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Pas de santé sans logement

La vie à la rue diminue l’espérance de vie de 30 ans en moyenne
15 novembre 2010

L’espérance de vie d’un sans-abri se situe entre 45 et 50 ans, soit environ 30 ans de moins que celle d’un Belge (79 ans).

Alors que le froid frappe à nos portes, Médecins du Monde rappelle que la vie à la rue détruit la santé et la dignité.

Médecins du Monde estime que « seul un logement - adapté s’il le faut aux fragilités des personnes sans-abri - permet de sauver leur santé ».


L’état de santé des personnes sans-abri

Sur la base d’une enquête [1] menée en 2010 auprès des personnes sans-abri, Médecins du Monde est en mesure de décrire leur état de santé :

La trimorbidité : premier facteur de mortalité

Plusieurs études scientifiques [2] montrent que les facteurs socio-économiques (tels que l’enseignement, l’éducation, les conditions de vie et de travail, etc.) sont déterminants dans l’état de santé de chacun. Un lien étroit existe entre le fait de disposer d’un logement de qualité et la santé.

Vivre dans la rue comporte des risques directs tels que :

  • les blessures dues à la violence ;
  • la pollution ;
  • la chaleur et le froid ;
  • l’accès difficile à des installations sanitaires et en conséquence, le manque d’hygiène ;
  • la résistance amoindrie et le risque accru d’infections diverses.

La dureté de la vie à la rue fait drastiquement baisser l’espérance de vie des sans domicile fixe : plusieurs études estiment que l’espérance de vie d’un sans-abri est de 45 à 50 ans, alors qu’elle s’élève à 79 ans pour le Belge moyen. « L’absence de logement a un impact énorme sur la santé de nos patients », clame Frank Vanbiervliet, Directeur des projets belges de Médecins du Monde.

La mortalité élevée chez les sans-abri doit être notamment analysée sous l’angle de la trimorbidité, c’est-à-dire la coexistence aggravante de trois affections chroniques chez le même patient :

  • affection physique (diabète, pathologie cardiovasculaire ou pulmonaire,…) ;
  • trouble de santé mentale (dépression sévère, troubles psychotiques,…) ;
  • addiction à un produit (alcool, drogue,…).

Certes, on constate chez les personnes sans-abri une plus grande morbidité en hiver qu’en été. C’est d’ailleurs le cas dans l’ensemble de la population : on est plus souvent malade en hiver qu’en été, « mais on ne peut pas ne parler que de l’hiver : les personnes sans-abri meurent toute l’année », rappelle Frank Vanbiervliet.

Cette trimorbidité demande un suivi multidisciplinaire, sur le long terme. Ce suivi, s’il peut être initié en situation de rue, ne peut être raisonnablement poursuivi dans la rue.

Sans-abri et santé

Compte tenu de son expérience de terrain auprès des sans-abri, Médecins du Monde fait les constats suivants :

  • Le sans-abri n’a généralement pas de médecin traitant. Le dossier médical n’est souvent pas complet, sans historique, les données sont fragmentées ;
  • Une consultation médicale, si elle a lieu, ne débouche que rarement sur un traitement suivi de façon régulière et suffisante pour guérir : le médecin ne sait par exemple pas si son patient va acheter les médicaments prescrits (notamment pour des raisons financières), s’il va pouvoir suivre correctement le traitement compte tenu de ses conditions de vie à la rue et de l’urgence permanente de trouver un logement, s’il va parler du traitement lors d’une prochaine consultation médicale, etc. ;
  • Les médecins et personnels de santé se sentent dépourvus face à ce public fragilisé, par ailleurs souvent reçu dans des conditions difficiles (soirée, urgence, hygiène problématique,…). Le suivi du sans-abri est rarement proactif ;
  • Les problèmes de santé physiques sont souvent couplés à des problèmes de santé mentale, rendant l’intervention médicale difficile et insuffisante ;
  • Bien que les avantages d’une approche multidisciplinaire et proactive soient prouvés scientifiquement, en particulier en ce qui concerne les cas complexes (trimorbidité), les associations ne disposent pas des moyens nécessaires pour mettre en œuvre cette approche. Ce type d’approche est pourtant reconnu par les autorités fédérales qui ont octroyé le Prix Fédéral 2010 de Lutte contre la Pauvreté à l’association SMES-B qui met en œuvre ce type d’approche.

Que fait Médecins du Monde pour la santé des sans-abri ?

Depuis 1999, les médecins et infirmier(ère)s bénévoles de Médecins du Monde offrent des consultations aux sans-abri hébergés par le Samu Social. Chaque année, durant l’hiver, le Samu Social met des lits supplémentaires à la disposition des sans-abri. Durant cette période, Médecins du Monde intensifie son action en augmentant le nombre de permanences médicales et para médicales. Durant l’hiver dernier (de novembre 2009 à mars 2010), 10 médecins et 51 infirmier(ère)s ont effectué 997 consultations médicales et 1.764 consultations paramédicales pour un total de 478 patients sans-abri.

Que demande Médecins du Monde aux pouvois publics ?

« Dans la rue, on peut soigner mais on ne peut guérir » résume Pierre Verbeeren, Directeur Général de Médecins du Monde. « Guérir nécessite un lieu où se poser, en sécurité, adapté. Il n’est pas possible de penser sérieusement la santé des personnes sans-abri sans parler d’abord de logement », continue-t-il. Infirmières de Rue, une association qui, au départ des questions d’hygiène, organise la réinsertion médicale des personnes sans-abri à Bruxelles, estime également que cette réinsertion passe immanquablement par le logement.

Médecins du Monde demande :

Plus d’infos

Noëlle Rodembourg

02 648 69 99

0473 23 00 58

noelle.rodembourg@medecinsdumonde.be

www.medecinsdumonde.be


[1Cette enquête porte sur deux échantillons : l’un quantitatif composé de 478 patients rencontrés par Médecins du Monde lors des 997 consultations médicales et 1.764 consultations paramédicales organisées durant l’hiver 2009-2010, l’autre qualitatif composé de 56 personnes, âgées de 16 à 89 ans, dont 71,4% d’hommes et 28,6% de femmes. La durée de vie moyenne sans domicile est estimée à 19 mois et demi par personne.

[2Pour recevoir la liste des sources et études scientifiques, prendre contact avec le service presse de Médecins du Monde.