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Actualité politique

Refonder les pratiques sociales… Refonder les pratiques de santé


avril 2006, Dubois Bénédicte

kinésithérapeute à la maison médicale Alpha Santé.

Parce que nous, travailleurs des maisons médicales pensons qu’un autre monde est possible ;

Parce que nous rêvons d’une société solidaire et équitable, d’une économie redistributrice, d’un vivre ensemble de qualité ;

Parce que nous faisons le constat que les forces qui traversent la société (néolibéralisme, privatisation, marchandisation) ne lui permettent pas de relever les défis de justice sociale, de démocratie politique, de pluralisme culturel ;

Parce que nous, travailleurs des maisons médicales, sommes « là où ça se passe » au carrefour entre le système social et de santé et le vécu des individus et leurs communautés ;

Parce que nous pointons les limites et les risques d’une pratique qui enfermerait les souffrances sociales dans la médicalisation, dans la psychologisation ou l’assistance sociale ;

Nous avons voulu réinterroger nos pratiques, en questionner le sens et les ré-ancrer dans un terreau revivifié, dans des références et des valeurs revisitées.

Les travaux préparatoires au congrès et le congrès que la Fédération des maisons médicales a organisé pour son 25ème anniversaire : « Refonder les pratiques sociales, refonder les pratiques de santé » nous ont permis d’amorcer cette démarche avec les nombreux représentants du monde associatif qui ont répondu à notre appel.

Ce congrès n’était qu’une étape d’un projet plus large de réflexion pour un changement social. Les quatre perspectives d’action proposées préalablement au congrès et explicitées ci-dessous ont servi de ligne conductrice à ces deux journées.

Plusieurs exposés ont permis de poser les jalons de la réflexion :

  • Philippe Lecorps a questionné l’éthique et la pertinence de la politique de santé publique ;
  • Jean Carpentier a témoigné de sa longue pratique de médecin généraliste, de la richesse de cet apprentissage quotidien ;
  • Pierre Reman, Sophie Pommier, Eugène Mommen et Luc Carton, ont, chacun, apporté leur éclairage sur une perspective d’action ;
  • Le ministre Rudy Demotte a insisté sur l’importance d’une structuration de la première ligne et sur le rôle important et nécessaire des maisons médicales dans ce paysage ;
  • Thierry Jacques, enfin, sous le prisme du mouvement qu’il représente, a appelé à la vigilance et à l’action face au risque de détricotage de la sécurité sociale et des mécanismes de solidarité.

Les travaux en ateliers (travail social, organisation des pratiques, formation, participation citoyenne, professionnalisme /militantisme) ont poursuivi quant à eux deux objectifs principaux :

  • questionner la pratique, en pointer les difficultés et les solutions trouvées sur le terrain ;
  • alimenter de propositions concrètes et novatrices les perspectives d’action.

Ces quatre perspectives discutées et nourries par le congrès baliseront l’activité de la Fédération, et des partenaires qui souhaitent s’y associer, pour les années à venir. Elles sont complémentaires même si elles ciblent des niveaux d’intervention et des types d’acteurs différenciés. Elles devraient permettre à chacun de se percevoir davantage comme acteur de la société là où il est, dans sa pratique et dans sa vie.

Reformulées au terme de ce congrès, nous voudrions qu’elles soient un engagement :

  • A développer des actions pour renforcer la solidarité parce qu’elle est au cœur de notre projet de société et qu’elle est indispensable pour développer une société équitable. Notre initiative pour qu’une plateforme concernant la sécurité sociale rencontre des initiatives et un intérêt similaires parmi des syndicats, mutuelles, associations. Notre action dans un cadre transcommunautaire sera :
    • une action de vigilance pour le maintien et le développement de la sécurité sociale ;
    • une action de sensibilisation des professionnels et des usagers sur leur rôle dans la régulation d’un système de santé solidaire à travers la pratique quotidienne.
  • A promouvoir la santé comme le résultat d’un projet de société. Il s’agit d’agir sur tous les déterminants de la santé : sociaux mais aussi culturels, environnementaux, relationnels, etc. Notre action pour la promotion globale de la santé sera :
    • une formation des professionnels à la globalité et à la coordination intersectorielle ;
    • le renforcement de notre rôle d’observatoire socio-sanitaire, en observant mieux et surtout en témoignant et interpellant ;
    • un plaidoyer, à partir des expériences de terrain, pour un décloisonnement des institutions et des pouvoirs publics ;
    • la revendication d’une législation qui mesure l’impact de chaque politique publique sur la santé.
  • A soutenir, de là où nous sommes, la parole des citoyens dans leur société. Parce que la démocratie reste un exercice difficile. L’expression des citoyens trouve difficilement sa place et le fossé avec leurs représentants est régulièrement pointé du doigt. Et la participation des usagers dans les systèmes et services n’est pas simple non plus. Et pourtant, le choix de société que nous faisons, à partir de notre place de travailleurs de la santé, est bien un choix citoyen. Nous voulons :
    • renforcer le dialogue avec les utilisateurs de nos services, pour renforcer leurs capacités d’être acteur social, et parce que nous pensons que cela peut enrichir notre projet ;
    • informer et encourager les citoyens à prendre leur place dans les lieux démocratiques dans les institutions du social ou de la santé : mutuelle, syndicats ;
    • inviter les citoyens à participer à un lieu de débat et de concertation publique par rapport aux questions du social et de la santé.
  • A proposer une formation des professionnels qui leur donne les outils dont ils ont besoin pour affronter les problématiques auxquelles ils sont confrontés. Une plus grande capacité de prise de recul et de lecturecritique face à la complexité des problèmes pourrait les soutenir et les aider à trouver du sens à leur pratique. Nous mettrons en place :
    • une université d’été ouverte à tous les travailleurs de nos secteurs, pour à partir de l’exploration de la pratique, permettre la lecture critique du système dans lequel nous sommes inscrits ;
    • des cycles de formations thématiques par modules ;
    • une formation des cadres de la Fédération au travail politique ;
    • une concertation avec les milieux universitaires sur un cahier de revendication qui élargisse le curriculum de base des études transversalement dans les professions de santé.

Ces actions doivent pouvoir donner un souffle, du sens, un fondement à nos pratiques, à notre travail, dans l’accompagnement de chaque citoyen à mener une existence digne de l’Homme et aussi dans la construction politique d’un mieux vivre ensemble. La Fédération se mobilise sur ces pistes. Elle souhaite s’inscrire dans le grand mouvement de tous ceux et celles qui sont déjà ou seront en marche. Elle invite tous les partenaires qui partagent ces choix à se joindre à elle. Car on n’est pas trop nombreux pour pas seulement dire mais aussi faire qu’un autre monde est possible.

Cet article est paru dans la revue:

n° 36 - avril 2006

Alimentation et santé

Santé conjuguée

Tous les trois mois, un dossier thématique et des pages « actualités » consacrés à des questions de politique de santé et d’éthique, à des analyses, débats, interviews, récits d’expériences...