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Vaccination obligatoire des soignant.e.s : la Fédération pour la vaccination, contre l’obligation !

26 novembre 2021
Fanny Dubois

Secrétaire générale de la Fédération des maisons médicales

Retrouvez ici la position argumentée de la Fédération quant à l’obligation vaccinale des soignants.

La société ne peut se construire durablement dans la division. Nous devons défendre les principes qui contribuent à développer une cohésion sociale au sein de notre société : la solidarité entre les individus, le dialogue, l’inclusion et le respect de chaque individu dans ses différences.

Notre rôle en tant que Fédération dans cette situation est double : contribuer à informer et conseiller les décideurs politiques, ce que nous avons fait de façon récurrente ces derniers mois, mais aussi œuvrer au niveau local et au plus proche des citoyens avec nos maisons médicales membres à l’amélioration de la santé de toutes et tous.

Ces dernières semaines, les décisions prises, notamment de l’obligation vaccinale des soignantes et des soignants, ainsi que les sollicitations de nos membres nous incitent à préciser notre positionnement quant à la vaccination et aux mesures destinées à limiter la propagation du virus. Notre réflexion est avant tout guidée par des principes de santé publique centrés sur les populations et pas seulement sur les individus, et par la nécessité absolue de garantir la continuité des soins.

Nous restons favorables à la vaccination dans un but de santé publique et de réduction des risques d’hospitalisations liées au Covid-19. Les bénéfices des vaccins actuellement disponibles contre la Covid-19 pour la population sont supérieurs aux risques et aucun élément nouveau, y compris la présence du variant delta, ne permet de remettre en question ce positionnement, que nous avions déjà exprimé le 28 janvier 2021. Le vaccin permet de réduire les formes graves de la maladie, et par conséquent le nombre de personnes ayant besoin de soins intensifs, ces lits sont dès lors préservés pour les autres interventions qui doivent avoir lieu.

Par ailleurs, nous sommes sensibles à la nouvelle surcharge de travail observée chez les soignantes et les soignants, aussi bien en première qu’en deuxième ligne de soins, que provoque cette nouvelle vague de contamination. Actuellement, les retours du terrain que nous recevons fréquemment nous montrent que la continuité des soins chroniques et notre travail quotidien de soin au plus proche de nos patientes et de nos patients sont mis à mal par la recrudescence de l’épidémie. Nos équipes sont fatiguées, débordées, à bout de souffle et notre rôle en tant que fédération est également de relayer cette réalité de terrain.

Nous ne sommes pas favorables à la stigmatisation d’un groupe professionnel. La mesure de l’obligation vaccinale des soignantes et des soignants ne nous semble pas cohérente compte tenu des éléments dont nous disposons tant d’un point de vue de la cohésion sociale que sur son efficacité. L’obligation vaccinale d’une population ciblée – le personnel soignant – est une mesure unique et clivante dans une crise systémique. En revanche, les risques que cette mesure ferait peser sur notre système de soins sont très inquiétants lorsque nous lisons par exemple que jusqu’à 10 ou 15 % des aides-soignantes et des aides-soignants pourraient quitter la profession. Nous manquons déjà d’effectifs, et des services entiers doivent fermer par manque de personnel dans certains hôpitaux.

La stigmatisation par rapport à un statut, vacciné ou non-vacciné, est d’ailleurs réductrice. Selon l’épidémiologiste Marius Gilbert, « les conditions hivernales favorisent la transmission pour tous et la diminution de l’efficacité vaccinale contre l’infection a inversé la relation entre dynamique de transmission et pour cent de vaccination, à cause du différentiel de taux de contact entre vaccinés et non vaccinés ». Le mode de comportements des citoyennes et des citoyens influence donc fortement la propagation du virus. Il ajoute sur Twitter qu’en termes d’hospitalisation pour graves complications de la maladie, le statut vaccinal protège de façon très significative du virus comme de ses variants. Par ailleurs, rien ne permet d’affirmer que le personnel des soins de santé soit particulièrement vecteur de contamination. Ils ont accès au matériel de protection et sont les mieux outillés et formés pour éviter des comportements à risque sur le lieu de travail.

Sur la question de l’impact éventuel de la non-vaccination de certains membres des équipes de maisons médicales, il nous semble qu’il faut distinguer les aspects pratiques des aspects légaux. Au niveau pratique, la vaccination est une mesure parmi d’autres. Les autres mesures, comme le port du masque, l’aération des locaux, le lavage fréquent des mains… doivent continuer à faire partie du quotidien des équipes pour permettre de limiter au maximum les risques de transmission du virus. Au niveau légal, le texte qui viendra officialiser l’obligation vaccinale pour le personnel soignant et ses modalités n’a pas encore été publié ou discuté au Parlement. Il est donc difficile d’apporter un regard critique sur ce sujet à l’heure actuelle, car nous ne disposons pas d’informations officielles suffisantes pour pouvoir analyser et expliquer les conséquences de cette obligation. Nos maisons médicales se mettent au service de la continuité des soins et nous refusons de soutenir une mesure qui risquerait de mettre à mal cette continuité des soins en affaiblissant davantage ce secteur déjà en pénurie.

Nous considérerons donc que cette obligation vaccinale des soignants et les sanctions qui y seraient associées (chômage, rupture de contrat, perte du numéro INAMI) ne sont pas réalistes et sont stigmatisantes. De plus, dans notre environnement de travail spécifique, elles pourraient impacter fortement les dynamiques d’équipe. Nous rejoignons donc la position des syndicats sur ce sujet et nous nous associons à leurs actions et leur invitation à la grève le 7 décembre.

Enfin, nous rappelons à quel point les principes de santé publique que nous défendons depuis toujours de prise en charge globale, accessible et préventive des patientes et des patients et d’investissements dans la première ligne de soins et l’éducation à la santé permettraient de façon structurelle le désengorgement des urgences hospitalières. Cette crise sanitaire ne pourra être résorbée via des politiques publiques disparates et stigmatisantes ; nous encourageons nos dirigeants à l’observer dans sa globalité en introduisant des mesures plus systémiques.

Suite à cette prise de position, la Fédération a invité tous et toutes à participer à la journée d’actions contre les sanctions de l’obligation vaccinale dans le secteur de la santé.

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