Treize déterminants de santé à l’heure de l’Arizona
Fédération des maisons médicales et des collectifs de santé francophones
Santé conjuguée n°116 - septembre 2026
EMPLOI : réformes majeures
Déterminant. L’emploi – et son pendant l’absence d’emploi – constitue un déterminant majeur de la santé. Traumatismes musculosquelettiques, stress, burn-out, bore-out, accidents, dépressions : la santé des travailleuses et des travailleurs est mise sous pression. En Belgique, un demi-million de personnes sont aujourd’hui reconnues en incapacité de travail depuis plus d’un an. Parmi elles, la plupart souffrent d’une pathologie liée à leurs conditions de travail.
Quant aux personnes sans emploi, leur état de santé se révèle en moyenne nettement plus mauvais que celui des travailleuses et des travailleurs. On le constate au niveau du stress chronique, des risques de maladies cardiovasculaires, de l’obésité, du diabète ou encore de la consommation de substances psychoactives, etc. Mais aussi de l’absence de reconnaissance sociale.
Mesures récentes
Dans les réformes menées par le gouvernement Arizona en matière d’emploi, quatre axes sont particulièrement préoccupants : la réforme de l’assurance chômage, la flexibilisation accrue, le traitement des malades de longue durée et le blocage des salaires.
- Un droit au chômage au bout du rouleau. La réforme du chômage est l’une des plus frontales du programme Arizona. Le droit à l’allocation devient une prestation temporaire et conditionnelle, encadrée par un régime de sanctions et de contrôles renforcé. Une année de travail au cours des trois dernières années ouvre le droit à un maximum d’un an d’allocations de chômage. Chaque tranche de 4 mois supplémentaires donne droit à un mois de chômage en plus avec un maximum de deux ans. Depuis janvier 2026, les fins de droit tombent par vagues d’exclusion successives. Au terme de l’année, ce sont près de 200.000 personnes qui vont être exclues du chômage. Faute de revenus, certaines d’entre elles se retournent vers les CPAS. Sur les cinq premiers mois de l’année 2026, une moyenne de 40 % des exclus du chômage a basculé vers l’aide sociale. D’un droit assurantiel solidaire relevant de la Sécurité sociale, le gouvernement fédéral le fait passer à une prestation d’aide subsidiaire, conditionnelle et à durée déterminée. Une réforme avec aussi des accents communautaires: les impacts diffèrent selon les Régions du pays; 48,1 % des personnes touchées résident en Wallonie, 26,5 % en Flandre et 25,4 % à Bruxelles.
La durée des allocations d’insertion (obtenues sur base des études) est également réduite à un an au lieu de trois précédemment, tout en maintenant la limite d’âge fixée à 25 ans.
Un « droit au rebond » est introduit pour les travailleuses et les travailleurs. Il concerne la possibilité, une fois sur sa carrière, de recevoir des allocations de chômage après une démission, à certaines conditions. Notamment avoir travaillé au moins 3.120 jours (environ 10 ans).
Une flexibilisation du travail de tous côtés. Dans cette logique, plusieurs mesures sont adoptées : le nombre minimum d’heures de travail hebdomadaires à temps partiel passe d’un tiers temps à un dixième temps ; le délai de préavis maximal en cas de licenciement par l’employeur pour les nouveaux contrats de travail est plafonné ; le principe d’interdiction généralisée du travail de nuit est remplacé par un principe d’autorisation généralisée avec une limitation des primes et avantages liés aux prestations effectuées entre 23 heures et 6 heures du matin dans le secteur de la distribution et du commerce (y compris électronique); le jour de fermeture obligatoire des commerces est supprimé et les réglementations en matière d’heures d’ouverture sont assouplies. Un nouveau dispositif récompense financièrement le maintien à l’emploi au-delà de l’âge légal de la retraite pour les carrières d’au moins 35 ans. - Le recours aux « flexi-jobs » est facilité. Initialement créée en 2015 pour le secteur de l’Horeca, la possibilité de recourir à cette forme d’emploi, moins coûteuse (soumise à un régime fiscal avantageux) pour les employeurs, est étendue à tous les secteurs. Les « flexi-jobs » permettent de travailler en plus d’un emploi principal (ou en tant que pensionnée ou pensionné). Le plafond du « flexi-salaire » est augmenté, de même que le plafond d’exonération fiscale. Ce qui appauvrit la Sécurité sociale et rend plus difficile l’accès à un contrat stable, correctement rémunéré.
Le travail étudiant, jusqu’ici limité afin de garantir aux jeunes les temps nécessaires pour étudier, se reposer, avoir des loisirs, peut désormais aller jusqu’à 650 heures par an (soit presque un tiers temps) et concerner les jeunes à partir de 15 ans.
Notons également le projet du gouvernement fédéral d’annualiser du temps de travail: plutôt que de calculer la durée du temps de travail semaine par semaine (38h/semaine, par exemple), le volume horaire est lissé sur une année entière, pour permettre d’intensifier ou de ralentir le travail en fonction de l’activité économique, autour d’une moyenne inchangée de 38h. Il s’agit d’horaires accordéons, produisant un salaire lissé. Cette décision suit actuellement le parcours législatif nécessaire à sa mise en œuvre. - Les malades poussés vers le retour au travail. La durée des certificats médicaux est limitée dans le temps et ne peut dépasser trois mois. La notion de « capacités restantes » du patient ou de la patiente est remplacée par la notion de son « potentiel de travail ». Le certificat médical devient une « fit-note », un certificat d’aptitude, listant ce que la personne peut encore faire.
Le parcours d’intégration (trajet de retour vers l’emploi) après une incapacité de travail d’un an devient obligatoire et sanctionné en cas de « coopération insuffisante ». Les médecins sont également « responsabilisés ». La loi prévoit la création d’une base de données intitulée GAOCIT; elle contiendra des données provenant des certificats médicaux délivrés (pathologies, durée de l’incapacité…). Cette collecte de données vise à avoir une image du comportement de prescription des médecins généralistes. Tandis que du côté des mutualités et des médecins-conseils, le nombre de réintégrations au travail « réussies » conditionnera le financement.
Les employeurs devront participer au financement de 30 % du revenu de remplacement de la personne en incapacité de travail, durant les deux premiers mois d’indemnisation (après le mois couvert par le salaire garanti). Quant à la procédure de rupture de contrat pour force majeure médicale, elle peut être initiée après seulement 6 mois d’incapacité (contre 9 mois précédemment).
En discussion. Le Gouvernement wallon travaille à une réforme des politiques de formation et d’insertion socioprofessionnelle « avec une volonté de rationaliser les acteurs d’insertion et d’activer davantage les personnes dans leur parcours vers l’emploi », indiquent les Centres d’insertion socioprofessionnelle (CISP) inquiets et mobilisés. Le secteur dénonce une réforme qui pourrait entraîner la disparition de nombreux opérateurs, conditionner leur financement à des résultats d’insertion et recentrer les formations sur les seuls besoins du marché du travail, au détriment de l’accompagnement des publics les plus éloignés de l’emploi et de la mission émancipatrice de l’insertion socioprofessionnelle.
Une réforme des aides à l’emploi est également sur la table, provoquant de grandes inquiétudes.
Revenus : le fossé se creuse
Déterminant. Les effets du revenu sur la santé sont indéniables. Un revenu digne constitue un moyen d’accéder aux soins de santé et aux autres déterminants sociaux de la santé, comme les aliments, le logement, l’éducation, etc.
Les études statistiques révèlent que les personnes ayant un niveau socio-économique plus faible sont souvent en moins bonne santé, ont moins accès aux soins de santé et meurent plus jeunes. L’état de santé varie en fonction du niveau de vie, chaque groupe social étant en meilleure santé que celui situé juste au-dessous de lui. Comme le détaille la plateforme « Vers une Belgique en bonne santé », gérée par l’Institut national de santé publique Sciensano, des inégalités socio-économiques sont constatées dans l’ensemble des indicateurs de santé. Elles sont particulièrement prononcées en ce qui concerne l’espérance de vie et la santé mentale.
