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Le réseau d’échange de savoir, outil d’empowerment


30 juin 2017, Julie Walravens

infirmière spécialisée en santé communautaire à la maison médicale Antenne Tournesol

La Boussole, à Jette, permet à ses membres d’apprendre, eux-mêmes et aux autres.

Nous sommes partis d’une enquête auprès des autres membres de la coordination sociale pour savoir quels étaient les problèmes vécus par les Jettois, et plus particulièrement ceux qui ne trouvaient pas encore de solution. Plusieurs thématiques en sont ressorties, dont la question de l’isolement social. Créer un réseau d’échanges de savoirs (RES) nous a semblé une bonne piste. L’idée d’un RES est de mettre en relation des personnes qui désirent apprendre un savoir avec d’autres qui peuvent le leur transmettre. Au-delà des activités proposées, l’objectif premier était de créer du lien entre les gens. On l’a lancé avec des patients inscrits à la maison médicale puis il s’est assez vite ouvert au quartier.

À l’inscription, les gens formulent au minimum une demande et une off re. Le responsable du RES – un travailleur ou un bénévole – va chercher des correspondances et proposer des mises en relation, des rendez- vous qui permettront de préciser le contenu de l’échange. C’est un moment important si on veut cela fonctionne. On s’est rendu compte en eff et que si on livrait trop vite les participants à eux-mêmes ils ne savaient pas comment démarrer, ils ne connaissaient pas les attentes précises des autres. Apprendre une langue par exemple (beaucoup d’échanges tournent autour de ce type d’apprentissage) mais pour quoi faire ? Du tourisme, un emploi ? D’autres rencontres touchent à la culture, la cuisine, l’artistique et la convivialité. Les échanges sont rarement directs, on triangule la plupart du temps. Cela permet à chacun de se rendre compte de ce qu’est un réseau. Ce que nous voulons, c’est aussi faire mouvement.

Les participants sont souvent étonnés de leurs propres capacités. En off rant son savoir, on apprend énormément sur soi car expliquer, ce n’est pas la même chose que faire, on acquiert des compétences en pédagogie et en communication. Les demandeurs quant à eux ne savent pas toujours très bien quoi off rir en échange. Je leur montre la liste des demandes qui ne sont pas encore rencontrées, je travaille sur ce qu’ils aiment faire. Récemment une dame ne savait pas utiliser son GSM. De prime abord, c’est une compétence que l’on ne considère pas comme telle, ni celle d’apprendre à un autre à se débrouiller dans le métro…

On propose régulièrement des rencontres générales, des moments où des décisions se prennent sur l’avenir et sur le fonctionnement du réseau. Quand ce sont les membres qui décident, les choses ont plus de sens. Comme tout projet, un réseau vit des cycles. On compte aujourd’hui une trentaine de membres plus ou moins actifs. Il y a énormément de transmission, une appropriation du territoire et de ses ressources qui leur autorise une vision critique du fonctionnement des services et des institutions. Ce qui n’existe pas à Jette, ils font des recherches pour le trouver ailleurs et, pourquoi pas, le développer chez nous. Ils nous ramènent aussi fréquemment que tout est toujours lié à l’argent dans la société. Si tu n’as pas de moyens ou si tu n’entres pas un cadre horaire ou administratif, comme pour des cours de langues, tu es exclu alors qu’on te demande de te former et d’être compétent. Une valeur du réseau, c’est la gratuité. Du coup, c’est accessible à tout le monde. Et si c’est compliqué de recevoir quelqu’un chez soi, les rencontres peuvent se faire à la maison médicale ou ailleurs.

Une participante m’a un jour confi é que le réseau avait changé sa vie. Arrivée en Belgique sans rien connaître de la vie ici, elle a découvert le RES lors d’une fête, elle s’est inscrite, elle a échangé des cours de français contre du portugais. Il y a eu un eff et démultiplicateur et accélérateur, elle s’est fait des amis, elle a découvert l’académie… Une autre situation me touche beaucoup, celle d’une mère et de sa fi lle en grandes diffi cultés. La personne qui les a aidées à apprendre le français les a aussi emmenées à des événements culturels, leur a off ert une ouverture sur la commune, leur a permis d’élargir leur réseau social. Cela a débouché sur une réelle entraide.

Acteurs locaux, ou pratiques individuelles quelquefois. Les niches de transition sont le lieu opérationnel de l’innovation. Nous avons choisi d’en présenter succinctement quelques-unes en Wallonie et à Bruxelles, parmi les membres de la Fédération des maisons médicales et en dehors. Leur terrain ? Le logement et la qualité de vie, le lien social et l’intégration, les apprentissages et les savoirs, l’insertion et la santé mentale, la gestion et le travail d’équipe, l’engagement et la politique internationale…

Cet article est paru dans la revue:

n° 79 (Numéro spécial II Congrès) - juin 2017

Cinétique - Mouvements citoyens et changements de paradigme

Santé conjuguée

Tous les trois mois, un dossier thématique, et des pages « actualités », consacrées à des questions de politique de santé et d’éthique, à des analyses, débats, interviews, relations d’événements (colloques, parutions récentes), au récit d’expériences vécues...

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