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Un million de révolutions tranquilles


1er avril 2013, Bénédicte Manier

journaliste française, spécialisée dans les questions sociales et de développement

Ce sont tous des citoyens ordinaires. Ils vivent dans de petits villages d’Asie, d’Amérique latine ou d’Afrique, ou dans des villes comme New York ou Tokyo. Ils viennent de milieux sociaux très variés, ne se connaissent pas entre eux, ne sont pas célèbres et certains sont illettrés.

Chacun dans leur domaine, ils inventent des solutions que ni les gouvernements ni le secteur privé n’ont su mettre en place et qui répondent à la plupart des maux de la planète.

« Un autre monde existe, il est dans celui-ci. » Paul Eluard

Ensemble, ces hommes et ces femmes ont engagé localement de petites révolutions : ils reverdissent le désert, font disparaître la pauvreté et la faim, créent des emplois, mettent sur pied une agriculture durable, ou gèrent eux-mêmes la distribution d’eau. Des millions d’autres décident de vivre autrement. De vivre mieux. Et pour cela, ils s’affranchissent de l’hyperconsumérisme, réinventent l’habitat, la démocratie locale ou l’usage de l’argent.

Ce livre est la chronique de ces transformations de terrain. Il ne les répertorie pas toutes – elles se comptent probablement par millions de par le monde – mais il en détaille simplement quelques-unes, très significatives, et explique en quoi elles répondent à de nouvelles aspirations.

(…) Nous ne parlerons donc pas ici de caritatif ou d’humanitaire, mais de l’action de milliers d’anonymes qui agissent seuls ou en groupes informels et qui, sans bruit, reprennent en main leur économie, leur agriculture, leur consommation, leur travail ou leur habitat : cette auto-gouvernance citoyenne est le fil directeur de ce livre.

Même si elles sont encore peu visibles, ces initiatives sont autant de déclarations d’indépendance. Elles prouvent qu’en prenant simplement conscience de leur capacité à agir ensemble, des citoyens ordinaires peuvent changer le monde avec des solutions simples et facilement reproductibles, qui dessinent les contours d’un « autre monde possible », plus juste.

(…) Le message qu’elles diffusent est sans équivoque : aujourd’hui, des millions d’hommes et de femmes se détachent d’un système économique jugé trop brutal pour l’humain et l’environnement et exigent un nouveau modèle de société. Et localement, ils se mobilisent pour le construire [1].

L’un des chapitres qui structurent l’ouvrage de Bénédicte Manier est consacré à des initiatives en matière de santé.

Les premières concernent des cliniques gratuites aux Etats-Unis. Celle de l’Ithaca Health Alliance (dans l’Etat de New-York) repose sur le bénévolat des soignants et les dons de citoyens. Elle s’appuie sur un fonds qui lui permet de délivrer des soins gratuits et deux semaines de traitement à ses patients, pour la plupart des personnes qui ne bénéficient d’aucun des deux volets du système public de sécurité sociale états-unien (Medicare et Medicaid). Il y aurait aujourd’hui aux Etats-Unis près de 1200 cliniques citoyennes fonctionnant peu ou prou sur le même mode.

Les secondes apparaissent le plus souvent dans des pays où n’existe pas de protection sociale, la plupart du temps des pays dits en développement ou émergents. Elles sont de deux ordres. D’une part, des micromutuelles souvent liées à des réseaux de micro-crédit ou à des groupes citoyens d’épargne. D’autre part, des projets locaux de « médecins aux pieds nus », très développés en Inde. Certains forment des médecins à intervenir en zone rurale (comme le Barefoot College dans le Rajasthan) ; d’autres forment des auxiliaires de santé parmi la population dans des communautés tribales (comme le Tribal Health Initiative au Tamil Nadu qui a permis, dans certaines régions, de faire baisser la mortalité néonatale de 50% grâce à la formation de femmes au suivi néonatal) ; d’autres encore mettent en réseau et forment des volontaires de tous milieux qui iront assister des patients en fin de vie dans les zones les plus reculées (comme le Neighborood Network in Palliative Care, dans le Kerala) ; certains font financer des soins par la récolte de déchets recyclables par les patients et leur familles (comme à Java en Indonésie) ; etc.

Les troisièmes – cerise sur le gâteau ou cocorico identitaire – nous concernent directement puisque les maisons médicales autogérées de Belgique sont prises comme point de départ par l’auteur pour illustrer l’offre groupée de soins par des équipes pluridisciplinaires, autogérées, cherchant à faire vivre l’égalité entre tous les acteurs de la santé et garantissant un accès aisé aux plus démunis notamment grâce au système du forfait. Des modèles de maisons médicales sans but lucratif, cousins du nôtre, se développent en Australie, en Nouvelle-Zélande et en Ontario (Canada).

Recension : Emmanuel De Loeul

[1Extrait de la préface de l’ouvrage : “un million de révolutions tranquilles” B. Manier, Nov 2012, les liens qui libèrent.

Cet article est paru dans la revue:

n° 64 - avril 2013

Les infirmièr-es sous les projecteurs

Santé conjuguée

Tous les trois mois, un dossier thématique, et des pages « actualités », consacrées à des questions de politique de santé et d’éthique, à des analyses, débats, interviews, relations d’événements (colloques, parutions récentes), au récit d’expériences vécues...

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