Réduction du financement de Transit asbl : un secteur sous tension face au silence politique
Communiqué de presse
Bruxelles, le 29 juin 2026
Alors que les besoins ne cessent d’augmenter à Bruxelles en matière de prévention, de réduction des risques, d’accompagnement et de soins liés aux usages de drogues et aux addictions, les coupes budgétaires annoncées pour Transit asbl et plusieurs projets du secteur suscitent de nombreuses interrogations. La féda bxl, fédération bruxelloise des institutions spécialisées en matière de drogues et d’addictions, et les signataires de ce texte, dont la Fédération des maisons médicales, appellent à une clarification rapide des décisions prises et de leurs conséquences.
Un million d’euros en moins, sans une ligne écrite
Le financement régional de Transit asbl, opérateur de référence en matière d’assuétudes à Bruxelles depuis une trentaine d’années, est revu à la baisse. Selon les éléments communiqués dans la presse et au parlement, la subvention régionale 2025 et 2026 passerait de 5.495.000 euros à environ 4,4 millions euros par an. À ce jour, ces mesures n’ont fait l’objet d’aucune décision écrite formelle. Le secteur spécialisé en matière de drogues et d’addictions alerte sur les conséquences en chaîne de ces coupes pour la santé publique, la sécurité, la cohésion sociale et l’emploi.
On coupe un budget 2025 déjà clôturé
Transit asbl est financée dans le cadre d’un contrat de gestion couvrant la période 2021-2025, au titre de sa mission d’Opérateur Régional Bruxelles-Assuétudes. Ce financement, non indexé, s’élevait à près de 5,5 millions d’euros par an.
Les éléments portés à la connaissance de l’association sont les suivants :
- une réduction de 15 % annoncée fin décembre et appliquée à l’exercice 2025, signifiant une perte de 825.000 euros sur un exercice pourtant déjà clôturé ;
- Un effort supplémentaire est encore demandé à l’asbl pour l’exercice 2026. Le montant de cet effort n’a pas encore été communiqué officiellement, mais des déclarations du M-P laissent entendre que la perte cumulée pourrait dépasser les 20% par rapport à son budget initial, entrainant inévitablement des restrictions de services et malheureusement des pertes d’emplois.
L’association souligne qu’à ce stade, ces réductions lui ont été communiquées oralement, sans aucun acte administratif écrit. Le seul élément formellement acté est l’octroi par le gouvernement d’un prêt sans intérêt de 1,5 million d’euros, présenté comme une avance sur la première tranche 2026 et, en l’absence de versement de la subvention, comme la seule trésorerie disponible à ce jour pour l’association.
Transit conteste la base juridique de ces mesures : appliquer une coupe rétroactive à un exercice clôturé heurte, selon l’association, les principes de confiance légitime, de non-rétroactivité des actes administratifs et de sécurité juridique. L’association insiste sur le fait que son financement relève de la signature d’un contrat de gestion et non de la catégorie des subventions facultatives — distinction au cœur du désaccord.
Derrière le budget : près de 2 000 personnes accompagnées en 2025
Les coupes annoncées portent sur des services à forte fréquentation. En 2025, Transit a accompagné près de 2 000 personnes, un public en hausse d’environ 5 % par an. Cette activité s’est traduite, sur l’année, par :
- environ 15 000 passages à la salle de consommation à moindre risque (Gate) ;
- près de 8 000 admissions au centre d’hébergement d’urgence ;
- environ 6 500 prises en charge médicales.
L’association emploie 125 personnes, dont une trentaine sont rémunérées via une subvention spécifique d’Iriscare. Pour le reste du personnel, Transit indique que des licenciements seront obligatoires si les mesures d’économies sont aveuglément appliquées. L’association relève également la difficulté pratique et budgétaire d’absorber une telle réduction en milieu d’exercice, alors que son plan stratégique 2026 était déjà arrêté. La raison voudrait que l’effort budgétaire soit lissé sur les prochaines années, pas de façon rétroactive. Quel ingénieur, quel comptable, quel réviseur d’entreprise peut sérieusement valider un tel plan. Ce n’est pas sérieux.
