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Quelques recommandations pour l’accompagnement psychosocial des patients en maison médicale, en temps de crise coronavirus

25 mars 2020
Mélanie Lannoy

Chargée de projets à la Fédération des maisons médicales (programme psychosocial)

, Stefania Marsella

Chargée de projets à la Fédération des maisons médicales, coordinatrice du groupe des travailleurs sociaux et assistante sociale à la maison médicale Calendula

Le 17 mars, la Belgique a pris des mesures de confinement drastiques pour lutter contre la propagation trop rapide du coronavirus (Covid-19). Ces mesures, bien que nécessaires sur le plan épidémiologique, auront des conséquences tant sur la situation sociale que sur la santé mentale de nos patients. De plus, beaucoup d’institutions actives dans le secteur social-santé sont désormais obligées de travailler en effectif réduit, voire de fermer leurs portes, pour respecter les consignes de distanciation sociale. Certains de nos patients risquent de se retrouver complètement seuls face à cette situation délicate. Les personnes déjà fragiles, mal-logées et/ou isolées pourraient ainsi être particulièrement vulnérables. Or, si elles décompensent, elles risquent de se retrouver dans une situation dramatique car les hôpitaux ne sont pas dans de bonnes conditions pour les recevoir [1].

Le confinement va avoir pour conséquences d’exacerber des problématiques déjà existantes et de priver certaines catégories de personnes des seuls espaces de ressourcement à l’extérieur de chez elles. C’est le cas des personnes qui fréquentent des lieux de soins comme les centres thérapeutiques de jour, des personnes précaires qui se rendaient tous les jours dans les restaurants sociaux désormais fermés, mais aussi des enfants victimes de violences domestiques qui sont particulièrement à risque confinés à la maison avec leurs bourreaux. Les femmes victimes de violence conjugale sont aussi beaucoup plus à risque en ce moment, pour les mêmes raisons. Les personnes sans domicile vivent un véritable calvair ; elles ne peuvent plus faire la manche car les rues sont désertes, certains lieux d’accueil ont fermé leurs portes, les sanitaires publics sont eux aussi interdits d’accès… Enfin, certaines personnes sont actuellement privées de revenus pour une durée indéterminée. Les risques d’endettement sont multipliés.

En tant que travailleurs psychosociaux en maison médicale, que pouvons-nous faire pour les accompagner au mieux ? Plusieurs d’entre nous ont déjà reçu la consigne de limiter au maximum les consultations en présentiel pour éviter les risques de propagation du virus. Si c’est votre cas, cela libère sans doute du temps dans votre horaire, qui pourrait peut-être être utilisé, si c’est possible pour vous. Bien sûr, cela impose des défis techniques qui vont nous obliger à faire preuve de créativité et d’inventivité.

À l’hôpital Érasme à Bruxelles, par exemple, le service de mise en observation se ferme progressivement pour être reconfiguré en unité médicalisée Covid-19. Voici quelques idées auxquelles nous avons pensé afin de permettre de maintenir un minimum d’accompagnement psychosocial de nos patients dans ces conditions difficiles.

En ce qui concerne les consultations psychologiques

Le premier conseil serait de trier, parmi les patients actuellement suivis, ceux pour qui le suivi peut être interrompu sans risque de décompensation. Certains patients n’ont peut-être pas de problèmes majeurs et/ou urgents. Ces rendez-vous peuvent peut-être être annulés, tout en fournissant tout de même un numéro de contact, au cas où. Si certains suivis vous semblent nécessaires et peuvent être maintenus dans des conditions d’hygiène correctes (se référer aux recommandations), peut-être pouvez-vous maintenir quelques plages de consultations hebdomadaires en présentiel, avec l’accord du reste de l’équipe.

Des consultations psychologiques sur internet, par vidéoconférence, ou par téléphone peuvent également être proposées aux patients qui le souhaitent. Ce n’est pas optimal bien sûr, mais cela permet de garder le lien et de continuer à soutenir les patients dans leurs difficultés. Vous trouverez des recommandations plus précises à ce sujet sur le site de la Commission des psychologues.

