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Les seniors, dans l’ombre de la communauté


18 mars 2019, Mélanie Gerrebos

assistante sociale à l’asbl Tels Quels

La communauté LGBT est composée de personnes de tous âges et de tous les horizons, qu’ils soient sociaux, culturels, ethniques, etc. Il n’y a pas une seule manière de vivre sa sexualité. Malgré cette composition hétéroclite, il y a un groupe qui vit dans l’ombre : les seniors LGBT.

L’homosexualité, l’identité de genre, auraient-ils une date de péremption ? Après un certain âge, l’orientation sexuelle se modifierait-elle ? Les lesbiennes et les gays « viraient-ils leur cuti » et basculeraient-ils dans l’hétérosexualité ? Les seniors LGBT auraient-ils le pouvoir d’invisibilité ? La communauté LGBT aurait tendance à fermer les yeux sur cette étape de fait biologique et à « oublier » les personnes plus matures.

Cette non-représentation des seniors LGBT peut induire chez eux un sentiment de non-appartenance et d’exclusion. Ils ne font pas partie de la société hétérosexuelle et sont oubliés de leur propre communauté. Différents pays tels que le Canada, la Suisse ou la France ont mené des enquêtes et arrivent à la même conclusion : les seniors LGBT sont victimes d’invisibilité. Cette non-reconnaissance peut entraîner de la discrimination involontaire de la part de la société, des associations LGBT ou autres, et peut induire un sentiment d’exclusion chez les seniors.

De quelles discriminations parle-t-on ?

On peut estimer que les seniors LGBT sont victimes de multiples discriminations. Pour commencer, il y a celle liée à l’orientation sexuelle. L’hétérosexualité (hétéronormativité) est une référence dans notre société. Si l’on sort de ce cadre, la personne entre dans la différence et sera soumise aux préjugés positifs ou négatifs liés à l’orientation sexuelle.

Ensuite, on peut trouver la discrimination liée à l’âge. Dans une communauté LGBT, le culte du jeunisme est omniprésent dans le champ des rencontres amoureuses et amicales. Il s’avère qu’être « vieux » peut être un frein, voire être discriminatoire. L’une des représentations les plus séductrices dans la communauté gay est celle d’un jeune éphèbe, imberbe, âgé de 16 à 25 ans. Lorsqu’un adulte s’éloigne de cette référence, élément qui arrive inéluctablement, ses opportunités de rencontres diminuent au fil du temps. Toutefois, si cet homme est séduisant avec un corps musclé et d’apparence jeune, il pourra encore faire des rencontres amoureuses. Cette tendance est moins présente chez les lesbiennes, il y a plus de tolérance. Ce culte de la jeunesse n’est pas l’apanage du milieu LGBT, il est visible au travers de la société, peu importe l’orientation sexuelle ou l’identité de genre. En plus du culte de la jeunesse, viennent s’ajouter les dik- tats d’un « corps parfait », faisant référence à un corps en bonne santé, loin de la réalité.

La troisième discrimination est davantage axée sur le manque criant de structures ou de services sensibilisés aux seniors LGBT, tels que les maisons de repos et de soins, les séniories, les services d’aide à domicile, les clubs de loisirs, les unités hospitalières de gériatrie, l’univer- sité du troisième âge. L’ensemble de ces services est formaté avec la référence hétéronormative. Par exemple, les formulaires d’inscription ont souvent un onglet demandant le nom du mari ou de l’épouse. Il y a dès lors peu de possibilités pour un couple de même sexe. Même chose en ce qui concerne le genre, lorsque l’on ne s’identifie pas dans le genre masculin ou féminin : comment trouver sa place ? Ce manque de sensibilisation et d’information sur la diversité sexuelle et l’identité de genre dans les structures oblige bien souvent les seniors LGBT à retourner dans le placard (c’est-à-dire cacher à nouveau leur orientation sexuelle ou leur identité de genre). Cette peur d’être victime de discriminations tant de la part des professionnel·le·s de structures ou des bénéficiaires est bien réelle.

Pour pallier ce manque de structures d’hébergement sensibilisées aux lesbiennes, gays, bi et transgenres, la communauté s’est questionnée sur la pertinence de créer des maisons de repos qui lui seraient spécifiquement réservées. Dans cette optique, les seniors LGBT sont divisés. Certains souhaitent ardemment ce type de structures tandis que d’autres préfèrent des institutions LGBT-friendly, c’est-à-dire sensibilisées aux attentes médicales (prévention des IST et VIH, traitements hormonaux) et sociales (accueil, formulaire d’inscription adéquat). L’un des arguments contre ces homes LGBT est le repli identitaire (vivre en communauté dans un vase clos, se couper de reste du monde). En Belgique, une maison de repos à destination du public LGBT s’est ouverte. Les coûts de la prise en charge étant assez élevés, la structure n’a pas tenu sur le long terme. Il y a eu également des réflexions sur le concept du label LGBT-friendly, à l’instar du Guide du Routard, pour lequel un autocollant est appliqué sur la porte d’entrée des hôtels signalant que l’établissement est approuvé par le guide. De prime abord, cette idée peut paraître séduisante. Mais il serait peut-être nécessaire de s’interroger sur la face « cachée » d’un tel label. Quelles seraient les conditions pour l’apposer ? Quelles seraient les obligations pour les structures d’accueil (formation du personnel, sensibilisation auprès des résidents, prise en compte des attentes du public LGBT dans les projets de vie des maisons de repos) ?

On peut également pointer le manque d’activités de loisirs, de prévention de la part d’associations destinées aux seniors LGBT. Certains ne se retrouvent pas dans les associations à destination de la communauté LGBT, car celles-ci ne sont pas axées sur leurs préoccupations telles que la perte d’autonomie, la solitude, l’isolement, la santé, etc. Les campagnes de sensibilisation concernant le VIH ou les IST ne sont majoritairement pas axées sur un public âgé. À ces discriminations peuvent s’ajouter celles liées à l’origine ethnique et/ou religieuse. Peu de religions sont ouvertes à l’homosexualité ou à l’identité de genre et le risque de rejet, voire d’exclusion de la part de sa communauté d’origine et/ou de sa famille existe.

Des projets en cours

Mais tout n’est pas si sombre et des projets voient le jour.
- Suite à plusieurs appels de personnes retraitées qui se sentaient isolées culturellement et socialement, l’asbl Tels Quels a décidé de mettre en place un Cercle des aîné·e·s qui se réunit mensuellement. Cette association travaille également sur un projet pilote à Mons sur la sensibilisation à l’intimité, à la sexualité et donc à l’inclusion des seniors LGBT dans les maisons de repos et de soins (MR/MRS). Ce projet vise à travailler avec les différents niveaux de celles-ci : direction, travailleurs et résident·e·s.
- L’association UTOPIA_BXL est composée de seniors volontaires qui souhaitent proposer davantage d’activités culturelles et de prévention et de promotion de la santé à destination du public concerné et des acteurs de terrain.
- els Quels, avec d’autres partenaires, souhaite créer un projet de sensibilisation à l’orientation sexuelle et à l’identité de genre à destination des structures d’hébergement et de soins des seniors. Ce projet aura pour but l’inclusion des seniors LGBT afin que chacun puisse vivre son orientation sexuelle ou son identité de genre le plus aisément possible dans ses lieux de vie.

Cet article est paru dans la revue:

mars 2019

LGBTQI+ des patient.e.s aux besoins spécifiques

Santé conjuguée

Tous les trois mois, un dossier thématique et des pages « actualités » consacrés à des questions de politique de santé et d’éthique, à des analyses, débats, interviews, récits d’expériences...

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