Mesures récentes
Plusieurs mesures, récemment prises par le gouvernement fédéral, portent atteinte aux revenus. Avec en particulier, un durcissement des conditions d’accès à l’aide sociale (revenu d’intégration sociale).
- Une limitation de l’indexation des salaires et prestations sociales. En Belgique, un système d’indexation automatique des salaires ajuste les rémunérations au coût de la vie pour maintenir le pouvoir d’achat face à l’inflation. Le gouvernement fédéral Arizona a voté un double saut d’index partiel. Partiel parce qu’il concerne les montants au-dessus de 4.000 euros brut par mois (pour un équivalent temps plein) et les prestations sociales (dont les pensions) jusqu’à 2.000 euros brut. Double parce que ce mécanisme prend place à deux moments successifs (juin 2026 et janvier 2028) même s’ils ont une incidence sur l’ensemble de la carrière. Avec ce mécanisme, l’État entend faire des économies sur les salaires des travailleuses et des travailleurs qu’il emploie, ainsi que sur le paiement des allocations sociales. Il est également prévu que la moitié de la part d’indexation qui ne revient pas au travailleur soit reversée dans les caisses de l’État, l’autre moitié restant au bénéfice de l’entreprise.
- Gel de l’enveloppe bien-être. Cette enveloppe est un budget prévu par la loi pour augmenter, tous les deux ans, certains revenus de remplacement comme les pensions, les allocations de chômage ou les indemnités de maladie et d’invalidité. Son objectif est de permettre à ces prestations de suivre non seulement l’inflation, grâce à l’indexation, mais aussi l’évolution générale des salaires et du niveau de vie. La réforme adoptée par l’Arizona supprime l’enveloppe bien-être pour la période 2025-2029.
- Un plafonnement des cotisations patronales pour les très hauts revenus. La loi instaure un plafond salarial trimestriel de 85.000 euros au-delà duquel aucune cotisation patronale supplémentaire n’est due. Ce montant devrait être ramené à 67.500 euros à partir de 2027. Une manière de « réduire le coût du travail pour les fonctions hautement qualifiées » qui n’est pas sans poser question sur l’équité de la participation au financement de la Sécurité sociale.
- Une réforme de l’impôt sur les personnes physiques pointe aussi à l’horizon. La mesure phare en serait, selon la presse, le relèvement de la quotité exemptée d’impôt, soit le revenu en dessous duquel aucun impôt n’est dû. Celle-ci serait augmentée par étapes, passant de 10.910 euros annuels actuellement à 14.450 euros pour l’exercice d’imposition 2030 et à 15.600 euros pour l’exercice 2031.
- Le revenu d’intégration sociale, c’est-à-dire l’aide financière mensuelle versée par le CPAS (niveau communal) aux personnes qui ne disposent pas de ressources suffisantes pour vivre, se situe sous le seuil européen de pauvreté et voit ses conditions d’accès durcies. Ceci dans un contexte où les exclusions du chômage entraînent une augmentation des demandes d’aide sociale.
Le règlement général du droit à l’intégration sociale prévoit à présent une extension des personnes considérées comme cohabitantes pour le calcul des ressources d’un ménage. Auparavant, outre le partenaire de vie, seuls les descendants/descendantes et ascendants/ascendantes du premier degré étaient visées par la disposition. Désormais, celle-ci prévoit de tenir compte de manière obligatoire des ressources « de toutes les personnes ayant une obligation alimentaire envers le demandeur », autrement dit des parents, des grands-parents, des enfants, des petits-enfants, mais également des beaux-parents, des gendres et belles-filles. Le statut de cohabitant dénoncé de longue date comme facteur d’appauvrissement et d’inégalité est étendu.
En discussion
D’autres durcissements sont à l’ordre du jour.
- Au niveau du revenu d’intégration sociale : l’obligation pour les personnes souffrant d’addictions de suivre un traitement, sans quoi elles ne bénéficieraient plus du droit à l’aide sociale.
- Par rapport à l’accès au statut BIM (bénéficiaire de l’intervention majorée) : alors qu’il a été rendu semi-automatique en octobre 2024 pour les personnes isolées au chômage ou en incapacité de travail depuis plus de 3 mois, le gouvernement Arizona souhaite durcir les conditions d’accès et augmenter les contrôles.
Alors que les CPAS passent cette année 2026 le cap des 50 ans d’existence, une Coalition pour une politique des CPAS humaine se mobilise. Elle regroupe des organisations de la société civile belge, des réseaux de lutte contre la pauvreté, des travailleuses et travailleurs sociaux.
Education : l’égalité en jeu
Déterminant.
Assurer le meilleur niveau d’éducation pour toutes et tous est un moteur puissant de lutte contre la pauvreté et de réduction des inégalités sociales de santé.
Les enquêtes statistiques indiquent, par exemple, que l’espérance de vie d’un homme âgé de 30 ans et diplômé de l’enseignement supérieur est, en moyenne, supérieure de six ans à celle d’un homme du même âge qui ne serait pas diplômé du deuxième cycle de l’enseignement secondaire. Cet écart est de 4 ans et demi chez la femme.
Or le pourcentage d’adultes qui n’ont pas pû terminer avec succès l’ensemble du cycle de l’enseignement secondaire en Belgique s’élève à 21,3 %. Un pourcentage d’autant plus préoccupant que les études influencent l’accès aux ressources, pèsent sur l’insertion professionnelle et sur la santé. Permettre à chacun, chacune de poursuivre les études et les formations qu’il ou elle souhaite et d’aboutir au diplôme visé participe à la santé des individus.
Mesures prises.
La politique d’enseignement relève de la Fédération Wallonie Bruxelles. Au pilotage depuis 2024, un gouvernement dit Azur, une coalition MR-Engagés, tout comme à la Région wallonne. Plusieurs réformes sont lancées par ce gouvernement. Par souci de concision, nous ne reprenons pas ici celles qui concernent le corps enseignant en tant que tel (par exemple: l’augmentation de la charge horaire dans le secondaire supérieur sans compensation salariale, avec des conséquences délétères en cascade sur la diminution du volume d’emploi notamment). Un certain nombre de mesures atteignent encore plus directement les enfants et les jeunes, ainsi que leurs familles. Parmi celles-ci :
- Le tronc commun dans l’enseignement secondaire est revu, via notamment la réintroduction d’options en troisième secondaire. Or, « les systèmes les moins inégalitaires et les plus efficaces témoignent d’une orientation tardive des élèves », comme l’explique le mouvement socio-pédagogique Changements pour l’égalité (CGé).
- Les moyens pour la gratuité des fournitures scolaires sont réduits.
- La gratuité des repas dans des écoles avec un indice socio-économique faible va être revue, avec la suppression du budget qui offrait des repas chauds à 55.000 enfants scolarisés. Ces écoles devront puiser dans leur budget complémentaire prévu pour l’achat de matériel spécifique ou l’engagement de logopèdes, par exemple, budget quant à lui réduit de moitié.
- Le minerval à taux plein pour l’enseignement supérieur est relevé à 1.194 euros. Quatre paliers sont introduits : boursier, modeste, intermédiaire et prix plein. Ce dernier palier concerne 58 % des étudiants.
- Le relèvement du seuil de réussite de 50 à 60 % des épreuves du CEB (certificat de fin de primaire) et CE1D (certificat du premier degré). Mesure que certains jugent surtout préjudiciable aux élèves de milieux défavorisés qui ne disposent pas des capitaux culturels et économiques nécessaires.
- L’enseignement qualifiant qui concerne principalement des jeunes issus de milieux socio-économiquement défavorisés, est réformé : réduction budgétaire de 3 % de l’encadrement dans l’enseignement qualifiant ; fermeture de certaines options ; interdiction d’accès en 7e technique/professionnelle pour les élèves détenant le CESS (certificat de l’enseignement secondaire supérieur), réorientés vers l’enseignement pour adulte ou l’enseignement en alternance ; fermeture de l’accès en 3e secondaire pour les élèves majeurs en décrochage depuis un an.
- La gratuité de l’inscription des moins de 12 ans en académies de musique, de danse ou d’arts plastiques est supprimée. L’inscription s’élèvera à 95 euros pour l’année. Certaines exemptions sont prévues pour les familles les plus précaires.