Le secteur ne peut plus faire plus avec moins
Le secteur spécialisé en matière de drogues et d’addictions fait face depuis plusieurs années à des contraintes structurelles : manque de personnel, exiguïté des locaux, plages horaires réduites, files d’attente qui s’allongent pour entrer en soin, et tensions, parfois violentes, sur les lieux d’accueil — y compris à l’égard des travailleur·euses. Ces difficultés tiennent moins à la gestion des associations, soumises à un contrôle permanent de l’usage des fonds publics, qu’à des moyens structurels jugés insuffisants pour répondre à la demande existante.
Les asbl du secteur social-santé assurent des missions d’intérêt public pour le compte de la Région. Leurs moyens étant déjà optimisés, la marge pour « faire plus avec moins » est, selon les fédérations, épuisée.
Couper chez Transit, c’est faire vaciller tout un réseau
Transit n’est pas la seule structure concernée. Des projets portés par DUNE, le Lama et Modus Vivendi, financés dans le cadre du Plan Global de Sécurité et de Prévention (PGSP), sont également visés. Or les services vers lesquels les bénéficiaires seraient réorientés sont eux-mêmes saturés, et certaines structures dépendant de ces dispositifs pourraient être contraintes de réduire ou de fermer des activités.
Concrètement, les projets menacés touchent des publics parmi les plus précarisés de la Région et reposent sur des équipes réduites, pour lesquelles la perte de financement signifie directement des pertes d’emploi.
DUNE verrait fragilisés deux dispositifs de première ligne. Les projets concernés soutiennent l’accompagnement médico-social de rue (maraudes et Medibus), dont le deuxième en collaboration avec Médecins du Monde, auprès de près de 10 000 personnes sans abri ou sans chez-soi à Bruxelles, ainsi que Le Bon Plan, outil de référence d’information et d’orientation utilisé depuis plus de vingt ans par les publics précarisés et les professionnel·les qui les accompagnent. Ensemble, ces dispositifs représentent 4 emplois menacés.
Le Projet Lama porte ARTHA, seul dispositif en Belgique d’accompagnement mobile des usager·ères de drogues en précarité de séjour. Son public est parmi les plus vulnérables de la Région : personnes en errance, souvent sans-abri, en situation administrative irrégulière, confrontées à la consommation (notamment de crack) et à un accès très problématique aux soins. Pour ces personnes, l’équipe de médiateur·ices interculturel·les (arabe, polonais, russe, somali…) est souvent le seul point d’entrée vers un médecin, un CPAS, un hébergement d’urgence ou un traitement, dans leur langue.
L’effet d’une réduction est déjà visible : faute de moyens et de visibilité budgétaire, ARTHA n’a pu accompagner que 260 personnes en 2025, contre un objectif de 500 — soit près d’une personne sur deux laissée sans cet accompagnement. Concrètement, ce sont des bénéficiaires qui restent en rue sans relais vers le soin, des prises en charge qui ne démarrent pas, et un « non-recours aux soins » qui s’aggrave pour un public qui n’a, le plus souvent, aucune autre porte d’entrée. Couper davantage reviendrait à priver durablement ces usager·ères du seul accompagnement adapté à leur situation.
Modus Vivendi est concernée pour deux projets structurants de réduction des risques, avec des conséquences immédiates. La réduction du dispositif d’échange de matériel stérile — centrale d’achat qui approvisionne l’ensemble des comptoirs bruxellois — toucherait 9 services partenaires (13 points d’accès) et priverait les usager·ères de plus de 186 700 kits et 309 000 matériels d’injection distribués chaque année. Au-delà du risque accru de tensions dans les services, c’est la transmission du VIH et des hépatites qui repartirait à la hausse, générant à terme des coûts supplémentaires pour la collectivité. La coupe menacerait également le service de Drug checking, actif depuis plus de 20 ans : en 2025, plus de 800 produits y ont été analysés, auprès d’un public dont 76 % n’avaient jamais abordé leur consommation avec un·e professionnel·le de santé, et près de 10 % des échantillons ont donné lieu à une alerte précoce. Ces deux dispositifs représentent ensemble 10 emplois menacés.
