « déterminants non médicaux » de la santé. C’est-à-dire tous les éléments qui déterminent la santé autrement que par l’absence de maladie : le travail, le logement, l’environnement, les revenus, etc. Et… la culture ! C’est de ça que le mouvement Still Standing For Culture a parlé pendant la crise sanitaire : de la santé et du rôle du secteur – essentiel – de la culture.

Pourtant, à la vérité, il n’y a rien d’inédit. Depuis toujours, sous diverses formes, les actrices et les acteurs de la culture traduisent le réel. Les formes évoquées sont celles des arts. La musique, le théâtre, la peinture, la sculpture, le dessin, le cinéma, la littérature, etc. Tout autant que les formes de la forme. La dénonciation, le plaidoyer, le rire, la gravité, la provocation, la féérie, la poésie et bien d’autres encore. Alors, naturellement, les actrices et les acteurs des soins ont utilisé ces formes dans leur travail de soignant. Depuis toujours, mais pas tout le temps, évidemment. Et pas tout le monde non plus.

Les analyses que nous proposons aujourd’hui dans ce dossier ont pour ambition de mettre des mots sur ce que d’aucuns réalisent parfois sans complètement en mesurer la portée. Et pour ambition – nous l’espérons en tout cas ! – d’organiser, d’intégrer la dimension culturelle dans le travail des soignantes et des soignants.

#jesuisunartiste

L’art est tellement diversifié qu’il n’est pas réservé qu’aux élites. Pas besoin qu’un peintre soit mort depuis deux cents ans pour apprécier la qualité de ses toiles. Travailler l’expression de nos patientes et de nos patients avec la peinture et organiser une exposition est à la fois réalisable et très intéressant, autant pour eux dans l’exercice que pour la population du quartier dans ce qu’ils ont permis d’exprimer grâce à leurs réalisations. Nous vivons toutes et tous entourés de gens avec des qualités artistiques. C’est cela que nous encourageons à mobiliser dans notre travail de proximité avec nos patientes et nos patients. Et puis, bien entendu, il s’agit de collaborer avec les centres culturels. Ce sont des organisations très proches de nos missions de soignants. Qui comme nous s’inscrivent dans des territoires de quartier. Nous poursuivons les mêmes visées d’intégration.

Poussons la porte ensemble. Il y a de la lumière et de la musique de l’autre côté. Tu les entends chanter ? C’est l’histoire de cette dame, tout à l’heure. Tu sais, celle qui est venue avec ses deux enfants. Elle disait qu’elle n’avait plus de maison. Peut-être qu’on va pouvoir l’aider, en fait. Allez, viens…

Cet article est paru dans la revue:

Santé conjuguée, n°99 - juin 2022

Santé et droits culturels

Si l’on compare la Déclaration d’Alma-Ata, la Charte d’Ottawa ou la Déclaration de Jakarta avec les référentiels des droits culturels tels que la Déclaration de Fribourg ou le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, on constate à quel point ces textes construisent un sens commun.
- Thibault Galland

Un centre culturel sans lieu

Comment un petit centre culturel peut-il contribuer à permettre l’exercice des droits culturels à une population alors qu’il ne dispose pas d’infrastructure, pas de salle de diffusion, pas de programmation ?
- Sabine Lapôtre

La démocratie culturelle, un déterminant de la santé ?

La démocratie culturelle comme horizon, mais aussi comme chemin pour fédérer les luttes, pour définir et conduire les conflits porteurs d’un déploiement des dimensions culturelles de l’ensemble des droits humains.
- Ariane Estenne, Sarah de Liamchine

L’art de soigner

Passe-temps pour les uns, passion pour les autres, l’art et la culture font du bien à l’âme. Le monde de la santé – à commencer par la psychiatrie – a amorcé une reconnaissance des vertus de l’art sur la santé des patients. Plus largement, c’est la santé de tous les citoyens qui est favorisée par les pratiques culturelles et créatives.
- Marinette Mormont

L’école de la nuit

Après quarante années de travail de nuit, ce n’est pas l’épuisement qui reste dans ma mémoire d’infirmière puis de cadre, bien que ce soit l’aspect le plus inconfortable, mais le souvenir engourdi des heures passées à réfléchir seule dans ma salle de soins et les interminables discussions avec les patients et mes collègues.
- Anne Perraut-Soliveres

Lever de rideau sur le burn-out

Né de la rencontre d’un groupe de patients réunis par leur thérapeute, le spectacle de théâtre-action Brûlés de l’intérieur raconte l’expérience du burn-out qu’ils et elles ont traversée. Soutenue par la Compagnie Maritime, cette création originale témoigne de leur vécu pour sensibiliser et mieux comprendre les ressorts de cette autre épidémie du moment.
- Pauline Gillard

