La NewB : un projet qui mobilise et qui donne l’espoir en un avenir meilleur…
Coralie Ladavid
Santé conjuguée n° 64 - avril 2013
A l’heure où j’écris ces lignes, plus de 40.000 personnes et associations sont devenues coopérateurs de la NewB et veulent ensemble créer une nouvelle banque ! En quelques jours, l’objectif d’avoir 10.000 coopérateurs a été largement dépassé. La Fédération des maisons médicales soutient l’initiative depuis un an déjà et notamment toute la phase exploratoire du projet. Mais pourquoi la Fédération soutient-elle ce projet ? En quoi la création d’une nouvelle banque participe à améliorer la santé de la population ?
En juin 2010, le conseil d’administration de la Fédération des maisons médicales décidait de devenir membre du Réseau financement alternatif (RFA), asbl qui promeut, par un travail d’éducation permanente, l’éthique et la solidarité dans les rapports à l’argent afin de contribuer à une société plus juste et plus humaine. Les raisons de cette adhésion étaient multiples. Tout d’abord, le Réseau financement alternatif (RFA) défend comme les maisons médicales une société plus solidaire. Dans la mesure où la diminution des inégalités sociales favorise le bien-être de la population globale (de nombreuses études en attestent1), on peut dire que le projet politique du Réseau financement alternatif rejoint tout à fait nos préoccupations. De plus, la santé de la population dépend d’un ensemble de déterminants dont celui de l’économie. Il est donc pertinent de soutenir un acteur qui agit dans ce champ de façon favorable pour l’ensemble de la population. Nous ne pouvons en effet pas agir directement sur l’ensemble des déterminants de la santé mais il est de notre devoir de soutenir les initiatives qui oeuvrent dans ces différents champs d’actions. Finalement, de nombreuses maisons médicales, la Fédération et la coopérative de la Fédération (Fedemmcoop) font déjà appel à des investisseurs socialement responsables pour la demande de prêts ou de placements (Triodos, Crédal). Ce type de service répond donc bien à des besoins dans notre secteur. Mais les services offerts actuellement ne sont pas complets. Le Réseau financement alternatif et son homologue flamand (Netwerk Vlaanderen) se sont lancés depuis plus d’un an dans une sacrée aventure : osez proposer la création d’une nouvelle banque en ces temps de crise ! Il y a encore quelques années, le paysage bancaire était diversifié. Les différents métiers bancaires étaient assurés par des sociétés commerciales, mais aussi des organismes publics et des institutions coopératives liées aux grands mouvements. Aujourd’hui, seules des banques commerciales subsistent, souvent sous forme de multinationales qui cumulent tous les métiers de la banque, de la finance et de l’assurance, et facilitent donc la circulation opaque des capitaux entre ces secteurs. Cette opacité joue au seul bénéfice des actionnaires. Les banques privées assèchent les finances. Elles désintègrent la richesse et écrasent les pauvres. Elles étranglent l’économie et échappent au contrôle démocratique. Pour ces raisons, l’évolution du système bancaire est un enjeu majeur de la santé, considérée dans la globalité de ses déterminants. S’ajoute à cela, une crise bancaire et financière. Celle-ci sévit en Europe depuis 2007 et a obligé les états à intervenir financièrement de manière colossale pour sauver les banques. Si les états et notamment la Belgique n’intervenaient pas, des banques comme Dexia ou Fortis faisaient faillite et entrainaient avec elles leurs clients. La Belgique a été mise devant un fait accompli, et a dû jouer le rôle de pompier. Cette intervention a mis à mal les finances de l’Etat et aujourd’hui ce sont des milliards d’euros qu’il faut encore aller chercher chez les contribuables. Cette situation est le résultat d’une gestion très risquée des banques qui recherchent le plus haut profit en investissant dans des produits à haut risque en dehors de toute économie réelle. Les banques ne prêtent plus uniquement pour des projets qui créent de l’activité économique réelle (comme par exemple la création d’une petite entreprise de menuiserie, l’achat d’une maison…) mais elles investissent dans des produits qui sont supposés prendre de la