- La réglementation des allocations familiales évolue. À partir de juillet 2026, les jeunes de 21 à 25 ans auront droit à des allocations familiales pendant maximum 12 mois s’ils ne sont ni étudiants, ni en formation d’insertion socioprofessionnelle reconnue. Les jeunes adultes de 18 à 21 ans en situation de handicap qui percevront une allocation de remplacement de revenu (ARR) et/ou une allocation d’intégration (AI) ne pourront plus bénéficier du supplément spécifique d’allocations familiales. Par contre, les parents solos dont l’enfant est né après 2020 voient augmenter le plafond de revenus pour bénéficier d’un supplément (lui aussi augmenté).
Points d’attention.
Une réduction des détachements pédagogiques est prévue par le gouvernement de la Fédération Wallonie Bruxelles. Est évoquée une suppression de 279 postes. Les détachements d’enseignantes et d’enseignants au sein des organisations de jeunesse et du secteur associatif semblent visés. Une mesure qui fragilisera les projets éducatifs menés par les ASBL concernées.
Logement : propriétaires surtout
Déterminant
Le logement est un droit fondamental. Parmi tous les déterminants non médicaux de la santé, il est probablement celui qui conditionne le plus d’aspects de la vie.
Le mal-logement, le trop cher logement et le non-logement, comme les qualifie le Réseau wallon de lutte contre la pauvreté (RWLP) ont des conséquences directes sur la santé des personnes, dans toutes ses dimensions : physique, mentale, sociale. Sans compter que le logement et les questions énergétiques qui y sont liées sont un élément clé dans la crise climatique.
Or, le droit au logement – à une habitation saine et payable – est mis à mal pour un nombre croissant de personnes. Près de 50.000 ménages wallons sont sur liste d’attente pour un logement social, plus de 60.000 ménages bruxellois.
Citons encore trois chiffres parmi d’autres en lien avec la santé : près de 17 % de celles et ceux qui ont un logement font face à des problèmes d’humidité. Un Belge sur quatre se dit souvent déprimé à cause de son logement. Les personnes sans-abris meurent en moyenne 33 ans plus tôt que la population générale…
Points d’attention. Le logement est une compétence régionale, les gouvernements et les mesures diffèrent entre la Wallonie et Bruxelles. En Wallonie, le duo MR/Engagés est à la manœuvre, dans une formation dite « Azur ». En Région bruxelloise, le gouvernement est qualifié par la presse de « coalition arc-en-ciel atypique » : elle est composée de sept partis (MR, PS, Les Engagés, Groen, Anders, Vooruit et CD&V). Les associations qui défendent le droit au logement réclament partout des mesures similaires : un plus grand nombre de logements sociaux de qualité, la fin des expulsions, la baisse des loyers (via un encadrement par l’État) et des mesures structurelles pour en finir avec le « sans-chez-soirisme » (terminologie incluant les personnes à la rue, mais aussi celles qui n’ont pas de « chez elles » à proprement parler, logent dans un abri de fortune, dans un hébergement temporaire).
Coup d’œil sur quelques mesures prises récemment
- Accès à la propriété en Wallonie. Une importante réforme fiscale a été entérinée dès l’entame de la législature : le taux des droits d’enregistrement pour l’achat d’une habitation propre et unique a été réduit de 12,5 à 3 %. Plusieurs critiques dénoncent l’augmentation du prix du marché immobilier consécutive à cette mesure, ainsi que la suppression concomitante de mesures qui bénéficiaient davantage aux propriétaires modestes, comme les « chèques habitat » (avantage fiscal sur 20 ans).
- L’attribution et le maintien en logement social (logement à loyer modéré) font l’objet de discussions en Région wallonne. Parmi les projets, on trouve une liaison entre l’obligation de suivre une formation ou de rechercher un emploi et le maintien dans l’habitation ou la réorientation vers le marché privé. À ce stade, les critères d’attribution des logements sociaux ont été légèrement modifiés, avec une priorité plus importante pour les personnes en situation de handicap, les victimes de violences intrafamiliales et dans le cadre de projets Housing First qui visent des publics sans-chez-soi. La demande est forte et l’offre insuffisante. Une forme de « concurrence » s’installe de facto entre les profils des candidats.
- Le gouvernement wallon introduit le principe de « loyer chaud » pour les logements publics. C’est-à-dire un loyer qui tient compte non seulement du revenu du ménage, mais aussi de la qualité énergétique du logement. À l’heure actuelle, deux tiers des locataires du parc public paient un loyer plafonné à 20 % de leurs revenus, quel que soit le niveau de performance énergétique de leur logement. À partir du 2027, le plafond du loyer s’adaptera à la performance énergétique du bâtiment (PEB), soit pour un PEB A : 26 %, et ainsi de manière dégressive, jusqu’au PEB G : 20 %. Remarquons que cette mesure n’apporte aucune aide immédiate aux ménages les moins bien logés (PEB G) et se traduit par une augmentation du loyer pour tous les autres locataires, y compris ceux qui continueront à vivre dans des habitats aux performances énergétiques insuffisantes, voire insalubres.
- Fin du financement par le Fédéral du plan grand froid. Chaque hiver, le plan grand froid permet de déployer des centaines de lits supplémentaires pour les sans-abris dans cinq grandes villes du pays. Jusqu’ici financé en partie par le Fédéral, ce dispositif reposera désormais uniquement sur les Régions et les Communes. Au rang des inquiétudes pour la lutte contre le sans-abrisme : la réduction des moyens des Relais sociaux ou d’associations de terrain accueillant des personnes sans abri. Au rang des signaux positifs : l’adoption d’une stratégie wallonne de sortie du sans-abrisme à l’horizon 2030.
- En Région bruxelloise, une réduction du précompte immobilier est accordée aux propriétaires qui occupent leur logement (prime be-home). Le gouvernement a décidé de la doubler, passant de 164 à 328 euros, à partir de l’exercice d’imposition 2027.
- Le gouvernement bruxellois a mis en place une allocation d’accompagnement au relogement (ADAR) : une aide financière divisée en deux volets pour alléger le coût du déménagement et sécuriser le budget mensuel des ménages les plus vulnérables. Mais parallèlement, il a décidé de revendre une partie de son patrimoine de logements sociaux. Dans un contexte où près de 60.000 ménages attendent un logement social à Bruxelles, les acteurs associatifs dénoncent l’abandon d’instruments essentiels à la lutte contre la pauvreté.
Environnement : manque de concret
Déterminant
Chaque année, plus de 12 millions de décès dans le monde sont attribués à des facteurs environnementaux évitables, soulignant l’impact crucial de l’environnement sur notre santé. Notre santé est en effet directement affectée par notre environnement (pollution, substances chimiques, changement climatique…) ; tandis que notre système de soins de santé contribue lui aussi à la pollution (plastique, substances chimiques, CO2 …).
Parmi les différents défis sanitaires auxquels nous serons de plus en plus confrontés dans les années à venir, les conséquences de la pollution de l’environnement et la résistance aux antibiotiques sont au premier plan.
À ces menaces s’ajoutent les conséquences sur la santé des changements climatiques et de l’effondrement de la biodiversité.
Points d’attention
Vu les nombreux domaines de compétences concernés par l’environnement : espaces verts, bruit, qualité de l’air, pollutions chimiques, gestion des déchets, mobilité, énergie, biodiversité, alimentation, changements climatiques, etc, la politique en matières environnementales est répartie entre les Régions et le Fédéral. Voire au-delà : elle touche souvent au niveau européen ou international, en particulier pour les aspects climatiques. Ainsi, la politique climatique belge vise principalement à atteindre les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre qui découlent des engagements internationaux de la Belgique.
- Le gouvernement fédéral confirme les engagements pris dans le cadre du Traité de Paris, qui vise à limiter le réchauffement global de la Planète, de l’accord de Montréal sur la biodiversité, du Pacte vert pour l’Europe et des objectifs européens en matière de climat et d’énergie que la Belgique a approuvés. Ainsi, le gouvernement s’inscrit dans la volonté de la Commission européenne de réduire de 90 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2040. À cette fin, le Plan national en matière d’énergie et de climat doit permettre une réduction de ses émissions de gaz à effet de serre de 47 % en 2030 par rapport à 2005 dans les secteurs non industriels (transport, logement, agriculture, déchets, commerces…). Mais la Coalition Climat – composée d’une centaine d’associations, ONG, mutualités et syndicats – dénonce le fait qu’aucune véritable feuille de route ne concrétise ces engagements.
