Alors que s’enchaînent les conclaves budgétaires, rappelons aux protagonistes qu’ « [il] est infiniment plus difficile de consommer une fois mort et [que] personne de gravement malade n’est productif »1. Il n’existe en réalité pas d’opposition entre la santé et l’économie, c’est un faux dilemme dans lequel beaucoup nous enferment. Soit on a les deux, soit on n’a rien.
Mais cela implique de replacer l’économie à son juste niveau : elle doit être au service de la santé, et non l’inverse. D’ailleurs, l’expérience montre que la marchandisation des soins coûte énormément et produit une santé collective et individuelle de moindre qualité. Voyons par exemple que :
- les usagères et usagers sont amenés à agir comme des clients faisant des études marché pour obtenir les « meilleurs soins » et à se vivre comme les possesseurs d’un « capital santé » à faire fructifier. Au risque de nourrir concurrence et inégalités ;
- la standardisation des pratiques en vue de faire des économies d’échelle altère le cœur du métier de soignant ;
- les assurances privées soutenues comme modèle par rapport aux dynamiques mutualistes diminuent pourtant l’efficience du système de soins ;
- la centralité du curatif et la spécialisation à ourtrance sont impayables à grande échelle et n’amènent pas une plus-value en termes de santé ;
- le manque de considération pour des soins primaires (malgré le virage ambulatoire affiché) participe à la désorganisation du système, multipliant les actes et trajets inutiles ;
- la subsidiation du secteur pharmaceutique privé par la Sécurité sociale ôte des moyens d’investir dans une politique raisonnée du médicament.
Par conséquent, un principe s’impose : il est nécessaire de démarchandiser la santé, si l’on souhaite vraiment cesser le gaspillage de ressources, d’années de vie en bonne santé, d’équipes formées, de sens au travail, etc. Agir dans ce sens, c’est faire des économies en évitant de dilapider notre richesse collective et se donner ainsi des marges de manœuvre pour investir dans les secteurs qui produisent de la santé : les soins, évidemment, mais aussi l’éducation, l’environnement, la culture ou le logement. Puisse cette évidence inspirer les participants aux conclaves afin d’aboutir à une fumée blanche qui ouvre enfin l’avenir et le replace dans nos mains. Demeurons organisés et résolus dans ce sens.
Cet article est paru dans la revue:
Santé conjuguée, n°116 - septembre 2026
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