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Pourquoi l’impact des mesures radicales décrétées par les autorités dépendra de notre sagesse et de notre intelligence collective ?

16 mars 2020
Roger van Cutsem

médecin généraliste à la maison médicale de Ransart et chargé d’analyse à la Fédération des maisons médicales

"Pour ne pas perdre le beurre et l’argent du beurre". Une opinion de Roger van Cutsem, médecin généraliste à la maison médicale de Ransart et chargé d’analyse à la Fédération des maisons médicales. Article publiée dans la Libre du 16 mars 2020.

Jeudi 12 mars, notre gouvernement a pris des mesures d’une radicalité inédite : fermeture d’une série de commerces, annulation de tous les évènements et surtout, la plus symbolique, suspension des cours dans les écoles. Les raisons et la pertinence de ces décisions ont suscité de nombreuses questions parmi les citoyens qui vont devoir s’adapter à un changement profond de leurs habitudes de vie. Et ce, pendant une période qui risque bien de se prolonger au-delà du 3 avril. De la façon dont ils s’organiseront pour répondre à ce bouleversement des habitudes va dépendre l’efficacité des mesures décrétées. En effet, certains comportements pourraient les rendre inopérantes et aboutir à la situation regrettable où nous devrions subir les « effets secondaires » du traitement, particulièrement dans le domaine économique, sans bénéficier des « effets bénéfiques » sur l’évolution de l’épidémie et ses conséquences sanitaires. C’est pourquoi il me semble crucial que la logique qui sous-tend cette injonction vigoureuse à rester chez soi soit bien comprise par le plus grand nombre. Car cette compréhension permettra de faire les choix adaptés, tant dans la vie professionnelle que privée, pour atteindre les objectifs de nos gouvernants et des experts qui les conseillent.

Commençons par décrire ces objectifs. Le bilan en termes de décès du passage de cette pandémie en Belgique dépendra de la résistance du système de santé. Il s’agira d’identifier rapidement et prendre en charge efficacement les patients atteints du Covid-19 qui développent une complication, tout en continuant à répondre aux autres besoins de soins. Primo, la résistance du système de santé est fonction de sa préparation et à ce sujet les dés sont jetés. On évaluera à postériori le « Oui, nous sommes prêts en Belgique ! » de la ministre de la santé fédérale, fin février. Ce n’est pas le temps des polémiques. Le second paramètre sera la disponibilité des soignants qui devront rester en nombre suffisant pour que les lignes ne cèdent pas. D’où l’importance des moyens et des procédures mis en place pour les protéger. Enfin, la rapidité de propagation du virus sera un élément décisif. Si elle est élevée, les complications seront concentrées sur une courte période et le nombre de cas à traiter intensivement dépassera les capacités de nos hôpitaux. Dès lors, le taux de décès sera plus élevé. C’est malheureusement ce qui se passe actuellement en Italie.

Réussir à « aplatir » la courbe de l’épidémie, c’est comme pouvoir randonner dans les Vosges plutôt que dans les Alpes, c’est moins épuisant et dangereux… Pour aplatir cette courbe, il faut donc ralentir la vitesse de propagation du virus entre les individus et c’est ici qu’intervient la « théorie du silo » et plus particulièrement du silo familial, dont les parois sont les murs de la maison. Empêcher la propagation du virus à l’intérieur d’une maison est impossible ; par contre, la vitesse de passage du virus d’une maison à une autre dépendra de la fréquence et de la proximité des contacts entre les individus issus des différentes unités familiales. Les écoles sont les endroits où ces contacts sont les plus denses et récurrents. En outre, les enfants sont d’importants vecteurs du virus puisque, développant peu ou pas de symptômes, ils continuent à circuler en dehors du silo, bien qu’infectés. D’où l’enjeu crucial que représente la fermeture de ces lieux d’intense échange viral. En fermant les écoles, les restaurants, les lieux de spectacles, les autorités cherchent à éloigner les silos familiaux les uns des autres et ainsi ralentir la propagation intersilos. Chaque contamination évitée d’un silo par un autre, c’est la courbe de l’épidémie qui s’aplatit un peu, c’est des risques de complications en moins pour les personnes à risque, c’est un peu d’oxygène pour les services de santé.

Une fois cela compris, il est aisé de faire le tri entre les comportements opportuns et ceux qui vont compromettre l’objectif. Imaginons que dans un quartier où il y a beaucoup de solidarité s’organise une garderie collective pour faciliter la vie des parents qui travaillent ou rendre le confinement des enfants plus agréable. Idée sympa et généreuse, mais à éviter ! En effet, elle consiste à recréer des lieux d’échanges intensifs entre les familles. Il vaut mieux organiser les gardes à domicile des enfants de chaque famille ou aider les parents à pouvoir rester chez eux. Autre exemple, quand l’ennui sera trop fort, il faudra aller se promener seul ou en famille dans les bois, plutôt qu’inviter des amis à venir taper la carte dans son salon. L’intérêt du télétravail ou l’organisation des réunions indispensables en vidéoconférence devient évident. Enfin, l’impératif confinement au domicile de toute personne qui présente des symptômes suspects apparaît comme la pierre angulaire de la stratégie.

Les conséquences économiques et sociales de ces décisions seront importantes, en particulier pour les indépendants, les PME, les personnes isolées. Le monde politique a fait le choix de privilégier la santé de nos séniors et des personnes fragiles qui paieront le plus lourd tribut à ce « foutu » virus. Le soignant que je suis ne peut que s’en féliciter. Mais à présent il appartient à chacun de faire preuve de civisme et de bon sens pour rendre ces mesures opérantes et permettre à notre pays de traverser cette crise majeure en réduisant le nombre de décès.


Source image : SPF Santé publique

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