En discussion
En matière énergétique, le gouvernement Arizona avance la perspective d’une prolongation des capacités nucléaires existantes, d’investissements supplémentaires dans ce domaine. Le transfert des coûts liés à la vétusté des réacteurs d’Engie vers l’État est également sur le tapis.
En Wallonie, les projets de transformation du Département de la Nature et des Forêts ainsi que la réduction importante des subventions publiques wallonnes à la fédération d’associations environnementales, Canopea, marquent l’actualité politique. Le terrain bruxellois n’est pas exempt de tensions.
Mesures prises
Parmi les économies décidées par l’Arizona, celle qui vise l’aide au développement fait peu de bruit. Elle est pourtant très conséquente.
- En 2025, l’aide publique au développement de la Belgique a chuté de 21 % et une réduction de 25 % du budget de la coopération non gouvernementale est en outre prévue dès 2027. Nous l’intégrons dans le chapitre « environnement », parce que ces coupes budgétaires dans l’aide au développement parmi d’autres conséquences touchent à l’environnement.
Le CNCD 11-11-11, coupole de plus de septante ONG belges, rappelle avec force que : « dans un monde aussi interconnecté que le nôtre, seule la solidarité internationale peut répondre à des problèmes qui, par nature, ignorent les frontières. » Et de citer les émissions de gaz à effet de serre, la propagation d’épidémies, les questions énergétiques.
Il est important de relever que les pays du Sud paient actuellement le prix fort des bouleversements écologiques et climatiques alors qu’ils ont une responsabilité historique bien moindre dans ces désastres. Compte tenu des rapports d’exploitation coloniaux d’hier et d’aujourd’hui, les pays du Nord devraient admettre la dette écologique qu’ils ont à leur égard et procéder à des réparations concrètes, notamment sous forme financière.
Mobilité : aux frais des usagers
Déterminant
L’impact des modes de transport sur la qualité de l’air, et donc sur la santé, est non négligeable. Mais la mobilité est également liée à la santé de manière plus basique : se mouvoir participe à l’activité physique, est vecteur d’autonomie et d’émancipation. La mobilité permet également l’accès aux services (sociaux et de santé), aux offres (alimentaires, de loisirs) et aux contacts sociaux. Les temps de déplacement plus ou moins longs, la manière de vivre les trajets (s’ils sont engorgés ou au contraire fluides), les restrictions et les entraves peuvent aussi jouer sur la qualité de vie des personnes. L’accessibilité pour tous et toutes est un enjeu majeur de santé publique.
Au carrefour des compétences fédérales, régionales et communales, les modes de transports relèvent d’une diversité d’acteurs. Coup d’œil sur quelques décisions récentes qui impactent les usagers des transports en commun, de la voiture, des trottinettes en libre-service.
- En ce qui concerne les transports en commun, le rail relève du Fédéral, les bus, tram, métro des gouvernements régionaux. Le gouvernement Arizona s’inscrit dans la continuité de la libéralisation du secteur ferroviaire amorcée dans les années 1980. Il a donné son feu vert pour cette libéralisation à partir de 2033, en phase avec le contexte européen qui prévoit l’ouverture à la concurrence avec le privé à cette période.
- Notons que plusieurs hausses tarifaires ont été décidées à la SNCB, le Tec (Wallonie) et la Stib (Bruxelles). Un nouveau modèle tarifaire est entré en vigueur en octobre 2025, à la SNCB. Présenté comme avantageux pour la majorité des navetteurs, il rend l’analyse impossible et dépendante de chaque cas particulier (statut, distance parcourue, jour de voyage, heure …).
Les associations de défense des navetteurs regrettent en tout cas la disparition des billets Multi et Senior, ainsi que le tarif « famille nombreuse ». Pour le réseau TEC wallon, depuis février 2026, un système de billet unique est entré en vigueur qui se traduit par une augmentation importante des billets unitaires, multiples et des abonnements pour les usagers du TEC des zones urbaines. - Les Régions wallonne, bruxelloise et flamande vont mettre en place une vignette routière numérique, au printemps 2027. Les tarifs dépendront de la durée choisie et de la performance énergétique du véhicule.
- En Wallonie, le niveau de taxation pour les voitures 100% électriques a été diminué. Une réduction de la taxe de mise en circulation lors de l’immatriculation d’un véhicule est automatisée pour toute personne reconnue comme famille monoparentale en Wallonie.
- Bruxelles supprime l’obligation de se former aux premiers secours pour obtenir le permis de conduire. Elle était la seule Région en Belgique à l’imposer.Le gouvernement bruxellois interdit les trottinettes en libre-service sur son territoire à compter du 1er janvier 2027.
Points d’attention.
De grands chantiers tram/métro concernant les gouvernements wallon et bruxellois ont fait couler beaucoup d’encre. Pensons à l’abandon de l’extension du tram à Liège vers Herstal et Seraing ou à la suspension du chantier de construction du tronçon nord du métro 3 à Bruxelles. Affaires à suivre.
Migration : répression et punition
Déterminant
Les violences sur le parcours migratoire, l’exclusion sociale, l’incertitude et l’insécurité sur le présent et l’avenir ont des conséquences directes sur la santé, physique et certainement mentale des personnes migrantes, estime notamment Médecins du monde. De plus, les difficultés administratives, linguistiques et culturelles, couplées aux politiques qui restreignent l’accès à certains services de santé en fonction du statut administratif des personnes, augmentent les risques pour leur santé.
Mesures prises
Le gouvernement fédéral s’inscrit totalement dans la tendance au durcissement de la politique européenne en matière de migration. Le règlement « retour » voté en mars 2026 au Parlement européen témoigne de la logique coercitive à l’œuvre en Europe. Ce texte comprend de nombreuses mesures qui mettent à mal les droits des personnes dites en situation irrégulière. Citons par exemple la systématisation de l’enfermement en dehors de l’Union dans des « hubs retour », l’allongement de la durée de détention à 24 mois.
Plusieurs mesures prises par le gouvernement Arizona vont dans ce même sens.
- La loi « accueil » est modifiée pour permettre à la Belgique de refuser l’accueil des personnes qui ont déjà obtenu une décision (de refus ou d’octroi) dans un autre État membre de l’Union européenne.
Les mineures ou mineurs non accompagnés (Mena) qui introduisent une demande d’asile en leur nom propre après un refus de la demande d’asile de leur parent sont également exclus du droit à l’accueil. - Le Fédéral a désactivé 266 places d’accueil pour demandeurs d’asile financées jusque-là dans le cadre d’un accord avec la Région bruxelloise. Début juillet, il annonçait la suppression de 300 places d’accueil à Bruxelles ; et moins de quinze jours plus tard, de 700 places de plus, portant le total à 1.000 places rayées du dispositif, avec des fermetures attendues juste avant le début de l’hiver. Ceci, alors même que le système est complètement sous l’eau, avec seulement 54 familles hébergées sur les 299 qui en ont fait la demande en juillet 2026.
- Les mesures encadrant le regroupement familial sont durcies. Concrètement, il s’agit d’une augmentation du seuil de revenus exigé pour pouvoir faire venir sa famille, d’une diminution du délai durant lequel les personnes réfugiées peuvent bénéficier d’une procédure administrative simplifiée et, surtout, d’une différence de traitement entre les personnes réfugiées et les bénéficiaires de la protection subsidiaire (c’est-à-dire les personnes qui ne remplissent pas les conditions pour être reconnues comme réfugiées mais qui risqueraient de subir des atteintes graves en cas de retour dans leur pays). Ces dernières se voient supprimer l’accès à la procédure simplifiée et imposer un délai de deux ans avant de pouvoir faire venir leur famille.
- Le financement fédéral accordé aux administrations communales disposant d’Initiatives locales d’accueil (ILA) est supprimé.