Introduction du n°99

La culture embrasse plusieurs définitions : celles de civilisations, d’idéologies, de connaissances, de comportements, de caractéristiques. On parle aussi volontiers de culture ouvrière, de culture d’entreprise, de culture de masse, de culture populaire, de culture générale, de(…)

- Frédéric Palermini

Histoire d’un moment cabossé

Mon spectacle devait sortir en février dans un théâtre que nous appellerons X. Or le directeur revient sur sa promesse verbale et annule quatre accueils de projets, dont le nôtre. Le théâtre Z alors me propose de venir chez lui, mais le spectacle devra sortir début décembre. Formidable, sauf que c’est deux mois plus tôt, et que le metteur en scène est peu libre et que le dramaturge a de sérieux problèmes de santé…
- Jean-Luc Piraux

David Murgia : « Un artiste, un auteur raconte bien plus de choses sur l’humanité quand il choisit des personnages en situation extrême de fragilité »

Le comédien joue Pueblo, un texte d’Ascanio Celestini qui met en scène une galerie d’invisibles, de personnages, de gens que nous croisons tous tous les jours dans la vraie vie, sans les voir. Une clocharde qui ne fait pas la manche sur le parking d’un supermarché, un manutentionnaire africain sans papiers, une caissière, un gitan, une tenancière de bar…
- David Murgia

Ces histoires qui donnent sens

Seraing, octobre 2002. Ce n’était pas l’Ardenne, d’où je venais, ses vallées et ses pâtures, ses villages paysans d’il y a vingt ans… Ce n’était pas l’Afrique, où je voulais aller, dans mon imaginaire de jeune médecin nourri aux images de l’humanitaire de MSF.
- Jean-Luc Belche

C’est quand qu’on soigne ?

Il me semble que j’ai toujours eu envie de photographier les personnes que je soignais. L’idée m’a effleurée dès mes premières visites à domicile, et elle ne m’a pas lâchée ensuite. Pourtant elle me dérangeait un peu…
- Madeleine Camus

Actualités n°99

Edito Sc 99

Vincent Lindon, président du jury, ouvrait le Festival de Cannes avec ces mots : « La culture n’est pas une aimable excroissance ni un futile ornement de la société, elle n’est pas en marge. Elle en(…)

- Fanny Dubois

Carine Thibaut : « Les luttes ne s’arrêtent jamais parce qu’elles sont dans la continuité d’un débat sur l’injustice, sur l’inégalité »

Greenpeace défend activement l’environnement depuis un peu plus de cinquante ans, mais son champ d’action s’étend à de nombreux autres pans de notre société. La porte-parole de l’antenne belge de l’ONG en rappelle les valeurs.
- Pascale Meunier

Assuétudes, soins de santé et Covid-19

Le coordinateur d’une structure santé-social bas seuil dresse un état des lieux des conditions de vie des usagers et usagères de drogues en pleine crise sociosanitaire. « Fin avril 2020, nous sommes au cœur du confinement, les usagers de drogues en situation de sans-abrisme sont terriblement fragilisés et violentés par la situation sanitaire. Les déplacements dans l’espace public sont interdits, plus de ressources issues de la mendicité ou du travail au noir, plus d’approvisionnement de drogues, plus d’accès aux toilettes publiques, aux services sociaux, aux centres de jour, aux bains publics, aux poubelles des restaurants, peu d’information sur la situation… »
- Camille Fortunier

L’immense combat du Syndicat des immenses

Le Syndicat des immenses en 12 500 signes ? C’est impossible, tant nos actions depuis trois ans ont été nombreuses, riches et variées ! Mais l’on va docilement se plier à l’exercice, tout en invitant instamment les curieux et autres intéressées à visiter notre site www.syndicatdesimmenses.be.
- Laurent d'Ursel

Maison médicale et enjeux de santé publique

En 2015, les Nations unies ont voté les dix-sept Objectifs pour un développement durable, plus ambitieux que les Objectifs du millénaire pour le développement, votés en 2000. L’idée était d’aller vers un monde plus juste, meilleur à vivre pour la population et plus durable pour la planète. Tous ces objectifs peuvent être atteints s’il y a la volonté politique. La crise du Covid-19 a montré que les gouvernements pouvaient prendre des mesures fortes quand ils le voulaient.
- Dr André Crismer

Réfugié ou migrant ?

Ukraine, Méditerranée, Afghanistan, Syrie, Manche… Ces endroits ne sont pas célèbres pour leurs paysages uniques, mais parce qu’ils font régulièrement la une des journaux. Ce sont des zones de départ, des zones de passage, et surtout des zones où des humains risquent leur vie.
- Enrico Balducci