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SOCIÉTÉ

Au rythme du tam-tam


19 mars 2018, Yaëlle Vanheuverzwijn

coordinatrice à l’intergroupe bruxellois des maisons médicales

« Le tam-tam émet un son indéterminé, composé d’une gamme continue de fréquences ne permettant pas d’identifi er une note précise. […] C’est un instrument dont l’intensité sonore le rend apte à la transmission de messages à distance. » [1]

Comme l’indique son site [2], « Tam-Tam est le nom d’une campagne de convergence entre les associations, les syndicats et toutes personnes qui souhaitent un changement politique et qui veulent mettre en débat les questions sociales et culturelles essentielles d’ici aux élections de 2019. » La campagne Tam-Tam dénonce la marchandisation des secteurs publics. Elle critique les mesures politiques prises qui ont tendance à responsabiliser les personnes en individualisant les problèmes collectifs tout en détricotant les acquis sociaux. Partant du constat que ces mécanismes de privatisation s’observent dans de nombreux secteurs, Tam-Tam propose un outil pour sortir du cloisonnement en provoquant la rencontre d’acteurs qui ne sont, a priori, pas amenés à se croiser. Ces acteurs jouissent dès lors d’espaces qui leur permettent de se coordonner et de renforcer leur communication. En s’unissant autour d’un discours commun, leur voix devient incontournable pour les politiques qui n’auront de choix que de s’emparer de la question. Selon les porteurs de la campagne, « il est urgent de produire un contre-discours à cette politique globale de déshumanisation et d’assèchement des services publics, discours que nous voulons fonder sur une information objective, pédagogique et diffusable auprès du plus grand nombre. » Tel est le pari.

Information, sensibilisation et mobilisation 

Tam-Tam c’est une campagne d’information, de sensibilisation et de mobilisation nationale portée par différents acteurs du monde académique, associatif, culturel, mais aussi des acteurs de la santé, de la justice, des organisations de la société civile, des médias, des mutuelles et des syndicats. La liste est longue, mais Brieuc Wathelet, coordinateur francophone de la campagne, rappelle à plusieurs reprises qu’avant tout cette campagne a pour but de montrer à tout un chacun que « la société civile peut peser sur le débat public, qu’elle a son mot à dire sans pour autant appartenir à un parti ». Lors de la soirée de lancement, le 19 janvier, Manu Claeys, président du collectif de résidents « stRaten-generaal » d’Anvers, rappelle aussi que le pouvoir du citoyen ne s’arrête pas à son droit de vote. L’élection n’est en réalité qu’un moment particulier dans l’exercice de ses droits. En mutualisant les forces et les énergies, la campagne Tam-Tam devient un moyen d’exercer ses droits et devoirs de citoyen en interrogeant le pouvoir politique sur les orientations qu’il prend.

Si la campagne prévoit des moments de mobilisations collectives à la fin de chaque focus, l’information et la sensibilisation semblent être des préalables. De nombreuses analyses seront rédigées dans le cadre de cette campagne. Elles produisent un diagnostic qui s’appuie à la fois sur une expertise de terrain et sur des analyses académiques. La sensibilisation se concrétise quant à elle à travers des espaces de rencontres et de débats que chaque organisation est invitée orchestrer pour mettre en avant ses revendications et propositions.

Un premier focus sur la santé

Tam-Tam est une campagne qui a un début et une fin, l’objectif est de réorienter les débats publics en vue des élections de 2019. Pour s’assurer une grande visibilité, elle invite toutes les associations à se mobiliser en même temps sur un même sujet. Celles-ci relayent les débats via leur propre canal d’information et font la promotion des activités organisées par d’autres acteurs dans ce cadre. En multipliant les outils de communication, Tam-Tam permet de toucher un très large public. Les trois premiers thèmes proposés sont la santé, la justice et le travail. Chaque volet est annoncé par une vidéo en motion design et par une note de référence largement relayées sur les réseaux sociaux : l’ambition est de constituer, par l’accumulation de thèmes traités de manière analogue, un véritable « corpus » thématique du contre-discours aux politiques néolibérales menées par les gouvernements depuis plusieurs années.