- Les droits d’enregistrement à payer pour une déclaration de nationalité belge sont augmentés de manière conséquente. Ils passent de 150 à 1.000 euros.
En projet
Le gouvernement fédéral continue d’avancer sur certains projets touchant les personnes migrantes. Citons-en deux qui donnent le ton des intentions.
Il est question de lier le montant du revenu d’intégration sociale (octroyé par les CPAS) aux « efforts » d’intégration.
Par ailleurs, un projet de loi connu sous le nom de « visites domiciliaires » entend permettre aux autorités de pénétrer, dès 5 heures du matin, dans un domicile pour y arrêter et expulser des personnes sans papiers qui « refusent de coopérer à leur retour et qui représentent un danger pour l’ordre public ».
Ceci, alors même que la notion large de trouble à l’ordre public ne permet pas de prévoir qui exactement sera visé et qu’il existe déjà des procédures pénales encadrées permettant de pénétrer dans le domicile de personnes représentant un danger pour elles-mêmes ou pour autrui. Une forte mobilisation de la société civile belge s’oppose à cette politique.
Point d’attention
Les obligations internationales et de très nombreuses condamnations de l’État belge par la justice (plus de 16.000) en matière d’accueil ne semblent pas avoir d’impact sur les politiques menées. En témoignent notamment les instructions explicites données à Fedasil par la Ministre de l’Asile et de la Migration pour ignorer les décisions de justice qui annulent le refus d’accueil de familles avec enfants. Les associations actives aux côtés des populations migrantes estiment que « L’État belge ébranle ainsi de plus en plus l’État de droit ».
Des inquiétudes avancées en âge
Déterminant
« La plus grande partie du fardeau de la maladie est supportée par les personnes âgées de 65 ans et plus », estime l’institut de santé publique, Sciensano. Mais toutes ces personnes n’ont pas les mêmes moyens d’y faire face, précise-t-il. Les inégalités sont importantes. Les statistiques concernant l’espérance de vie en bonne santé montrent un « gradient socio-économique positif » (elle augmente notamment avec le niveau de revenu et le niveau d’éducation).
Par ailleurs, d’un point de vue démographique, remarquons avec Statbel que « la Belgique vieillit ». Selon les données de l’Office belge de statistiques, un habitant sur cinq a 65 ans ou plus. D’aucuns parlent de « révolution grise ». Dans ce contexte, le bien vieillir des seniors – comme un art de préserver non seulement la santé physique, mais aussi la santé mentale et sociale au fil des ans – préoccupe. Il engendre une série de questionnements : comment lutter contre l’isolement d’un nombre croissant de personnes âgées ? Comment repousser la perte d’autonomie, en particulier dans notre monde moderne où l’indépendance apparaît comme un principe cardinal ?
Mesures prises et d’autres annoncées dans un avenir proche.
Le gros du morceau qui affectera les personnes âgées concerne celles et ceux qui prendront leur retraite prochainement. Un sujet très sensible. Pour rappel, avec la réforme importante de 2015, il a été décidé de reculer progressivement l’âge légal de la pension : à partir de 2030, ce sera 67 ans.
Aujourd’hui, une nouvelle réforme des pensions est au bout du viseur, l’application est prévue pour 2027.
- Le gouvernement fédéral réforme les pensions du secteur privé avec une entrée en vigueur en janvier 2027. En bref, les conditions pour bénéficier d’une pension anticipée sont rendues plus strictes (une année de carrière pour être complète doit compter un plus grand nombre de jours de travail) ; une carrière insuffisante au moment du départ à la pension anticipée entraîne une réduction de la pension (système de malus); les périodes de maladie, service militaire, congés pour soins (congé de maternité et congé de naissance, congés thématiques et crédit temps avec motif de soins) et chômage temporaire sont considérées comme des périodes travaillées pour l’accès à la pension (cette mesure absente de l’accord de gouvernement a probablement été intégrée à la suite des pressions syndicales et des mobilisations) ; le chômage et les régimes de fin de carrière donnent lieu à une pension moins élevée ; un bonus pension est prévu pour les personnes qui travailleraient au-delà de l’âge légal.
- Quant au secteur public, il voit le calcul de la pension des fonctionnaires modifié. À partir de janvier 2027 et de manière progressive jusqu’en 2062, elle sera calculée non plus sur les dix dernières années, mais sur l’ensemble de la carrière. La pension pour inaptitude physique est supprimée. Et les régimes spécifiques de départ à la pension qui concernent les militaires et les conducteurs/conductrices de train font l’objet d’un relèvement progressif de l’âge de départ à la retraite.
- Le numéro d’appel 1765 spécial pensions est remplacé par un numéro fixe. Fini la gratuité donc, pour contacter les institutions de pensions, poser les questions et obtenir de l’aide en la matière.
Le système est jugé trop coûteux pour l’État. - Depuis juillet 2025, les pensions les plus élevées (> 5.250 euros) ont vu leur indexation limitée; et comme l’ensemble des allocations sociales, une indexation à 2 % est prévue pour les pensions jusqu’au plafond de 2.000 euros, en juillet 2026 et en janvier 2028.
- Depuis le 1er juin 2026, l’accès à l’Allocation pour l’aide aux personnes âgées (APA) est revu. Il faut avoir atteint l’âge légal de la pension (au lieu de 65 ans auparavant) pour pouvoir introduire une demande. L’APA est destinée aux personnes qui rencontrent des difficultés dans les actes de la vie quotidienne en raison d’une perte d’autonomie.
- La GRAPA (Garantie de revenus aux personnes âgées) destinée à garantir un revenu minimum aux personnes âgées de 65 ans ou plus évolue avec l’âge légal de la pension : 66 ans aujourd’hui, 67 ans à partir de 2030. Le gouvernement fédéral projette de durcir les règles sur les conditions de résidence et de séjour en Belgique avec l’obligation d’avoir résidé en Belgique pendant 5 ans consécutifs pour ouvrir ce droit.
Points d’attention
Outre le dossier névralgique « pension » qui affectera le futur des aînés, sont en discussion d’autres mesures qui touchent au quotidien des personnes en perte d’autonomie du fait de l’avancée en âge. Citons par exemple :
- l’intensification de la numérisation des services administratifs qui augmente les difficultés d’accès aux droits notamment pour les séniors – mais pas seulement. De nombreux acteurs associatifs se mobilisent et insistent sur la nécessité de garantir des alternatives au digital avec des guichets humains, un accès téléphonique et un accès par voie postale. Ces trois formes sont à cumuler pour garantir l’accessibilité à une majorité de profils.;
- les économies attendues dans le secteur de l’hébergement en maison de repos, maison de repos et de soins (MR/MRS). Le Gang des vieux en colère alerte sur la réduction du nombre de lits à ouvrir. En 2027 et 2028, à la demande du gouvernement wallon, 13 millions devraient être ponctionnés sur le budget des MR-MRS au niveau de l’Aviq (Agence pour une vie de qualité, administration en charge des matières Bien-être et Santé, Handicap et Famille). Notons que les autres secteurs de l’Aviq sont également amenés à des coupes budgétaires importantes (voir « services de santé », pages 42-43);
- et d’autres part, les projets de renforcer l’aide et les soins à domicile qui semblent se profiler (autour de 2027 pour le Région wallonne) afin de permettre aux aînés de rester à domicile.
Alimentation : double jeu politique ?
Déterminant
La qualité de l’alimentation est reconnue largement comme un facteur important pour la santé. Une alimentation qualifiée de saine contribue notamment à la prévention des maladies non transmissibles, comme le diabète, le cancer, les maladies cardio-vasculaires et les accidents vasculaires cérébraux. Mais au-delà du physiologique, avoir accès à une alimentation de qualité touche à des dimensions bien plus larges qui influent sur la santé globale des individus. Elles sont économiques, sociales, environnementales, solidaires et symboliques. Une recherche participative menée récemment par des acteurs du circuit court et de la lutte contre la pauvreté fait état de ce « pouvoir des vivres ». Particulièrement aigu pour les personnes en situation de pauvreté. En effet, le statut socio-économique des personnes conditionne la possibilité de respecter les recommandations en matière d’alimentation.
