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Pour un « maillage de l’accompagnement social » !


Santé conjuguée n° 60 - avril 2012

Ils ont disparu, ceux qui naguère servaient de repères dans les communes, le curé, l’agent de quartier, toutes ces personnes qui constituaient des ressources contre l’exclusion. Afin de combler le vide qu’ils laissent, une politique d’accompagnement social pour les « infortunés » s’impose au niveau local. L’éducateur de quartier pourrait être cet indispensable agent de proximité.

« Dans un monde tel que le nôtre, ce n’est pas un luxe de pouvoir compter sur le supplément d’humanité que l’éducateur apporte là où sévit le drame de l’inadaptation et de l’exclusion ». (Jean Brichaux, L’éducateur spécialisé en question(s), édition ERES, 2004). De retour de Bruxelles où j’assistais au colloque socialiste – « Lutte contre les drogues : quelles mesures pour une politique cohérente ? » – je suis revenu dans notre bonne ville avec une intime conviction : il nous manque un véritable « maillage de l’accompagnement social » dans toutes nos anciennes communes, dans tous nos villages ! Car la fusion des communes, dans une recherche d’efficacité et de centralisation a aussi généré de nouveaux défis pour les citoyens que nous sommes, notamment le défi de la prise en charge de l’inadaptation et de l’exclusion sociales. La disparition de la maison de l’instituteur et de celle du curé, la perte de nombreux mandataires politiques locaux et la dilution des rôles du cantonnier ou de l’agent de quartier sont autant de pertes pour la solidarité et la cohésion sociale. Tous ces gens, véritables agents de proximité dépassaient en permanence leurs rôles spécifiques. Ils détectaient aussi la misère, l’handicap social. Ils accompagnaient les drames du voisin et, très souvent, les solutionnaient. Plus de 30 ans après cette restructuration fondamentale de notre tissu social, qu’en est-il aujourd’hui ? Les services au public dits essentiels sont certes pris en considération. Personne ne peut imaginer que nos rues ne soient pas entretenues ou éclairées, que nos écoles ne soient pas équipées, que la récolte de nos déchets ne soit pas organisée. Tous sont prêts à se battre pour le maintien de services de proximité comme un bus, une poste, un médecin… Tous se mobilisent pour le maintien d’un cadre de vie non pollué… Tous se réjouissent aussi du courage des quelques indépendants qui maintiennent dans le village la pharmacie, l’imprimerie, la librairie, la superette, le salon de coiffure… Tous applaudissent ceux qui ont même l’intelligence d’ouvrir une nouvelle boulangerie-pâtisserie ! « J’en ai marre de la détresse des jeunes qui s’abandonnent aux drogues et de la détresse des parents. Marre des dangers que l’on fait courir aux gens en matière de santé publique et de sécurité sociale… » clame Elio Di Rupo. Et d’en appeler à la mise en place, tant au niveau fédéral qu’au niveau régional, d’une cohérence politique et d’une coordination des actions. Une myriade d’acteurs sociaux est en effet installée dans nos CPAS, dans nos mutuelles, dans nos associations de qualité, voire dans nos entreprises. Mais qui va conduire l’inadapté ou l’exclu, – dit de manière lapidaire « l’handicapé social » – vers cette aide organisée ? Qui va le prendre par la main ? Qui va détecter le drame qui se joue chez le voisin ? Le simple citoyen ? La vraie hypocrisie est d’imaginer que « l’handicapé social » y aille de sa propre volonté !

« Compagnons d’infortune »