valeur simplement par la loi de l’offre et la demande. Ce qui veut dire qu’un produit peut tripler de valeur parce que beaucoup le demandent. Cette plus-value n’est donc pas en lien avec une activité économique réelle (on ne produit rien, on crée simplement une plus-value qui risque de chuter quelques jours plus tard). Ce système est très fragile et peut mettre à mal l’économie tout entière d’un pays. Ce qui est le plus fou c’est que, malgré cette expérience, les banques et les états ne semblent pas changer de paradigme même si des nouvelles règlementations sont imposées aux banques pour limiter un peu les abus. Les Etats et l’Union européenne quant à eux prônent l’austérité pour renflouer les caisses au détriment des populations les plus fragilisées. C’est dans ce contexte, alors que les banques traditionnelles se plantaient royalement et que l’Etat devait venir à leur secours, que le Réseau financement alternatif et Netwerk Vlaanderen se sont mobilisés pour créer une banque qui réponde à 12 valeurs fondamentales. Elles sont l’ADN de NewB et sont inscrites dans les statuts de la coopérative :- Insertion sociale : à travers des dizaines d’associations et des dizaines de milliers de coopérateurs. Dès le début du projet, de nombreuses organisations sociales ont été sollicitées pour soutenir le projet et devenir coopérateurs. L’intérêt de la démarche était notamment de dépasser la pilarisation belge (ce n’est ni un projet socialiste ni un projet ‘catho’) et de créer un réel mouvement citoyen. En s’appuyant sur ses associations coopératrices, la nouvelle banque pourra davantage répondre aux besoins de l’ensemble de la population, en ce compris les plus fragilisés.
- Simplicité : les produits et services proposés aux clients sont simples à comprendre.
- Sécurité : à travers des investissements dans l’économie réelle. Le gain n’est pas un objectif en soi. Pas de place pour la spéculation mais une contribution affirmée à l’économie locale et durable. D’un côté, investir dans des produits et services innovants avec une plus-value sociale et environnementale et de l’autre, exclure les activités aux effets néfastes pour la société.
- Durabilité : la banque exclut tout produit ou projet nuisible à l’environnement et à la société.
- Transparence : dans toutes les activités de la banque.
- Innovation : solutions innovantes pour une économie sociale et écologique. L’exemple qui nous a été donné est la création de prêts pour l’achat d’un chien aux personnes mal voyantes. En effet, le coût de ce type d’achat est important et les banque « classiques » refusent de faire ce type de prêt.
- Participation : le client a son mot à dire. Tout client sera coopérateur, qu’il soit organisation ou particulier. Tous les coopérateurs seront membres de l’assemblée générale avec le principe de 1 homme = 1 voix, quel que soit l’investissement en parts de capital.
- Honnêteté : partage équilibré des bénéfices entre les dépôts et les coopérateurs.
- Inclusion : accès au service pour tous.
- Sobriété : par une gestion économique et appropriée. Sans palais, parachute ou bonus. Elle s’avère rentable grâce à une gestion économe, efficace et professionnelle.
- Diversité : une attention pour les différences entre les personnes. Une banque à la fois sensible aux différences entre les individus et destinée à tous.
- Proximité : proche des gens. Toute son activité sera tournée vers la Belgique : il s’agit de servir les citoyens belges et de soutenir des projets belges.
Documents joints
- Rapport OMS, 2008, Combler le fossé en une génération : www.who.int/social_ determinants/thecommission/finalreport/ closethegap_how/fr/index.html – Résolution de l’Assemblée mondiale de la santé, 2009, Réduire les inégalités en matière de santé par une action sur les déterminants sociaux de la santé : http ://apps.who.int/gb/ebwha/pdf_files/A62/ A62_R14-fr.pdf – Avalasse H., Cornelis K., Mertens R., Gilles O. Inégalités sociales de santé : observations à l’aide de données mutualistes. 2008. Mutualités chrétiennes. – Breuil J., Ho M-W., Katz A., & al. La santé pour tous ! Se réapproprier Alma Ata. CETIM ; 2007.
Cet article est paru dans la revue:
Santé conjuguée, n° 64 - avril 2013
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