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Recherche participative en éducation permanente

La pratique du paiement à l’acte

22 décembre 2020
Pauline Gillard

chargée d’études à la Fédération des maisons médicales

Des maisons médicales à l’acte s’estiment parfois en retrait des préoccupations de la Fédération des maisons médicales. À travers cette recherche participative, la Fédération a cherché à comprendre les raisons qui incitent des professionnels de santé à opter pour le financement à l’acte de leur maison médicale et à mettre en lumière leurs réalités de travail et leurs besoins spécifiques.

À télécharger : La pratique du paiement à l’acte (pdf, 1,1 M)

Conclusions

Bien qu’elles soient minoritaires au sein de la FMM, les maisons médicales à l’acte représentent une proportion non négligeable qui a augmenté au cours des dernières années. Des données récentes de l’IWEPS confirment cette tendance : les maisons médicales récemment créées en Région wallonne fonctionnent majoritairement à l’acte et sont plus souvent localisées en milieu rural qu’en milieu urbain.

Des tensions rapportées par des soignants de maisons médicales à l’acte au cours d’assemblées générales de la FMM ont constitué le point de départ de cette recherche participative. Les maisons médicales à l’acte s’estiment sous-représentées par la Fédération et peu prises en considération, comparativement à la place accordée aux maisons médicales au forfait. Elles déplorent faire l’objet de représentations erronées au sein du mouvement. Et elles ressentent une pression de la FMM à passer de l’acte au forfait.

Nous avons tenté de déconstruire quelques-unes des représentations qui circulent à propos des maisons médicales à l’acte : accueil d’une patientèle plus aisée, recherche du profit au détriment de la qualité des soins, approche essentiellement curative, etc. A l’instar des maisons médicales au forfait, les maisons médicales à l’acte accordent une grande attention aux personnes plus démunies et veillent à être accessibles sur le plan financier, géographique et culturel. Le conventionnement des soignants, l’application fréquente – voire systématique – du tiers-payant, le recours à l’aide médicale urgente et la gratuité des soins pour les personnes les plus précarisées sont autant de dispositifs permettant l’accueil d’une patientèle mixte sur le plan socio-économique au sein des maisons médicales à l’acte. Comme les maisons médicales au forfait, leur accessibilité géographique et culturelle est également garantie par leur implantation optimale – en particulier dans les zones (semi-)rurales concernées par la pénurie de soignants – et par l’engagement de professionnels parlant plusieurs langues. Par ailleurs, au-delà de leur approche curative, les maisons médicales à l’acte développent des actions en santé communautaire bien qu’elles puissent être plus difficiles à financer que dans le modèle forfaitaire. Enfin, les maisons médicales à l’acte témoignent d’une forte intégration dans la vie associative de leur localité à travers de nombreuses collaborations et partenariats sur des thématiques variées (conditions de logement, harcèlement scolaire, violences conjugales, etc.).

Nous avons également mis en évidence les difficultés et besoins que rencontrent les maisons médicales à l’acte. Les acteurs que nous avons rencontrés recommandent à la FMM d’accorder une plus grande attention à leurs demandes et réalités de terrain. Ces structures nous ont fait part de besoins spécifiques qui devraient être mieux pris en compte dans le plaidoyer politique, les communications et l’offre de formations de la FMM. Nous avons aussi pointé la relative difficulté de mener et financer des projets en santé communautaire. Une formation sur les enjeux et la gestion de projets en santé communautaire permettrait aux équipes qui le souhaitent d’améliorer les initiatives mises en place et l’implication des patients et des soignants. Plus généralement, les travailleurs que nous avons interviewés estiment que les formations de la FMM devraient moins se focaliser sur les pratiques forfaitaires et davantage tenir compte de leurs spécificités. Les idées de créer des espaces de rencontre, de formation ou d’élaborer un guide des bonnes pratiques propres aux maisons médicales à l’acte ont aussi émergé.

Notons que les maisons médicales à l’acte situées en milieu rural témoignent de difficultés encore plus spécifiques. Elles sont confrontées aux enjeux de la pénurie de soignants, de l’accessibilité des soins compliquée par l’étendue du territoire à couvrir, à la nécessité pour des soignants d’exercer dans d’autres structures de soins, à la difficulté d’impliquer des professionnels à temps partiel et/ou externes à la maison médicale dans la vie de l’équipe et les projets, etc. Ces facteurs freinent les équipes qui ont entamé une réflexion sur le passage au forfait.

Gageons que cette recherche ne soit pour la FMM que la première étape de l’observation et l’analyse des réalités rencontrées par ces collectivités rurales – et parfois urbaines – et qu’elle donnera lieu à des débats démocratiques au sein de notre mouvement entre les défenseurs du financement au forfait et à l’acte afin d’améliorer les conditions de construction d’un plaidoyer politique commun.