Enfin, de façon plus proactive, peut-être pourriez-vous établir avec l’aide des autres soignants de votre maison médicale une liste des patients les plus vulnérables avec lesquels il pourrait être utile de maintenir le lien via, par exemple, un appel téléphonique hebdomadaire. Garder le lien avec des personnes en difficulté peut faire la différence en ces temps très durs.

Notons enfin qu’en cas de décompensation, il est conseillé d’orienter les patients directement vers les urgences des hôpitaux psychiatriques et non vers les hôpitaux généraux pour ne pas les engorger davantage ainsi que pour diminuer le risque d’infection au covid19.

En ce qui concerne les suivis sociaux

Ces suivis sont fortement mis à mal en ce moment, le travail social en maison médicale étant fortement tributaire des services sociaux, juridiques et administratifs extérieurs. Effectifs réduits, services d’accueil fermés ou en veille, guichets fermés… certaines actions seront complètement à l’arrêt ces temps-ci.

Il est néanmoins important de garder le lien avec toutes les personnes qui sont suivies, en particulier celles qui risquent de « manquer ». Malgré les directives, et autant que possible, il est important de garder une permanence, ne fût-ce que téléphonique, et d’effectuer des appels de manière proactive afin que les patients ne se sentent pas complètement lâchés. À noter que certaines personnes sont particulièrement à risque lors de ce confinement et méritent une vigilance particulière. Il s’agit de tous ceux et celles qui ne sont pas en sécurité chez elles, les adultes et enfants victimes de violences domestiques. Par ailleurs, le confinement, a fortiori dans des espaces réduits, augmente les risques de passage à l’acte. Le temps libéré par le manque de rendez-vous pourra aussi être mis à profit afin de lister les services encore actifs, les nouvelles modalités d’accueil et – le cas échéant – les conditions d’admission. Un courrier récapitulatif pourra ainsi être envoyé aux patients et/ou être affiché à l’accueil.

Il s’agira de trouver des alternatives aux aides « traditionnelles » et de lister tous les groupes d’entraide locaux et de mettre les patients en contact avec ceux-ci. Il s’agira également d’aider à diffuser toutes les infos d’initiatives prises par les services communaux, voire de leur prêter renfort. Le travail en réseau devra être renforcé autant que possible afin que chaque ressource existante puisse être mise à disposition des publics les plus vulnérables.

Enfin… la débrouille et l’imagination seront les maîtres mots, mais ceux-ci ne sont pas complètement inconnus par les travailleurs sociaux… la période est propice pour inventer de nouveaux possibles !

Enfin, il est important d’aider les gens plus marginalisés à comprendre et s’approprier les consignes de sécurité.

En ce moment de crise sanitaire inédite, nous sommes obligés de nous réinventer, de trouver rapidement d’autres modes d’organisation, et d’accepter que nous ne pouvons faire plus. Mais chaque geste compte. Pour nos patients, une présence, un mot, une attention pourront faire toute la différence.

Enfin, les technologies dont nous disposons nous permettent de rester en contact rapidement et d’échanger nos idées, nos bons plans et nos questions afin de rester soudés et actifs. À cet effet, nous avons réalisé un questionnaire qui nous permettra de prendre la mesure des réalités que vous vivez et de réfléchir à de nouvelles procédures généralisables.

Vous trouverez le lien ici :

Merci de prendre le temps de le compléter, et nous le renvoyer ! Nous restons à votre disposition.

Mélanie Lannoy : melanie.lannoy@fmm.be

Stefania Marsella : stefania.marsella@fmm.be Programme psychosocial


[1À l’hôpital Érasme à Bruxelles, par exemple, le service de mise en observation se ferme progressivement pour être reconfiguré en unité médicalisée covid-19.

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