La première vidéo, #NotreRéalité sur la santé, fait état des conséquences désastreuses sur les citoyens de certaines politiques publiques qui appliquent des logiques de marché dans tous les secteurs de la société en s’appuyant sur des arguments budgétaires et de rentabilité. Ce clip qui, il faut le reconnaître, attaque ouvertement le Gouvernement Michel, a très vite attiré les critiques. Ses détracteurs dénoncent son côté caricatural, son manque de nuance et vont jusqu’à parler de désinformation. Quoiqu’on puisse en penser, cette vidéo a le mérite d’avoir fait parler d’elle. Une note de vingt pages rédigée par Michel Roland et Georges Bauherz, tous deux médecins, accompagne et documente ce premier focus santé. Cette note revient sur certains propos de la vidéo, mais propose surtout d’aller plus loin dans l’analyse. Le Gouvernement Michel n’est plus identifié comme seul responsable de cette dégradation de la Sécurité sociale et les auteurs s’en prennent plutôt aux politiques néolibérales dont ils observent des conséquences concrètes dans leur pratique quotidienne. Il s’agit notamment du report des soins pour toute une tranche de la population, qui conduit progressivement à une médecine à deux vitesses. « Aujourd’hui, explique Michel Roland au Journal du Médecin, le néolibéralisme augmente les inégalités, et ce dans le monde entier. Pourquoi vouloir passer d’un système solidaire de couverture universelle à un système de protection privé, où la couverture se fait en fonction du risque ? [...] Ce gouvernement accélère peut-être le processus, mais le phénomène est mondial et l’Europe met la pression sur les pays membres. » [3]

Dans une société où il faut désormais se débrouiller seul face aux violences institutionnelles, Tam-Tam souhaite inverser cette tendance en jouant la carte de la solidarité. En ce sens, pour reprendre les propos de Brieuc Wathelet, cette campagne est une nouvelle forme de résistance de la société civile qui ne se reconnaît plus dans les choix de ses élus.

À votre tour de battre le tam-tam !

Mobilisation locale autour des maisons médicales

La Fédération des maisons médicales vous propose d’initier des dynamiques locales d’interpellation politique à l’occasion des prochaines échéances électorales d’octobre 2018 et de juin 2019.

De mars à mai 2018, nos ressources sont à votre disposition pour organiser des rencontres de lancement d’une telle dynamique dans votre commune. Nous rassemblons du matériel d’information et imaginons des dispositifs d’animation qui pourraient vous être utiles. Pour ce lancement, qui sera inscrit dans la campagne Tam-Tam, nous privilégions des rencontres qui rassembleraient des usagers et travailleurs de plusieurs maisons médicales proches. En parallèle, une démarche de co-construction des propositions politiques de la Fédération a démarré lors de la réunion de tous nos membres le 21 février. La synthèse sera réalisée par le bureau stratégique et présentée à l’assemblée générale en mai prochain. L’objectif proposé est que ces deux démarches (co-construction du mémorandum et mobilisations locales) puissent alimenter une série d’évènements organisés en septembre pour infl uer sur les majorités dans les pouvoirs locaux et qu’elles se prolongent jusqu’aux fédérales, et au-delà.

[1O. Thomas. Analyse et modélisation de vibrations non-linéaires de milieux minces élastiques - Application aux instruments de percussion. Université Pierre et Marie Curie-Paris VI, 2001.

[3L. Zanella, « Tam-Tam, plus qu’une vidéo virale », Le Journal du Médecin, 8 février 2018.

Santé conjuguée

Tous les trois mois, un dossier thématique et des pages « actualités » consacrés à des questions de politique de santé et d’éthique, à des analyses, débats, interviews, récits d’expériences...