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ACTUALITÉ POLITIQUE

Cadastre des médecins généralistes : réaction du Groupement belge des omnipraticiens


avril 2009, Vandermeeren Philippe

médecin généraliste, président du Groupement belge des omnipraticiens

Le débat sur la pénurie ne peut servir à éluder les véritables enjeux : l’instauration d’un échelonnement des soins, et la fin des contraintes de tous ordres qui grèvent l’attractivité de la médecine générale et en étouffent la pratique.

Après la conférence de presse de Madame la ministre de la Santé dévoilant les chiffres du cadastre des médecins généralistes belges, il y a plus de nouvelles questions posées que d’ébauches de solutions sérieuses.

Une large concertation s’impose…

…après la publication des chiffres, notamment celui du nombre de médecins généralistes censés être actifs : 9.250. Le débat sur les quotas INAMI / pénurie / pléthore des médecins généralistes est loin d’être débloqué. Les réactions vont dans tous les sens :

• La ministre de la Santé semble incliner vers la thèse de la pénurie ;

• La ministre Simonet se déclare confortée dans sa thèse de la pénurie et considère que ses moratoires – démagogiques – sur le numerus clausus sont justifiés ;

• Les étudiants – il est vrai victimes de positions politiques erratiques – se déclarent satisfaits, comme certaines facultés de médecine ;

• Les syndicats médicaux sont perplexes car ils restent persuadés qu’il y a toujours pléthore de médecins même si des poches de pénurie apparaissent dans certaines communes, la nuit.

La commission de planification va continuer son travail d’adaptation des quotas INAMI.

Dans ce climat confus, il est grand temps d’entreprendre une concertation sereine.

Quelle valeur attribuer à ce chiffre de 9.250 médecins généralistes actifs ?

Il est fort contestable si on examine de plus près deux des quatre critères retenus :

• Tenir des Dossier médicaux globaux  : 70 % des patients flamands ont un Dossier médical global, pour 30 % des wallons et bruxellois. Donc, beaucoup de médecins généralistes francophones ne tiennent (malheureusement) pas de Dossier médical global. Ils sont donc exclus du comptage.

• Être accrédité : 9.000 médecins généralistes sont accrédités ; parmi les 6.000 médecins généralistes non accrédités, beaucoup sont cependant de vrais médecins généralistes actifs. Exclus eux aussi du comptage.

La réalité du terrain ?

15.000 médecins généralistes sont agréés, travaillent, délivrent des attestations pour que les patients soient remboursés par leur mutuelle. Plusieurs milliers ne sont certes pas des « équivalents temps plein » qui bossent 10 heures par jour. Ils ont une activité de médecin généraliste partielle (mi-temps, trois-quarts temps, etc.) certains ont une activité tout-à-fait marginale.

Il serait essentiel d’interroger les 6.000 médecins généralistes recalés – surtout des femmes – sur leurs intentions futures.

Soit ils/elles s’accommodent très bien d’une petite activité et ne veulent sur- tout pas en faire plus ; dans cette hypothèse, la pénurie pourrait se profiler dans plusieurs années.

Soit ils/elles enragent de ne pas pouvoir travailler davantage dans la profession qu’ils/elles ont choisie ; ces médecins constituent une réserve majeure de « force de travail » et repoussent bien loin tout risque de pénurie. Pour le Groupement belge des omnipraticiens, il est capital d’encourager au maximum ces médecins généralistes femmes à poursuivre une activité de médecins généralistes à temps partiel ; c’est une donnée incontournable de la démographie médicale présente et à venir.

L’autre réalité du terrain !

Le Groupement belge des omnipraticiens dénonce depuis des années la perte d’attraction de la médecine générale chez les futurs médecins. C’est là que réside la principale menace pour la médecine générale de demain ; bien plus que les débats quotas INAMI/numerus clausus.

Trois mesures s’imposent d’urgence :

• instaurer un échelonnement rigoureux  : seul moyen de reconnaître et de confirmer le médecin généraliste dans son rôle central au sein du système de soins.

• aménager le système des gardes : des expériences très prometteuses sont en cours mais il faudrait passer à la « vitesse supérieure ».

• mettre fin au plus vite à tous les car- cans trop nombreux et trop agressifs qui font de plus en plus l’effet d’une chape de plomb sur l’exercice de la médecine générale (contraintes chapitre IV et II et autres mesures restrictives pour la prescription de médicaments – balisages étouffants tels que les trajets de soins, etc.).

Cet article est paru dans la revue:

n° 48 - avril 2009

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Tous les trois mois, un dossier thématique et des pages « actualités » consacrés à des questions de politique de santé et d’éthique, à des analyses, débats, interviews, récits d’expériences...