Au même titre que nous avons besoin d’ouvriers communaux pour nos travaux de proximité, ou d’instituteurs communaux pour notre enseignement fondamental… il est du devoir d’une société organisée d’offrir des « Compagnons d’infortune » de proximité à tous ceux qui souffrent socialement. Ce dont nous manquons crucialement dans nos quartiers, c’est de professionnels qui font ce « métier de l’humain », de ceux qui ont le « savoir s’y prendre ». « Savoir s’y prendre, c’est agir avec « tact », c’est la capacité de répondre promptement, avec sensibilité et pertinence, dans des situations généralement ambivalentes. Savoir s’y prendre, c’est être capable de gérer dans l’urgence la complexité des choses de la vie. » (Jean Brichaux) Ces professionnels existent : les éducateurs spécialisés. Et j’ai l’intime conviction qu’établir une politique cohérente d’accompagnement social consisterait à généraliser au niveau communal un métier d’« éducateur de quartier ». Que chaque ancienne commune retrouve, au moins, un vrai agent de proximité que nous pourrions nommer ’agent communal de reliance’, un ’ACR’ ! Et si la Communauté française subsidie les instituteurs communaux, si le Fonds des communes nous aide à payer nos employés et nos ouvriers communaux, que les trois niveaux de pouvoir (fédéral, régions et provinces) trouvent les formules de subvention pour aider les communes à remplir correctement leur devoir de santé publique et de solidarité sociale. Personnellement je ferai de ce « maillage de l’accompagnement social », au niveau communal, mon combat politique, aujourd’hui comme demain.

Documents joints

Cet article est paru dans la revue:

Santé conjuguée, n° 60 - avril 2012

Les pages ’actualités’ du n° 60

Le patient « indiscipliné » est-il un dangereux incivique, passible de se voir refuser l’accès aux soins ?

- Poucet Thierry

Quel est le problème prin-cipal de votre public ? Et qu’attendez-vous des maisons médicales ? Ce sont les deux questions que le groupe Re-Germ a posées aux acteurs de la société civile avec lesquels les maisons(…)

- Groupe Re-Germ

Les inégalités sont un facteur de mauvaise santé. Le progrès, dans sa version libérale, creuse les inégalités. Donc le progrès, dans sa version libérale est un facteur de mauvaise santé. Logique !

- Dr Pierre Drielsma

Une réaction à l’article de Jacques Morel paru dans Santé conjuguée numéro 57 : « Des mots pour ne pas parler que des maux… mais de la santé. Cinquante ans du GERM et de sa descendance(…)

- Poucet Thierry, Van der Vennet Jean, Vandormael Monique, van der Stichelen Philippe

Planifier l’offre de soins, c’est d’abord se demander quels sont les besoins de la population et quelle est la réalité de la réponse à ces besoins sur le terrain. Mais c’est aussi avoir le courage de(…)

- Dr Anne Gillet-Verhaegen

Dix ans après la déclaration de Doha qui consacrait la primauté de la santé publique sur les droits de propriété intellectuelle, des médicaments indispensables restent finan-cièrement inaccessibles ou sont totalement indisponibles pour les populations peu solvables.(…)

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La santé, une grille de lecture pertinente à l’échelon local ?

Venant du niveau « macro » de la politique de santé, l’ancienne ministre des Affaires sociales et de la Santé Magda De Galan, aujourd’hui bourgmestre de Forest a repris les fonctions de l’échevinat de la Santé.(…)

- Christian Legrève

Les compétences des communes sont larges et beaucoup d’entre elles ont un impact direct ou indirect sur la santé des habitants.

- Ingrid Muller

Notre cahier explore deux hypothèses : la première : la démocratie locale constitue un cadre pour réhabiliter la démocratie représentative à travers le rétablissement de la complémentarité entre démocratie directe (ou semi-directe, participative) et démocratie représentative.(…)

- Gaëlle Chapoix

La conscience existe que les problématiques de santé concernent aussi le niveau communal avec ses spécificités locales. Mais la mobilisation y demeure insuffisante. Ce sera un des enjeux des prochaines élections communales.

- Krettels Guy

La structuration de l’action communale en santé

Dans un contexte où se conjuguent la croissance des inégalités et le désengagement de l’Etat, la pertinence de l’investissement local en faveur de la santé se manifeste au travers de multiples initiatives telles les ’Villessanté’ ou(…)

- Martine Bantuelle

Pour échapper aux effets pervers de la dispersion des compétences politiques en ce qui concerne les déterminants de santé, les projets de promotion de la santé doivent s’appuyer sur un travail transversal au niveau local. C’est(…)

- Isabelle Dechamps

A Charleroi, l’implication de la ville et des habitants dans les projets ’Villessanté’ a débouché sur la réalisation de nombreuses actions très concrètes. Et ce n’est pas fini…