Mesures prises
En Belgique, quelques 600.000 personnes doivent recourir à l’aide alimentaire (+ 30 % depuis la période pré-Covid). Le droit à l’alimentation – qui plus est saine, de qualité et librement choisie – n’est pas garanti pour un nombre croissant de personnes. De plus, la sécheresse survenue ces derniers mois risque d’accroître la tension sur le pouvoir d’achat de la population.
- Sur le plan budgétaire, le gouvernement fédéral a décidé des réductions d’accises sur des produits de base, comme le café ou le thé. Néanmoins, cette mesure est critiquée pour son inefficacité en termes de soutien au pouvoir d’achat, l’économie pour le consommateur étant négligeable face à l’inflation persistante sur l’alimentation en général.
- Le relèvement du taux de TVA de 6 % à 12 % pour les livraisons de certaines catégories de plats à emporter et de denrées alimentaires consommables sans préparation complémentaire avait également été décidé. La mesure finalement abandonnée a fait l’objet de nombreux démêlés, notamment pour comprendre exactement les catégories concernées.
- Ce qui a fait grand bruit et a des conséquences dramatiques, c’est la diminution de subsides à l’aide alimentaire. Le gouvernement Arizona a réduit les financements consacrés à l’achat de produits essentiels (de 27 millions d’euros en 2025, le budget passe à 15 millions en 2026). Et même si le gouvernement indique avoir assoupli les règles de TVA pour les dons d’excédents alimentaires, la situation est très critique et vient fragiliser davantage encore le droit à l’alimentation pour toutes et tous.
- Face aux crises agricoles répétées et aux ruptures potentielles des chaînes logistiques, l’Union européenne a assoupli les règles, notamment avec la suspension de l’obligation de jachères (laisser les terres au repos pour permettre la régénération des nutriments et la survie des pollinisateurs). Cette mesure permet de cultiver plus de surfaces immédiatement pour répondre à des impératifs de rentabilité ; elle risque de compromettre la fertilité des sols à l’avenir ainsi que la biodiversité nécessaire à une agriculture durable.
- En matière de commerce alimentaire, le traité Mercosur entre l’Union européenne et les pays d’Amérique du Sud a fait l’objet d’une abstention de la Belgique lors du vote au Conseil de l’Europe en décembre 2025. La raison ? Une absence de consensus entre les entités belges. Néanmoins, le Traité a reçu le feu vert provisoire du Conseil.
- En juillet 2026, le gouvernement wallon annonce qu’il mobilise une enveloppe globale de 4 millions d’euros sur la période 2026-2027 en faveur de la restauration collective. « Cette enveloppe se répartit comme suit : 1,57 million d’euros pour renforcer et pérenniser le Green Deal Cantines durables et 2,43 millions d’euros pour soutenir les dispositifs du « coup de pouce » », indiquent les ministres de la Santé et de l’Agriculture. Il s’agit là en fait d’une prolongation d’une politique existante. Mais, dans le même temps, les cantines scolaires pâtissent d’une réduction budgétaire drastique de la Fédération Wallonie Bruxelles (cfr chapitre « éducation »). Un étrange double jeu des autorités.
- Le gouvernement wallon a également lancé un appel à projets destiné à « structurer durablement la transition vers un système alimentaire sain et durable », pour dix « projets alimentaires territoriaux » (PAT), répartis en Wallonie.
- Depuis le 31 mai 2026 est supprimé le dispositif de soutien des caisses de solidarités (collaborations entre points de vente en circuit court et organisations d’aide alimentaire ou d’accueil) qui, via la cellule Manger demain, doublait les dons des particuliers.
- Le renouvellement de la convention liant la Région wallonne à l’ASBL Agricall a été annoncé. L’association accompagne les agriculteurs et agricultrices wallonnes face aux difficultés économiques, sociales ou psychologiques liées à la gestion de leur ferme.
En discussion
Divers acteurs s’étaient réjouis en février 2026, avec une résolution approuvée au Parlement bruxellois en faveur du droit à l’alimentation et de la Sécurité sociale de l’alimentation (SSA). La résolution prévoit la facilitation d’accès à des financements régionaux pour des initiatives de SSA, l’appel au gouvernement fédéral pour une étude de faisabilité au niveau national, et un appel à ouvrir des politiques ambitieuses tant nationales qu’européennes. Affaire à suivre, maintenant que l’exécutif est mis en place.
Culture : en mode survie
Déterminant
La participation culturelle est reconnue comme un déterminant psycho-social de la santé. Elle renforce le lien social, soutient la santé mentale, favorise le sentiment d’appartenance et l’émancipation des individus. Divers rapports de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) établissent que les activités culturelles contribuent à la prévention de troubles de santé mentale et au maintien du bien-être. On parle ainsi de facteur protecteur, c’est-à-dire un élément qui réduit la probabilité d’apparition de problèmes de santé ou en atténue les effets. Et ceci, sans compter l’impact de la culture sur la santé globale d’une société, sur sa vitalité démocratique et sur le déploiement d’imaginaires utiles à la construction de futurs désirables.
Mesures prises
Le gouvernement de la Fédération Wallonie Bruxelles qui a notamment en charge la culture sur ce territoire ( un domaine qui inclut explicitement le secteur de l’éducation permanente 1) a décidé :
- une non-indexation des subventions structurelles allouées aux acteurs culturels de manière indifférenciée, leurs budgets ne suivant plus l’inflation. Avec une promesse, celle de se limiter à 2026. Affaire à suivre ;
- un moratoire sur les nouvelles demandes de reconnaissance, comme centre culturel, bibliothèque, association d’éducation permanente, centre d’expression et créativité, et sur leurs évolutions jusqu’en 2029 ;
- la suppression, fin 2026, des reconnaissances accordées à certaines organisations de jeunesse, d’éducation permanente ou centres d’archives jugées trop proches de partis politiques (un recours à la Cour constitutionnelle est en cours) ;
- l’arrêt du contrat programme de la Médiathèque nouvelle (anciennement PointCulture) et la fermeture de l’institution après 70 ans d’existence, laissant dans l’incertitude l’immense patrimoine expérientiel et immatériel qu’elle représente.
La fragilisation du financement des structures culturelles est renforcée pour certaines d’entre elles par une mesure du gouvernement fédéral relative aux dons, les rendant moins attractifs. En effet, le taux de déductibilité fiscale des dons (à partir de 40 euros) passe de 45 % à 30 %. Cette mesure, décidée en décembre 2025 dans le cadre de la loi-programme fédérale, s’applique rétroactivement au 1er janvier 2025.
Au niveau fédéral, la suppression, à partir de 2026, de la subvention PAS (pour la participation et l’activation sociale) octroyée aux CPAS, a des effets en cascade, notamment sur le mécanisme qui permet à des personnes en situation de précarité d’obtenir des tickets à prix réduit pour des spectacles (via l’ASBL Article 27).
Point d’attention.
L’emploi est également au centre des préoccupations et des mobilisations des travailleuses et travailleurs des arts. Alors qu’une révision du statut d’artiste avait été annoncée dans un premier temps par le Ministre fédéral de l’Emploi, ce dernier a indiqué sous la pression de la rue qu’il n’y toucherait finalement pas. L’exclusion des artistes du champ de la réforme chômage semble acquise. C’est la pension des intermittentes et intermittents qui fait aujourd’hui l’objet d’inquiétudes, ainsi que la remise en cause des dispositifs d’aide à l’emploi, « levier structurant de soutien à l’emploi non marchand », estime le secteur socioculturel. À ce propos, au niveau bruxellois, l’accord du gouvernement préserve pour 2026 plusieurs dispositifs, dont l’indexation de la prime ACS. Le secteur, tout en appelant à maintenir de la vigilance, y voit le résultat encourageant à sa forte mobilisation. Par contre, la réforme du dispositif APE (aide à l’emploi en Région wallonne), dont l’entrée en vigueur est prévue au 1er janvier 2027, constitue aujourd’hui une source majeure d’inquiétude pour de nombreuses associations.
