Journée mondiale de l’environnement : et si on agissait concrètement ?
Comment dépasser le sentiment d’impuissance individuelle face aux enjeux de santé publique, de justice sociale et de transition écologique ? Le Groupe de travail Urgences socio-écologiques et Santé de la Fédération des maisons médicales (FMM) est ouvert à tous les professionnel·les du soin, quel que soit leur lieu de travail ou leur discipline, ainsi qu’aux patient·es. Il propose un espace où les préoccupations du terrain se transforment en projets concrets et en mobilisations collectives.
Charline Ducarme ne travaille pas en maison médicale. Pourtant, cette assistante en médecine générale est une participante assidue du groupe de travail. « Lorsque j’ai entendu parler de ce groupe, je travaillais en cabinet et j’étais frustrée », raconte-t-elle. « Je recevais de nombreux patients souffrant de maladies que je considère comme avant tout sociétales : problèmes cardiovasculaires, hypertension, diabète, cholestérol, mais aussi troubles de la santé mentale. Je les voyais vingt minutes en consultation, je prescrivais des médicaments, sans pouvoir agir sur les causes profondes de leurs problèmes. C’était d’autant plus frustrant que je suis consciente de l’impact écologique de l’industrie pharmaceutique. »
Rejoindre ce collectif lui a redonné de l’élan. Elle y a trouvé la possibilité d’agir à son échelle, mais aussi de contribuer à des changements plus larges. Le groupe s’appuie sur les trois piliers de la transformation sociale, comme l’explique Émeline Goris, l’une de ses co-coordinatrices : « On se nourrit les un·es les autres à travers le partage d’expériences, de savoirs et de pratiques. Ensuite, on passe à l’action : on teste, on soutient des projets concrets. Et puis il y a un troisième pilier, celui du rapport de forces, avec l’occupation de l’espace public à travers le plaidoyer, les mobilisations et les prises de position collectives »
L’accès à l’eau potable illustre bien cette articulation entre actions locales et revendications politiques. Le groupe de travail soutient l’installation de fontaines à eau accessibles à toutes et tous dans les maisons médicales, tout en défendant un accès universel et gratuit à ce bien commun essentiel dans l’espace public. Il est notamment à l’origine d’une lettre ouverte signée par de nombreuses associations partenaires, rappelant que l’eau n’est pas un luxe mais un droit. Aux côtés du Front des mères et du collectif Aqua, il a également contribué à une première avancée à Saint-Gilles, où la commune s’est engagée à financer l’installation de fontaines publiques à partir de 2027. Une mobilisation qui devrait désormais s’étendre à d’autres communes, en renforçant les leviers d’interpellation au niveau local.
Pour Pauline Gillard, chargée de projet à la Fédération des maisons médicales et co-coordinatrice du groupe de travail, cette dynamique est particulièrement précieuse : « Au final, ce ne sont que 2h30 toutes les 6 semaines. Et pourtant, j’ai l’impression que nous arrivons réellement à prendre le temps de faire le lien entre les pratiques de terrain, notamment celles des maisons médicales qui ont fait de l’écologie l’un des six axes prioritaires de la note d’orientation du mouvement, et des questions beaucoup plus globales et politiques. »
Le groupe a notamment organisé plusieurs arpentages de livres et de textes afin d’alimenter sa réflexion collective. Il développe également des projets très concrets, en renforçant des alliances et en s’appuyant sur des initiatives existantes, par exemple le projet « Santé en transition » de la SSMG, qui accompagne les lieux de soins dans la mise en œuvre de pratiques plus respectueuses de l’environnement et moins polluantes, ainsi que sur l’expertise d’autres acteurs et actrices de terrain dont il soutient les actions.
Afin de donner de la cohérence à son action, le groupe s’est doté d’une feuille de route à cinq ans, avec quatre priorités : renforcer la santé communautaire selon les principes de l’écologie populaire, promouvoir des modèles de solidarités alternatifs, investir l’éducation permanente pour sensibiliser la société et revendiquer un accès facilité aux conditions du bien-vivre.
L’accès à l’eau potable reste l’un des combats emblématiques du groupe.
Parmi ses autres priorités figurent la sécurité sociale de l’alimentation, à travers la rédaction d’une note sur cet enjeu au croisement des questions environnementales, sociales et sanitaires, ainsi que le soutien à des initiatives de terrain comme le projet pilote de Sécurité sociale alimentaire d’Outremeuse porté par la maison médicale La Passerelle. Le développement de la prescription nature, envisagée comme un complément ou une alternative à certaines prescriptions médicamenteuses, constitue un autre axe de travail majeur. Cette approche consiste à encourager les professionnel·les de santé à prescrire du temps passé au contact de la nature. De nombreuses études démontrent en effet l’intérêt de ces pratiques pour la santé mentale, la réduction du stress et certaines maladies chroniques.
Et les idées ne manquent pas. « Il y a encore énormément de projets que nous avons envie de mener. Nous avons un noyau dur de participants, mais nous avons toujours besoin de nouvelles personnes, de nouvelles idées et de nouvelles compétences. Nos ambitions sont parfois limitées par le temps disponible et le nombre. Chaque personne qui nous rejoint peut contribuer à faire avancer les choses. »
Pour Charline Ducarme, cette énergie collective est contagieuse. « J’en ressors toujours galvanisée. C’est inspirant de découvrir ce qui se fait ailleurs, de voir comment on peut soutenir des initiatives existantes et construire ensemble des actions concrètes. Moi, ça me porte à chaque fois. »
Avis aux personnes intéressées : le Groupe de travail Urgences socio-écologiques et Santé est ouvert à toutes et tous. Sa prochaine réunion se tiendra le 26 août, de 9h à 11h30, dans les nouveaux locaux de la Fédération des maisons médicales, rue du Poinçon 53 à Bruxelles.
Vous voulez rejoindre le GT, adressez-vous à l’adresse ep@fmm.be
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