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La journée mondiale de la santé, "comme une lettre au Père Noël"

7 avril 2018
Hélène Dispas

médecin généraliste à la maison médicale De Brug et permanente politique à la Fédération des maisons médicales

En cette journée mondiale de la santé, Hélène Dispas, permanente politique et médecin généraliste dans une maison médicale à Molenbeek nous livre son témoignage, comme une liste au père noël, pour une autre politique de santé.

Un message à tous ceux, entreprises, souvent multinationales, qui se partagent les bénéfices de ce qui est devenu le « marché de la santé  ».

Chers hommes et femmes politiques, chers travailleurs qui avez fait le choix, sans doute utile et juste pour vous, de vous engager dans le « big pharma »,

Je commence ce témoignage comme une liste au père noël. Je serai raisonnable, je n’aurai qu’un souhait à vous formuler. Je voudrais, je voudrais vraiment, que vous passiez une seule de vos journées à ma place. Que vous vous asseyiez dans mon fauteuil de médecin généraliste dans ma maison médicale à Molenbeek.

Pourquoi ? D’abord parce que vous pourriez y rencontrer des gens souvent surprenants, parfois irritants, merveilleux, émouvants, ou confrontants, ceux qu’on dénomme « les patients ». Comme si « eux », ça ne pouvait pas être « nous ». Comme si les restrictions budgétaires devaient s’appliquer à cette masse informe, inodore, et impalpable qui « consomme » les soins, « eux ».

Vous verriez des gens qui très souvent sortent de l’hôpital avec des médicaments hors de prix, prescrits par certains spécialistes sous influence des délégués pharmaceutiques, et qui viennent nous demander, à nous généralistes, de faire le tri : qu’est-ce qui est vraiment utile, docteur ? Parce que le budget, ce mois-ci, entre le loyer impayable des bruxellois, les courses pour la famille, les allocations de chômage ou du CPAS qui dégressent sans cesse, vous savez…

Vous verrez des gens habitués à reporter les consultations ou les soins médicaux car ils ne peuvent plus se le permettre financièrement…des personnes qui se sentent coupables, et sont d’ailleurs volontairement culpabilisées d’être malades. Vous entendrez l’effet réel de vos discours : la responsabilisation veut dire souvent être sermonnés par des médecins contrôles, ou poussés à reprendre un travail qui est pourtant la source même de la souffrance de ces personnes.

Vous serez étonnés d’un paradoxe : quand vous verrez le nombre de médicaments inutiles prescrits à tour de bras, et que vous réaliserez que c’est toute la culture médicale qui s’est bâtie autour de la prescription pharmaceutique, grâce à un lobbying redoutable, jusqu’à en oublier des savoirs ancestraux sur les alternatives, les remèdes naturels, à commencer par l’alimentation, grande absente des auditoires de jeunes médecins.

Vous vous demanderez comment il est possible de diminuer sans cesse les budgets santé en pénalisant les citoyens, tandis qu’une masse colossale d’argent part vers le big pharma sous des accords secrets pour des résultats dont on peut franchement douter.

Vous vous demanderez alors : « que faire » ? Investir dans la prévention, et dans la formation des soignants peut-être ? Ça ne rapporte rien à court terme, non. Mais imaginez-vous parfois la société dans laquelle vous voulez que vivent vos enfants, à long terme ? Imaginez-vous que les vôtres auront de la chance et pourront se payer des soins hors de prix via leur assurance privée tandis que le reste pourra aller attendre des mois dans les files des hôpitaux publics ?

Savez-vous qu’un système solidaire est économiquement plus rentable et plus qualitatif pour tous ? Je rêve que vous puissiez l’entendre. J’espère ne pas me réveiller trop vite.