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Plaidoyer

Il fait chaud. Et ce n’est pas près de s’arrêter !

Climate change

« Si tu meurs, c’est parce que tu ne t’es pas assez hydraté ! » Ah oui, vraiment ?

« On est en train de vivre une des années les plus froides du reste de notre vie », déclarait ainsi la géographe Magali Reghezza-Zitt à la télévision française.

La canicule que nous vivons aujourd’hui n’est pas un épisode exceptionnel, mais l’une des conséquences bien réelles d’un dérèglement climatique. Le fruit de choix politiques répétés, de retards accumulés et d’arbitrages économiques dictés par une logique néolibérale court-termiste et inégalitaire.

Face à ces températures, les conseils pratiques sont utiles : s’hydrater, se protéger du soleil, adapter son logement autant que possible. Des solutions simples, efficaces et écologiques existent. Mais réduire la question à des gestes individuels est injuste et occulte l’essentiel. Ce cadrage déresposabilise les décideurs. « Si tu meurs, c’est parce que tu ne t’es pas assez hydraté ». Non ! Si tu meurs, c’est parce que nos hommes et femmes politiques ferment les yeux sur l’urgence écologique.

Les conseils de prévention sont bien entendu nécessaires, mais lorsqu’ils saturent l’espace public, ils finissent par invisibiliser la question centrale : pourquoi, alors que les rapports du GIEC alertent depuis des années, ont-iels si peu agi ? Et que faire maintenant pour préserver l’habitabilité de la Terre ? L’enjeu principal n’est pas seulement de s’adapter à un monde qui (sur)chauffe, mais aussi et surtout d’empêcher qu’il ne brûle.

Et puis, cette gestion individuelle de la crise climatique oublie un point crucial. Nous ne sommes pas toutes et tous égaux face à la chaleur. Entre une personne qui dispose d’un logement bien isolé, d’une voiture et d’espaces climatisés et celle qui vit sous les toits, dépend des transports en commun ou n’a pas accès à des lieux de fraîcheur, l’exposition au risque n’est pas la même. Des risques encore plus lourds pour les personnes en situation de sans-abrisme, qui, faute de structures ouvertes en été, se retrouvent sans eau, contraintes de dormir (et parfois de mourir) sur le bitume de villes asphyxiées. Là encore, une injustice majeure apparait : les personnes les plus précarisées sont aussi celles qui subissent le plus fortement les effets des canicules, alors qu’elles en sont les moins responsables.

La canicule est donc une question de justice sociale et de politiques publiques.

Pourtant, les solutions existent :

  • Créer davantage d’ombres et végétaliser nos villes : le documentaire « Res Nullius » du bruxellois Thomas Jean aborde ce lien entre nature et ville. De quoi alimenter la réflexion.
  • Installer des fontaines et garantir l’accès à l’eau : le GT Urgences écologiques de la Fédération s’est notamment attaqué concrètement à l’enjeu de l’accès gratuit à l’eau dans la ville. Ainsi, suite à une interpellation communale à Saint-Gilles, plusieurs fontaines à eau ont été remise en fonction.
  • Développer les piscines publiques et les espaces de baignade ;
  • Adapter les écoles, les transports et l’aménagement du territoire aux nouvelles réalités climatiques.

Ces solutions locales dessinent une voie pour tenter de s’adapter, mais seules des décisions politiques à long terme, ambitieuses et courageuses, à l’échelle nationale et européenne (sortir des énergies fossiles, réduire la consommation énergétique, réguler les grandes entreprises émettrices) seront à la hauteur de cet enjeu vital.

Bref, au-delà de l’urgence du moment, il est temps de cesser de traiter le climat comme un sujet secondaire ou un passe-temps d’écologistes  : il nous concerne tou·tes et doit au contraire structurer TOUTES les politiques publiques.

Avis aux personnes intéressées : le Groupe de travail Urgences socio-écologiques et Santé de la Fédé est ouvert à toutes et tous. Sa prochaine réunion se tiendra le 26 août, de 9h à 11h30, dans les nouveaux locaux de la Fédération des maisons médicales, rue du Poinçon 53 à Bruxelles. Pour le rejoindre, adressez-vous à l’adresse ep@fmm.be