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Introduction


16 juin 2022, Frédéric Palermini

Coordinateur de l’IGL (intergroupe liégeois des maisons médicales)

La culture embrasse plusieurs définitions : celles de civilisations, d’idéologies, de connaissances, de comportements, de caractéristiques. On parle aussi volontiers de culture ouvrière, de culture d’entreprise, de culture de masse, de culture populaire, de culture générale, de culture médicale, de l’art de soigner. On emploie également le mot culture dans les domaines artistiques. La culture qui réunit, qui rassemble, qui divertit. Mais la culture ne se limite pas à cela. C’est ce à quoi ce dossier va s’intéresser. La culture qui analyse notre société, qui dénonce ses manquements, qui revendique l’égalité et qui soutient des idées et des valeurs.

L’art, la vie

Les actions des maisons médicales rassemblent les mêmes composantes. Nous soignons celles et ceux qui ont besoin de soins, nous prenons une place dans le système de santé, dans la société que nous entendons analyser, soutenir, critiquer, améliorer ou transformer. Ce sur quoi le secteur culturel et le secteur des soins se rejoignent, c’est dans leurs dimensions sociale et politique. D’où nous sommes, dans le secteur du soin, il est utile de considérer la culture comme un levier d’ouverture à la réflexion et à l’analyse des enjeux actuels de la société. Un outil d’analyse et de support à l’émancipation.

Dès le début de la crise sanitaire, au printemps 2020, les actrices et les acteurs de la culture ont tenu un discours éminemment politique en faveur d’une humanisation des soins de santé. Ce secteur était qualifié de non essentiel. Les militantes et les militants de Still Standing For Culture ont saisi l’opportunité pour affirmer dans l’espace public et les médias la dimension sociale de la culture. Un pied de nez aux politiques. Une réponse. Une clarification. Plus intéressant encore : pour parler d’eux, ils ont parlé de nous. Il ne s’agissait pas de mettre en avant un manque à gagner pour un secteur en difficulté, comme tant d’autres, mais bien du rôle politique de la culture dans le secteur des soins. C’était élégant. Plein de finesse. Un des rares secteurs à faire ce lien. En promotion de la santé, on parle des « déterminants non médicaux » de la santé. C’est-à-dire tous les éléments qui déterminent la santé autrement que par l’absence de maladie : le travail, le logement, l’environnement, les revenus, etc. Et… la culture ! C’est de ça que le mouvement Still Standing For Culture a parlé pendant la crise sanitaire : de la santé et du rôle du secteur – essentiel – de la culture.

Pourtant, à la vérité, il n’y a rien d’inédit. Depuis toujours, sous diverses formes, les actrices et les acteurs de la culture traduisent le réel. Les formes évoquées sont celles des arts. La musique, le théâtre, la peinture, la sculpture, le dessin, le cinéma, la littérature, etc. Tout autant que les formes de la forme. La dénonciation, le plaidoyer, le rire, la gravité, la provocation, la féérie, la poésie et bien d’autres encore. Alors, naturellement, les actrices et les acteurs des soins ont utilisé ces formes dans leur travail de soignant. Depuis toujours, mais pas tout le temps, évidemment. Et pas tout le monde non plus.

Les analyses que nous proposons aujourd’hui dans ce dossier ont pour ambition de mettre des mots sur ce que d’aucuns réalisent parfois sans complètement en mesurer la portée. Et pour ambition – nous l’espérons en tout cas ! – d’organiser, d’intégrer la dimension culturelle dans le travail des soignantes et des soignants.

#jesuisunartiste

L’art est tellement diversifié qu’il n’est pas réservé qu’aux élites. Pas besoin qu’un peintre soit mort depuis deux cents ans pour apprécier la qualité de ses toiles. Travailler l’expression de nos patientes et de nos patients avec la peinture et organiser une exposition est à la fois réalisable et très intéressant, autant pour eux dans l’exercice que pour la population du quartier dans ce qu’ils ont permis d’exprimer grâce à leurs réalisations. Nous vivons toutes et tous entourés de gens avec des qualités artistiques. C’est cela que nous encourageons à mobiliser dans notre travail de proximité avec nos patientes et nos patients. Et puis, bien entendu, il s’agit de collaborer avec les centres culturels. Ce sont des organisations très proches de nos missions de soignants. Qui comme nous s’inscrivent dans des territoires de quartier. Nous poursuivons les mêmes visées d’intégration.

Poussons la porte ensemble. Il y a de la lumière et de la musique de l’autre côté. Tu les entends chanter ? C’est l’histoire de cette dame, tout à l’heure. Tu sais, celle qui est venue avec ses deux enfants. Elle disait qu’elle n’avait plus de maison. Peut-être qu’on va pouvoir l’aider, en fait. Allez, viens…

Cet article est paru dans la revue:

juin 2022 - n°99

La culture, c’est bon pour la santé !

Santé conjuguée

Tous les trois mois, un dossier thématique et des pages « actualités » consacrés à des questions de politique de santé et d’éthique, à des analyses, débats, interviews, récits d’expériences...

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