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Introduction


juillet 2010,

Voici un cahier inhabituel. Il rassemble des notes prises lors de grèves de la faim menées par des sans-papiers afin d’obtenir une reconnaissance légale de leur existence sur notre sol, et en particulier lors d’une grève atypique à Saint-Gilles en 2006. Il exprime aussi les réflexions auxquelles ces événements ont donné corps.

Interpellés par l’implication de nombreux soignants dans ces grèves, nous avons déjà présenté un cahier sur cette problématique, où nous développions tant les aspects médicaux et humains des grèves de la faim que leurs enjeux politiques et sociaux, du droit d’asile au phénomène d’immigration (Santé conjuguée 34, paru en 2005). Aujourd’hui c’est un abord différent que nous vous invitons à découvrir.

L’auteur, Marianne Prévost, est sociologue. Elle travaille « depuis toujours » dans le domaine de la santé et depuis plus de 10 ans fait partie d’une équipe de la Fédération des maisons médicales chargée de soutenir ces maisons dans leur approche globale de la santé sur le terrain. À tire privé et sans mandat professionnel spécifique, elle s’est impliquée dans plusieurs grèves de la faim, poussée par la volonté de reconnaître l’humanité de l’autre, aussi étranger soit- il, de partager « parce que peut-être un jour je serais chez toi et alors tu m’accueillerais ».

Ce témoignage, nous le livrons « cru ».

Sans arrière-pensée, nous ne prétendons pas argumenter dans la question de l’immigration. Entre l’échec - non assumé - de la doctrine « immigration zéro » qui ne laisse la porte ouverte qu’au droit d’asile, censé « pur » de tout contexte économique (comme si l’oppression ne touchait que les personnes et préservait leurs biens) et un désir d’accueil et d’ouverture « idéal » et non exempt d’effets pervers (pensons, exemple parmi d’autres, que la Fédération des entreprises de Belgique soutient l’idée d’une immigration économique dans un contexte de crise de l’emploi, ce qui aurait pour effet de stimuler une concurrence maintenant sous pression le monde du travail et vouant à l’échec toute revendication), le débat ne peut se résoudre à des prises de position manichéennes.

Sans arrière-pensée et aussi sans angélisme, le récit ne cache pas les manipulations et les intérêts qui peuvent pervertir ces grèves, au mépris parfois des personnes. Il permet aussi de se pencher sur la place des acteurs qui soutiennent, accompagnent, suivent... les grévistes, dans des conditions qui ébranlent les certitudes. Notre intention est avant tout de donner à ressentir puis à penser la matérialité d’une grève de la faim. à travers une situation extrême, de toucher à la question de l’humanité.

On pourrait nous faire remarquer que le sujet est passé d’actualité. En effet, la campagne de régularisation de fin 2009 a mis un frein aux occupations de locaux et à leurs paroxysmes que sont les grèves de la faim. Ne nous y trompons pas : si l’issue est heureuse pour certains qui vivaient ici cachés, l’immigration ne va pas s’arrêter pour autant. Fuyant parfois la persécution ou la pauvreté, de nouveaux clandestins vont encore venir et gonfler les rangs des exploités et du travail « illégal » jusqu’à ce que tout recommence. Un grand nombre de famille dorment aujourd’hui sous tente face à l’Office des étrangers à Bruxelles. Les déportations de roumains mises en scène par le président Sarkozy montrent qu’il n’y a toujours pas de limite aux réponses étroites et intolérantes.

Alors notre intention, en plongeant dans ces enfers que sont chacunes des grèves de la faim, est d’en appeler à ne pas s’arrêter à cette régularisation et de remettre rapidement à l’ordre du jour la question politique de cet « autre » contentieux Nord-Sud.

Régularisation, premiers bilans

En août 2010, l’Union de défense des sans papiers (UDEP) estimait à 15.000 le nombre de dossiers de régularisation acceptés et à 600 le nombre de refus, ces derniers pouvant encore faire l’objet d’un recours. Au total, 18.000 dossiers auraient été déposés, plus de 2.000 attendent encore une réponse. Les critères de régularisation comprenaient principalement des conditions de durée de séjour et d’attaches durables en Belgique (contrat de travail par exemple).

« J’ai vécu l’expérience que je relate ici à titre privé, sans mandat professionnel et sans légitimité donnée a priori : j’emmenais simplement avec moi une petite expérience des grèves de la faim, une sensibilité à la problématique des sans papiers, et ce que je suis : sociologue, travaillant depuis toujours dans le domaine de la santé. Débuts au Groupe d’études pour une réforme de la médecine, plusieurs expériences dans le Tiers-Monde, passage dans la santé mentale et depuis plus de dix ans je fais partie d’une petite équipe de la fédération des maisons médicales, chargée de soutenir ces équipes dans leur volonté de développer une approche globale de la santé sur le terrain. »

Les grèves de la faim à Bruxelles, page 21

Que se passe-t-il lors d’une grève de la faim ?, page 25

Grève de la faim à Saint-Gilles, notes de terrain, page 30

Une situation à haut risque d’inhumanité, page 54

Les acteurs, les grévistes, page 70

Marianne Prévost, sociologue, Fédération des maisons médicales

Cet article est paru dans la revue:

n° 53 -juillet 2010

Sans-papiers en grève de la faim : regards d’un témoin

Santé conjuguée

Tous les trois mois, un dossier thématique et des pages « actualités » consacrés à des questions de politique de santé et d’éthique, à des analyses, débats, interviews, récits d’expériences...

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