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Rêves de santé

CORALIE LADAVID

« L’éducation permanente, c’est une philosophie »


30 mars 2022,

Assistante sociale à la maison médicale Le Gué, elle a été ensuite secrétaire politique de la Fédération. Aujourd’hui, elle est échevine à la ville de Tournai en charge du logement, de la participation citoyenne, de l’égalité des chances et de la solidarité internationale.

Je suis arrivée à la maison médicale dans le quartier Saint-Piat, je savais qu’il avait mauvaise réputation, qu’il y avait une grande pauvreté. Très vite, j’ai pu mettre en place, et avec d’autres évidemment, de la dynamique de quartier et du travail communautaire. Et très vite j’ai voulu allier l’approche individuelle et l’approche collective au niveau social, parce que je suis persuadée qu’il existe une complémentarité entre les deux. Si on ne fait que du collectif, le lien est difficile à avoir au départ et on a du mal à aller plus loin parce que le collectif est plus insécurisant. On a besoin d’être d’abord dans cette approche individuelle où un lien de confiance se met en place. C’est vraiment ça qui m’anime : que chacun puisse avoir la chance, la même chance. Je sais qu’on n’est pas égaux, mais c’est la société qui doit pouvoir faire en sorte que ces inégalités changent et c’est un devoir collectif d’agir là-dessus. Penser que ça se règle tout seul est un leurre. Les maisons médicales ont des latitudes vraiment importantes pour pouvoir être réactives aux observations de terrain, au vécu. Elles ont toujours une longueur d’avance par rapport à des institutions plus cadenassées. Cela reste des petites structures flexibles qui peuvent réagir très vite. Le système autogestionnaire permet aussi de répondre au plus vite aux besoins identifiés. L’éducation permanente, c’est une philosophie, une démarche de redonner confiance aux gens et de valoriser leurs potentialités pour qu’eux-mêmes puissent devenir acteurs de changement, changement de leur situation personnelle, changement de fonctionnement de la société. L’éducation permanente, c’est un état d’esprit. Le financement de l’éducation permanente porte uniquement sur des niveaux plus collectifs, jamais sur les niveaux individuels. Du coup, je trouve que ça cloisonne le secteur dans une démarche collective. Chacun peut recevoir de l’autre et chacun peut donner, c’est vraiment cet état d’esprit qu’il faut changer.

Elle s’est impliquée dans la Fédération. Son poste : secrétaire politique. L’idée était de coordonner l’action politique : le secrétaire général ayant une action plus large sur l’ensemble de la Fédération et donc à la fois sur l’interne et sur l’externe, tandis que secrétaire politique, c’était plus une action de lobby, de reconnaissance du modèle, de plaidoyer. La Fédération a été ma meilleure école, j’y ai rencontré des personnes qui m’ont apporté énormément pour comprendre le monde, comprendre le système dans lequel on est, comprendre l’organisation des soins de santé en Belgique et pas uniquement la première ligne. Et quand je dis les soins de santé, c’est les soins de santé avec l’ensemble des déterminants, le fonctionnement général de la société. Les permanents politiques de la Fédération étaient obligatoirement des personnes qui travaillaient en maison médicale avec les patients. On a continuellement ce lien entre ce qu’on observe et une analyse plus théorique. Cette gymnastique-là, c’est ce que je continue à faire aujourd’hui. C’est ce qui permet d’être en phase entre ce qui se passe et ce qu’on peut essayer de changer.

Éducation permanente En 1994, la Fédération est reconnue à la suite du GERM comme organisme d’éducation permanente par la Communauté française. Elle obtient aussi que les maisons médicales puissent prétendre au remboursement d’une partie des frais générés par leurs activités d’éducation permanente. Depuis trente ans, le service d’éducation permanente de la Fédération s’est attelé à défendre les valeurs et la vision de celle-ci. Son but est d’offrir des espaces et outils de débats (congrès, colloques, clubs de réflexion…) à tous ceux qu’intéressent la politique de santé et les rapports santé-société. Le service d’éducation permanente organise des formations, notamment de conscientisation politique. Il stimule les maisons médicales à organiser elles-mêmes des activités d’éducation populaire et à développer leurs pratiques d’autogestion. Il a élaboré des programmes d’accueil pour stagiaires et pour nouveaux travailleurs en maison médicale. Pour les usagers, il a soutenu la constitution dans plusieurs agglomérations de groupes permanents destinés à développer leur capacité d’action et à interpeller les acteurs du système de santé (2014). Il a été un des moteurs du projet Université ouverte en santé (2006-2010).

Le concept d’éducation permanente est intimement lié à celui de santé communautaire. Dans les deux cas, il s’agit d’une démarche destinée à développer chez les adultes leurs capacités d’analyse critique des réalités sociales, leur sens des responsabilités et leur participation active à la vie sociale, économique, culturelle et politique. « Quand les maisons médicales évoquent la nécessité d’une participation active des patients et plus largement de la population à la gestion des problèmes de santé, elles font largement appel à cette définition » (Jacques Morel, 1996).

Cet article est paru dans la revue:

mars 2022 - n°98

40 années d’innovations

Santé conjuguée

Tous les trois mois, un dossier thématique et des pages « actualités » consacrés à des questions de politique de santé et d’éthique, à des analyses, débats, interviews, récits d’expériences...