Au total, ces seuls projets PGSP représentent près de 13 000 bénéficiaires et 17 emplois directement menacés — sans compter les missions de Transit, financées séparément par contrat de gestion.

Les fédérations rappellent un ordre de grandeur régulièrement cité dans le secteur : un euro investi en prévention représente environ trois euros économisés en aval. À l’inverse, la réduction de l’accueil et de l’orientation des personnes en difficulté n’efface pas les problématiques : elle les déplace vers les urgences hospitalières, les services de police et de secours, et la justice (notamment dans le cadre des mesures de probation prétorienne). Priver ces personnes d’accueil, d’orientation ou de soins pose en outre une question de droits humains fondamentaux et de dignité.
Les besoins sont documentés, le politique reste silencieux
Pour les fédérations, le principal grief tient à l’absence de cadre clair. Les mesures annoncées n’ont jamais été formalisées par écrit ; le nouveau PGSP, qui devrait fonder les arbitrages budgétaires du secteur, se fait toujours attendre. Dans ces conditions, les associations disent ne pas comprendre la logique des décisions prises.
La question a été portée au Parlement bruxellois le 19 juin 2026, sur interpellation des députés Benjamin Dalle (CD&V) et Alain Maron (Ecolo). Le Ministre-Président Boris Dilliès (MR) y a reconnu « bien connaître » le travail de Transit et son « rôle essentiel », tout en justifiant les économies par le contexte budgétaire régional et en présentant le prêt sans intérêt comme une garantie de continuité. Sollicité par plusieurs rédactions (De Standaard, La Libre, Le Soir), son cabinet n’a, selon les journalistes concernés, pas fourni de réponses suffisamment précises pour permettre la corroboration des faits ; au moment de la publication de Bruzz, le 21 juin 2026, le cabinet restait injoignable pour réagir.
C’est ce décalage que les fédérations entendent souligner : d’un côté, des besoins documentés et croissants ; de l’autre, des décisions annoncées oralement, sans calendrier ni cadre écrit, et un interlocuteur politique peu réactif.
Signataires
La fédération bruxelloise des institutions spécialisées en matière de drogues et addictions (féda bxl) et l’ensemble des signataires s’inquiètent de la situation financière de ces asbl et des coûts indirects, pour la collectivité, des mesures annoncées.
- AMA – Fédération des maisons d’accueil et des services d’aide aux sans-abri (AMA)
- BICO – Fédération des maisons d’accueil et des services d’accompagnement et d’aide en faveur des personnes en difficulté, sans abri et sans chez-soi en Région de Bruxelles Capitale
- CBCS – Conseil bruxellois de coordination sociopolitique
- FBPS – Fédération Bruxelloise de Promotion de la Santé
- FBSC – Fédération Bruxelloise des Services de Coordination
- FBSP – Fédération Bruxelloise Pluraliste de Soins Palliatifs et Continus
- FdSS – Fédération des Services Sociaux
- Féda BXL asbl – fédération bruxelloise des institutions spécialisées en matière de drogues et addictions
- Fidex – Fédération bruxelloise des Institutions pour Détenus et Ex-Détenus
- FLCPF – Fédération Laïque de Centres de Planning Familial
- FMM – Fédéation des Maisons Médicales
- LBSM – Ligue Bruxelloise pour la Santé Mentale
- Le Forum – Bruxelles contre les inégalités
- Médecins du Monde
Contacts presse
Stéphane Leclercq, directeur, féda bxl asbl
s.leclercq(@)fedabxl.be – 0475 70 96 04
Catherine Van Huyck, Directrice, Modus Vivendi asbl
catherine.v(@)modusvivendi-be.org – 0479 82 96 08