Vous êtes ici :
  1. Santé conjuguée
  2. Tous les numéros
  3. Cinétique - Mouvements citoyens et changements de paradigme
  4. Être bien dans son quartier pour être en meilleure santé

Être bien dans son quartier pour être en meilleure santé


30 juin 2017, Fanny De Valkeneer

assistante sociale à la maison médicale de Bomel

, Jacques Sebastien

assistant social

À Namur, la maison médicale de Bomel et ses patients sont le moteur du comité de quartier.

Quand je suis arrivé à Namur pour étudier, on m’a dit : «  il y a un quartier où tu ne dois pas aller, c’est le quartier derrière la gare  » (rire). En effet, les quartiers populaires dans lesquels il y a beaucoup de mouvement, comme Bomel, n’ont pas toujours bonne réputation dans l’imaginaire collectif. Avant, c’était un haut lieu industriel avec des carrières de chaux et une activité commerciale importante mais aujourd’hui tout cela a périclité et Bomel est devenu un dortoir, les loyers sont bas, beaucoup d’institutions à finalité sociale s’y sont implantées. Le petit commerce s’éteint peu à peu. La population, plutôt jeune et fragilisée, ne travaille pas toujours, émarge souvent au CPAS. Il y a une stigmatisation sociale. Il y a peu d’outils collectifs (crèches, écoles) pour la majorité des habitants. Un sentiment d’insécurité y règne. Pourtant, on voit émerger des initiatives locales très intéressantes sous l’impulsion des autorités. Prenons l’exemple du quartier des abattoirs où s’est créé un nouveau centre culturel et d’activités centrées sur le quartier, et où un nouveau patrimoine immobilier a été aménagé.

Notre philosophie à la maison médicale, c’est d’être bien dans son quartier pour être en meilleure santé. Quand la maison médicale a été créée il y a une vingtaine d’année, on a adhéré à un embryon de comité de quartier. On a participé à faire reconnaître Bomel et ses habitants auprès des politiques. Plusieurs luttes sont menées notamment contre les marchands de sommeil, contre le fractionnement des maisons unifamiliales en micro logements de parfois moins de 28 m2. Vous imaginez l’impact que cela peut avoir sur la santé  ? La promiscuité, la surpopulation, les conflits de voisinage amènent de la tension, des troubles physiques. L’insalubrité également. Je pense à cette famille qui a consulté pendant deux ans pour des bronchites chroniques à cause d’un logement qui suintait d’humidité. En agissant sur le logement, on agit sur la santé. Le comité de quartier veut agir sur ces causes sociétales qui détériorent la santé des habitants. Question mobilité urbaine, là aussi, il y a beaucoup à faire. Pour gagner le centre-ville, il faut traverser la gare ou emprunter l’un des deux ponts qui enjambent les voies. Ceux-ci sont distants d’un kilomètre. Il y a bien une passerelle, mais sans ascenseur. On peut oublier les vélos, les poussettes et les personnes à mobilité réduite...

On se bat aussi pour stimuler la rencontre entre les riverains. Il y a de nombreuses personnes isolées parmi eux. Un des projets communs à la maison médicale et au comité de quartier a été de créer un jardin public. En 2011, on a négocié un terrain de 14 ares avec la régie foncière  : «  Le jardin Saint-Antoine  » qui surplombe Bomel, il se trouve le site d’un ancien fort Vauban protégeant la citadelle. Il est ouvert d’avril à octobre de 9 à 18 heures. Ce sont les habitants qui s’organisent pour faire tourner le site. Dans la foulée, on y a associé un petit potager. L’objectif est d’y travailler ensemble, de motiver les gens à sortir de chez eux. Le périmètre d’action de certains de nos patients ne dépasse pas 200 mètres. Entre la maison médicale où ils viennent prendre un café le matin et le resto du cœur le midi, le jardinage les fait bouger. Le service social de la maison médicale y assure une permanence chaque mercredi. Quelques habitants et patients s’y rejoignent, donnent un coup de main, repartent avec des légumes ou des fruits. On y discute autrement, de manière plus informelle que dans les cabinets médicaux.

Ce travail communautaire, c’est une caisse de résonnance. Chacun devient le soutien des autres. Dans le cas du Jardin Saint-Antoine, le projet a donné naissance à une asbl propre et des usagers en sont devenus les gestionnaires. Bomel nous forme, Bomel décide. Le quartier revit.

Acteurs locaux, ou pratiques individuelles quelquefois. Les niches de transition sont le lieu opérationnel de l’innovation. Nous avons choisi d’en présenter succinctement quelques-unes en Wallonie et à Bruxelles, parmi les membres de la Fédération des maisons médicales et en dehors. Leur terrain ? Le logement et la qualité de vie, le lien social et l’intégration, les apprentissages et les savoirs, l’insertion et la santé mentale, la gestion et le travail d’équipe, l’engagement et la politique internationale…

Cet article est paru dans la revue:

n° 79 (Numéro spécial II Congrès) - juin 2017

Cinétique - Mouvements citoyens et changements de paradigme

Santé conjuguée

Tous les trois mois, un dossier thématique, et des pages « actualités », consacrées à des questions de politique de santé et d’éthique, à des analyses, débats, interviews, relations d’événements (colloques, parutions récentes), au récit d’expériences vécues...

Dans ce même dossier