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Recommandations pour les travailleurs de maisons médicales : préserver sa santé mentale

8 avril 2020
Mélanie Lannoy

Chargée de projets à la Fédération des maisons médicales (programme psychosocial)

Cela fait maintenant quelques semaines que la pandémie de Covid-19 a frappé la Belgique, entrainant avec elle son lot de mesures gouvernementales de confinement et toutes les perturbations que cela implique pour nos vies, notre travail et nos capacités d’apporter des soins adéquats à nos patients.


Au cours des premières semaines, beaucoup de maisons médicales ont été confrontées à la pénurie de masques et à un manque de moyens de protection adéquats pour les membres du personnel et les patients. Il n’y a, de plus, toujours pas suffisamment de tests à disposition. L’accès du public est désormais réduit. Les médecins font principalement des consultations par téléphone et se voient privés de leurs outils de diagnostics habituels, avec le stress que cela peut engendrer. Les examens et prises en charge nécessaires dans le diagnostic d’autres pathologies potentiellement graves ne sont plus forcément assurés par les hôpitaux. Le taux d’occupation de nombreux travailleurs a été fortement réduit, de même que les contacts entre les membres de l’équipe. Beaucoup ne peuvent plus prendre en charge correctement toutes les pathologies et les difficultés moins urgentes (mais cependant réelles). Les infirmiers ont, par contre, souvent dû continuer les suivis et les visites à domicile, avec les risques et la peur que cela peut engendrer. Enfin, l’ensemble du secteur psycho-médico-social tourne à présent au ralenti, voire pas du tout.

En tant que travailleurs, nous sommes mis face à une incapacité d’agir dans beaucoup de situations, ce qui peut engendrer un sentiment d’impuissance, d’inutilité, et beaucoup de culpabilité. Même si la plupart se retrouvent avec moins de travail, en termes de quantité, nous devons tous faire face à une diminution subie de la qualité des soins que nous pouvons apporter et donc face à un stress et à un sentiment de frustration qui peuvent être difficiles à gérer. Nous ne pouvons plus bénéficier des ressources et des moyens habituels pour faire face aux situations difficiles : nous ne nous voyons plus en équipe comme d’habitude et avons moins de possibilités pour échanger, nous coordonner et nous soutenir mutuellement ; nous ne pouvons plus assurer un suivi global et intégré des patients comme nous en avions l’habitude ; il devient parfois excessivement compliqué de référencer vers les services adéquats les patients qui en ont besoin. Enfin, nous faisons face à une charge émotionnelle beaucoup plus lourde en étant confrontés – parfois quotidiennement – à la détresse, la souffrance, voire la mort de nos patients ou de leurs proches.

Que pouvons-nous faire pour préserver au maximum notre santé mentale et maintenir malgré tout une certaine qualité des soins ?

Sur le plan personnel

Essayez de maintenir une hygiène de vie minimale. Pour ce faire, n’hésitez pas à demander l’aide de vos proches, si c’est possible. Manger équilibré, dormir suffisamment et avoir un minimum de temps de loisirs pour penser à autre chose sont des facteurs protecteurs en situation de stress aigu. Peut-être vos conjoints peuvent-ils prendre le relais des tâches domestiques et du soin aux enfants pour vous permettre de souffler...

Au travail, essayez de vous organiser pour maintenir une routine et éviter l’ennui et la rumination qui guettent et risquent de vous plomber davantage le moral.

Autorisez-vous à vivre le stress et les émotions négatives. Que vous ressentiez de l’inquiétude, de la colère, de la frustration, de la honte, de la culpabilité, de la tristesse, un sentiment d’impuissance ou autre, vous n’êtes pas faible ! C’est parfaitement normal de réagir de la sorte ! Essayez de faire preuve de compassion envers vous-mêmes : jugeriez-vous durement un ami qui se retrouve dans la même situation ? Non, probablement pas. Vous comprendriez qu’il puisse craquer par moment, c’est humain. D’autre part, la recherche scientifique tend à montrer qu’accepter de ressentir ses émotions négatives ne mène pas à un effondrement complet de la personne, au contraire. Nier ce que l’on vit et se culpabiliser de ne pas être assez fort ne fait que renforcer l’activation émotionnelle et donc le stress à terme.

Enfin, autorisez-vous à chercher de l’aide quand vous sentez que vous en avez besoin, que ce soit auprès de vos proches s’ils se montrent réceptifs, auprès de vos collègues qui vivent la même situation que vous ou auprès de professionnels de la santé mentale. Le soutien social a été démontré depuis longtemps comme étant un facteur protecteur de la santé mentale dans les situations difficiles. Plusieurs initiatives ont actuellement été prises pour venir en aide aux soignants de première ligne.

En équipe

Pour restaurer les ressources de l’équipe, nous vous encourageons à rester en contact, en mettant par exemple en place une réunion d’équipe hebdomadaire par vidéoconférence. Différents outils tels que Zoom ou Microsoft Teams sont gratuits. Pourquoi ne pas demander aux travailleurs moins occupés d’essayer d’organiser cela ? Cela pourrait vous permettre de vous voir, vous soutenir, échanger et vous coordonner sur certaines situations plus compliquées.

Pour l’équipe psychosociale, Mélanie Lannoy.

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