GENRE au carrefour des discriminations
Déterminant
« Les inégalités entre les femmes et les hommes dans l’accès aux soins et dans la prise en charge médicale constituent un enjeu majeur des politiques publiques, pourtant longtemps ignoré, rappellent des spécialistes de la santé publique de l’UCL. Les différences de santé liées au sexe biologique n’expliquent pas à elles seules ces inégalités. L’influence du genre – qui réfère à la construction sociale des identités et des rapports sociaux entre les sexes – intervient également dans la création de ces inégalités. »
En effet, les rapports de genre peuvent avoir des conséquences déterminantes sur la façon de soigner et de se faire soigner. Tandis que les inégalités de genre en termes d’éducation, de revenu, d’emploi, etc. – accentuent leurs effets délétères sur la santé des femmes en particulier, à l’intersection de plusieurs discriminations.
Alors que, statistiquement, elles vivent dans des conditions plus précaires que les hommes, les femmes sont les plus impactées par toute une série de mesures socio-économiques prises récemment. Syndicats, associations féministes et autres acteurs, comme le Conseil de l’égalité des chances entre hommes et femmes, dénoncent un recul important pour les droits des femmes et l’égalité des genres. Prenons quelques exemples :
- Pensions. Aujourd’hui, l’écart des pensions entre hommes et femmes est de 21 % selon les données du Service public fédéral Pensions. La réforme adoptée par le gouvernement Arizona ce 31 mai qui redéfinit une année de carrière de 104 à 156 jours prestés et met en place un malus pour les personnes n’ayant pas 35 ans de carrière, touchera tout le monde, mais « bien davantage les plus vulnérables des femmes qui exercent une activité professionnelle. Tous les experts, toutes les institutions appelées à se prononcer l’ont constaté, indique le Conseil de l’égalité des chances, les femmes qui ont des carrières courtes, discontinues, occupées à temps partiel pour diverses raisons, dont familiales, vont être frappées comme jamais auparavant. »
- Incapacité de travail. Les problèmes de pénibilité physique et psychosociale sont mal, voire très peu reconnus dans les secteurs où les femmes sont davantage présentes, expliquent le syndicat CSC. Aujourd’hui, les femmes représentent 60 % des malades de longue durée. Elles seront davantage affectées par les mesures touchant les malades de longue durée (obligations administratives et contrôles renforcés sous peine de suppression de tout ou partie de l’indemnité de maladie).
- Emploi. Aujourd’hui, les femmes assument en moyenne 9h30 par semaine en plus que les hommes pour des tâches domestiques et familiales, estime le syndicat CSC. C’est le premier facteur qui explique que les femmes travaillent à temps partiels. Or, les mesures visant la flexibilisation des conditions de travail risquent de pénaliser plus fortement ces travailleuses.
Par ailleurs, les femmes représentent deux tiers des travailleuses des services publics et collectifs (hôpitaux, CPAS, Maisons de repos, aides sociales, crèches, …). Un travail essentiel, mais souvent mal reconnu et soumis aux mesures d’austérité budgétaire. - Chômage. Les aidantes proches (76 % de femmes) n’ont pas été prises en compte dans la limitation des allocations de chômage dans le temps par le gouvernement Arizona. Leur situation fera peut-être l’objet d’un « rattrapage » à l’initiative de parlementaires. Le débat est en cours.
Mais plus généralement, 84.522 femmes sont ou seront prochainement exclues du chômage, à la suite des mesures fédérales. « 52 % des chômeuses ont le statut de cohabitante et n’auront pas droit au CPAS », du fait de la globalisation des revenus du ménage. - Migrations. En restreignant les droits des personnes migrantes et leur accès à une protection sociale même minimale, le Gouvernement fédéral aggrave aussi la précarisation des femmes migrantes, les exposant plus encore à l’exploitation et à l’invisibilisation dont elles sont déjà victimes.
En outre, du côté plus symbolique d’une prise en compte politique, il est à noter que le secrétariat d’État à l’Égalité des genres n’existe plus en tant que tel dans le gouvernement Arizona et que le gender mainstreaming (c’est-à-dire l’intégration systématique de la dimension du genre dans l’ensemble des politiques publiques) légalement prévu n’est pas vraiment appliqué, du moins jusqu’ici. En effet, le gouvernement wallon et le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles viennent de faire savoir qu’ils entament une « Stratégie sur le genre et les droits des femmes », en vue d’améliorer l’efficacité du gender mainstreaming en Wallonie et en Fédération Wallonie-Bruxelles. Un rapport intermédiaire est prévu pour juin 2027.
À suivre, donc.
Ultra-pression sur les services de santé
Déterminant
Ce facteur d’influence « services de santé » est lié au système de santé lui-même. En effet, l’accès aux soins, autant curatifs que préventifs, constitue un déterminant de santé essentiel. Il se mesure par leur disponibilité, leur aspect abordable pour les patients et les patientes, leur accessibilité géographique, leur qualité… Les obstacles, tels que l’absence de couverture de santé ou ses limites, l’inaccessibilité en transport public, l’inexistence de services de santé à proximité, la pénurie de personnel, voire la sélection parfois induite des bénéficiaires entraînent des disparités dans la prise en charge des personnes malades et dans le développement d’une meilleure santé physique, mentale et sociale pour toutes et tous. Ce déterminant participe de la dimension programmative de l’offre de soins et nécessite une approche systémique.
Tendance générale
Comme le montrent les pages qui précèdent, un grand nombre de décisions prises par les exécutifs au Fédéral, en Wallonie et à Bruxelles impactent et impacteront la santé de la population. Les mesures qui touchent aux services de santé ne vont certainement pas compenser les dommages causés. Mais plus encore, la politique de « faire mieux avec les mêmes moyens » voire avec des réductions budgétaires risque d’aggraver la situation pour la population, en particulier celles et ceux qui sont vulnérabilisés au regard de divers déterminants de santé. Pointons quelques dossiers en cours, sans prétendre à l’exhaustivité.
Mesures prises.
Pour 2026, le gouvernement Arizona a limité la hausse du budget des soins de santé à 2 %. Le Bureau fédéral du Plan estimait à 2,3 % les besoins rien que pour maintenir les soins existants. Un léger écart en pourcentage donc, mais un important manque financier en chiffres absolus : 470,8 millions d’euros, a indiqué le journal de la Mutualité chrétienne En Marche. Avec d’autres mesures d’économie imposées par le gouvernement dans le secteur des soins de santé, le montant total des économies pour 2026 s’élève à 907 millions d’euros. Et ne laisse rien présager de bon pour les trois années qui suivent sous le pilotage de cet exécutif.
401,8 millions d’économies sont également attendues dans le secteur des médicaments. « Si les firmes pharmaceutiques elles-mêmes sont mises à contribution pour plus de la moitié, pharmaciens, médecins et patients devront aussi participer à l’effort. Parmi les mesures prévues : une quote-part de minimum 2 euros sera imposée aux patients pour tout médicament remboursé (1 euro pour les BIM – bénéficiaires de l’intervention majorée) », annonçait l’acteur mutualiste.
Toujours sur le plan budgétaire et plus précisément en Wallonie, d’importantes économies sont réalisées au niveau de l’Aviq (Agence pour une vie de qualité : organisme d’intérêt public en charge des politiques de bien-être et santé, handicap et famille). Par ce biais, certains financements sont réduits ou en voie de l’être. Le projet Impulseo – destinés au soutien des médecins généralistes – en est un exemple. Il est en passe de voir son enveloppe revue à la baisse, afin de participer à l’économie de plusieurs millions d’euros que l’Aviq va réaliser dans le secteur du soin et de l’accompagnement de 1re ligne.
Sur le terrain bruxellois, l’accueil bas-seuil est fragilisé et sous pression, avec notamment les répercussions de la fermeture début 2026, faute de moyens, du centre de médecine générale Athéna, pilier de l’accès aux soins pour les personnes vulnérables. Le secteur de la réduction des risques liés à l’usage de drogues est également mis à mal, par des coupures de subsides pour plusieurs associations du secteur spécialisé en matière de drogues et addictions (telles que Dune, Modus Vivendi, Transit).
