De la violence des élections en système limbique
Dr Pierre Drielsma
Santé conjuguée n° 38 - octobre 2006
Les syndicats de médecins viennent de vivre leur troisième scrutin. Deux syndicats, deux conceptions s’affrontaient. D’un trait schématique, celle de l’ABSyM s’articule autour d’un objectif de défense professionnelle pure et dure, et sert principalement les poids lourds financiers que sont les structures spécialisées et leurs servants. En face, le Cartel GBO-ASGB- SVH soutient la structuration d’une politique de santé et donne place à un pôle généraliste fort. Malheureusement, le SVH, principal syndicat généraliste en Région flamande, s’est récemment séparé du Cartel et a appelé au boycott des élections…
Elections dans le collège des généralistes
A situations nouvelles, résultats nouveaux! Le Service d’évaluation et de contrôle des médecins (SECM le bien nommé) a joué à merveille son rôle de sergent recruteur pour l’ABSyM, le SVH a opportunément abandonné le Cartel avant la bataille en jouant la politique du pire. Tout cela ne pouvait que conduire à un affaiblissement de la représentation généraliste responsable. Le Cartel GBO-ASGB a donc perdu un siège dans le collège des généralistes. Cela peut apparaître catastrophique, en fait ce n’est que regrettable, mais il s’agit là d’une péripétie qui s’est jouée à 0.7% de voix1.
Par contre, l’analyse des votes exprimés nous oblige à nous interroger plus avant sur ce qui s’est passé.
Alors que la tendance de l’ABSyM
(dite AMF – Association de médecine
de famille) était à la chute (elle avait
perdu 1.757 voix de médecins généralistes en 2002), on assiste à un frémissement de remontée avec un plus de
316 voix, pas de quoi pavoiser certes,
mais cette discrète croissance a suffi
à souffler un siège à un Cartel en
grande méforme. Celui-ci perd 2.893
voix par rapport à 2002 ce qui n’est
guère surprenant vu la défection du
SVH (une ex-composante du Cartel).
Pour rappel, ce syndicat affirmait haut
et fort être le grand ramasseur de voix
du Cartel. Si nous admettons (ce que
je ne crois pas, j’y reviendrai plus tard)
que la perte est entièrement due au
SVH, il pèserait en effet un peu plus
du tiers de l’ensemble Cartel &
nouvelles abstentions.
Un regard plus approfondi sur les bureaux de vote semble montrer qu’outre
la perte des voix qui se portaient sur
le SVH, il y a eu également des pertes
sèches au GBO du côté francophone.
En effet les rapports de forces dans les
bureaux francophones tournaient
autour de 55% voire un peu moins2,
alors que de mémoire d’assesseur
2002, les chiffres tournent autour de
65 %. Il n’est donc pas impossible
qu’un petit tiers de la perte du Cartel
soit essuyée par le GBO.
Heureusement cele ne s’est guère fait
au profit de l’ABSyM mais du syndicat des pêcheurs à la ligne ce qui explique la quasi-stagnation du syndicat
de la peur.
Au Nord du pays, la branche généraliste de l’ASGB a fait mieux que
sauver les meubles avec 60 % des
votes flamands. En 2002, les assesseurs estimaient les votes flamands
du Cartel était à 75% soit une perte
(relative) de 15% mais un peu plus
élevée en chiffre absolus. L’ASGB
peut revendiquer de faire quasi-jeu
égal avec le SVH.
Au total, au Nord et au Sud, deux
phénomènes différents mais concomitants. Au Nord, la défection du SVH
qui sur une base poujadiste a créé un
puissant courant d’abstentions qui a
affaibli la représentativité syndicale
des généralistes. Au sud, une stratégie
absymiste de la peur et de la paranoïa
qui, après deux échecs successifs,
semble avoir enfin pris auprès de
certains généralistes de plus en plus
déboussolés. Cette stratégie a surtout
touché le GBO, syndicat plus proche
du cortex3 que de l’hippocampe4. Le
profit pour l’ABSyM fut réel mais modeste, tant ce syndicat est grillé comme chantre de la médecine générale.
Conclusion
Le Cartel garde la majorité des voix chez les généralistes mais, avec un taux d’abstention très élevé et un écart réduit avec l’ABSyM, sa possibilité d’impulser des politiques nouvelles5 s’en trouvera amoindrie. La balle est maintenant dans le camp du politique. S’il souhaite que la médecine générale disparaisse, qu’il se tienne à distance de ses gémissements d’agonie. S’il souhaite sincèrement la sauver, qu’il définisse clairement comment il envisage la première ligne de demain et qu’il l’organise avec le seul syndicat responsable, les étudiants en médecine, les centre universitaires de médecine générale – CUMG et la Fédération des maisons médicales. Les autres interlocuteurs représentant la médecine générale se sont disqualifiés.Documents joints
- Le GBO a obtenu 57,7% des votes vers un syndicat, alors qu’il en eut fallu 58.34% pour obtenir le 4ème siège!
- On retiendra le cas du bureau 7 très hennuyer (nous aussi) où l’absym dépasse le GBO: 489 contre 457.
- C’est avec le cortex que vous pensez…
- Voir système limbique. Le système limbique ainsi dénommé par le neurologue français Broca, parce que celui-ci se trouve au bord (limbe)… du gouffre. On l’appelle aussi cerveau reptilien ou des émotions.
- Déjà obérée par le rapport de force en commission nationale médico-mutualiste.
Cet article est paru dans la revue:
Santé conjuguée, n° 38 - octobre 2006
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