- Le Comité de pilotage de ’Charleroi Ville-santé’

Ils ont disparu, ceux qui naguère servaient de repères dans les communes, le curé, l’agent de quartier, toutes ces personnes qui constituaient des ressources contre l’exclusion. Afin de combler le vide qu’ils laissent, une politique d’accompagnement(…)

- Philippe Olislager

La complexité des facteurs influençant la santé implique de faire travailler ensemble des acteurs multiples : habitants, politiques, professionnels, associatifs. Ces acteurs privilégient des modes d’intervention différents, disposent de moyens et de compétences spécifiques difficiles à(…)

- L’équipe du centre local de promotion santé du Brabant wallon

Les premiers textes le montrent à suffisance, la perception des usagers converge avec celle des élus : dès qu’on dépasse la simple notion d’absence de maladies, un grand nombre de questions de santé demandent plus que(…)

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Émergence d’une réponse locale en matière de soins de santé

La création d’une maison médicale par un pouvoir local, en l’occurrence un CPAS pose une série de questions. Est-ce au public de faire du curatif ? Comment concilier les valeurs et les contraintes d’une initiative privée(…)

- Ingrid Muller

Si, à Frameries, l’initiative de créer une maison médicale venait du CPAS, à Fleurus les pouvoirs communaux invités à en faire autant par des volontaires de Vie Féminine ont fait la sourde oreille. A Ans, le(…)

- Ingrid Muller

Par réponses locales, nous entendons celles émanant de la population ou impliquant principalement des acteurs enracinés dans la terre locale. Les contributions que vous venez de lire émanent en effet de professionnels, notamment de la promotion(…)

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Routes, ornières et chemins citoyens

Le propos de cet article est de donner un éclairage sur le concept de démocratie et ses déclinaisons, démocratie participative et démocratie délibérative entre autres. Pour commencer, nous inscrirons la démocratie dans le temps. Ensuite, nous(…)

- France Defrenne

Un atout majeur de l’action ’santé’ au niveau communal est que la distance entre pouvoirs et citoyens est courte. Cette proximité rend l’action plus lisible, ses enjeux sont aisément visibles, l’information et la parole peuvent mieux(…)

- Gaëlle Chapoix

Logement, accès aux soins, accueil des personnes âgées, individualisation des droits sociaux : pour les personnes démunies, ce sont des problèmes au quotidien que dénoncent les acteurs locaux. Pour le Réseau wallon de lutte contre la(…)

- Christian Legrève

Extrait du manifeste Vega (Vert et Gauche) : nous pensons que la première chose à faire est d’inventer des manières de reprendre pied dans le débat, des pratiques permettant à tout le monde d’être pleinement citoyenne(…)

- Christian Legrève

La Ligue des usagers des services de santé – LUSS est une fédération francophone indépendante d’associations de patients. Elle est devenue un interlocuteur privilégié du niveau fédéral. Se faire entendre à ce niveau permet de faire(…)

- Ingrid Muller

Le chapitre précédent a déployé des exemples – divergents – de rapports entre commune et citoyens dans le champ des initiatives en santé. Ils nous ont définitivement montré la pertinence de la grille de lecture santé(…)

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Notre cahier explore deux hypothèses : la première : la démocratie locale constitue un cadre pour réhabiliter la démocratie représentative à travers le rétablissement de la complémentarité entre démocratie directe (ou semi-directe, participative) et démocratie représentative.(…)

- Julie Walravens

Conclusion

A l’avant-veille des élections communales, il est plus que légitime de se poser la question, en tant qu’acteur de santé, des enjeux « sanitaires » qui existent à ce niveau de pouvoir. Au premier abord, la(…)

- Dr Olivier Mariage

Le point de départ de notre étude, c’est une interrogation inquiète à l’occasion des élections à venir. La démocratie représentative est en panne. Les gens n’écoutent plus les politiques, qui ne savent plus ni les entendre,(…)

- Christian Legrève

Introduction

Aujourd’hui, les inégalités qui régressaient jusqu’au troisième quart du XXème siècle se creusent à nouveau. Deux phénomènes, différents mais étroitement intriqués en rendent compte : la perte de légitimité du politique et la domination toujours plus(…)

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