À cet égard, les politiques de responsabilisation individuelle s’étendent aux personnes en situation de dépendances : les associations actives dans leur accompagnement tirent la sonnette d’alarme concernant le projet de la Ministre fédérale de l’Intégration sociale d’imposer un traitement de « désintoxication » pour pouvoir bénéficier du revenu d’intégration sociale (RIS).
Du côté du personnel soignant, depuis le 1er juillet 2026, les flexi-jobs sont autorisés dans tous les secteurs des soins publics et privés (y compris les hôpitaux, les maisons de repos). Si certains considèrent cette mesure comme une « aubaine pour pallier le manque d’effectifs », remarquons que cette mesure représente un manque à gagner pour la Sécurité sociale qui finance justement les soins de santé. Des négociations sont en cours au sein de la commission paritaire 330 qui régit les conditions de travail et de rémunération pour les services de santé ; le but : renforcer l’attractivité des métiers du soin.
En voie de concrétisation.
Plusieurs réformes sont en passe de se développer.
Une réforme du financement des hôpitaux qui repose sur deux piliers : une base forfaitaire (liée à la pathologie) et une partie liée à la « performance », ainsi qu’une réforme du paysage hospitalier. La rationalisation est au programme. Le Service public fédéral Santé publique indique déjà que la réforme du paysage hospitalier telle qu’envisagée « aura un impact sur les soins de première ligne, les soins de santé mentale, l’aide médicale urgente ». Pourtant, ces derniers n’ont pas été associés aux travaux qui les concernent. Par ailleurs, la réforme du financement hospitalier inquiète les acteurs de terrain et les syndicats, surtout au sujet des conditions de travail des soignantes et soignants déjà à bout de souffle.
La Wallonie communique également sur la poursuite d’une réforme du système d’accompagnement et de soins (Proxisanté). Sous l’appellation iciSanté, le Ministre de la Santé wallon entend « accompagner le développement des futures organisations locorégionales de santé (OLS) partout en Wallonie ». La volonté est d’agir simultanément sur la santé de la population, l’expérience vécue par les usagers/usagères, le bien-être des professionnels/professionnelles, l’équité dans l’accès aux services, l’efficience du système et sa durabilité environnementale. La réforme est en route, mais des questions demeurent quant au financement. Affaire à suivre.
Un plan interfédéral pour les soins intégrés avait été approuvé sous la législature précédente. Trois concrétisations sont sur le tapis : elles concernent les « soins et accompagnements des femmes enceintes, des enfants et de la famille qui les entoure lors des premiers 1000 jours », les « personnes vulnérables » et l’« obésité chez les enfants et les jeunes ». Les deux dernières citées sont « en développement », tandis que le programme interfédéral périnatal est mis en place via la facturation de prestations spécifiques dans le cadre de l’assurance soins de santé. Il est encore un peu tôt pour se prononcer sur la mesure.
De même, le développement de l’offre de soins psychologiques de 1re ligne s’appuie sur des décisions prises en fin de législature précédente. Une nouvelle convention entrait en vigueur en avril 2024, allant jusqu’en décembre 2026. Dans ce cadre, les jeunes jusqu’à l’âge de 23 ans accomplis bénéficient de la gratuité des soins psychologiques ; le nombre de séances de groupe remboursées est illimité. Reste à voir si le gouvernement fédéral prolongera les mesures.
En mai 2026, le Fédéral a lancé une task force « Prévention et lutte contre les agressions envers les professionnels de la santé », dans le but de formuler des recommandations aux ministres de la Justice, de l’Intérieur et de la Santé, à l’initiative de cette démarche. « (…) différents axes d’attention pourront être examinés, tels que la prévention, les mécanismes de signalement et de suivi, ainsi que l’accompagnement des victimes », indique le gouvernement fédéral.
Enfin, les mutualités, dans le viseur de partis de la coalition Arizona, font l’objet d’un projet de réforme par le Ministre fédéral de la Santé, pour lier davantage leur financement avec leurs résultats en matière de santé et de remise au travail des malades de longue durée. Dans l’ensemble, on assiste à un affaiblissement des acteurs de la concertation sociale.
Racisme, mécanique du « nous » et du « eux »
Déterminant
Le racisme est encore trop peu considéré comme un déterminant social de la santé, pourtant son impact sur celle-ci est de plus en plus documenté. Ses effets peuvent être indirects. Ainsi le racisme marque de son empreinte d’autres déterminants sociaux : discrimination à l’embauche, précarité, non-accès au logement ou encore surreprésentation dans les quartiers ou les territoires habités par des populations racisées ou marginalisées, des pollutions, des industries dangereuses et des risques climatiques.
Les conséquences du racisme peuvent aussi être plus directes sur la santé. Il agit sur la santé mentale et physique. En effet, plusieurs mécanismes sont identifiés mettant en cause le racisme comme producteur de pathologies. On pense d’abord à l’impact du racisme sur la qualité des soins, par des biais systémiques (citons par exemple le « syndrome méditerranéen » amenant à décrédibiliser la douleur des personnes racisées), par des barrières financières, linguistiques et du fait du manque de recherche médicale sur des peaux non blanches ou encore de la sous-représentation de médecins racisés.
Deuxième mécanisme : l’épuisement par la charge allostatique, c’est-à-dire l’exposition chronique au stress qui place la personne racialisée en état d’alerte permanent, face au profilage, à l’exclusion, à la peur. Cette charge n’est pas sans effet sur la santé, l’usure du corps et l’espérance de vie.
Le troisième mécanisme est à mettre en lien avec les politiques migratoires et les traumatismes qu’elles génèrent. Elles créent des blessures psychiques profondes qui ont des répercussions sur le développement cognitif et physique, perpétuant les inégalités de santé sur le long terme.
Tendances générales.
En matière de droits humains, de non-discrimination et d’égalité, « l’ordre mondial et européen vacille et le droit lui-même devient une variable d’ajustement sous les coups de boutoir de ceux qui veulent faire prévaloir leurs intérêts par la force, la violence et la prédation », observe l’institution publique interfédérale indépendante Unia en juin 2026. « Dans ce contexte, la protection des minorités, la promotion de l’égalité, le soutien aux personnes les plus vulnérabilisées ne reculent pas seulement dans l’ordre des priorités, ils deviennent parfois des cibles, marquant ainsi un retour de manivelle aussi subit qu’inquiétant. »
Unia, dont la mission est de lutter contre la discrimination et de promouvoir l’égalité, alerte sur cette « tendance de fond » qui traverse notre société, qui participe à une « polarisation délétère, accentuant la tendance à considérer qu’il y a un « nous » et un « eux », un acide qui attaque les piliers de notre cohésion sociale ».
Mesures prises
Notons qu’à la suite de l’accord du gouvernement fédéral, Unia a dû faire face à une diminution significative de son budget. Et que si un plan interfédéral de lutte contre le racisme a été lancé (à la suite d’un engagement pris lors de la Conférence de Durban il y a 25 ans), il ne s’agit actuellement que d’un plan en construction, sans budget alloué.
Plus d’infos.
L’outil « Roue des déterminants : l’impact des nouveaux gouvernements » en ligne 2 exemplifie davantage ce sujet. Par ailleurs, le prochain dossier de Santé conjuguée sera consacré au sujet « racisme et santé ». Il sera l’occasion de déplier et de décoder les liens entre discrimination raciale et santé des personnes qui la subissent, de se pencher sur le contexte politique actuel tendant au bannissement par invisibilisation ou rejet des personnes racisées, mais aussi d’explorer les pratiques de soins à la lumière de la stigmatisation et de la marginalisation – parfois involontaires – dont font l’objet les personnes racisées.
- Dénomination en usage pour le territoire de la Fédération Wallonie Bruxelles, à distinguer complètement de la formation continuée. Il s’agit d’une démarche enracinée dans l’éducation populaire, visant l’analyse critique de la société et le développement de la citoyenneté active.
- Voir : https://www.maisonmedicale.org/actualites/arizona-comprendre-et-se-mobiliser
Cet article est paru dans la revue:
Santé conjuguée, n°116 - septembre 2026
Déterminants de la santé une invitation à « lever le nez du guidon »
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