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Dans les médias

Grève du 7 juillet : interview de Fanny Dubois dans Le Soir

Screenshot 2025-07-07 at 09-36-13 « Une grève lancée par ceux qui ont peur de perdre un peu de leurs privilèges » - Le Soir

Hasard de l’histoire, la Fédération des maisons médicales est née dans la foulée de la grande grève des médecins de 1964, alors que le ministre Leburton voulait – déjà – réguler des honoraires à l’époque totalement libres. La Fédération rassemble des médecins organisés en groupe ayant pour point commun une approche globale de la santé et une attention à l’accessibilité aux soins. Et qui, logiquement, militent contre les suppléments d’honoraires. Fanny Dubois, secrétaire générale de la Fédération, invite les médecins à ne pas partir en grève. Elle nous explique pourquoi.

Fanny Dubois, secrétaire générale de la Fédération, a répondu aux questions du Soir. 

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Le conflit actuel semble construit autour de positions dogmatiques. Si on s’en affranchit dîtes-nous pour quelles raisons vous militez contre la grève.

Effectivement, la controverse ne doit pas se cristalliser autour de conflits idéologiques. Il faut ramener la dimension « santé publique » au cœur du débat alors que le ministre veut mettre en place une réforme intéressante. Certes on connaît ses méthodes un peu barbares où il fonce comme un bulldozer mais je constate qu’il a quand même accepté d’ouvrir le débat (Le Soir du 28 juin, NDLR). Il est  prêt désormais à une vraie concertation avec les soignants concernés alors même que tout reste à négocier avec ses partenaires du gouvernement. C’est donc un non-sens de faire grève alors que la concertation n’a même pas encore eu lieu.

 

Vous évoquez une réforme intéressante, en quoi l’est-elle ?

Elle contient plus d’éléments qui nous rassurent en termes de santé publique que d’éléments qui nous inquiètent. Il n’y a rien à faire, cette médecine à deux vitesses qui prend corps quand certaines consultations  coûtent deux ou trois fois le tarif officiel, ça n’a pas de sens. Dans ce contexte, il est normal que le ministre veuille réguler les suppléments d’honoraires. Il ne dit pas qu’il les annule, il dit qu’il veut les limiter. Pour l’hôpital il propose un maximum de 125%. Franchement,  c’est quand même pas mal non ? Réguler les suppléments d’honoraires, en termes d’accessibilité à la santé, c’est un pas indispensable.  Même certains spécialistes hospitaliers considèrent normal que le politique joue un rôle d’arbitre ; en fait ça les rend dingues de voir qu’avec le même diplôme, des confrères gagnent beaucoup plus dans l’hôpital voisin. Pour moi des iniquités de tarifs à ce point entre hôpitaux ne se justifient pas.

 

Par contre, en ambulatoire les médecins non-conventionnés devront se contenter de 25% de suppléments…

Il y a aujourd’hui une fuite des cerveaux de l’hôpital vers des cabinets privés, il est donc normal de prendre des mesures pour rendre la médecine hospitalière – l’institution publique des spécialités – financièrement plus intéressante. En termes de continuité des soins et d’accès à la médecine spécialisée pour tous, l’hôpital public doit être revalorisé.

Par ailleurs,  les tarifs des soins spécialisés sont très intéressants, même au tarif officiel. A priori le spécialiste conventionné n’est pas pauvre. On sait très bien que les médecins n’ont pas de difficultés financières donc cette réforme ne va pas les rendre indigents. Par contre, oui, certains médecins qui actuellement s’enrichissent sur le dos des patients vont être impactés. Dans les maisons médicales, forcément on est tous conventionnés et je vous assure que les soignants sont payés correctement. Et puis,  je pense qu’il faut sensibiliser la profession au bien commun, à la nécessite d’avoir plus d’équité, de casser le cercle vicieux de cette médecine à deux vitesses.

 

N’empêche, des gestionnaires hospitaliers estiment que cette limitation est de nature à mettre leurs comptes dans le rouge…

C’est oublier que Franck Vandenbrouck, a aussi annoncé une réforme du financement hospitalier qui va dans le bon sens puisqu’elle préconise une rémunération au forfait par pathologie plutôt qu’une rémunération à l’acte.  Et pour nous, qui prônons une prise en charge beaucoup plus globale et plus qualitative du patient, c’est idéal. Ce modèle encouragera justement les institutions hospitalières et les soignants dans cette prise en charge globale plutôt que dans la multiplication d’actes techniques.

Quand on est dans un contexte où l’argent ne coule plus à flot. Souvent ceux qui font le plus de bruit, c’est ceux qui ont déjà plus de pouvoir que les autres. Et ici, je trouve cette grève un peu choquante parce qu’elle est initiée par ceux qui ont peur de perdre un peu de leurs privilèges. Raison pour laquelle on encourage vivement les soignants à ne pas se précipiter, à donner une chance à la concertation.

 

Et donc donner une chance à cette réforme ?

Il faut absolument le tenter parce que les enjeux de santé publique sont cruciaux : nous faisons face au vieillissement démographique, au taux de cancer qui augmente, à la dégradation de la santé mentale, etc. Il y a plein de problématiques de santé publique majeures où les citoyens ont besoin d’être soutenus. C’est paradoxal mais certaines mesures de l’Arizona vont mettre les gens en difficulté sociale et donc aussi sanitaire. Ce n’est pas du tout le moment de laisser une totale liberté économique aux prestataires de soins. Au contraire, il faut réguler dans le respect de la liberté thérapeutique. Nous espérons une prise de conscience de l’urgence de cette réforme et du fait que, ni la liberté thérapeutique, ni l’indépendance des soignants ne sont en danger. La question de la liberté tarifaire révèle des enjeux sociaux et économiques qui vont bien au-delà de la relation soignant-patient. À travers l’accessibilité aux soins, c’est toute une vision sociétale de la justice, de la dignité et de la solidarité qui se dessine. Par ailleurs, derrière l’expression des grévistes il y a sans doute d’autres choses que le maintien des petits privilèges il y a aussi un besoin cruel de reconnaissance sociale et, ça, franchement je suis la première à vouloir militer dans ce sens. Je souhaite exprimer ma solidarité avec tous les collègues soignants de l’hôpital car leurs conditions de travail sont de plus en plus lourdes.