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Carte blanche : "Système de soins de santé : agissons !"

13 juin 2018
Christophe Cocu

Secrétaire général de la Fédération des maisons médicales depuis 2016.

Que se passe-t-il dans le système de santé belge ? Christophe Cocu, Secrétaire général de la Fédération des maisons médicales, livre sa vision dans une carte blanche parue dans le guide social.

Augmentation des maladies chroniques, des maladies mentales, souffrances physiques et psychiques… Dans les maisons médicales, les acteurs de première ligne sont témoins au quotidien de la dégradation de l’état de santé d’une frange de la population. Déterminants de la santé dégradés, marchandisation de la santé, manque de soutien à la première ligne... sont autant de facteurs qui rendent la problématique de plus en plus complexe.

Au regard des constats et défis d’avenir, un seul mot d’ordre, il faut agir !

Des déterminants de la santé qui se dégradent

Augmentation des maladies chroniques, des maladies mentales, souffrances physiques et psychiques… Dans les maisons médicales, les acteurs de première ligne sont témoins au quotidien de la dégradation de l’état de santé d’une frange de la population qui s’enlise dans des problématiques de plus en plus complexes.

Si, en comparaison avec d’autres pays européens, la situation de la Belgique en termes d’inégalités sociales et de performance du système de santé est actuellement acceptable, on constate cependant une croissance du nombre de personnes proches du seuil de pauvreté, avec des disparités régionales importantes.

Les conditions socio-économiques influencent fortement la santé. Les écarts sont très marqués (en termes d’espérance de vie [1], de mortalité infantile, d’obésité, d’assuétudes, d’activité physique, de support social…). Mais les « pauvres » ne sont pas les seuls concernés. Dégradation des conditions de travail, hyper responsabilisation des individus, crise du logement, délitement du lien social… Les constats de détérioration des déterminants sociaux de la santé sont connus et pèsent sur la santé de nos concitoyens.

Agir sur ces déterminants et lutter contre les inégalités sociales nécessite une synergie entre « biomédecine  » et promotion de la santé. Or, l’éclatement des compétences suite à la sixième réforme de l’État et le manque de structure de la première ligne nuisent fortement à l’évolution d’une politique de santé globale et cohérente.

Une marchandisation du système de soins de santé

Les politiques en santé de ces dernières années, justifiées budgétairement, recouvrent en fait un projet de société où la marchandisation des soins est devenue la norme. En 2017, 900 millions d’euros d’économies ont été réalisés sur le budget des soins de santé. C’est le patient qui paie : diminution du remboursement de certains médicaments, réduction drastique des remboursements pour les personnes souffrant de fibromyalgie, moratoire sur le passage au forfait, mesures d’économies imposées aux hôpitaux compensées par des suppléments d’honoraires qui font s’envoler les primes d’assurance hospitalisation, augmentation du ticket modérateur chez les spécialistes… L’accessibilité des soins est mise à mal. En 2018, une partie importante de la population belge reporte ou renonce à ses soins de base pour des raisons financières.

Le sous-financement des soins de santé, la privatisation et la marchandisation des soins mettent en danger notre système de soins de santé équitable et solidaire. Il risque d’être remplacé par un modèle d’assurances privées à visées lucratives avec sélection des risques… Ce qui favoriserait l’éclosion d’une médecine à deux vitesses.

Des enjeux mal pris en compte

Notre système de santé doit faire face aux enjeux de vieillissement de la population qui va de pair avec le développement des maladies chroniques, dans un contexte de pénurie de soignants. De nouvelles politiques de santé sont lancées (plan maladies chroniques, psy 107, hospitalisation à domicile…), elles visent à ramener les patients vers la première ligne de soins, mais manquent d’articulation et de cohérence territoriale. Elles sont également insuffisamment financées. Au lieu d’un soutien à la première ligne existante, on assiste à la création d’une première ligne bis, construite à partir des hôpitaux : c’est l’hospitalo-tentacularisme.

Et l’avenir ?

Comme l’OMS, nous affirmons que seul un système de santé basé sur une première ligne efficiente et une pleine accessibilité - qu’elle soit financière, culturelle, temporelle, ou géographique – pourra répondre à ces défis. La clé de voûte de ce système est la relation humaine, thérapeutique, entre des patients éclairés et des équipes de soignants de première ligne compétentes et empathiques. Cela permettra de maintenir la qualité de notre système et de développer une réelle approche « globale » de la santé des citoyens. Le modèle développé par les maisons médicales permet d’apporter des réponses concrètes à ces nouveaux défis : une première ligne pluridisciplinaire, offrant des soins globaux, intégrés, continus et accessibles. Pour nous, ce n’est pas encore suffisant, nous souhaitons aller plus loin dans la pluridisciplinarité et l’innovation. Les maisons médicales doivent s’allier au reste de l’ambulatoire pour constituer, ensemble, une offre plus complète et plus intégrée au bénéfice de la population.

Maisons médicales, késako ?

Les maisons médicales travaillent en équipes pluridisciplinaires depuis plus de 40 ans. Elles dispensent des soins de première ligne de qualité, accessibles, continus, globaux et intégrés et s’adressent à l’ensemble de la population.

Leur action vise une approche globale de la santé, considérée dans ses dimensions physiques, mais aussi psychiques et sociales. Elles s’inscrivent dans une approche de promotion de la santé et intègrent les soins et la prévention. Les maisons médicales s’appuient sur une dynamique de participation communautaire pour favoriser une prise de conscience critique des citoyens vis-à-vis de mécanismes qui entravent leur santé. En ce sens, elles sont aux premières loges pour voir évoluer les patients, leur rapport au soin et le système de santé.

Christophe Cocu

Secrétaire Général


[1Selon une récente étude statistique de l’IWEPS, l’espérance de vie à la naissance en Wallonie reste en deçà de la moyenne belge (avec un écart qui tend à augmenter de 1,4 an pour les femmes et de 2 ans pour les hommes).