Aller au contenu

L’économie à sa juste place


Santé conjuguée n°116 - septembre 2026

Alors que s’enchaînent les conclaves budgétaires, rappelons aux protagonistes qu’ « [il] est infiniment plus difficile de consommer une fois mort et [que] personne de gravement malade n’est productif »1. Il n’existe en réalité pas d’opposition entre la santé et l’économie, c’est un faux dilemme dans lequel beaucoup nous enferment. Soit on a les deux, soit on n’a rien.
Mais cela implique de replacer l’économie à son juste niveau : elle doit être au service de la santé, et non l’inverse. D’ailleurs, l’expérience montre que la marchandisation des soins coûte énormément et produit une santé collective et individuelle de moindre qualité. Voyons par exemple que :

  • les usagères et usagers sont amenés à agir comme des clients faisant des études marché pour obtenir les « meilleurs soins » et à se vivre comme les possesseurs d’un « capital santé » à faire fructifier. Au risque de nourrir concurrence et inégalités ;
  • la standardisation des pratiques en vue de faire des économies d’échelle altère le cœur du métier de soignant ;
  • les assurances privées soutenues comme modèle par rapport aux dynamiques mutualistes diminuent pourtant l’efficience du système de soins ;
  • la centralité du curatif et la spécialisation à ourtrance sont impayables à grande échelle et n’amènent pas une plus-value en termes de santé ;
  • le manque de considération pour des soins primaires (malgré le virage ambulatoire affiché) participe à la désorganisation du système, multipliant les actes et trajets inutiles ;
  • la subsidiation du secteur pharmaceutique privé par la Sécurité sociale ôte des moyens d’investir dans une politique raisonnée du médicament.

Par conséquent, un principe s’impose : il est nécessaire de démarchandiser la santé, si l’on souhaite vraiment cesser le gaspillage de ressources, d’années de vie en bonne santé, d’équipes formées, de sens au travail, etc. Agir dans ce sens, c’est faire des économies en évitant de dilapider notre richesse collective et se donner ainsi des marges de manœuvre pour investir dans les secteurs qui produisent de la santé : les soins, évidemment, mais aussi l’éducation, l’environnement, la culture ou le logement. Puisse cette évidence inspirer les participants aux conclaves afin d’aboutir à une fumée blanche qui ouvre enfin l’avenir et le replace dans nos mains. Demeurons organisés et résolus dans ce sens.

Cet article est paru dans la revue:

Santé conjuguée, n°116 - septembre 2026

Déterminants de la santé une invitation à « lever le nez du guidon »

Pourquoi chausser les lunettes des déterminants de santé et regarder à travers leur prisme, les nouvelles politiques gouvernementales ? Retour sur une grille de lecture porteuse d'un intérêt marqué pour ce qui cause les inégalités de santé.
- Catherine Daloze

Treize déterminants de santé à l’heure de l’Arizona

EMPLOI : réformes majeures Déterminant. L’emploi – et son pendant l’absence d’emploi – constitue un déterminant majeur de la santé. Traumatismes musculosquelettiques, stress, burn-out, bore-out, accidents, dépressions : la santé des travailleuses et des travailleurs est(…)

-

Défis et résilience des mobilisations sociales

Depuis 2024, les gouvernements au pouvoir en Belgique – en particulier les coalitions « Azur » et « Arizona » - mènent des politiques de régressions sociales d’une ampleur et d’une violence inédites. Celles-ci ont toutefois rencontré des résistances elles aussi historiques, qui démontrent que la population n’est ni totalement convaincue, ni aussi résignée que l’on a parfois voulu le faire croire. Reste que le contexte actuel est lourd de défis pour un mouvement social qui lutte aussi contre ses propres limites.
-

À l’affut de l’invisible

Comment rendre leurs places aux personnes concernées par les politiques sociales ainsi qu’à celles et ceux qui les accompagnent dans une société où les décisions politiques tendent à détruire les liens sociaux ? Quels pouvoirs d’agir pour quelle société ?
- Véronique Georis

Des enjeux de société sous-jacents

Pour mieux comprendre le sens des mesures prises par les gouvernements aujourd’hui aux affaires, il importe de les replacer dans un tableau d’ensemble. Retenons quelques lignes directrices qui semblent guider les politiques, avant de dresser une forme d'état des lieux concrets dans les pages qui suivent.
- Fédération des maisons médicales et des collectifs de santé francophones

Actualités 116

L’économie à sa juste place

Alors que s’enchaînent les conclaves budgétaires, rappelons aux protagonistes qu’ « [il] est infiniment plus difficile de consommer une fois mort et [que] personne de gravement malade n’est productif »1. Il n’existe en réalité pas d’opposition entre(…)

- Alexis Filipucci

Solayman Laqdim : «  La souffrance psychique est une thématique transversale au-delà des seules politiques de santé, et beaucoup d’indicateurs sont au rouge. »

Depuis février 2023, Solayman Laqdim a endossé le rôle de Délégué général aux droits de l’enfant, pour la Fédération Wallonie Bruxelles. Aujourd’hui, il se définit plus simplement comme « défenseur » des droits des enfants. Ce rôle de protecteur et d’amplificateur de la voix des enfants l’amène à poser un regard panoramique sur notre société, sur la manière dont elle considère les mineurs d’âge et répond à leurs besoins. Dans un entretien courant juillet 2026, il explique sa fonction, évoque des priorités, notamment en termes de santé mentale et s’exprime sur quelques sujets de l’actualité politique.
- Catherine Daloze

Prévenir et s’adapter aux changements climatiques

Avancées depuis cinquante ans, les projections climatiques des scientifiques se concrétisent désormais avec des impacts de plus en plus violents sur les écosystèmes et le vivant. Sous l’effet d’activités humaines destructrices stimulées par un capitalisme débridé, les conséquences du réchauffement climatique sur la santé des sociétés, des milieux naturels et des populations s’amplifient. Elles exigent des réponses radicales, y compris au sein du secteur de la santé.
- Pauline Gillard

Se soigner, quand les moyens financiers font défaut

Malgré une couverture quasi universelle en matière d’assurance maladie obligatoire, le coût des soins de santé à charge des patients n’est pas anodin et grève le budget des Belges. Et ce, de manière inégale selon leur situation de vie. Au point que certains en viennent à décider de reporter leurs soins, faute de moyens. Plusieurs études et enquêtes viennent étayer ces affirmations.
- Nathalie Cobbaut